Dugas, Florent
Biographie
Né vers 1804 à Châteaudin (Eure-et-Loir). Ancien militaire au 47e régiment d’infanterie de ligne, devenu menuisier mécanicien. Il fut blessé le 28 juillet d’un coup de lance reçu dans les reins et, le 29 à la prise du Louvre, d’une balle reçue dans la jambe gauche. Il était porteur du certificat suivant : « Nous, soussignés, certifions que le nommé Dugas, Florent, ancien militaire au 47e régiment d’infanterie de ligne, maintenant ouvrier menuisier, demeurant à Paris, rue Saint-Ambroise n° 10, quartier de Popincourt, a fait partie des braves qui défendaient la cause de la liberté pendant les journées des 27, 28 et 29 juillet dernier et qu’il s’est particulièrement distingué en s’exposant au milieu des balles pour aller chercher le fusil d’un Suisse qui venait d’être tué sur le quai Pelletier en face le numéro 30 ; et attestons qu’il s’est trouvé partout où besoin était et particulièrement au Louvre, à la place de l’Odéon et au désarmement de la prison militaire de Montaigu, où il était commandé par un élève de l’Ecole polytechnique et ensuite revenu au Louvre. » Signé, le 18 août 1830 : Baraisé (voir Barabé, Marie, Jean, Amand), marchand de bouteilles, demeurant 40, rue de la Tannerie, qui ajoutait : « Je certifie en outre que le nommé ci-dessus a apporté chez moi un Suisse du 3e régiment, se nommant Duclos » ; Lemaignan, marchand de vin, demeurant 8, rue Planche-Mibray ; Desnoyers, demeurant 4, rue Planche-Mibray. Le certificat était apostillé par Cantuech, député d’Eure-et-Loir, qui le recommandait à la bienveillance du ministre de la Guerre. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement. Le jury de la Commission des récompenses nationales, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se prononça, dans sa séance du 18 décembre 1830, à aucune voix pour la croix, cinq voix pour la médaille, quatre voix pour une mention et aucune voix pour rien. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement (sous le nom de Dugas, Fleurent sur les listes du Bulletin des lois et sur celles du Moniteur universel). Incorporé dans la 2e compagnie du 1er bataillon de la garde municipale le 4 septembre 1830, il y demeura jusqu’en avril ou juillet 1831, date de son départ pour l’Afrique, où il espérait un grade de sous-lieutenant, sans succès. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. En 1832, fusilier dans un régiment de colons d’Afrique, il demandait qu’on lui fît parvenir son brevet et sa médaille. Revenu de la colonie en juin 1833, il redevint menuisier en meubles. En 1834, il travaillait chez Tridon, 81, rue de Charonne, gagnait, comme menuisier en meubles, deux francs par jour (moins ce que son patron lui retenait pour l’avance qu’il lui avait faite pour acheter un peu de mobilier), était marié et père d’un enfant de six ans. Il sollicita des secours et reçut cinquante francs en 1834. Le préfet de la Seine le dit alors dans une position « malheureuse » et le préfet de police précisait : « C’est un homme tranquille dont on dit beaucoup de bien sous le rapport de la conduite et de la moralité. » Il reçut un secours de soixante francs en 1836, un secours de cinquante francs en 1837, un secours de trente francs en janvier 1839. Il fit partie de la délégation de soixante-treize décorés de Juillet, qui, le jour de la fête du roi le 1er mai, sans doute en 1839 (en tout cas après 1838), se présentèrent à son palais, pour le féliciter et l’assurer de leur entier dévouement ainsi qu’aux membres de sa famille (voir la liste des décorés à Grand, Pierre). Il fut arrêté le 1er juin 1839 pour l’insurrection de mai. Il fut saisi à son domicile quatre exemplaires du journal le Peuple, quatre exemplaires du journal l’Intelligence, une brochure ayant pour titre Philosophie populaire et un canon de pistolet, qu’il disait avoir rapporté d’Afrique où il avait servi deux ans comme « colon militaire ». En août et en décembre 1839, « dans une affreuse misère, sans pain et sans vêtements, père de famille, il sollicita un secours. Il fut arrêté pour association illicite ou complot contre la sûreté de l’Etat le 6 octobre 1840. Le 19 janvier 1841, le préfet de police donnait sur son compte les renseignements suivants : « […] Le nommé Dugas, demeurant rue de Charonne n° 96, travaille dans la filature de laine du sieur Gobert, rue Picpus n° 35 ; il est marié et a deux jeunes enfants. Régulier dans sa conduite, il ne fréquente que sa famille et on ne lui connaît aucune relation politique. Quant à la participation qu’il pourrait avoir eue aux affaires des 12 et 13 mai, il résulte de renseignements recueillis à cet égard que Dugas