Dufresne, Olivier, Claude

Biographie


Né le 30 juillet 1792 à Vierzon (Cher). Maître de forges à La Peyratte (Deux-Sèvres). Il fut condamné par contumace, le 13 septembre 1822 par la cour d’assises de la Vienne, à cinq années de prison pour non-révélation de complot dans l’affaire du général Berton. Le 28 mai 1825, une ordonnance du roi amnistiait plusieurs dizaines de personnes, dont Dufresne, plaçant cependant, et comme il était d’usage, les amnistiés sous la surveillance de la haute police. Réfugié à Bruxelles, Dufresne obtint, le lendemain, un passeport pour se rendre à Bourges, en passant par Paris, afin, dit-il, « d’embrasser son père ». Sans qu’il semble que Dufresne se rendît à Bourges, il sollicita, le 27 juin suivant, une audience auprès du préfet de police, afin d’être autorisé à rester à Paris. L’autorisation lui fut refusée. Dufresne insista encore, jouant sur les termes du passeport, qui l’autorisait à passer par Paris pour se rendre à Bourges, lieu choisi par l’administration pour effectuer sa surveillance : « […] Permettez-moi, monsieur le préfet, de vous soumettre les observations suivantes. Ayant perdu la plus grande partie de ma fortune, par suite du malheureux événement qui m’enleva à l’établissement que j’avais dans le département des Deux-Sèvres, jeune et père de famille, je n’ai plus qu’un désir, celui de réparer par mon travail et mon industrie, une partie des pertes que j’ai essuyées. Bourges ne m’offre sous ce rapport aucunes ressources. J’ai quitté ce pays depuis douze ans, mon père est le seul objet qui pourrait m’y attirer mais lui-même m’engage à me fixer à Paris, comme le seul pays pouvant parvenir à corriger les rigueurs de la fortune. […] ». Nouveau refus du préfet. Un commissaire de police vint lui intimer l’ordre de quitter Paris sur-le-champ. Dufresne envoya alors la lettre suivante au préfet de police « Je vivais dans l’espoir d’une réponse favorable à la demande que j’avais adressée à M. le préfet de police, lorsque M. le commissaire de mon quartier m’a communiqué l’ordre donné par vous de quitter Paris sur-le-champ et de me rendre à Bourges. Permettez-moi, Monsieur le directeur général, de vous adresser quelques observations touchant une mesure qui me désole, en détruisant le peu d’espérances qui me restaient dans ma triste position. Entièrement ruiné par la malheureuse catastrophe qui m’a enlevé à mon établissement dans les Deux-Sèvres, je n’ai plus pour soutenir ma famille d’autres ressources que mon travail et mon industrie. Et lorsque Sa Majesté a daigné me rappeler dans ma patrie, serais-je assez malheureux pour ne trouver dans cet acte de clémence qu’un sort plus dur que celui qui pesait sur moi avant l’acte d’amnistie. Telle serait cependant mon existence, M. le directeur général, si j’étais contraint de me rendre à Bourges, ville que j’ai cessé d’habiter depuis plus de douze ans, dans laquelle je n’ai conservé aucune relation commerciale et qui en résultats ne m’offre pas le moindre dédommagement à mes pertes. L’ordonnance royale, en me soumettant à la surveillance de la haute police, ne fixe point le lieu dans lequel je dois résider. Je n’ai jamais eu de domicile réel ou politique à Bourges. Par quelle fatalité cette ville a-t-elle été choisie par vous pour m’être désignée ? Mon père, seul, y demeure et le seul désir d’aller l’embrasser après cinq ans d’absence m’avait fait demander un passeport pour cette destination, ne supposant pas qu’on me refuserait la résidence de Paris et croyant qu’on n’userait pas envers moi d’une plus grande sévérité qu’envers plusieurs autres individus compris dans la même catégorie. J’oserai donc vous supplier, M. le directeur général de révoquer l’ordre que vous avez donné contre moi, offrant de vous donner, si vous daignez m’accorder un moment d’audience, tous les renseignements que vous pourrez désirer sur mes projets à venir et le cautionnement des personnes les plus