Dupuytren, Guillaume
Biographie
Né le 5 octobre 1777 à Pierre-Buffière (Haute-Vienne), fils de Dupuytren, Jean-Baptiste, avocat au Parlement, et de Faure, Marguerite, son épouse. Professeur à l’Ecole de médecine. Officier de la Légion d’honneur. « C’était chez elle (la duchesse d’Angoulême, nièce de Charles X, N.D.A.), selon certains, que Dupuytren aurait laissé tomber de sa poche un livre de prières. » Balzac, tome III, note 1 de la page 392. Figaro du 29 octobre 1826 : « Le docteur D*** [Dupuytren], persuadé que la dévotion même affectée (et peut-être celle-là surtout) est un chemin qui mène à la fortune, eut l’honneur, il y a quelque temps, de rendre visite à une dame de la plus haute distinction. Il apporta avec affectation sous son bras un livre relié en très beau maroquin et l’oublia sur une console où il l’avait déposé. Le livre fut remarqué ; on crut d’abord que c’était un ouvrage de médecine ; mais on ne fut pas médiocrement surpris en lisant sur la couverture ces mots écrits en lettres d’or : Bréviaire de M. D***. Le moins plaisant de l’histoire pour notre héros, c’est que la jeune duchesse, aussi ennemie des grimaces religieuses qu’elle est imbue des principes d’une douce et véritable piété, n’a pas caché la désapprobation que ce petit acte de tartuferie lui semblait mériter. » L’affaire fit dire : « Il y a des gens qui, en perdant leurs heures, ne perdent pas leur temps. » Dans Souvenirs du baron de Frénilly, pair de France, Paris, Plon, 1909, p. 435, sur les faits les plus marquants de l’assassinat du duc de Berry : « Il ne faut oublier […] ni la conversion du célèbre Dupuytren qui fut pendant sept heures le témoin de cette scène déchirante et qui devint royaliste ardent et sincère dans cette atmosphère de douleurs, de vertus, de charité et de christianisme. » Selon les Souvenirs d’un médecin de Paris, du docteur Poumiès de la Siboutie, Dupuytren reçut assez mal les premiers blessés qui furent hospitalisés à l’Hôtel-Dieu « Vous n’avez que ce que vous méritez ! Est-ce que la politique vous regarde ? Puis avec l’évolution des événements, l’accueil se modifia. Vous êtes tous de braves gens, vous avez sauvé la patrie ; vous êtes des héros ! » Le 11 avril 1831, la Commission des récompenses nationales demandait au ministre de l’Intérieur en faveur de Dupuytren, professeur à l’Ecole de médecine et officier de la Légion d’honneur, Boyer, professeur à l’Ecole de médecine et chevalier de la Légion d’honneur, Marjolain, professeur à l’Ecole de médecine et chevalier de la Légion d’honneur, Roux, professeur à l’Ecole de médecine et chevalier de la Légion d’honneur, Larrey, chirurgien en chef des armées, commandeur de la Légion d’honneur et décoré sur le champ de bataille d’Eylau, Jobert de Lamballe, professeur à l’Ecole de médecine, en récompense de « l’empressement avec lequel ces messieurs ont consenti à former un jury médical chargé de l’appréciation de la gravité des blessures reçues en juillet et couvrir ainsi de leurs noms bien connus la responsabilité de la Commission dans la répartition délicate des pensions à accorder en vertu de la loi du 13 décembre. Ce jury, qui s’est régulièrement assemblé trois fois par semaine depuis le mois de décembre, a, depuis cette époque, consacré à chaque séance trois heures d’un temps précieux, et n’a pas encore terminé ses travaux, par suite du grand nombre de blessés soumis à ses décisions » un grade supérieur dans l’ordre de la Légion d’honneur pour ceux qui jouissaient déjà de cette décoration et la décoration pour celui qui ne l’avait pas encore obtenue. Il signait les certificats médicaux, à en-tête de la maison de convalescence de Saint-Cloud, comme « chirurgien en chef dudit