Dupont, Florimond
Biographie
Garde national et qui avait fait partie de la colonne dirigée à Rouen par Monthelier. Il demanda, dès le 14 mai 1831, l’examen de ses droits à une récompense nationale. Barbet, Henry, maire de la ville de Rouen apostilla ainsi sa demande : « Les faits contenus en la présente pétition sont pour un certain nombre à ma connaissance, en ayant été témoin, les autres m’ont été rapportés par des personnes dignes de foi. » Il joignait à sa demande plusieurs certificats. Le premier, ainsi rédigé : « Je, soussigné, sous-lieutenant de la garde nationale de Rouen, décoré de la médaille de juillet, certifie que M. Florimond Dupont, aussi garde national, est parti volontairement et des premiers lors des journées de juillet 1830 sous les ordres de M. Monthelier, commandant de la première colonne, dont je faisais moi-même partie, que la conduite qu’il a tenue est au-dessus de tous les éloges que je pourrais faire. Je me borne seulement à dire que la peine qu’il s’est donnée à chaque distribution de vivres ou d’effets sur la route a empêché bien des désordres et des gaspillages, que d’autres que lui n’auraient pu éviter. Il a particulièrement droit à ma reconnaissance pour la fermeté qu’il a montrée dans maintes occasions pour le maintien de la discipline et la répression des actes d’insubordination. Pourquoi je lui ai délivré le présent pour lui servir et valoir ce que de raison. » Signé, le 2 août 1832 : Pain, Victor. Le deuxième : « Je, soussigné, Alphonse, Benoît Lecomte, décoré de la médaille de Juillet, certifie que le sieur Florimond Dupont est parti volontairement et des premiers sous les ordres de M. Monthelier, commandant la première colonne dont je faisais partie moi-même et que la conduite qu’il a tenue toute la route est au-dessus de tout éloge et qui pourrait être attestée par tous les gardes de nationaux qui nous accompagnaient. J’ajouterai en plus que, par son courage et sa fermeté, il m’a sauvé la vie à Pont-de-l’Arche, attendu que M. Monthelier m’ayant laissé le commandement depuis le pont Saint-Ouen afin d’arriver plus tôt à Pont-de-l’Arche, pour faire distribuer des vivres aux hommes que nous avions avec nous, qu’arrivés là M. Monthelier n’avait pu encore rien obtenir du maire qui à l’époque administrait cette ville et qu’ils voulurent me maltraiter en me disant que puisque la veille je les avais inscrits sur la place Saint-Ouen pour voler avec nous, gardes nationaux, au secours de nos frères je devais être certain, avant de le faire, de pouvoir leur procurer la nourriture. J’ai eu bien du mal à me faire comprendre et malgré quelque argent que je leur donnais de ma bourse, ils me brutalisèrent au point que j’en eus de fortes contusions pendant plus de huit jours. C’est à cet instant que mon ami Dupont vint à mon secours et qu’il me protégea contre leur fureur, jusqu’à ce que nos camarades furent avertis. Nous fûmes obligés alors de charger nos armes et de menacer d’en faire usage s’ils continuaient. C’est à ce moment que M. Amédée Loisel se mit à leur tête. D’ailleurs je pourrais vous citer bien d’autres faits de sa valeur pendant notre route et ce que je trouve de plus étonnant c’est que l’on ait pas rendu justice à son courage, en lui accordant comme à quelques-uns d’entre nous le signe de l’honneur. J’ajouterai, au nom de mes camarades, que notre ami Dupont est un de ceux que nous aurions dû voir mettre en tête de la liste des récompenses nationales et que nous désirons qu’on lui accorde au plus tôt la récompense qu’il est en droit d’attendre de sa conduite pendant les événements de juillet 1830. » Signé, le 12 août 1832 : A. Lecomte. Le troisième : « Je, soussigné, J.