Durozoir, Charles

Biographie


Né le 15 décembre 1790 à Paris. Professeur d’histoire au collège Louis-le-Grand et à la faculté de lettres, royaliste notoire sous la Restauration et pourtant médaillé de Juillet. Témoin de son attachement à la légitimité, cette demande qu’il présenta, le 22 août 1828, pour obtenir la décoration de l’ordre royal de la Légion d’honneur : « Chargé par le conseil général du département du Nord de faire la relation du voyage du Roi dans le département du Nord, j’ai accompli cette honorable mission avec un zèle et par des sacrifices que m’ont rendu faciles mon dévouement, j’ose dire connu, pour Sa Majesté. Des circonstances particulières et que n’ignore point Votre Excellence, ont fait que jusqu’à présent, malgré l’approbation universelle qu’a obtenue ma relation, c’est uniquement à mes frais et à mes risques que j’ai terminé et publié cet ouvrage, imprimé avec le plus grand luxe. Peut-être, daignerez-vous prendre en considération, Monseigneur, et mettre sous les yeux de Sa Majesté la demande que je fais de la décoration de la Légion d’honneur. De longs et utiles travaux dans l’administration et dans l’université me font espérer que ces titres auront, à vos yeux, quelque poids, joints à celui que peut me donner la manière dont je me suis acquitté de la tâche glorieuse d’être l’historien des plus belles journées du règne de notre bien-aimé monarque. Je prends la liberté de joindre à ma pétition un rapide aperçu de ces titres, sentant la convenance de ne pas abuser plus longtemps des précieux moments de Votre Excellence. Elle daignera cependant me permettre d’ajouter que rien ne me serait plus doux que de devoir le signe de l’honneur à un ministre qui sait si bien honorer les lettres et comme homme d’Etat et comme homme privé. » Il récapitulait ainsi les titres qu’il avait à cette décoration : « Comme royaliste. En 1814, il prit des premiers part au mouvement royaliste de Paris et fut incarcéré comme il distribuait des cocardes blanches dans le quartier le plus populeux. Fit partie de la réunion de royaliste qui eut lieu chez M. Le Pelletier de Morfontaines. 1815. Volontaire royal. De retour à Paris, prit la part la plus active à la rédaction du Journal général de France, vota contre l’acte additionnel, publia et fit circuler une foule d’écrits royalistes. Publia en mai 1814 son premier ouvrage historique intitulé Vie du Dauphin, père de Louis XVI. En 1820, 1821, 1822, fut comme rédacteur de divers journaux royalistes et attachés au gouvernement au nombre des écrivains qui concoururent à faire triompher les opinions royalistes. Comme attaché à l’administration. En 1815, fut porté candidat pour la place de secrétaire-rédacteur à la Chambre des députés par MM. Maine de Biran et Lainé. En 1816 et 1817, coopéra au Journal général et aux Annales politiques, sous la direction immédiate de Lainé alors ministre de l’Intérieur. En 1817 nommé examinateur des livres près le ministre de la Police générale, place qu’il conserva jusqu’en 1821, lors de la sa suppression. En 1821, attaché spécialement au ministère de l’Intérieur comme rédacteur et publiciste, sous les auspices de MM. Siméon et Mocinies. Ses fonctions durèrent jusqu’à l’avènement de M. Corbière au ministère. Comme écrivain. A publié : 1815, Le Dauphin, père de Louis XVI, ou La Vie privée des Bourbons ; 1819, Chronologie des rois de France, ouvrage adopté par l’université pour les écoles primaires, 5e édition ; 1819, Programme dhistoire romaine, ouvrage adopté par l’université, cinq éditions ; 1823, Description géographique, historique et militaire de lEspagne ; 1824, Louis XVIII à ses derniers moments, présenté au roi, réimprimé par la Société des bons livres ; 1824, Eloge historique et religieux de Pie VI ; 1823, Discours douverture à la faculté des lettres ; 1827, Notice sur les historiens des Flandres, couronné par l’Académie de Cambrai ; 1828, Relation historique, pittoresque et statistique du voyage du roi dans le département du Nord ; 1827, Histoire ancienne ; 