respectables, domiciliées à Paris ou dans la province. Si les raisons que je viens d’avoir l’honneur de vous soumettre ne vous paraissent pas suffisantes pour infirmer votre précédente décision, je me soumettrai à la rigueur de mon sort, en sollicitant de vous un délai de huit jours pour terminer quelques affaires que l’espoir de pouvoir me fixer à Paris m’avait fait entreprendre. J’ai l’honneur, etc. » Devant le refus renouvelé de l’administration, ce fut bientôt la femme de Dufresne, qui s’adressa elle-même, le 22 juillet 1825, directement au directeur général de la police. C’est la dernière trace qu’il reste des démarches de Dufresne : une lettre de sa femme, qui depuis l’antichambre du directeur de la police, intercédait pour son mari et sollicitait une audience : « […] Serai-je assez heureuse pour que vous daigniez m’accorder deux minutes d’entretien pour un objet d’un intérêt si majeur dans notre triste position. C’est de votre antichambre que j’ai l’honneur de vous adresser la présente et où j’attends de votre bonté une réponse favorables. » Les arguments que dut trouver la femme de Dufresne aboutirent en tout cas et emportèrent la décision du directeur de la police : Dufresne fut autorisé à demeurer à Paris. La police continua d’exercer sa haute surveillance et, le 5 septembre 1825, la préfecture rendait ainsi compte au ministre de l’Intérieur de la conduite du surveillé : « Le sieur Claude, Olivier, Dufresne, condamné amnistié, dont le séjour à Paris a été autorisé par Votre Excellence, continue à se rendre digne de cette faveur par la régularité de sa conduite. Il est toujours logé rue et hôtel Caumartin, n° 41, mais il doit bientôt quitter ce domicile et se mettre dans ses meubles, ayant la promesse d’un emploi chez un négociant de la rue Saint-Denis. La surveillance de l’autorité suivra le sieur Dufresne dans sa nouvelle résidence et j’aurai l’honneur d’en faire connaître les nouveaux résultats à Votre Excellence par un rapport ultérieur. » Le 14 mars 1826, le préfet de police rapportait sur son compte : « […] Le sieur Dufresne, qui a quitté le logement qu’il occupait rue Caumartin, est allé demeurer, au mois de septembre dernier, rue des Moineaux, n° 19, avec sa femme. La conduite de cet individu est régulière et il paraît éviter autant que possible de donner lieu à aucune plainte de la part de l’autorité ; il ne voit que quelques parents de sa femme et on ne lui connaît d’autres moyens d’existence que ceux que lui procure son emploi. Il travaille toujours en qualité de commis chez M. Schmitt, banquier, rue Saint-Denis, n° 176. » Le 2 octobre 1826, un de ses amis, « chef d’une des premières maisons de banque du département de l’Indre », lui proposant de s’associer avec lui, Dufresne sollicita auprès du préfet de police un passeport pour se rendre à Châteauroux et à Bourges afin de conclure l’affaire. Le préfet de police appuya ainsi auprès du ministre de l’Intérieur la demande de Dufresne : « […] La conduite du sieur Dufresne a toujours été régulière et la position de cet amnistié n’est pas assez heureuse pour négliger l’occasion d’améliorer le sort de sa famille. » Mais la négociation tourna court entre les deux partenaires et Dufresne renonça à son passeport, avant même de connaître la réponse à la demande qu’il avait présentée. Le 23 janvier 1827, le préfet de police donnait comme renseignement sur son compte : « […] Il a été employé pendant longtemps dans une maison de commerce de la rue Saint-Denis, où il s’est fait aimer par son exactitude. Le sieur Dufresne vient de faire l’acquisition d’une imprimerie sur étoffes, située rue de Pontoise, n° 18, et il doit aller sous peu de jours demeurer dans cet endroit. » Le 29 juillet 1828, un autre rapport informait que Dufresne « est propriétaire depuis deux ans environ d’une fabrique importante d’impression sur toile, qu’il exploite lui-même, […] il s’occupe uniquement de son commerce et […] sa