-B. Leclerc, demeurant à Rouen, rue des arpents, décoré de Juillet et lieutenant commandant l’avant-garde de la première colonne partie sous les ordres de M. Monthelier, atteste et certifie que le sieur Florimond Dupont, demeurant à Rouen rue Malpalu n° 101, a quitté sa maison de commerce pour aller à la défense de nos frères de Paris ; qu’il est resté la journée du vendredi 30 juillet 1830 sous les armes et qu’il est parti le même jour en garde national sous mon commandement dans l’avant-garde de la colonne, et qu’à Louviers il fut chargé des distributions à faire aux hommes de la colonne et d’un sac rempli de munitions de guerre qu’il devait caché avec soin ; qu’il s’est comporté en bon patriote et en homme d’honneur ; qu’il a maintenu le long de la route, autant qu’il lui a été possible, le bon ordre et la discipline parmi les volontaires non habillés et qui étaient sous le commandement de M. Amédée Loisel ; qu’il a mis tous ses soins à ce que rien ne manquât à ses hommes dans les divers bivouacs où ils se sont arrêtés, afin de leur ôter tout prétexte de plainte. C’est à ces fins que je lui ai délivré le présent certificat pour lui servir et valoir ce que de droit. » Signé, le 3 août 1832 : Leclerc, commandant l’avant-garde de la colonne de Monthelier, décoré de Juillet. Le quatrième : « Je, soussigné, Jean, Antoine, Henry Chevallet, décoré de la médaille de Juillet, certifie que le sieur Florimond Dupont était du nombre des volontaires qui partirent de cette ville le vendredi 30 juillet 1830, pour aller à Paris au secours des Parisiens ; qu’alors il faisait partie de l’avant-garde commandée par M. Leclerc, depuis lors décoré de la croix de juillet ; qu’arrivé à Pont-de-l’Arche, il fut l’un des signataires de la lettre écrite au Journal de Rouen dans laquelle étaient exprimées la douleur de nous voir en si petit nombre et en même temps la ferme résolution de ne pas renoncer pour cela à une entreprise qui n’en devenait que plus périlleuse ; qu’il fut aussi dans le même endroit du petit nombre d’hommes organisés qui opposèrent une résistance à la troupe indisciplinée qui, nous ayant suivis, voulaient alors se livrer au désordre et la violence. Au départ dudit Pont-de-l’Arche, sous les ordres de M. Monthelier, il fut chargé par lui de la garde des vivres qui arrivaient pour la colonne, ainsi que de leur distribution, qui, à chacun instant, l’exposait à des attaques de la part de ces hommes contre lesquels nous avions dû sévir précédemment. Plus tard, la garde de ces munitions lui fut confiée et aucune peine ne lui coûta pour accomplir sa mission et maintenir le bon ordre partout où il pouvait être menacé. En foi de quoi, je lui ai délivré le présent certificat pour valoir ce que le droit. » Signé, le 4 août 1832 : Chevallet. Le cinquième : « Je, soussigné, chevalier de la Légion d’honneur et décoré de Juillet, commandant les volontaires rouennais qui se sont portés sur Rambouillet et Paris au moment de notre glorieuse révolution, certifie que Messieurs Jean-Pierre, Victor Pain demeurant à Rouen rue des Saules n° 23 ; Etienne, Barthélémy Cauchie, demeurant rue du Fardeau n° 23 ; Jean-Baptiste, Magloire Saillard demeurant rue des Charrettes n° 106 ; Jean, Antoine, Henry Chevallet, demeurant rue Nationale n° 39 bis ; Florimond Dupont, demeurant rue Malapalu n° 101 ; Jean-Pierre Saint-Clair, demeurant rue Racine n° 5 ; André Charpaux demeurant rue des Charettes n° 106 ont tous fait partie de la colonne sous mes ordres, que les premiers ils se sont portés comme volontaires, qu’ils en ont décidé beaucoup d’autres par l’exemple de leur dévouement, qu’ils ont aidé de leur bourse les volontaires les moins aisés de la colonne, qu’ils ont contribué autant que possible à maintenir l’ordre et qu’enfin ils se sont comportés comme on devait l’attendre de citoyens mus par le patriotisme le plus pur et le plus dévoué. S’ils n’ont pas combattu c’est que l’occasion ne s’est pas présentée comme le prouvent leurs marches forcées sur Rambouillet où ils ont volé pour partager les dangers de leur frère de Paris, sur le premier avis de la résistance que le roi déchu voulait opposer à la volonté nationale. En foi de quoi je leur ai délivré le présent certificat pour leur servir ce que de raison. » Rouen, le 14 mai 1831 : Monthelier. Il sollicita, en septembre 1833, auprès du roi, la croix de Juillet pour la part qu’il avait prise aux événements de Rouen : « […] A l’honneur d’exposer à Votre Majesté qu’il lui a présenté une pétition le 14 mai 1831 aux fins d’être porté parmi le nombre de ceux qui, ayant montré le plus de dévouement pendant la révolution de Juillet, avaient quelques droits à une récompense nationale. Cette pétition fut envoyée à Rouen à une Commission choisie parmi les négociants et avocats, toutes personnes d’un grand mérite sans doute mais qui ne pouvaient être aptes à prononcer sur les actions et sur la conduite des volontaires partis pour Paris puisqu’ils n’en avaient