1828, Précis dhistoire romaine, adopté par l’université. » Une explication au retournement de son attitude ne semble pas pouvoir se trouver dans la déclaration qu’il faisait, au cours de cette même demande de décoration et dans laquelle il affirmait sa fidélité au roi Charles X. Elle peut cependant laisser quelques indices ; cette déclaration était ainsi rédigée : « Depuis cette époque (1816) il ne cessa d’écrire dans diverses feuilles royalistes et attachées au gouvernement jusqu’en 1822, qu’il a été privé de toute attribution et de tout traitement par le prédécesseur de M. le vicomte Martignac ; il jouissait alors de six mille francs d’appointements. Malgré cette injuste élimination, l’exposant ne se crut pas, comme tant d’autres, autorisé à se jeter dans l’opposition ; il persévérera dans ses opinions, d’autant plus immuables chez lui qu’elles sont fondées sur une intime conviction et réglées par la modération de son caractère. Ses articles dans divers journaux depuis 1823, et particulièrement au Moniteur, sans parler de l’esprit de son enseignement public à la faculté des lettres en font assez foi. Les titres littéraires de l’exposant sont fondés sur des ouvrages inspirés par un véritable amour de la religion, de la légitimité, de nos institutions et de la jeunesse française. » Une première notice biographique, publiée dans Biographie des hommes vivants, nous laisse de nombreuses informations sur Durozoir. Elle était ainsi rédigée : « Durozoir, Charles né à Paris le 15 décembre 170, de la même famille que le journaliste mort sur l’échafaud révolutionnaire en 1792 dut les moyens de suivre la carrière littéraire aux soins de M. Lacretelle jeune, qui l’avait distingué parmi les auditeurs qu’attirait son cours d’histoire à l’Ecole normale, et qui se l’attacha en 1811 en le faisant son secrétaire. M. Durozoir devint en même temps un des rédacteurs de la Gazette de France. Le 31 mars 1814, il fut un des plus ardents promoteurs du mouvement royaliste, qui éclata au moment de l’entrée des Alliés. Dès neuf heures du matin, il avait arboré la cocarde blanche, et il distribuait des proclamations. Le même jour, il eut l’honneur d’aborder l’empereur Alexandre, et de recueillir de sa bouche des paroles de paix et de bienveillance, qu’il consigna dans la Gazette de France, par une lettre insérée le 3 avril suivant. Le lendemain, 1er avril, il fut arrêté par les agents de la police de Buonaparte, comme il essayait de faire arborer les signes du royalisme dans le quartier le plus populeux de Paris. Il resta pendant deux jours détenu à la préfecture, et dut sa délivrance aux démarches de MM. Lacretelle et Michaud aîné. Au mois de mars 1815, il s’attacha au Journal général de France pour la rédaction des délibérations de la Chambre des députés, que le Roi venait de rappeler, s’inscrivit peu de jours après parmi les volontaires royaux qui s’organisèrent à Vincennes, et suivit la maison du Roi jusqu’à Beauvais. Le retour de Buonaparte ne changea point ses sentiments : il en donna la preuve par son vote négatif, inscrit, le 29 avril 1815, sur les registres de la préfecture. Ce vote était ainsi conçu : “Attendu que Napoléon Buonaparte, sous le nom duquel est présenté l’acte additionnel aux constitutions de l’empire, n’a pas qualité pour proposer des lois au peuple français, qu’il a perdu ce droit tant par le vœu unanime de la partie saine de la nation, que par le fait de son abdication solennelle ; attendu qu’en admettant le gouvernement militaire, Buonaparte ne pourrait plus même être regardé comme le chef de l’armée française, qu’il a déliée de ses serments ; attendu enfin qu’aucun acte national et légal n’a prononcé et ne pourrait même prononcer la déchéance de Louis-le-Désiré, ni l’abolition de la charte constitutionnelle, le soussigné, loin de voter en faveur dudit acte additionnel, fait au contraire toute protestation contre, comme citoyen français, comme garde national, et comme sujet du Roi.Au mois de mai suivant, M. Durozoir publia un ouvrage intitulé