Duhamel, Jacques, Léon

Biographie


Né vers 1804. Maçon. Il fut tué à l’attaque du Louvre. Sans que, jusquà présent, il y ait dautres traces sur lui. Il fut enterré au Louvre. Il resta connu pour son chien, qui l’accompagnait pendant l’attaque et qui lui resta fidèle en refusant d’abandonner l’endroit où avait été enterré son maître. Ce chien fit l’objet de deux brochures, qui nous laissent les indications biographiques suivantes : « Médor était avec son maître lorsque les premières étincelles de la révolution commencèrent à paraître, Jacques-Léon Duhamel, maçon, et âgé de 26 ans, enthousiasmé du patriotisme le plus pur, détestant l’arbitraire, se mit dans les rangs des braves et voulut participer à la régénération ; le pauvre Médor était à ses côtés, et semblait lui signifier qu’il ne voulait point l’abandonner ; semblable à ce fidèle serviteur qui disait à son maître proscrit et exilé : je ne vous abandonnerai jamais et je vous suivrai partout. De même Médor est inébranlable à son poste ; d’un instant il ne quitte pas la place du Louvre. […] Dans cette intrépide attaque, nous perdîmes beaucoup d’excellents citoyens, parmi lesquels nous compterons Duhamel, que nous venons de mentionner, demeurant rue des Deux-Ecus, n° 7 ; ainsi que son cousin germain, Louis-Alphonse Duhamel, de la même profession, et demeurant au même domicile. Tous deux reçurent le coup mortel, et Médor resta toujours là. Alors plus de repos pour cet intéressant animal ; une fois que son maître eut succombé, lui-même fut atteint de plusieurs balles. C’est alors qu’on aperçut tous les effets de son attachement ; il est presque impossible de s’en faire une idée. Nous venons de dire qu’il n’y eut plus de repos pour Médor ; effectivement dès cet instant, il resta et demeura au même endroit, jour et nuit se promenant lentement le long des murs et des palissades, faisant retentir l’air de ses hurlements et de sons plaintifs ; personne alors ne n’apitoyait sur son sort et la raison en est toute simple, c’est que personne n’était instruit des motifs de sa tristesse.

Nous devons ici rétablir un fait que nous avons omis de citer, c’est qu’à l’attaque du Louvre, dans le plus fort de l’action, Médor resta non seulement auprès de son maître mais aussitôt qu’il aperçut la voiture sur laquelle on devait le transporter, il s’élança dessus avec acharnement, le suivit jusqu’à la fosse où il fut mis avec plusieurs autres ; depuis ce temps, on l’a vu constamment sur la tombe qui renferme l’objet de ses regrets.

Plus de quinze jours s’étaient écoulés sans qu’on eût remarqué cet ami fidèle, et c’est à la dame Troiedul, demeurant rue des Poulies, n° 7, que nous devons la conservation de Médor. L’on peut dire avec vérité que cette dame fut aux plus petits soins pour cet incomparable animal ; sans elle Médor aurait succombé à une maladie dont il était atteint ; mais elle fut assez courageuse pour en avoir pitié, et elle résolut de le guérir : l’empressement qu’elle y mit est au-dessus de l’imagination, le corps de l’animal était effrayant par sa maigreur ; ses oreilles surtout, ne formant qu’une plaie, exhalaient une odeur insupportable. Cette dame compatissante ne se découragea pas, et malgré les plaisanteries ou sarcasmes de plusieurs voisins, elle n’abandonna pas son entreprise, et Médor fut sauvé. Une fois guéri, un obstacle se présenta, ne voulant pas le garder chez elle et ne voulant pas non plus l’éloigner de l’objet de sa douleur. En cette occasion, elle invita une pauvre femme de s’en charger, et quoique peu aisée, elle ne fut point ingrate et sut reconnaître ses services. C’est alors que l’on vit Médor reprendre en quelque sorte une nouvelle existence ; il a pris un peu d’embonpoint il est vrai. Cependant nous devons dire qu’il ne prend, pour ainsi dire, pas de nourriture, mais il boit beaucoup, se ressentant encore de ses blessures. Aujourd’hui que le danger est passé, nous remarquons encore en lui la même tristesse et le même abattement. Si ce pauvre animal témoigne quelque affection, ce n’est absolument qu’à ceux qui ne l’ont point abandonné ; c’est surtout à cette femme sensible qu’il témoigne toute sa reconnaissance.