n’est pas sorti de chez lui pendant ces jours d’émeute et qu’il aurait été victime d’une délation calomnieuse de la part du nommé Lebarrie, chauffeur d’une pompe à feu aux filatures de laine et qui a été, comme lui, acquitté par la Cour des pairs. Sa détention à cette époque ayant porté, dit-on, atteinte à ses forces physiques, il tomba assez gravement malade et fut obligé, pour soutenir sa famille, de faire des dettes, que le manque d’ouvrage ne lui a pas permis encore d’acquitter. Il est au surplus, en ce moment, dans un état de pénurie extrême. […] Quelles que soient les protestations du sieur Dugas relativement à sa conduite pendant les journées de mai 1839, il n’en est pas moins certain qu’il affichait à cette époque le républicanisme le plus exalté parmi les ouvriers de la fabrique où il était employé. Je dois cependant ajouter que les rapports qui m’ont été adressés sur son compte, depuis son acquittement par la Cour des pairs, l’ont constamment représenté comme revenu à de meilleurs sentiments et ayant mis de côté les intrigues politiques pour ne s’occuper que de son travail. » Il reçut un secours de quarante francs en mars 1841. Il fut de nouveau arrêté pour l’attentat de Quenisset, le 13 septembre 1841. Une note de police dit de lui : « Dugas est membre de la Société des Travailleurs Egalitaires. Il fait partie de la fraction commandée par Napoléon Bazin. Il est lié avec Auguste et Just. Il connaît Colombier, mais celui avec lequel il a le plus d’intimité c’est Choquin. Dugas a été militaire, il a servi en Afrique. Il est aujourd’hui mécanicien. Dugas n’est pas très intelligent ; il n’a que de l’activité. Ses camarades lui ont souvent reproché d’être hâbleur. Souvent il leur a parlé d’armes et de cartouches, souvent il leur a fait espérer qu’il leur en procurerait et jamais il ne leur a tenu parole. Dugas ne savait rien de l’attentat de Papart, bien qu’il connût les principaux complices de cet attentat. » Accusé par le juge de faire partie de la Société des Travailleurs Egalitaires et de celle des Bastilles, il nia, comme il nia tout ce qu’on pouvait lui reprocher. Dans les papiers saisis chez Dupoty, la police trouva une lettre de lui et qu’il avait voulu faire insérer dans le journal : il avait été arrêté, perquisitionné et relâché deux jours après ; il écrivait qu’il avait ainsi perdu deux jours de travail, ce qui lui portait un grand préjudice. « Depuis mon acquittement de la Cour des pairs dans la première catégorie de mai, écrivait-il, j’ai été longtemps sans pouvoir trouver d’ouvrage ; maintenant que j’en ai, que le pouvoir ne me le fasse donc pas perdre en me tracassant comme il en a le bon vouloir. » Dans ses aveux à la justice, postérieurs au procès, que fit Colombier, il dit que Dugas était à la réunion du 5 ou 6 juillet pendant laquelle plusieurs membres des sociétés secrètes devaient décider si on allait attaquer ou non. Il avait dit qu’il connaissait quelqu’un qui devait fournir 500 fusils. Brazier, toujours dans les aveux postérieurs au procès, dit : « Un jour, chez Colombier, il a été question d’armes. Dugas a dit que si l’on pouvait se réunir au nombre de douze ou quinze mille hommes on aurait de quoi les armer. » Il fut libéré, le 13 novembre 1841, par la chambre des mises en accusation de la Cour des pairs. En juin 1844, une note de police était ainsi rédigée, le concernant : « […] Est peu occupé en ce moment. Sa femme tient une petite boutique d’épicerie. Ce ménage a un enfant à sa charge et paraît dans une position peu aisée. Le sieur Dugas a figuré dans le procès politique du 12 et 13 mai 1839 […] mais aujourd’hui il paraît s’être amendé car on le représente comme un honnête homme, d’une bonne conduite et ne s’occupant pas de politique. Il reçut un secours de vingt-cinq francs en juillet 1844. Il fut nommé garde chef forestier, le 2 mai 1848, aux appointements de sept cents francs annuels, et affecté à la résidence de la Grognais à Saint-Gildas-les-Bois (Loire-Atlantique). En 1849, il sollicita un secours pour faire face aux frais de son installation et aux dettes qu’il avait contractées à Paris. En janvier 1849, une note de police rapportait sur son compte : […] Marié, sans enfant, a demeuré chez un sieur Lesueur, peintre, rue Basfroi n° 2, chez lequel il fait encore adresser ses lettres. Il a quitté la capitale depuis quelques mois pour aller occuper un emploi [de garde forestier] à Lagrenier (Loire-Inférieure). » Il perdit sa place, le 20 février 1853, par suite de la vente de son cantonnement. Il fut garde forestier la Gacilly (Morbihan), propriété de Louis-Philippe jusqu’au moment de sa mise en vente. De