Le Dauphin, fils de Louis XV et père de Louis XVI et de Louis XVIII, ou Vie privée des Bourbons, depuis le mariage de Louis XV en 1725, jusquà louverture des états généraux en 1789. Ils s’exprimait ainsi dans la préface datée du 21 mars 1815 : “J’avais composé cet ouvrage dans l’intention de le présenter au Roi. Je rendais assez justice au caractère de ce monarque pour ne pas me croire obligé de m’écarter de la vérité historique en parlant, en sa présence, de sa famille et de lui. Je publie aujourd’hui mon livre tel que je l’avais écrit, tel qu’il était en grande partie imprimé. Cette confiance ne sera sûrement pas trompée sous un gouvernement qui nous annonce le règne de la liberté et des idées libérales.” Chargé, au mois de juin suivant, de rendre compte des séances de la Chambre des pairs de Buonaparte dans le Journal général, M. Durozoir s’attacha à présenter, sous le côté odieux ou ridicule, les opinions et les discours des membres de cette assemblée qui montraient le plus de dévouement à Napoléon. Le 7 juillet, il publia dans les journaux un écrit signé de son nom, en qualité de grenadier de la garde nationale, par lequel il invitait cette milice citoyenne à se jeter dans les bras de Louis-le-Désiré, et s’élevait avec force contre les deux déclarations de la Chambre des représentants. “Que contiennent ces deux déclarations, disait-il ? Sont-elles autre chose que la paraphrase bien alambiquée, bien ambitieuse, bien idéologique, de cette charte si paternelle, si claire, si complète, que la postérité citera à jamais comme la première et la franche application des idées libérales aux institutions françaises...” Cet écrit attira à son auteur les attaques du Nain jaune. Pendant la session de 1815, M. Durozoir analysa, pour le Journal général, les séances de la Chambre des députés. Le 27 décembre de cette même année, il fut porté comme candidat à la place de secrétaire-rédacteur, devenue vacante par la démission de M. Despallières, et réunit le plus de voix, après M. Couchery, qui fut élu. Le même jour, il fit hommage à l’assemblée de son ouvrage, intitulé Le Dauphin, etc. ; et il fut consigné au procès-verbal que ce livre avait été publié pendant les Cent-Jours. Mais bientôt après, la vivacité avec laquelle il se prononça, dans l’analyse des séances, contre les principes de la majorité, exposa sa personne et son journal à des attaques réitérées. Cette transition subite vers un parti qui, jusqu’alors, n’avait pas paru être le sien, se fit remarquer à l’occasion du rapport de M. Corbières, sur la loi d’amnistie, à la séance du 27. L’analyse qu’il fit de ce rapport, et la manière dont il représenta l’effet qu’il avait produit sur une partie de l’assemblée, furent fortement désapprouvées. M. Chifflet, président de la commission, écrivit à M. Lainé, pour demander que le rédacteur du Journal général fût incarcéré, et que l’entrée de la salle des séances lui fût interdite ; mais cette réclamation n’eut aucune suite. M. Durozoir irrita de nouveau les membres de la majorité par le résumé qu’il fit, dans les numéros des 9, 27 et 28 janvier suivants, de la discussion qui eut lieu, en comité secret, de la proposition tendant à donner au clergé la faculté de recevoir des donations, sans l’autorisation du gouvernement. Mêlant ses propres réflexions à celles des orateurs, il jetait le blâme sur les opinions des membres qui appuyaient la proposition et il citait avec complaisance les discours des adversaires du projet. Mais, à la fin, la liberté avec laquelle il s’exprimait sur les opinions et les personnes des députés, excitèrent de tels mécontentements, qu’un grand nombre de députés exigeaient qu’il fût exclu de l’enceinte des délibérations, et que même quelques-uns parlaient de l’exiler de Paris, comme auteur d’écrits séditieux. Le ministre de la Police se contenta d’ordonner qu’il s’abstînt de signer ses analyses et de parler des comités secrets. Après la session, M. Durozoir devint rédacteur principal du Journal général, et y donna beaucoup d’articles