Dumont, Frédéric

Biographie


Né vers 1808 à Resson (Oise). Commis négociant. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] IVe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac. Il adressa, le 27 août 1831, la lettre suivante à la Commission : « J’ai l’honneur de vous adresser un certificat qui constate que j’ai pris part aux glorieuses journées de Juillet. Si je ne me suis pas occupé plus tôt de faire valoir mes titres, c’est que j’ai eu des affaires indispensables ; à l’époque que ce rapport a été fait, j’avais l’intention de me faire nommer sous-lieutenant de cavalerie. Aujourd’hui, ayant changé d’avis, mon seul désir c’est de prouver que je me suis montré au jour du danger. Si je voulais, je pourrais vous adresser une pétition couverte de cinquante signatures attestant ce que ce rapport vous annonce, attendu qu’on trouve des amis complaisants et qu’il y a eu beaucoup d’abus de ce genre. Comme votre but, messieurs, est de connaître la vérité, je vous prierai seulement d’avoir la bonté de prendre des renseignements dans la maison que j’habite. Ses locataires, qui ne me connaissent pas, et qui par conséquent n’ont point intérêt à mentir, vous feront connaître l’exacte vérité. Vous pouvez en outre écrire à M. Augé de Fleury, ancien maire de Passy, qui vous dira que j’étais commandant d’un détachement. Car c’est M. Augé de Fleury qui m’a fait délivrer du pain et du vin. Comme je n’ai besoin de rien, et que je ne demande rien, je m’en rapporte seulement à la justice et à la loyauté de la Commission. Pour ma satisfaction personnelle, je vous demande seulement d’avoir la complaisance quand vous aurez fait prendre toutes les notes nécessaires à mon affaire de vouloir bien me faire connaître le résultat. » Il sollicitait aussi, après examen, le renvoi du certificat suivant, signé du maire de la commune de Passy et qu’il joignait à sa lettre : « Dans mon rapport à M. le général Gerard, en lui donnant avis de ma démission des fonctions de maire de Passy, démission qui me parut une conséquence obligée du renouvellement de tous les maires et adjoints de la capitale, ordonnée par l’autorité, le 31 juillet, je rendis compte de ce qui s’était passé à Passy, au moment de la retraite des troupes royales. Je n’ai pu indiquer le nom de celui des chefs du corps parisien, avec lequel j’avais été en relation dans la nuit du 30 au 31 juillet. Ce nom ne m’était point connu, le hasard m’a fait rencontrer, il y a quelques jours, ce jeune et courageux citoyen, c’est M. Frédéric Dumont, commis négociant, demeurant rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois n° 23. Il est aussi modeste que brave ; c’est une raison de plus pour moi que je le signale à la Commission. Voici, en ce qui le concerne, ce dont j’ai personnellement connaissance. Le vendredi vers 5 heures de l’après-midi, un détachement de Parisiens, dont une partie non armés commandés par un ou deux élèves de l’Ecole polytechnique (un de ces élèves se nomme, dit-on, M. Vernot ; à retrouver, pas délève à ce nom) se porta par la barrière de Passy vers le pont de Grenelle, territoire d’Auteuil. Ils n’avaient qu’une petite pièce de canon ; ils étaient d’abord, je crois, au nombre de trois cents mais il n’en resta qu’environ cent cinquante, le surplus rentra à Paris. A cette époque, les troupes royales, dont les vedettes jusqu’après du pont de Grenelle et dans le bois de Boulogne, étaient fortes, dit-on, d’au moins quinze mille hommes, infanterie et cavalerie, défendus par une formidable artillerie ; aussi les éclaireurs parisiens couraient-ils un imminent danger. Le chef supérieur du détachement avait donné un sous-commandement au jeune Dumont. De 9 à 10 heures du soir, ce dernier reçut la mission de procurer des instruments pour établir des barricades. Il vint avec quelques-uns de ses camarades à la mairie de Passy. Je lui fis délivrer pelles, pioches, brouettes, scies etc., qui furent aussitôt dirigées et conduites par lui sur le lieu de défense, au grand contentement de cette avant-garde qui se mit de suite avec ardeur au travail des barricades. La chaleur de la journée avait été extrême comme des jours précédents ; ces braves qui se battaient depuis trois jours était très fatigués ; ils n’avaient point emporté de vivres, ils tombaient de besoin ; il ne venait de Paris aucun renfort en hommes ; on ne leur envoyait pas de vivres. De toutes parts, on répandait le bruit que la garde royale avait reçu des renforts et allait revenir sur Paris, ce qui avait déterminé les habitant armés du voisinage à rester dans leurs communes pour défendre leurs