Durand, Guillaume

Biographie


Négociant. La demande qu’il présenta, le 18 octobre 1834 auprès du ministre de l’Intérieur, afin d’obtenir la décoration de la Légion d’honneur, laissait de nombreuses indications sur sa participation aux journées de Juillet. Cette demande était ainsi rédigée : « Guillaume Durand, négociant, rue Marie-Stuart n° 8 à Paris, par son patriotisme, a rendu de grands services à son pays. Voyant que, dans la garde nationale, on ne récompense que les anciens services militaires et craignant qu’on n’apporte pas toute l’attention que ses actions peuvent mériter, il vient avec confiance, M. le ministre, vous exposer : Le 26 juillet, jour qu’ont paru les ordonnances de Charles X, il fit suspendre les travaux de ses fabriques et renvoya tous ses ouvriers. Le jeudi 29, il prit son uniforme de grenadier de garde national, organisa dans un des magasins de sa maison, rue Marie-Stuart, un poste de gardes nationaux composé d’habitants du quartier, auxquels il fit arborer le drapeau tricolore, en prit le commandement et par ce moyen donna l’impulsion au changement qui s’opérait et conserva l’ordre et la tranquillité. Plusieurs autres postes furent formés à son exemple. Il fut nommé capitaine en second de la 4e compagnie de chasseurs du 3e bataillon de la Ve légion. Sa compagnie, qui compte dans ses rangs beaucoup d’ouvriers en chambre et qui par suite de la révolution de Juillet restèrent sans ouvrage vu la stagnation du commerce mais qui désiraient faire le service de la garde nationale pour utiliser leur zèle furent en partie habillés à ses frais et il fournit au plus grand nombre la buffleterie et le havresac. En avril 1831, lors de l’emprunt des 120 millions, il contribua de tous ses moyens à le faire soumissionner au pair, il en prit lui-même une forte somme, ouvrit chez lui une souscription, où un grand nombre de fabricants, de commerçants de sa partie et de son quartier vinrent souscrire, circonstance qui contribua à faire monter en peu de jours la rente 5% de soixante-douze francs où elle était tombée à quatre-vingt-six francs. Il remit à M. le baron Louis, ministre des Finances, les souscriptions qu’il reçut. Les 5 et 6 juin furent pour lui une occasion de montrer de nouveau son dévouement au gouvernement et à l’ordre public. Le 6, dès 5 heures du matin, il était en uniforme, engageant les gardes nationaux à prendre leurs armes. De jeunes républicains en bonnets rouges demandaient à grands cris des armes et le menaçaient d’enfoncer les portes de sa maison s’il ne leur délivrait de suite celles qu’il avait en dépôt chez lui pour sa compagnie. Il résista à leurs menaces et ne dut leur conservation qu’à sa fermeté, son courage, à l’appui de ses employés et de ses locataires. Dans le même instant, au bas de la rue deux ouvriers furent blessés par une balle qui leur traversa l’épaule. L’exposant est du nombre des gardes nationaux qui figurent dans le rapport que M. Le colonel a fait de leur belle conduite dans ces journées. Dans la nuit du 1er au 2 septembre 1832, un violent incendie eut lieu rue Marie-Stuart n° 3, consuma entièrement la maison ; deux femmes périrent dans les flammes ; il contribua de tous ses moyens à en arrêter les progrès, recueillit chez lui plusieurs ouvriers victimes, en prit soin, les logea, les nourrit pendant quelque temps. Il eut à cette occasion l’honneur de recevoir chez lui M. de Montalivet, alors ministre de l’Intérieur qui vint avec M. le maire pour prendre des renseignements sur cette affreux incendie et voir la position des victimes, qui furent au nombre de vingt-deux ouvriers et ouvrières, réduits sans pain et sans asile. L’exposant, autorisé de M. le maire, ouvrit chez lui une souscription, plaça à la porte de sa maison un tronc et en peu de jours obtint de la bienfaisance publique une somme suffisante pour indemniser et même couvrir entièrement la perte qu’avaient éprouvée les vingt-deux ouvriers logés dans cette maison. Les sommes en furent versées à la mairie du (ancien) Ve arrondissement et réunies aux dons de la famille royale, une commission fut formée par M. le maire pour en faire la répartition. M. le ministre, d’après le détail des faits ci-dessus en tout point conforme et véridique, j’ose solliciter de votre justice la récompense que le roi des Français accorde aux belles actions, à la valeur, au courage civique et au mérite, la croix de l’ordre royal de la Légion d’honneur. » Le docteur Bachelot (voir Bachelot, Charles, Joseph) s’était primitivement chargé de faire à sa place la demande de décoration à laquelle, précisait-il « tous les amis de M. Durand prendraient un grand intérêt. […] M. Durand, trop modeste pour faire cette démarche, j’ai du la faire à son insu ; les fêtes de Juillet approchent, ce serait pour tous ses amis un véritable bonheur de le voir décoré à cette époque ». On trouve dans son dossier le certificat suivant : « Nous, soussignés, certifions qu’il est à notre connaissance personnelle que Guillaume Durand, négociant, rue Marie-Stuart n° 8 à Paris, lors de la révolution de juillet 1830, le 29 organisa dans sa maison un poste de gardes nationaux composé d’habitants de la rue, fit arborer le drapeau tricolore, prit le commandement du poste, maintint l’ordre et la tranquillité dans le quartier Montorgueil. Dans la nuit du 2 au 3 septembre 1832 (sic), un affreux incendie consuma la maison n° 5 (sic) même rue ; il contribua à en arrêter les désastres. Quinze ménages de malheureux ouvriers ont perdu tout ce qu’ils possédaient ; une partie ont trouvé asile et protection chez lui ; il a par ses soins et son zèle obtenu des secours qui ont été distribués par M. le maire du (ancien) Ve arrondissement et ont suffi pour soulager les infortunes du moment. » Signé, le 6 janvier 1834 : Perrée fils ; Pelidivaroli ; Guilpain ; Jourdan ; Hodiesne ; Bourrion aîné ; Vincent ; Bompart ; Ferrant ; Homnnau ; Brigot ; Bouillon ; Vincent ; Cabrole ; Legrand ; Machelet ; Clerisse ; Capron ; Planchadeau ; Pinot ; Carron ; verne ; Ferrat ; Viez dit Leblac ; Buffet. Il fut nommé chevalier de la Légion d’honneur le 9 novembre 1834. Il demeurait 8, rue Marie-Stuart en 1830-1834. Archives nationales F/1dIV/21, Récompenses honorifiques Légion d’honneur. Il ne semble pas être dans la base Leonore.

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