dans lesquels il négligea rarement l’occasion d’attaquer, soit directement soit indirectement, les principes de la majorité. Vers le même temps (mai 1816), M. le marquis de Clermont de Mont-Saint-Jean, inspecteur-général des gardes nationales de Seine-et Marne, le nomma son aide de camp. Au mois de février 1817, il cessa de prendre part à la rédaction du Journal général et il obtint une place d’examinateur des livres à la direction de la librairie. » Dans leur Dictionnaire général de biographie, Dezobry et Bachelet, donnèrent sur Durozoir la notice suivante : « Durozoir, Charles. Historien et publiciste, né à Paris en 1790, mort en 1844, fut élevé dans les principes hostiles à la Révolution française, s’attacha à Lacretelle, dont il devint le secrétaire et le collaborateur à la Gazette de France, dirigea, de 1815 à 1817, le Journal général de France, écrivit ensuite dans le Messager des Chambres, les Annales politiques et le Moniteur, fut professeur d’histoire au collège Louis-le-Grand depuis 1818, et en même temps suppléant à la faculté des lettres, prit une part active à la publication de la Bibliothèque latine-française de Panckoucke, de la nouvelle édition de l’Art de vérifier les dates et de la Biographie universelle de Michaud, et écrivit, entre autres ouvrages estimables Chronologie historique des rois de France, 1820 in 8° ; Programme dhistoire romaine 1820 in 8° ; Eloge historique et religieux de Pie VI, 1825 in 8°. » La biographie la plus complète est sans doute dans la Biographie universelle, ancienne et moderne, et ainsi rédigée : « Durozoir, Charles, littérateur, frère du précédent (Durozoir, Charles, François), né à Paris le 15 décembre 1790, fit ses premières, études à Sainte-Barbe. Son amour du travail et les heureuses dispositions que chacun lui reconnaissait, engagèrent sa famille à le faire concourir pour l’obtention d’une demi-bourse au Prytanée français (lycée impérial). Il subit les épreuves avec succès et fut admis dans cet établissement, où il termina ses études. Son père, avocat au parlement de Paris, caissier de la Comédie italienne et intendant des biens de la maison de Duras, voulut d’abord lui faire suivre la carrière du barreau. Bien que manifestant un goût prononcé pour les lettres, le jeune Durozoir se livra donc pendant quelque temps, et par obéissance, à l’étude des lois et de la procédure ; mais la Providence lui ayant fait rencontrer alors M. de Lacretelle, dont il suivait le cours d’histoire à la Faculté des lettres, il s’attacha à lui et devint son secrétaire. On était à l’époque des grandes guerres de l’empire. Durozoir dut bientôt, comme tous les jeunes gens, payer sa dette à la patrie. Homme de plume, plutôt qu’homme d’épée, il espérait toutefois, en se rendant à l’armée, y trouver un emploi qui convint à ses goûts. Il ne le rencontra pas tout d’abord ; mais, grâce à la recommandation de Lacretelle, qui veillait sur lui avec une bonté toute paternelle, il fut enfin admis dans les bureaux d’un ordonnateur des armées. Après les désastres de nos troupes, Durozoir revint à Paris, et il dit lui-même quelque part qu’il fut l’un des premiers dans la capitale, à demander le rétablissement des Bourbons et à saluer leur retour dans le journal la Gazette de France, où il écrivait. Il était alors cruellement éprouvé, et cette époque fut sans contredit la plus difficile de sa vie. Outre que sa santé s’était profondément altérée dans les camps, il était sans argent, et se fût vu réduit à la plus affreuse misère, si la main qui l’avait déjà soutenu, ne fût de nouveau venue à son aide. Il fut recueilli et secouru par de Lacretelle et par la mère d’un de ses anciens condisciples de Sainte-Barbe. Son protecteur, pour lui créer quelques ressources, le présenta alors au journal l’Indépendant, dans lequel il commença à écrire. C’est en 1815 qu’il fit paraître son premier ouvrage intitulé : Le Dauphin, fils de Louis XV et père de Louis XVI, de Louis XVIll, etc. C’était un livre de circonstance. Cependant, l’auteur, en y