foyers. Dans cette position critique, beaucoup d’hommes dont se composait le corps d’éclaireurs parisiens dont je viens de parler voulaient quitter ce poste avancé et revenir à Paris. La fatigue et surtout la faim leur ôtaient leur énergie. Les chefs, parmi lesquels était le jeune Dumont, les exhortèrent à tenir bon jusqu’au lendemain matin. Il était alors près de minuit. Le jeune Dumont s’offrit d’aller chercher des vivres et donna l’espoir qu’il ne tarderait pas à en rapporter. Il revint à cet effet à Passy, où il avait reçu bon accueil deux heures avant. Je lui fis donner à l’instant une pièce de vin et du pain, en suffisante quantité ; de retour au camp avec ces provisions, il y fut reçu aux acclamations de ses braves compagnons. Au moment où M. Dumont vint me demander des vivres, M. Gabriel Delessert, qui deux jours après m’a succédé dans cette mairie, était présent. Je savais qu’il avait des rapports avec les commandants de Paris, je le priais d’écrire de suite par exprès à M. le général Gerard pour demander qu’on envoyât un renfort à l’avant-garde dont il est ici question. Il s’est empressé de le faire. Il avait mis à ma disposition deux chevaux de selle montés par deux hommes de sa maison, afin que je pusse être instruit des mouvements du côté du pont de Grenelle et donner des ordres sur les divers points éloignés de cette commune. Le samedi 31, vers 2 heures après-midi, M. Dumont est venu avec plusieurs de ses camarades pour me remercier des secours que je leur avais procurés la veille. Il m’a appris que, le matin, ils s’étaient portés en avant jusqu’à Sèvres, où une fusillade s’était engagée et qu’ils avaient pris une ou deux pièces de canon. Plus de trois mois se sont écoulés sans que j’ai eu l’occasion de revoir ce brave et digne jeune homme. C’est alors qu’il m’a dit qu’étant rentré chez lui le 31 juillet pour prendre un peu de repos, qui lui était bien nécessaire, il avait perdu de vue ses chefs et qu’il ignorait s’ils avaient adressé à l’autorité le rapport de sa conduite et des événements auxquels il avait pris une part si active ; il a ajouté qu’il s’était battu sur divers points dans Paris, notamment le jeudi 29 au Palais-Royal, où deux décharges à bout portant avaient été faites par l’infanterie royale à travers les grilles sur cinquante Parisiens dont lui Dumont faisait partie ; vingt-cinq de ces braves Parisiens furent atteints par les balles. Il est impossible de s’exprimer avec plus de modestie que ne le fait cet intéressant jeune homme. Son langage a au plus haut degré le caractère de sincérité et de loyauté. Je ne puis trop insister auprès de la Commission pour l’engager à appeler M. Dumont devant elle et à recueillir tous les intéressants détails qui le concernent ou dont il a été le témoin. La Commission sera convaincue que M. Dumont a montré un vrai courage uni à beaucoup d’intelligence et de persévérance. Le but de la Commission est la recherche de la vérité ; j’ai cru qu’il était de mon devoir de contribuer à la lui faire connaître. Il m’a semblé aussi que ce mouvement sur la route de Sèvres à Saint-Cloud était une entreprise importante et hardie dont le récit devrait avoir une place remarquable dans le rapport des glorieux événements de Juillet. M. Dumont appartient à des parents qui sont dans l’aisance, il a reçu de l’éducation ; je crois, d’après les entretiens que j’ai eus avec lui qu’il a un goût très prononcé pour l’état militaire, et spécialement pour l’arme de la cavalerie ; il a de justes droits au grade de sous-lieutenant ; ce serait certainement un très bon officier. » Signé, le 20 novembre 1830 : Augé de Fleury, ancien maire de Passy, chevalier de la Légion d’honneur, membre du Conseil d’arrondissement de Saint-Denis. Dumont signa, le 1er septembre 1831, comme « ayant commandé un détachement de Parisiens à Sèvres », le certificat suivant en faveur de Delerne, Charlemagne, Stanislas d’Aubergicourt, quand ce dernier tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Je, soussigné, certifie que je me suis trouvé avec M. Delerne, Charlemagne, Stanislas d’Aubergecourt (sic), aux rassemblements des patriotes parisiens qui se sont trouvés réunis tant à Sèvres qu’à Saint-Cloud, où il m’a quitté, m’ayant dit qu’il se rendait à Versailles pour y rencontrer les forces de l’ennemi. » Il demeurait 23, rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois en 1831. Archives de la préfecture de police AA 384 in dossier Delerne, Charlemagne, Stanislas d’Aubergicourt ; Archives de la préfecture de police AA 387.

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