aucune connaissance, n’étant pas sortis de la ville. Cette Commission ne put rien décerner au pétitionnaire, qui n’avait appuyé sa demande faite à Votre Majesté (et qui lui fut renvoyée) que d’un seul certificat de son commandant, constatant son départ dans la première colonne, ayant négligé tout autre formalité qu’il ne croyait pas nécessaire, étant persuadé que M. Monthelier, leur commandant, aurait été appelé à présider à la Commission, ou tout au moins à donner des notes sur la conduite des hommes qui, étant sous ses ordres, s’étaient le plus fait remarquer par leur dévouement et leur zèle. Mais il n’en fut pas ainsi : une Commission tout à fait étrangère aux événements qui se sont passés en route, a été appelée à prononcer sur la conduite et le dévouement des volontaires qui étaient partis pour Paris, tandis qu’elle était restée bien paisiblement à Rouen. Il n’est donc pas étonnant que cette Commission ait fait sans le vouloir beaucoup de passe-droits dont de bons Français ont été victimes, faute d’avoir donné les renseignements suffisants : le sieur Florimond Dupont se trouve classé parmi ceux-là. C’est aujourd’hui, Sire, le sujet de sa réclamation, croyant avoir pour le moins autant de droits à la décoration de Juillet que ceux qui sont partis trois jours et même quatre jours après lui et qui l’ont obtenue… D’autant plus que cette Commission en devait admettre que les hommes qui s’étaient montrés les 29 et 30 juillet. Le demandeur étant parti le 30 juillet, avec une vingtaine de gardes nationaux, en avant-garde se trouvait de droit dans la catégorie, mais il a été oublié. D’après les avis de ses compagnons de départ,, qui lui ont délivré les certificats qu’il joint à la présente, il s’est adressé à M. le ministre de l’intérieur pour réclamer contre son omission. Son Excellence lui a fait répondre, par l’entremise de M. le préfet que ses titres ne sauraient être l’objet d’un nouvel examen, la Commission n’existant plus. Le sieur Florimond Dupont ne réclame rien de la Commission qui est restée dans la ville et étrangère à tous ceux qui sont partis pour Paris, mais réclame de Votre Majesté, son roi qui a le droit de récompenser ceux qui ont agi avec dévouement, de faire justice des passe-droits qui peuvent se faire. Le demandeur ne peut être exclu des récompenses nationales sur cette seule réponse la Commission est dissoute. Le sieur Dupont a mérité ou non sa part dans les récompenses nationales et c’est ce qu’il ose réclamer de la justice de Votre Majesté. C’est à ces fins qu’il a l’honneur de mettre sous vos yeux, Sire, un abrégé des événements auxquels il a concouru, appuyant d’ailleurs ce qu’il avance de six certificats qu’il remet inclus à Votre Majesté et qui lui furent délivrés par les gardes nationaux qui, partis avec lui, ont couru les mêmes dangers mais ont été plus heureux, puisqu’ils ont été récompensés. Dès le 29 juillet, il était avec nombre de jeunes gens à préserver les presses du Journal de Rouen. Le 30, il faisait partie de l’avant-garde du 1er détachement commandé par Leduc. Au pont de l’Arche, lors de la grande révolte des Bédouins (car la garde nationale, au lieu de venir nous rejoindre le lendemain nous envoya cinq à six cents hommes du peuple qui se révoltèrent aussitôt arrivés au pont de l’Arche), il eut le bonheur de sauver de leurs mains plusieurs gardes nationaux partis avec lui. Là, il fut chargé par M. Monthelier du poste périlleux de veiller sur ces hommes indisciplinés et de pourvoir à leurs besoins, afin d’éviter de nouveaux pillages sur la route. Au camps de Bonnières, il faillit être leur victime, préservant les fourgons de leur pillage et il aurait fini par succomber si plusieurs gardes nationaux n’étaient venus l’aider à les faire rentrer dans l’ordre. Il se dirigea sur Rambouillet avec la colonne et s’il ne s’y est pas battu c’est qu’il n’y avait plus rien à faire. Voilà, Sire, le résumé des motifs qui doivent lui donner quelques droits à une récompense nationale, qui serait pour lui un monument de son dévouement à sa patrie. » Il lui fut répondu qu’une nouvelle fois que sa demande ne pouvait pas être accueillie et pour les mêmes considérations que celles qui lui avaient déjà été opposées. Il demeurait 101, rue Malpalu à Rouen en 1833. Archives nationales F/1dIII/81, dossier Seine-Inférieure.