témoignant de son affection et de son dévouement pour les Bourbons, parle avec toute l’ardeur d’une conviction sincère, et ce serait se tromper, selon nous, que de ranger cette publication parmi celles qu’inspirèrent seuls l’esprit de réaction qui se fit sentir en 1815 contre les institutions impériales et l’engouement intéressé qui entraînait auprès des Bourbons le plus grand nombre de ceux qui naguère se courbaient devant l’Empereur. Nous en disons autant d’un autre volume : Louis XVIII à ses derniers moments, etc., conçu dans les mêmes idées et tout plein aussi d’expressions d’attachement pour l’ancienne dynastie. La foi politique de Durozoir était, sans nul doute, de plus vieille date et puisée à plus noble source. Mais s’il fut plus sincère que la plupart des écrivains de ce temps, il ne fut pas toujours plus juste qu’eux envers les hommes et les choses qui avaient existé en France depuis vingt-cinq ans. En 1817, il fut nommé examinateur des livres près la direction de la librairie, dépendante d’abord du ministère de la police générale, puis de celui de l’Intérieur, et conserva cette place jusqu’en 1822, époque à laquelle elle fut supprimée. Déjà depuis 1818, et probablement sur la recommandation de De Lacretelle, Royer-Collard l’avait appelé à professer l’histoire au collège Louis-le-Grand. Il devint en 1820 titulaire de cette même chaire, et, le 20 décembre 1823, il ouvrait, comme suppléant de De Lacretelle, le cours d’histoire ancienne à la Faculté des lettres de Paris. C’est à cette position élevée dans la carrière de l’enseignement, dont ses études d’ailleurs le rendaient digne, que les conseils éclairés et la persévérante sollicitude de son maître, l’avaient enfin fait monter. Exemple consolant à enregistrer, honorable pour Durozoir, honorable surtout pour l’académicien distingué, qui d’un pauvre jeune homme presque abandonné, a su faire un homme instruit et un homme utile ! Durozoir n’oublia jamais la dette qu’il avait contractée envers de Lacretelle. C’est à lui qu’il dédia en 1826, son Histoire ancienne (En 1827, lorsque Lacretelle, a cause de sa noble conduite à l’Académie française, fut privé de la place de censeur dramatique, Durozoir publia le 6 janvier dans le Journal des débats une lettre qui lui fait beaucoup d’honneur et qui faillit le faire destituer, comme son maître). Cet ouvrage, dont le premier volume seul a paru, devait, d’après le plan de l’auteur, en renfermer trois. Composé en vue de la jeunesse des collèges, il fut approuvé par le conseil de l’université et recommandé pour l’enseignement de l’histoire ancienne dans les écoles publiques. Tout en jetant un regard approfondi sur les questions importantes que présente l’origine de la plupart des peuples de l’Antiquité, Durozoir n’a cependant pas fait de son livre un amas de science indigeste. Recueillir avec soin les opinions les plus probables [lire sans doute probantes, N.D.A.] émises par des auteurs consciencieux, substituer rarement ses propres hypothèses à celles des maîtres, apprécier enfin les faits de façon à en tirer toujours le sujet de réflexions morales, tel est le dessein qu’il semble s’être proposé et qu’il a fidèlement suivi. L’Histoire de la république romaine publiée en 1828, de concert avec son collègue, M. Dumont, lequel s’était chargé d’écrire l’histoire de l’empire, est moins complète. Durozoir s’est efforcé d’y renfermer beaucoup de faits dans peu de phrases. Ce n’est qu’un livre élémentaire, mais très utile encore à ceux qui veulent avoir de saines idées sur l’histoire des Romains. Ces publications furent suivies de la traduction de Salluste, qui a paru dans la collection des auteurs latins de Panckoucke. Ce n’était pas une chose facile que celle de rendre dans notre langue le plus concis peut-être des historiens romains, et, au dire même des anciens, l’émule de Thucydide. Durozoir s’en est acquitté avec succès. Sans doute, dans bien des circonstances, il est resté au-dessous de son modèle ; mais, en constatant sa défaite, on comprend les