conduite ne mérite en aucune manière d’éveiller l’attention de l’autorité ». Le 17 novembre 1829, le préfet de police rapportait au ministre de l’Intérieur que « sa fabrique d’imprimerie sur toile continue de prospérer. Il résulte de la surveillance exercée à l’égard de cet individu qu’il ne s’occupe que de son commerce, qu’il sort rarement et que sa conduite n’a rien présenté de répréhensible ». Dufresne participa à la révolution de Juillet. Un rapport de la mairie relatait ainsi sa participation aux combats : « Condamné dans l’affaire du général Berton, il était encore sous la surveillance de la haute police lors de la révolution, à laquelle il a pris la part la plus active. Il fut de ceux qui se réunirent à la mairie du (ancien) XIIe pour organiser la défense. Il se trouva à la place Maubert et combattit au quai de la Cité. Ses services furent fort utiles à Bicêtre pour contenir les condamnés. » Il fit partie avec Delestre (président du jury), Condé Louis-Philippe Antoine, Chanonat Pierre Adolphe, Grün Sébastien Jacques, Herfort François Joseph, Laugier Adolphe, Leuillier Antoine Pierre, Maës Nicolas Joseph, Mercier Célestin Joseph Valentin, Paris Théodore Marie Augustin, Parquet Charles Egalité, Prévost Henry François, Vayron François Benjamin, Vitry Pierre Hippolyte, Vitte Joseph Marie, des seize membres composant le jury de la Commission des récompenses nationales pour le (ancien) XIIe. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement. Le jury de la Commission des récompenses nationales, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se prononça, dans sa séance du 3 janvier 1831, à huit voix pour la croix, une voix pour la médaille et aucune voix pour une mention. Il fut décoré de la croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Il fut reconnu comme condamné politique sous la Restauration et reçut, à ce titre, une allocation mensuelle de trente francs par mois. A titre de récompense nationale, son fils reçut une demi-bourse dans un collège royal. Il fut, à titre de récompense nationale, « trésorier de la colonie de la Guadeloupe et de ses dépendances, en remplacement de M. Ricard, décédé », selon une ordonnance du 17 janvier 1831. Il est indiqué pour avoir reçu, comme ancien condamné politique, un secours de trente francs en décembre 1833. Par la suite, il fut nommé inspecteur général des prisons de la Seine. Il participa à la répression de l’émeute républicaine des 5 et 6 juin 1832. Il fut nommé commissaire civil du gouvernement à la citadelle de Blaye, quand y fut enfermée la duchesse de Berry après sa capture par la police de Louis-Philippe. Le gouvernement de Louis-Philippe, plutôt que de juger la mère du jeune Henri V, dont elle cherchait à faire retrouver les droits, préféra la déshonorer, parce qu’il la sut enceinte. Dufresne fut un de ceux à qui revint la honte d’organiser l’accouchement en public de la duchesse. Chateaubriand, dans ses Mémoires doutre-tombe, devait, comme légitimiste, stigmatiser la conduite du gouvernement dans cet affaire : « Mais ce qu’il faut vouer à l’exécration, ce qui n’a pas d’exemple dans l’histoire, c’est la torture impudique infligée à une faible femme, seule, privée de secours, accablée de toutes les forces d’un gouvernement conjuré contre elle, comme s’il s’agissait de vaincre une puissance formidable. Des parents livrant eux-mêmes leur fille à la risée des laquais, la tenant par les quatre membres afin qu’elle accouche en public ; appelant les autorités du coin, les geôliers, les espions, les passants, pour voir sortir l’enfant des entrailles de leur prisonnière, de même qu’on avait appelé la France à voir naître son Roi ! (allusion à la coutume royale de faire naître en public les enfants royaux, N.D.A. A la naissance du duc de Bordeaux, l’enfant du miracle, la duchesse de Berry avait pris d’elle-même la précaution de faire reonnaître la naissance de son enfant. Salaberry, dans ses