Dunan, Marie, Frédéric
Biographie
Né le 10 juillet 1800 à Saint-Gervais (Savoie). Elève en médecine. Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) VIIIe arrondissement. Dans sa séance du 12 avril 1831, le comité des renseignements, chargé de recueillir des informations sur les différents candidats aux récompenses honorifiques et sur les contestations qu’il pouvait y avoir sur chacun des cas, demandait l’ajournement de toute décision de croix de Juillet à son égard « pour avoir avancé des faits contraires à la vérité ». Dans sa séance du 14 avril 1831, le même comité des renseignements ajoutait les informations suivantes : « M. Dunant (sic) s’est d’abord présenté devant le jury du (ancien) Xe arrondissement ; les faits avancés par lui ont été regardés comme faux. Cependant il est porté par le (ancien) VIIIe arrondissement pour la décoration. » Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) VIIIe arrondissement (sous le nom de Dunau, Marie, Frédérique sur les listes du Moniteur universel). Dunan fut l’objet d’une polémique sur l’attribution qui lui fut faite d’une simple médaille. Grau de Saint-Vincent (voir ce nom), membre de la Commission des récompenses nationales pour le (ancien) VIIIe arrondissement, dans une lettre adressée le 30 avril 1831 à Imbert, commissaire du gouvernement pour les récompenses nationales, rapportait ainsi la décision qui avait été prise au sujet de Dunan : « Toutes mes démarches ont été inutiles pour faire revenir la Commission sur sa détermination relativement à M. Dunand (sic), qui avait été porté pour la décoration et que, par suite de sa belle conduite pendant les troubles [pendant le procès des ministres, N.D.A.], en a été rayé. Je vous adresse sous ce pli une déclaration de M. Perret, maire adjoint du (ancien) VIIIe arrondissement, qui vous mettra au courant de ce déni de justice, le certificat de M. Dubois, qui atteste la belle conduite du jeune homme, enfin la proclamation qu’il a faite à ses camarades pour les exhorter à maintenir l’ordre public. Voyez ce que vous pouvez faire pour ce jeune homme ; de mon côté, le travail des décorations étant terminé, il n’y a rien à espérer. » La lettre du maire du (ancien) VIIIe arrondissement, Perret, Auguste (voir ce nom), en date du 27 avril 1831, était ainsi rédigée : « En ma qualité de membre de la Commission des récompenses nationales, permettez-moi de signaler à votre attention une décision du jury central de cette commission, qui en même temps qu’elle blesse la justice, puisqu’elle prive un citoyen de droits justement acquis, est contraire aux dispositions de la loi qui a voulu qu’une décoration spéciale fût accordée à tous les citoyens qui se sont distingués dans les journées de Juillet. M. Dunand (sic), Marie, Frédéric, élève en médecine, demeurant rue Vieille-du-Temple, a mérité par sa courageuse conduite et par son ardent patriotisme cette distinction glorieuse, qui lui a été décernée à l’unanimité par le jury de mon arrondissement. Depuis les événements de Juillet, M. Dunand (resic) a constamment tenu la conduite d’un bon citoyen ami de l’ordre et des lois. Dans les journées de troubles de décembre, il a fait une proclamation aux élèves en médecine, pour les engager à unir leurs efforts à ceux de la garde civique pour le maintien de la tranquillité publique, fortement menacée. Ce fait est attesté par M. Dubois, doyen de la faculté, dont je vous adresse copie. Depuis et après l’insulte grave faite au ministre de l’Instruction publique à la Sorbonne, M. Dunand (resic) a rédigé une protestation, couverte aussitôt de dix pages de signatures et déclarant que quelques perturbateurs, tous étrangers aux écoles, étaient les auteurs de ces coupables excès. Vous trouverez aussi ci-joints ces deux pièces, dont il est l’auteur. Je prends la liberté, monsieur, de vous signaler ces faits afin que vous puissiez, après vérification faite du dossier de M. Dunand (resic) et appréciant vous-même la belle et honorable conduite de cet étudiant, mettre monsieur le ministre à même de réparer une injustice, en maintenant la première décision prise par le jury à son égard. » La proclamation qu’il avait rédigée au moment des troubles de décembre était ainsi conçue : « Chers camarades, voici venu l’instant où doit briller dans tout son éclat l’enthousiasme de notre patriotisme ! Nous devons à la justice notre concours ! Après avoir chassé la tyrannie, fait triompher le règne des lois, serions-nous aujourd’hui assez faibles pour leur refuser notre assistance ? Des gens mal intentionnés voudraient entraver la marche du procès des ex-ministres et compromettre par leurs manœuvres la gloire de notre illustre révolution. Formons-nous en