retour à Paris, il fit des démarches pour retrouver une place et un rapport de police précisait : « […] Dugas est à peine connu dans son domicile, où sa conduite n’a donné lieu à aucune remarque particulière. On ne connaît nullement ses ressources mais il ne paraît pas qu’elles soient considérables car il semble très inquiet pour le résultat de sa demande. » Il reçut un secours de cinquante francs en 1853. Il fut nommé brigadier forestier le 25 janvier suivant à Oslon (Saône-et-Loire), sur la recommandation de Parchappe, son ancien lieutenant-colonel au 47e de ligne, du baron Gustave Reill, de Perret, député, de De Soubeyron préfet des Pyrénées-Orientales. Il sollicita un secours pour face à ses frais de voyage depuis le Morbihan à Paris et depuis Paris jusqu’à Oslon, où il fut brigadier de 2e classe. Il reçut un secours de cinquante francs en 1854. En 1855, il fit une nouvelle demande de secours et reçut quarante francs. Il fut révoqué, le 11 octobre 1856 de son emploi de brigadier forestier, sur, selon lui et selon son protecteur Parchappe, de faux rapports qui lui valurent la disgrâce du directeur général des Forêts. La cause de cette révocation fut sans doute d’avoir vendu pour quarante francs de foin, provenant des routes forestières, alors qu’il n’avait pas de bétail pour consommer ce foin et que le garde général lui avait dit qu’il pouvait en disposer. Le 1er décembre 1856, il quitta Oslon, pour se rendre en Algérie comme colon, débarqua le 8 décembre, dans l’espérance d’être réintégré dans l’administration des Forêts. Il était porteur de certificats qui attestaient sa bonne conduite pendant ses fonctions de garde forestier. Le maire d’Allériot (Saône-et-Loire) ; l’inspecteur des forêts de la maison d’Orléans ; le maire d’Oslon ; le maire de Châteaudun. Mais rapidement pris de fièvres à Tizi-Ouzou, où il travaillait alors pour le génie militaire, il dut quitter l’Algérie, le 15 septembre 1857, et retourna à Châteaudun, ayant obtenu un passage gratuit pour lui et sa femme et des passeports d’indigents. Sans aucunes ressources, hébergé avec sa femme chez des cousins, malade, « dans la plus grande nécessité », il sollicita des secours et reçut cinquante francs. En 1858, il sollicita un emploi dans l’administration des forêts en Algérie. Sa demande était appuyée par Parchappe, général de division et député. En 1858, à l’occasion d’une demande de secours, le ministère de l’Intérieur jugea que les secours donnés « à un certain nombre d’individus qui ont pris les armes pour le renversement du gouvernement en 1830 et en février 1848 constituent en réalité une récompense accordée à l’émeute et un encouragement à l’insurrection » et décida que ces secours seraient désormais supprimés « sauf en ce qui concerne les individus blessés par accident ou en combattant contre l’émeute dans les rangs de l’armée ou de la garde nationale ». Dugas demeurait 10, rue Saint-Ambroise en 1830 ; à la caserne Mouffetard en 1830 ; 81, rue de Charonne (au deuxième étage) en 1834 ; 12, rue Basfroi vers 1838 ; 96, rue de Charonne en 1839-1844 ; à Saint-Gildas-les-Bois (Loire-Atlantique) en 1848-1849 ; 14, rue Saint-Bernard en avril 1853, arrivant de la Gacilly (Morbihan) ; à Oslon (Saône-et-Loire) en 1854-1855 ; 4 bis, rue du Guichet à Châteaudun en 1857 ; 8, rue des Pruniers à la barrière des Amandiers à Charonne en 1858. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 639 n° 5, liste générale alphabétique ; Archives de Paris VD6 682 n° 3 ; Archives de Paris VK3 33 Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 18 décembre 1830, jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIIe arrondissement, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/49 in dossier Chevrier ; Archives nationales F/1dIII/54 in dossier Dubarry ; Archives nationales F/1dIII/54 ; Archives nationales AB/XIX/15 papiers des Tuileries (trouvés lors de l’envahissement du palais par le peuple en février 1848, N.D.A.), décorés de juillet 1830, citoyens qui ont pris part aux événements de 1830 ; Archives nationales CC 782 dossier Dupoty p. 19 ; Archives nationales CC 783 dossier Dugas, dossier Brazier, dossier Colombier ; Archives nationales CC 791 dossier Colombier ; Archives nationales CC 792 30 septembre 1841 et interrogatoire Dugas, Voir Brazier p. 330-331 ; Archives nationales F/15/4240 ; Archives nationales F/15/3884, Commission des récompenses nationales, détenus politiques 2e catégorie, pensions ; Archives de la préfecture de police AA 425, soulèvement républicain des 12 et 13 mai 1839 ; L’Epopée des régicides. Passions et Drames. 1814-1848, Louessard, l’Insomniaque, Paris, 2000.