établissement ». Lorsque Charles X dut quitter la France pour l’exil, Dupuytren lui écrivit : « Grâce en partie à vos bienfaits, je possède trois millions. Je vous en offre un ; je destine le second à ma fille ; je conserve le troisième pour mes vieux jours. » A l’honneur de Dupuytren, son attitude après les émeutes des 5 et 6 juin 1832. Une ordonnance du préfet Gisquet (voir Gisquet, Henri), en date du 9 juin 1832, enjoignit aux médecins et aux chirurgiens, qui avaient soigné des blessés de déclarer leurs noms dans les vingt-quatre heures à la police. Médecins et chirurgiens refusèrent cette exigence à l’unanimité, sauf Gendrin (voir Gendrin, Augustin, Nicolas). Nous empruntons à Larrey et Dupuytren au début de la Monarchie de Juillet, le passage suivant : « Dans sa célèbre leçon du 12 juin 1832, Dupuytren déclarait : “Depuis le 13 vendémiaire an IV que je suis attaché aux hôpitaux, sous la République, sous l’Empire, sous la Restauration, jamais je n’ai vu mettre à l’index les blessés d’un parti vaincu, jamais l’autorité n’a eu la pensée de faire juger par des conseils de guerre des malheureux qui avaient expié leurs fautes par des blessures, par la perte d’un membre, par le risque de la vie. Je ne connais pas d’insurgés dans mes salles, je n’y vois que des blessés.” » Nous empruntons au Dictionnaire des girouettes la notice qui lui est consacrée et ainsi rédigée : « Remporte à concours, à 17 ans, au concours, la place de prosecteur à l’école de santé de Paris, et commence l’enseignement de l’anatomie et de la physiologie à un âge où l’on est généralement encore sur les bancs du collège ; nommé troisième chirurgien de l’Hôtel-Dieu en 1802 ; reçu docteur en chirurgie en 1803 ; chef des travaux anatomiques de la Faculté en 1804 ; chirurgien en chef adjoint de l’Hôtel-Dieu en 1808 ; professeur à la Faculté de médecine en 1812. Il était déjà, en outre membre de la Légion d’honneur et conseiller de l’Université impériale. L’empereur de Russie, à la première Restauration, le décora de l’ordre de Saint-Wladimir (Moniteur) et, à la seconde, il remporta, dans un concours brillant et solennel, la place de chirurgien de l’Hôtel-Dieu. Honoré de royales confiances, il fut appelé à donner ses soins au duc de Berry, assassiné dans la nuit du 13 février 1820. Devenu chirurgien de Louis XVIII, ce fut lui qui annonça aux courtisans la mort du prince auteur de la Charte octroyée. La faveur dont il jouissait à la cour ne fit qu’augmenter : baron, officier de la Légion d’honneur, chevalier de Saint-Michel, inspecteur-général de l’Université royale, membre de l’Académie royale de Médecine, membre de l’Institut, M. Dupuytren apprécia, par-dessus tout, le titre et les fonctions de premier chirurgien de Charles X, de madame la duchesse de Berry et du duc de Bordeaux. Présentant l’Académie de médecine à Charles X : “Sire, lui dit-il, l’Académie royale de médecine bénit, avec toute la France, les prémices de votre règne, de ce règne de paix, de justice et de vérité, qui formera l’époque la plus fortunée de cette glorieuse monarchie.” (Moniteur.) La révolution de Juillet n’a enlevé à M. Dupuytren que ses augustes pratiques des Tuileries. C’est beaucoup trop pour lui. En revanche il a eu l’honneur de soigner les patriotes arrachés aux boulets royaux. Il était question de lui donner la Croix de Juillet. L’a-t-il obtenue ? Nous l’ignorons. Mais que dirait Charles X dans sa retraite d’Holyrood ? » Dupuytren mourut le 8 février 1835. Balzac, dans La Messe de l’athée, s’est en partie inspiré de Dupuytren pour son personnage du médecin Desplein. Dupuytren était marié à de Sainte-Olive et père d’une fille qu’il adorait. Son épouse, la baronne Dupuytren fut