légions, portons sur nos chapeaux les cartes de nos écoles et déclarons que nous sommes prêts à soutenir l’indépendance de la justice et rien que la justice jusqu’à la fin du procès. Voilà comment nous devons couronner l’œuvre de juillet et nous montrer aussi bons citoyens que courageux patriotes. Prouvons en même temps à ce peuple si héroïque, à ce peuple avec qui nous avons combattu, ce peuple dont nous voulons défendre les droits et rester toujours les fidèles amis, qu’on a voulu l’abuser en excitant en lui des passions que sa raison récuse et soyons sûrs que la sagesse qui l’anima en juillet viendra encore le guider aujourd’hui et lui mériter de nouveau l’admiration du monde entier. » Cette proclamation était apostillée ainsi par le préfet de la Seine : « Non seulement j’autorise mais je désire la publication de cette adresse, comme étant honorable pour les jeunes patriotes qui l’ont signée et utile au maintien de l’ordre public et des lois. » La protestation après les troubles qui avaient suivi la venue du ministre de l’Instruction publique à la Sorbonne (voir Blanqui), était ainsi rédigée et suivie d’une dizaine de pages de signatures : « Les élèves en médecine, soussignés, ayant appris par les journaux la scène scandaleuse qui a eu lieu samedi dernier à la Sorbonne et qu’on attribue aux étudiants, s’empressent de protester contre et de manifester combien ils désapprouvent de semblables désordres. Des jeunes gens qui se sont toujours montrés les fidèles amis de la liberté et de l’ordre public ne sont point capables de se livrer à une conduite aussi opposée à leurs sentiments. » L’attestation du doyen de la faculté était ainsi rédigée : « Je, soussigné, doyen de la faculté de médecine de Paris, certifie avec plaisir que j’ai vu, dans les journées de décembre, le sieur Dunand (sic) Frédéric, élève en médecine, mettre un zèle et un empressement bien louables au maintien de l’ordre et de la tranquillité publique ; qu’il est venu avec quelques-uns de ses condisciples le 21 décembre 1830 me prier de mettre l’amphithéâtre de la faculté à la disposition de l’école pour proposer aux élèves de se réunir à la garde nationale et d’adresser au peuple une proclamation la plus sage qui ont paru au nom des écoles, la seule qui ait été véritablement proposée et adoptée à l’Ecole de médecine et que M. le préfet de la Seine avait approuvée avec éloge, en écrivant au-dessous deux ou trois lignes de sa propre main ; qu’enfin sa conduite a toujours été digne d’éloges en toutes circonstances. » Signé le 27 janvier 1831 : Dubois. Il sollicita une place d’inspecteur dans l’administration chargée de la salubrité publique, ou dans les halles ou marchés ou dans celle chargée de la vérification des vins. Il appuyait sa demande sur la conduite qu’il avait tenue et les blessures qu’il avait reçues dans les journées de Juillet. Le 18 juillet 1831, il fut compris dans la liste des quarante-huit décorés de la croix ou de la médaille de Juillet, désignés par le sort pour représenter le (ancien) VIIIe arrondissement aux cérémonies du premier anniversaire de la révolution. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut (sous le nom de Dunand), auprès de la mairie du (ancien) VIIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il demeurait 32, rue Vieille-du-Temple (32, rue du Temple in Archives nationales F/1dIII/54) en 1831 ; 14, rue de Tracy en 1839. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Le Moniteur universel, 20 juillet 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la croix de Juillet du (ancien) VIIIe arrondissement, liste qui n’était que préparatoire et qui ne prenait pas encore en compte la décision du comité des renseignements ; Archives de Paris VD6 545 n° 3 (sous le nom de Dunant, liste des médaillés du [ancien] Xe arrondissement, liste qui n’était que préparatoire et qui ne prenait pas encore en compte la décision du comité des renseignements) ; Archives de Paris VK3 29, séance du 12 avril 1831, séance du 14 avril 1831 ; Archives nationales F/1dIII/33 dossier récompenses de juillet 1830 et état nominatif des emplois présentés par la Commission des récompenses nationales à M. le préfet de police (sous le nom de Dunand, Frédéric) ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) VIIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) VIIIe arrondissement (où son nom écrit Dunand, Marie, Frédéric est rayé, avec la mention Porté à la médaille) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) VIIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/54 (sous le nom de Dunand, Frédéric) ; Bulletin des lois, IXe série, partie supplémentaire, nos 377 à 407, Paris, 1839, Imprimerie royale, p. 468.