Souvenirs politiques du comte de Salaberry sur la Restauration (1821-1830), rapporte ainsi les circonstances de l’accouchement : « La dame Bourgeois, tout émue, toute tremblante, allumait une bougie, quand la princesse lui dit : “Ne soyez plus inquiète, c’est Henri.” L’héroïque duchesse de Berry avait déjà touché l’enfant et s’était assurée de son sexe. “Le témoin, disait-elle, le témoin !” On lui dit qu’on allait chercher le maréchal de Coigny. “Non, dit-elle, non, le témoin, le maréchal Suchet.” Le maréchal, le témoin, arriva. “Tenez, monsieur le maréchal, voyez, Monsieur le maréchal, il me tient.” Suchet, stupéfait, se prosternait et refusait d’approcher davantage. “Approchez, lui répéta la princesse vous le voyez, il me tient.” “Monsieur, dit-elle alors à l’accoucheur, à présent faites votre service.” S.A.R. le duc d’Orléans arrive et dit au maréchal, assez haut pour que le comte de Clermont-Lodève l’ait entendu et répète avec indignation : “Mais, monsieur le maréchal, l’avez-vous bien vu, tenait-il ? – Oui, Monseigneur, je l’ai bien vu ; d’ailleurs, je vous l’avais promis.” La princesse avait donc raison de tenir au témoin. Que de choses dans son cri : le témoin ! le témoin ! ») Et quelle mère ? la mère de l’orphelin banni dont on occupe le trône ! Trouverait-on dans les bagnes une famille assez mal née pour avoir la pensée de flétrir un de ses enfants d’une telle ignominie ? N’eût-il pas été plus noble de tuer madame la duchesse de Berry que de lui faire subir la plus tyrannique humiliation ? » Louis Blanc, dans ses Révélations historiques, comme républicain, retint les mêmes accusations : « Quant à la conduite de l’ex-roi à l’égard de la duchesse de Berri, la justifie qui l’ose ! Retenir captive, sans autre dessein que de livrer au monde le secret et la preuve de ses amours, une femme, une nièce ; entourer sa grossesse d’espions ; donner à surprendre à des gens de police, dans le moment précis de son accouchement, la date de son déshonneur, et, chose à peine croyable, chose à jamais odieuse ! ordonner que, de ce déshonneur, on dresse procès-verbal !... “Les témoins entreront dans la chambre à coucher, assisteront à la naissance de l’enfant : le sous-préfet de Blaye, le maire, un de ses adjoints, le président du tribunal, le procureur du roi, le juge de paix, le commandant de la garde nationale, MM. Dubois et Ménière. Ces témoins entreront dans la chambre à coucher au début du travail de l’enfantement ; ils constateront l’identité de la princesse. Ils lui demanderont si elle est grosse, si elle se sent près d’accoucher. On fera mention de ses réponses ou de son silence. Les témoins visiteront ensuite la chambre, les cabinets, les armoires, les secrétaires, les tiroirs des commodes et jusqu’au lit de la princesse, pour voir s’il n’y a pas d’enfant nouveau-né dans l’appartement. Il sera fait mention des vagissements de l’enfant au moment de sa naissance.” » Le 10 mai 1833, le procès-verbal d’accouchement de la duchesse de Berry, fut dressé, signé du maréchal Bugeaud, aussi député, commandant supérieur de la citadelle de Blaye, et des témoins appelés à sa requête : Dubois, Antoine, professeur de médecine ; Marchand-Dubreuil, Charles, François (voir ce nom), sous-préfet de l’arrondissement de Blaye ; Pastoureau, Daniel, Théotime, président du tribunal de première instance de Blaye ; Nadaud, Pierre, procureur du tribunal de première instance de Blaye ; Bellon, Guillaume, président du tribunal de commerce et adjoint au maire de Blaye ; Bordes, Charles, commandant de la garde nationale de Blaye ; Descrambes, Elie, curé de Blaye ; Delord, Pierre, Camille, commandant de la place de Blaye ; Dufresne, Claude, Olivier, commissaire civil du gouvernement. La duchesse ne fit aucune difficulté pour reconnaître son accouchement et son enfant. Dans ses Souvenirs dun médecin de Paris, le docteur Poumiès de la Siboutie, rapportait les faits suivants sur cette affaire : « Louis-Philippe savait où était la duchesse de Berry, et certes il ne voulait point la faire arrêter. Il lui dépêcha M. Carlier, chef de la police municipale de Paris, pour l’engager à quitter la France. Elle s’y refusa obstinément : “Dites à Louis-Philippe, répliqua-t-elle à M. Carlier, que dans deux mois je pourrai vous charger pour lui de la même mission !” Le parti légitimiste fut abasourdi en apprenant la grossesse de Madame. On n’en convenait pas devant les profanes ; mais en famille, les portes bien fermées, on la traitait durement. De mauvais plaisants prétendaient qu’en se voyant enceinte, elle se serait écriée en tapant du pied : “Si je savais quel est le maladroit qui a fait cela !” » Sarrut, dans sa Biographie des hommes du jour, avance que Dufresne avait été envoyé pour surveiller la duchesse de Berry parce qu’il était « attaché d’affection comme homme privé, et de sentiment comme homme politique à M. Gisquet », ce qui reste comme tout sauf comme un témoignage de moralité… On trouve aussi la signature de Dufresne dans l’extrait des registres des actes de naissance de la ville de Blaye (Gironde) pour la naissance d’Anne, Marie, Rosalie, le 10 mai 1833, comme fille de la duchesse de Berry. En 1835, toujours inspecteur général des prisons, ce fut aussi lui qui permit l’identification du régicide Fieschi, qui venait de manquer un attentat contre le roi et qui tentait de dissimuler son identité. Dufresne connaissait en effet Fieschi puisque, selon la déposition que Caunes fit plus tard devant la Cour des pairs, il avait conjointement avec ce dernier et Lavocat, tenter d’éclaircir l’affaire d’inscription de Fieschi avec des faux papiers sur la liste des condamnés politiques. Alors qu’il visitait la prison de la Conciergerie, il reconnut ce dernier, qui venait d’y être incarcéré. Si l’on en croit l’Annuaire historique universel pour 1836, d’Ulysse Tencé, paru chez Thoisnier-Desplaces en 1837, Dufresne, assista à l’exécution de Fieschi : « […] Apercevant M. Olivier Dufresne, inspecteur général des prisons, qui tenait sa tabatière à la main, il [Fieschi, N. D. A.] le prie instamment de lui donner une prise de tabac. L’honorable fonctionnaire, se prêtant à ce dernier désir d’un patient, place une prise de tabac sur sa main et Fieschi la hume avec une sorte d’avidité. » On trouve encore la trace de Dufresne dans les mauvais traitements infligés aux détenus républicains du procès d’avril 1834, et dans l’exécution de Lacenaire, qui aurait dit à Dufresne, alors qu’on le préparait à recevoir la peine capitale : « M. Olivier Dufresne, je suis fort aise de vous voir. Je vous remercie d’être venu assister à mes derniers moments. » On trouve encore la trace de Dufresne, pendant la détention du régicide républicain Alibaud : Dufresne accompagnait l’abbé Grivel dans sa tentative de confesser et de soutirer quelques remords ou quelques complicités de la part du républicain qui allait mourir. On trouve encore son nom dans l’affaire Meunier, autre régicide. Il témoigna, le 3 février 1837, en tant qu’inspecteur général des prisons, de la manière suivante devant la Cour des pairs : « Depuis novembre 1833 jusqu’à cette époque, j’ai souvent visité Sainte-Pélagie, comme inspecteur général. J’ai entendu les détenus politiques chanter des chansons républicaines, j’ai été témoin de l’exaltation de ces individus et de leur mécontentement. Je suis convaincu que dans la prison, ces détenus conspiraient entre eux mais je ne les ai jamais entendus faire le serment d’attenter aux jours du roi lorsqu’ils seraient libérés et aucun renseignement ne m’est même parvenu touchant ce fait. » En 1838, on trouve dans LAmi de la religion, journal ecclésiastique, politique et littéraire, du 7 juillet 1838, une trace de l’activité de Dufresne, dans ses fonctions de directeur des prisons. Un article de ce journal était ainsi rédigé : « Paris. – Dimanche dernier, M. l’Archevêque a présidé à