Durdan, Charles, François
Biographie
Né en 1792 à Paris. Passementier. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa participation à la révolution de Juillet. Il adressa, en effet, la lettre suivante à la Commission : « […] Le 27 juillet 1830, j’étais au Palais-Royal, le 28 rue Saint-Honoré, place de l’Hôtel-de-Ville, marché des Innocents, rue Saint-Denis, porte Saint-Martin, où je fus blessé au bras gauche d’un coup de sabre. Le 29, je conduisis ma femme chez une de nos tantes, à la barrière d’Enfer ; quoique blessé, je m’échappais pour venir à la prise du Louvre mais j’arrivais trop tard. De 1830 à 1834, je fis partie de la Société des droits de l’homme ; je pris le dédoublement de la section du bonnet phrygien, auquel je donnais le nom de la section daÿtis (sic). Le 13 avril [1834, N.D.A.], je me présentais moi et mes hommes, au nombre de trente, auxquels je distribuais deux cents cartouches que j’avais fabriquées. Le lieu arrêté, un conseil fut rue Transnonain, où j’obtins dans cette même rue vingt fusils, qui furent distribués à mes sectionnaires ; le premier fut au frère de ma femme. Le 14, à 5 heures du matin, à notre dernière barricade, nous arrêtâmes nos ennemis pendant plus de vingt minutes par un feu bien nourri. A la dernière décharge que nous reçûmes, j’eus le malheur de voir tomber mon frère à mes côtés, atteint de cinq balles. Son nom est Frappier. Je ne saurais vous dire comment il fut transporté chez les sœurs du cloître Saint-Mery, où il expira dans la matinée, en demandant son frère, sans cependant nommer mon nom. La patrie a fait une perte dans cet homme d’action et vrai patriote. L’attestation que je puis vous fournir de tous ces faits est un mandat de dépôt à La Force, ci-joint. Je restais près d’un an en prison ; ma femme avait trois jeunes enfants, l’aîné avait trois ans ; ne connaissant rien à mon état de passementier, elle ne put continuer et, pour subsister, fut obligée de vendre mes métiers. Au mois de juillet, mon fils mourut. Je demandai à M. Pasquier, par publicité de nos feuilles patriotes, la permission d’aller chez moi pour inhumer mon enfant mais elle me fut opiniâtrement refusée. Cette lettre illisible, cinquante de nos journaux la copièrent. Sorti de prison, il n’y eut pas un mouvement populaire où je ne fus obligé de me cacher pendant des huit et quinze jours car les sbires de l’exécrable gouvernement déchu étaient tous les jours à me guetter et je pense que ce n’était pas pour m’amener à un banquet. Février 1848 est enfin arrivé, rendons grâce à Dieu qu’en la conduite que j’ai tenue dans ces mémorables journées les certificats ci-joints vous la feront connaître. » Il joignait à sa demande le mandat d’écrou délivré à la prison de La Force suite à sa participation aux soulèvements d’avril 1834 ; aussi le certificat suivant, ainsi rédigé : « Le soussigné, chef du poste du marché des Enfants-Rouges, certifie que le citoyen Durdan, Charles, François, 16, rue de Berry, a été sous mes ordres comme sergent du poste depuis le mercredi 23 février jusqu’au 1er mars courant, qu’il a déployé un courage héroïque à la défense des barricades de mon quartier et à la prise du poste du Château-d’eau au Palais-Royal, qu’il a rempli avec un zèle digne des plus grands éloges tous les devoirs d’un vrai et brave citoyen et qu’il mérite à tous égards d’être particulièrement signalé aux membres du gouvernement de la république. » Signé (pour les noms lisibles) : Yelli, J.-B., demeurant 33, rue de Bretagne ; Thiry ; Estoig, demeurant 40, rue de Bretagne ; ...ruelle, marchand de vin, demeurant 22, rue de Berry ; Bouvet ; Lefort, garçon ; Perrault, marchand boucher, demeurant 19, rue de Berry ; Layel..., demeurant 15, rue de Berry ; Bertheau, marchand de vin, demeurant rue d’Anjou au Marais ; Guérin, demeurant 19, rue de Berry ; Gilbert ; Choque... Il était marié à Frapier, marie, Augustine et tous deux avaient pour enfant : Constance, Louise, née vers 1832 ; Joséphine, Eulalie, née vers 1836 ; Edouard, né vers 1838 et infirme. Il fut recommandé par la Commission pour une mention honorable à paraître dans le Moniteur. On trouve effectivement un dossier à son nom relativement à l’insurrection d’avril 1834. Il fut arrêté, le 14 avril 1834, avec : Caillet, Charles, Victor, né vers 1801 à La Chapelle-Miron (Seine-et-Marne), coffretier, demeurant 30, rue Geoffroy-Langevin ; Brémant, Jean-Louis, Julien, né vers 1816 à Teinville (Seine-et-Oise), tabletier, demeurant 20, rue Jean-Robert ; Medal, Charles, Benoît, né vers 1815 à Olivet (Loiret), tailleur, demeurant 30, rue des Vertus ; Petit, Louis, Michel, né vers 1816 à Paris, lapidaire, demeurant rue de la Croix ; Delaquit, Marin, Joseph (voir Delaquis, Marin, Joseph), né vers 1794 en Savoie, colporteur, demeurant 24, rue de la Montagne ; Bertrand, Etienne, Marin, né vers 1798 à Paris, fondeur en cuivre, demeurant 32, rue de la Tannerie ; Billon, Claude, né vers 1814 à Châteauroux, teinturier, demeurant 25, rue de la Calande. Selon le procès-verbal, ils furent « arrêtés tous huit dans un grenier à rats de la maison rue Beaubourg n° 19 ; on a trouvé dans ce grenier un fusil, un sabre, deux balles et une cartouche ». Il était marié et père de trois enfants en 1848. Il demeurait 280, rue Saint-Denis en 1834 ; 16, rue de Bercy au Marais en 1848. Archives nationales F/15/3884, Commission des récompenses nationales, détenus politiques 3e catégorie, indemnités ; Archives de la préfecture de police AA 387 ; Archives de la préfecture de police AA 422, année 1834, dossiers collectifs 3 février-27 décembre 1834 (549 à 793).