l’objet de la notice biographique suivante dans Les Dames de la cour et du faubourg Saint-Germain : « Epouse du premier chirurgien du roi, femme malheureuse, innocente et persécutée, si jamais il en fut. En proie sans cesse à l’active jalousie d’un mari qui croit voir partout des amants, elle est ordinairement si troublée qu’un beau jour elle oublia un homme dans sa chambre. Cet événement, qu’une simple distraction avait causé, et qu’un peu de bon sens devait faire taire, amena un éclat qui retentit dans la France entière. L’Esculape, furieux, maltraita sa trop sensible moitié et l’envoya pleurer sa faute sur les rives du Rhône. Quel champ ouvert aux sarcasmes des journalistes ! Les frelons s’en donnèrent à cœur joie. Ils allèrent jusqu’à dire que le mari, après avoir cassé un bras, avait refusé obstinément de le remettre. Le baron s’est entièrement lavé de cette dernière allégation. Quant au reste, il confesse tout. » Souvenirs d’un médecin de Paris, Dr Poumiès de la Siboutie, Plon et cie, Paris, 1910, p. 211 ; Les Evénements de Juillet 1830 au point de vue chirurgical dans les hôpitaux de Paris, Dr Luzor Galperin, chez Marcel Vigné, éditeur, 11-13, rue de l’Ecole-de-Médecine, Paris, 1930 ; Archives nationales F/1dIII/33 dossier récompenses de juillet 1830 ; Archives nationales F/1dIII/51 in dossier Coulon, Louis ; Archives nationales F/1dIII/54 ; Histoire de la révolution de Paris depuis le 26 juillet jusqu’au 31 août 1830, Paris, chez Philippe libraire, rue Dauphine, 20, 1830, p. 184 ; Le Journal des débats, 2 août 1830 ; Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, Nom des personnes qui se sont distinguées dans les mémorables journées p. 272 ; Souvenir glorieux du Parisien, précis historique des journées des 26, 27, 28, 29, 30 et 31 juillet 1830, par P. G. Prosper L***, nouvelle édition revue et augmentée, Paris, chez l’auteur, place Saint-André-des-Arts, n° 26 et chez les principaux libraires, liste des personnes qui ont prodigué leurs soins aux blessés p. 117 ; Histoire populaire de la révolution de 1830, Jules Lefebvre et compagnie éditeurs, Paris, 1830, p. 117-119 ; Bibliothèque historique de la Ville de Paris, manuscrits, 8-ms-1025, ouvrage de Victor Crochon, f° 719-720 ; Archives de Paris VK3 48 in dossier Mauger, Louis, François (pour lequel il signe un certificat attestant ses blessures) ; Archives nationales F/1dIII/52 in dossier Debooz de André, Stanislas, Jean-Baptiste ; Archives nationales F/15/4240 in dossier Almès, Amédée (pour lequel il délivra un certificat) ; Archives de la préfecture de police AA 404 in dossier Moussard, Lucien (pour lequel il signe un certificat constatant ses blessures) ; Larrey et Dupuytren au début de la Monarchie de Juillet, professeur Hillemand et docteur Gilbrin, p. 256 ; Nouveau Dictionnaire des girouettes, Nos grands hommes peints par eux-mêmes, pairs, hommes d’Etat, hommes de lettres, généraux, évêques, chansonniers, préfets, journalistes, statuaires, ministres, députés, ambassadeurs, vaudevillistes, etc., par une girouette inamovible, à Paris, Lerosey, libraire, Palais-Royal, 1831, p. 337-340 ; Le Parti libéral sous la Restauration, Thureau-Dangin, Plon, Paris, 1888, p. 355 ; Quand j’étais étudiant, Nadar, Paris, chez Lévy, 1861, p. 164 et suivantes ; Dupuytren, Delhoume, Pierre-Buffière, Baillière éditeurs, 1935 ; Dupuytren, Mondor, Henri, Paris, Gallimard, 1945 ; Les Dames de la cour et du faubourg Saint-Germain, par un valet de chambre congédié, Paris, chez les marchands de nouveautés au Palais-Royal, 1826, p. 85-86. La Chronique médicale, revue bi-mensuelle de médecine, Souvenirs anecdotiques sur Dupuytren, décembre 1894-décembre 1895, Paris, 1895, p. 139-149.