une pieuse cérémonie dans la chapelle de la maison de Saint-Lazare, faubourg Saint-Denis. On sait qu’on a réuni dans cette maison toutes les femmes condamnées à diverses peines, et les filles de la correction paternelle. Plusieurs de celles-ci avaient été instruites et préparées pour la première communion par M. l’aumônier de la maison. M. l’Archevêque est arrivé à huit heures du matin, et a été reçu avec pompe. M. le préfet de police, M. Bérenger, conseiller de cassation, M. de Metz, conseiller de la cour royale, M. Olivier Dufresne, inspecteur général des prisons de Paris, plusieurs autres fonctionnaires et les employés de la maison étaient réunis, ainsi que les dames qui se consacrent à visiter les prisonnières, à les instruire et à leur inspirer de bons sentiments. M. l’archevêque a célébré la messe, et a donné la communion à environ quarante jeunes filles de la correction paternelle, auxquelles s’était joint un certain nombre de femmes. Le prélat leur a adressé avant et après la communion des paroles de piété sur la grandeur du sacrement et sur les sentiments dont elles devaient être pénétrées. Après la messe il a administré la confirmation et a encore prononcé une exhortation sur cette nouvelle grâce. Tout s’est passé convenablement, et la tenue des femmes a été fort satisfaisante. Les filles de la correction paternelle avaient été habillées à neuf pour la circonstance. Après la cérémonie, M. l’Archevêque a visité la maison, a parcouru les salles, accompagné des autorités, fonctionnaires et employés, et s’est montré partout plein d’à-propos, de tact et de douceur. » La révolution de Février vit la révocation de Dufresne. Dans Les Conspirateurs, de Chenu, on trouve la scène suivante, peut-être véridique, et dans laquelle Dufresne apparaît : « Le 25 février nous vîmes entrer chez Caussidière le citoyen Galland, grotesquement affublé d’une capote de guérite, attachée autour des reins par une corde ; il accompagnait un monsieur inconnu, qu’il conduisit vers Caussidière. “Citoyen préfet, lui dit-il, je te présente l’homme qui a fait bâillonner Guinard, le citoyen Olivier Dufresne lui-même, inspecteur général des prisons. Je lui offre ma protection pour le reconduire jusqu’à la porte de la Préfecture car je pense bien que tu vas le dégommer à l’instant même.” – Tu as poursuivi les patriotes de ta haine et tu leur as fait souffrir mille tortures, dit Caussidière ; tu es indigne de servir la République. Reconduis-le, Galland ; je le confie à ton patriotisme, afin que nos amis ne lui fassent pas un mauvais parti.” M. Dufresne aurait peut-être eu quelque chose à dire, mais le tableau qui s’offrait à ses yeux l’avait tout à fait dégoûté du service. C’est que c’était chose singulière que le cabinet de M. Caussidière : partout des hommes en guenilles étendus sur les canapés, sur les fauteuils. On fumait, on crachait sur les parquets, sur les tapis. De sinistres figures traînaient de grands sabres, et juraient comme au bivouac, tutoyant le Préfet et les visiteurs. M. Dufresne ne réclama donc pas contre sa révocation, et le citoyen Galland eut le plaisir de le reconduire jusque dans la rue de Jérusalem. » En 1831, Dufresne était lieutenant dans la garde nationale. Il demeurait 41, rue Caumartin, lors de son passage à Paris en 1825 ; 19, rue des Moineaux en 1825-1827, 18, rue de Pontoise en 1829-1831 ; 12, rue Chanoinesse en 1835-1847. Journal de Paris, 31 mai 1825 ; Mémoires dun bourgeois de Paris, comprenant la fin de lEmpire, la Restauration, la Monarchie de Juillet et la République jusquau rétablissement de lEmpire, Bruxelles, Labroue et compagnie, 1854, tome deuxième, p. 128 ; Bulletin des lois, année 1825, n° 8, Bulletin 41, n° 954 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la croix de Juillet du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 639 n° 5, liste générale alphabétique ; Archives de Paris, VD6 672 n° 1 ; Archives de Paris VK33 Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 3 janvier 1831, jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques, idem Commission des récompenses nationales, (ancien) XIIe arrondissement, propositions honorifiques du 20 janvier 1831 ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants ; Archives de la préfecture de police AA 366, Etat des allocations accordées aux condamnés politiques, résidant à Paris, pour le mois de décembre 1833 ; Archives nationales F/1dIII/33 état des personnes qui ont obtenu des emplois ou de l’avancement dans le département de la Marine sur les demandes de la Commission des récompenses nationales et état des places et faveurs accordées par le gouvernement, à la suite de la révolution de Juillet et des événements qui s’y rattachent et en considération de la part qu’y ont prise les impétrants ou leurs familles ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/7/6773 ; Archives nationales F/15/2557-2559, état nominatif des membres de la Commission des récompenses nationales et des membres des jurys ; Archives nationales F/15/3883 ; Archives de la préfecture de police AA 366, Etat des allocations accordées aux condamnés politiques, résidant à Paris, pour le mois de janvier 1834 ; Archives de la préfecture de police AA 366, Etat des allocations accordées pour le mois de janvier 1848 aux condamnés politiques de la Restauration qui résident à Paris (pour une somme de trente francs) ; Souvenirs dun médecin de Paris, Dr Poumiès de la Siboutie, Plon et cie, Paris, 1910, p. 244 ; Annuaire historique universel pour 1833, Tencé, Paris, Thoisnier-Delaplace, 1834, p. 230 ; Révélations historiques, Louis Blanc, Bruxelles, Meline, Cans et Cie, 1859, tome Ier, p. 31-32 ; Souvenirs politiques du comte de Salaberry sur la Restauration (1821-1830), publiés pour la Société dhistoire contemporaine, par le comte de Salaberry son petit-fils, Paris, Picard, 1900, p. 169 ; Vidocq, vie et aventures, Barhélemy Maurice, Paris, Laisné, 1864, p. 192 ; Biographie des hommes du jour, Sarrut et Saint-Edme, tome V, deuxième partie, Paris, au Dépôt général, p. 188 ; Annales maritimes et coloniales, recueil des lois et ordonnances royales, Bajot, 16e année, 2e série, 1re partie, Paris, Imprimerie royale, 1831, p. 116 ; Procès des accusés davril devant la Cour des pairs, Paris, Pagnerre, 1834, p. 204 ; Attentat du 28 juillet 1835, Cour des pairs, volume 2, Imprimerie royale, Paris, 1835-1836, p. 453-474 ; Annuaire historique pour 1833, par Ulysse Tencé, publié par M. C. L. Lesur, Paris, 1834, chez Thoisnier-Desplaces, p. 229 ; Archives nationales CC 708 d 78 ; Procès de Fieschi et de ses complices, chez A. E. Bourdin, Paris, 1836 ; Mémoires de M. Gisquet, ancien préfet de police, écrits par lui-même, tome cinquième, Bruxelles, Jamar éditeur-libraire, p. 192 ; Histoire de dix ans, 1830-1840, Louis Blanc, septième édition, tome quatrième, Paris, Pagnerre, 1848, p. 181 ; Répertoire général des causes célèbres par Saint-Edme, 1835-1836, tome premier, Leclerc, Bordeaux, 1836, p. 299 ; Annuaire historique universel pour 1836, Ulysse Tencé, paru chez Thoisnier-Desplaces, p. 158-159, 202 ; Almanach royal et national pour lan 1838 présenté à Sa Majesté et aux princes et princesses de la famille royale, Paris, chez Guyot et Scribe, 37, rue Neuve-des-Mathurins, 1847, p. 896 ; LAmi de la religion, journal ecclésiastique, politique et littéraire, tome 98e, n° 2990, Paris, 1838, p. 36 ; Les Conspirateurs, deuxième partie, tirée des Mémoires dun montagnard, Chenu, Paris, Giraud et Dagneau, 1850, p. 132-133 ; Chateaubriand, Mémoires doutre-tombe, Le Livre de poche, Paris, 1973, tome 3, p. 409 ; LEpopée des régicides. Passions et Drames. 1814-1848, Louessard, l’Insomniaque, Paris, 2000, pp. 177-178, 250. Il a son dossier de grâce dans laffaire Berton dans Archives nationales BB/24/8 BB/24/17 dossier S.6-1628.

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