Duguèvre, Henri, Charles, Hubert
Biographie
Né le 15 novembre 1806 à Abbeville (Somme), fils d’un ancien militaire ayant dix-huit années de service et reçu « d’honorables blessures » « dans les guerres de la révolution », devenu avoué à Abbeville. Ancien élève du collège d’Amiens, titulaire du certificat d’études, devenu commis négociant, représentant la maison Vernhes et Dassier, 3, rue des Déchargeurs. Il rédigea, pour la Commission des récompenses nationales, l’exposé suivant de sa conduite : « […] A peine sortirent les trop célèbres ordonnances que ma voix s’éleva de toutes ses forces contre leur illégalité. Ce n’était qu’un prélude à un rôle plus glorieux dont j’acceptai avec joie les dangers. Déjà la fusillade répondait à nos cris. Il fallait repousser une affreuse agression. Je n’avais point d’armes. Je cours aussitôt chez un voisin limonadier, rue Bétizy, Drin est son nom, Je lui arrache son uniforme de garde national. Son fusil est entre mes mains. Je me dirige alors vers la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Là, je laisse mon nom et, dès cet instant, je vole partout où il y a à combattre, m’exposant à une mort que je trouvais glorieuse et à laquelle j’échappai comme par miracle. Je me suis battu dans les rues Saint-Honoré et des Prouvaires, au marché des Innocents et à la Grève. Le 29, on me vit encore des premiers au Louvre et aux Tuileries, toujours sur les pas de ces braves élèves de l’Ecole polytechnique. Leur uniforme était mon drapeau. Enfin dans ces journées je me vouai tout entier à la cause publique, le jour en me battant, la nuit en veillant dans les corps de garde. J’ai terminé comme j’avais commencé. Je suis le jeune homme que quelques journaux cherchèrent à désigner, qui, se constituant chef de son propre mouvement, contribua par sa fermeté à empêcher le désordre et le pillage dans le château des Tuileries que les Suisses venaient de nous abandonner. Les signatures qui suivent prouvent la véracité de tous ces faits. Je regrette de ne pouvoir vous offrir le témoignage de l’élève de l’Ecole polytechnique Cochon, qui me trouva souvent à ses côtés, mais en voici un de quelque solidité : les légions de la garde nationale voulant confier les drapeaux aux mains de ceux qui se distinguèrent le plus dans ces derniers événements, plusieurs gardes de la IVe m’offrirent de me présenter à leurs chefs pour remplir un poste si glorieux mais je ne suis point dans leurs rangs et mes occupations m’empêchent d’y entrer […]. » Sa lettre était signée par Drin, marchand de vin, demeurant 10, rue de Bétizy ; Langulle, sergent, demeurant 20, rue des Mauvaises-Paroles ; Lecoq, lieutenant en second ; Outin, Jean-Pierre (vor ce nom), premier lieutenant de chasseurs à la 2e compagnie du 2e bataillon de la IVe légion de la garde nationale ; Giraud illisible, capitaine en premier ; Ollive, L., capitaine en second ; Fréville Living (voir sans doute le père de Fréville, Joseph, Ernest ?), chef de bataillon au 1er de… ; Imbault, sergent ; Clerc fils, sous-lieutenant ; Tranchant, chef en second au second au 2e bataillon ; Roger, caporal ; Plaine aîné, sous-lieutenant à la 2e compagnie du 2e bataillon ; Pin, négociant, demeurant 9, rue des Déchargeurs ; Caron ; Bourin, demeurant 9, rue des Déchargeurs ; Michelet, demeurant 9, rue des Déchargeurs ; Sedillot, Charles, Antoine (voir ce nom), lieutenant-colonel de la IVe légion ; Ravenau, demeurant 11, rue de la Monnaie. Dans le dossier, on trouve une lettre qui lui est adressée par Cochon, François, Charles, Fortuné (voir ce nom), datée du 9 septembre 1830, et ainsi rédigée : « Très brave camarade,
»L’accueil que tu as reçu des Abbevillois est loin de m’étonner. Quand on s’est battu comme toi et qu’on s’est montré infatigable comme tu l’as fait, on a tout lieu d’attendre de ses concitoyens les marques d’estime les plus brillantes. Permets qu’à mon tour je te félicite et je rende justice à un vieux camarade de collège et à un nouveau frère d’armes. Ton caractère et tes opinions m’étaient assez connus pour que je ne doutasse pas de la conduite que tu tiendrais dans une pareille circonstance. Aussi, quand je t’ai aperçu dans nos rangs, je t’y cherchais, presque certain d’avance de t’y trouver et en t’y voyant j’étais sûr de pouvoir me dire, ton ami, Cochon, élève de l’Ecole polytechnique. P.S. Je te demande pardon si je ne t’ai pas écrit plus tôt mais j’arrive de la campagne et j’ai trouvé toute une correspondance depuis mon départ. J’ai commencé par toi et je te quitte pour songer aux autres. » Duguèvre sollicita un emploi civil ou militaire. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Le 19 décembre 1830, sur le rapport de la Commission des récompenses nationales, il fut compris dans la liste des cent neuf citoyens nommés au grade de sous-lieutenant (dans la proportion de deux par régiment), pour s’être « particulièrement distingués dans les journées de juillet ». Il fut affecté à l’Ecole de cavalerie de Saumur. Il reçut mille francs de supplément d’indemnité de première mise, par suite de la décision de M. de Montalivet, en date du 26 septembre 1831. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie de cet arrondissement (sous le nom de Duguèvre, Henri sur les listes du Bulletin des lois et sur celles du Moniteur universel). Sa médaille et son brevet lui furent délivrés le 25 août 1832. Il demeurait 3, rue des Déchargeurs en 1830-1831 ; à Saumur (Maine-et-Loire) en 1832. Le Moniteur universel, 20 décembre 1830 ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris Vbis1K4 2, Département de la Seine, IVe arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet, 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés du (ancien) IVe arrondissement ; Archives de Paris VD6 277 ; Archives nationales F/1dIII/33 sous-lieutenants (1831-1833), état nominatif des sous-lieutenants de Juillet envoyés, sur la demande de la Commission des récompenses nationales, à l’Ecole de Saumur, avec indication des destinations qu’ils ont reçues, des sommes qu’ils ont touchées à titre de supplément d’indemnité de première mise et de celles qu’il y aurait encore lieu de leur payer en exécution de la décision prise par M. de Montalivet, le 30 juillet 1832 et aussi état des sous-lieutenants nommés sur la présentation de la Commission des récompenses nationales ; Archives nationales F/1dIII/38 A, état nominatif des sous-lieutenants présentés par la Commission des récompenses nationales, promus à ce grade le 19 décembre 1830, actuellement à l’Ecole de Saumur, réclamant la première mise qui leur a été accordée par l’arrêté du 2 janvier 1831 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IVe arrondissement.