L’espèce d’isolement dans lequel se trouve l’animal au milieu de la foule qui l’entoure, jette dans l’âme une sorte d’intérêt qu’il est difficile d’expliquer et de bien comprendre. Nous pouvons affirmer avoir vu répandre des larmes d’attendrissement à plusieurs personnes, sur le sort de ce chien extraordinaire, qui surpasse par son instinct tous les autres chiens célèbres ; et comment ne serait-on pas ému du sincère attachement de ce pauvre animal, comment rester insensible lorsqu’on le voit s’occuper dans la journée à déterrer avec ses pattes un chiffon que l’on présume être un reste de la chemise de son maître, et lorsqu’il est parvenu à se procurer ce morceau de linge, il le nettoie, et ensuite le replace au même endroit ? comment définir un tel procédé ? il est vraiment inimaginable.

Offre-t-on, à Médor des biscuits ou gâteaux, c’est alors que l’on voit son adresse incompréhensible à les enterrer, persuadé dans son instinct qu’ils alimenteront son infortuné maître ; peut-on nous dire si en ce bas monde on est capable de trouver un ami semblable !… Une remarque que l’on fait journellement et qui n’est pas sans intérêt, c’est la haine que porte cet animal à la planche qui borde la tombe des Suisses, quelquefois il la rogne parce qu’elle a servi à l’inhumation des victimes de juillet.

Médor, de la race des barbets, est blanc, oreilles marron et taches marron sur le dos. Qu’on nous accorde la permission, comme étant son historien, de rapporter les événements qui lui sont arrivés, les risques qu’il a courus d’être enlevé, et nous voulons dire que plusieurs personnes ont cherché à se l’approprier ; à l’appui de cette assertion, nous citerons quelques faits parvenus à notre connaissance : huit jours après la mort de son maître, un conducteur de voitures l’avait emmené à trente lieues de Paris, mais deux jours après il était à gémir sur la tombe de son ami.

Le 20 janvier une femme se faisant passer pour veuve et qui prenait soin de la tombe d’Auguste Marchal, cette femme avait su se procurer des certificats, et par ce subterfuge, avait vendu Médor 200 francs à un Anglais, qui l’a emmené, et l’animal n’a pas été long à revenir au poste, qu’il ne quitte pas depuis sept mois, et la veuve supposée est maintenant en arrestation.

Le 25 du même mois, Médor fut encore convoité par un sieur et dame Martin, propriétaires à Vitri, qui l’ont emmené à leur maison de campagne ; Mme Détot, chargée de la vente des livres au profit des blessés, en ayant été informée, se rendit chez M. le gouverneur qui eut égard à sa plainte, lui remit une lettre, et eut même la bonté de la faire accompagner, jusqu’à Vitri, par M. Boulet, employé chez le gouverneur du Louvre.

La dame Détot apprit de la concierge, qu’on avait eu bien soin de Médor, mais que ce pauvre animal, depuis son arrivée, pleurait sans cesse, et lorsqu’il sortait de l’appartement et qu’il se trouvait sur la terrasse, se tournait de suite du côté de Paris. M. Martín, d’après l’invitation qui lui était faite, en effet aucune difficulté de restituer Médor, et depuis son retour, afin d’éviter pareil accident, on a pris toutes les précautions nécessaires.

Nous devons, à la vérité, en finissant notre histoire, dire que MM. les gardes nationaux de la 6e légion ont voulu aussi prendre intérêt à Médor, en lui faisant construire une cabane, afin que notre ami fidèle soit à l’abri de l’injure du temps, sur laquelle on lit le quatrain :

Depuis le jour qu’il a perdu son maître,

Pour lui la vie est un pesant fardeau ;

Par son instinct il croit le voir paraître ;

Ah ! pauvre ami, ce n’est plus qu’un tombeau. »

Duhamel demeurait 7, rue des Deux-Ecus. Tombeaux du Louvre. Histoire véritable de Médor ou le chien fidèle, contenant des détails circonstanciés sur les événements arrivés à son maître, mort à la prise du Louvre. Imprimerie Le Normant fils, rue de Seine, Paris, 1830 ; Médor ou le chien du Louvre au tombeau de son maître. Relation sur lhistoire dun chien fidèle, dont le maître a été victime dans les trois journées de Juillet, Chez Gauthier, rue Mazarine, n° 49, imprimerie Le Normant fils, rue de Seine, n° 8, Paris, 1830 ; Archives de Paris VD6 288 n° 7, (ancien) IVe arrondissement, Liste des morts, pensions. Voir sûrement Lecene, ou Lessene, ou Leseine dit Duhamel, Jean-Jacques ?

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