efforts qu’il a tentés et l’on doit lui en savoir gré. Il a aussi réussi, après de patientes recherches, à restituer aux érudits un grand nombre de fragments de Salluste qu’il a reliés entre eux, recomposant en quelque sorte la grande histoire dont la perte est si regrettable. Enfin, faisant droit pour ainsi dire à la requête de l’Empereur qui disait à Sainte-Hélène de la conspiration de Catilina “que c’était plutôt quelque nouvelle faction à la façon de Marius et de Sylla, qui, ayant échoué, avait accumulé sur son chef toutes les accusations banales dont on les accable en pareil cas”, Durozoir, par quelques aperçus pleins de sens, nous présente ce personnage sous un jour nouveau et plus favorable. A cette traduction, Durozoir ajouta celle de Florus, qu’il accompagna de commentaires et de notes, et c’est sous sa surveillance que furent publiées, dans la collection Panckoucke, les œuvres de Sénèque le philosophe. La plupart des annotations sont de lui. Ces travaux, trop persévéramment continués, forcèrent Durozoir à interrompre son cours au collège Louis-le-Grand, et, à partir de 1830, il ne publia plus aucun livre. Il rédigea seulement depuis de nombreuses notices pour la Biographie universelle et pour la Biographie des jeunes gens, publiée par Alph. Beauchamps. Sa santé se dérangea de nouveau en 1843 ; il quitta le collège et se retira à Goussainville (Seine-et-Oise), où il mourut, le 13 septembre 1844. Durozoir était sincèrement religieux. Il avait appris, par sa propre expérience, de quel secours la religion est à l’homme au milieu des traverses de la vie. C’est à cette source et à l’école du malheur qu’il sut puiser, ce semble, la noblesse et la chaleur du cœur qui distinguent ses écrits et qui préviennent en sa faveur. Disciple des bons maîtres de la langue, son style est élégant et facile : ses ouvrages se font remarquer par une sobriété de bon goût qui n’est pas la sécheresse, et en dehors des affaires de la politique contemporaine, par une rectitude de jugement et une impartialité qui avertissent le lecteur qu’il a affaire avec un écrivain consciencieux. » La notice qui lui est consacrée ajoutait l’appréciation suivante : « Quoique attaché de cœur à la dynastie des Bourbons, Durozoir, par suite d’un noble sentiment d’honneur et d’indépendance, s’est toujours tenu en dehors du parti ultra-royaliste, et il éprouva même pour cette raison quelques persécutions de la part des zélés. C’est ainsi qu’en 1818, il se prononça dans le Journal général contre la majesté de la Chambre, surtout a l’occasion du rapport de M. Corbière sur la loi d’amnistie, et contre la donation du clergé sans autorisation du gouvernement. La droite fut si mécontente de ses articles, qu’elle demanda qu’à l’avenir il fût exclu de la salle des séances ; quelques membres même voulaient son exil, et M. Chifflet, son incarcération ; il ne fallut pas moins que la grande influence de MM. Lainé, Maine de Biran, Hyde de Neuville, etc. pour le sauver. M. Decaze, ministre de la police, se contenta de lui défendre de signer les analyses de la Chambre et de parler des comités secrets ; Durozoir ne pouvant faire ainsi abandon de son indépendance d’écrivain, n’obéit qu’après plusieurs injonctions. Il s’était fait aussi une réputation redoutable par ses plaisanteries mordantes et ses redoutables boutades contre les députés ministériels. » Parmi les autres ouvrages écrits par Durozoir, citons : Discours douverture du cours dhistoire ancienne, prononcé le 20 décembre 1823, Paris, Pillet aîné et A. Bertrand, 1826, in-8°, 28 pages ; Discours prononcé le 12 novembre 1824, aux funérailles de M. de Guérie, censeur des études au collège Louis-le-Grand. Paris, imprimerie de Gratiot, 1824, brochure in-8 ; Ouvrage dédié à la jeunesse française, Paris, Pillet aîné, 1824, in-12 ; Traduction de lhistoire romaine de Florus, accompagnée de commentaires et de notes, 1829 ; Précis de lhistoire romaine depuis la fondation de Rome jusquà lempire, Paris, L. Colas, 1828 ; Œuvres de Salluste, Traduction nouvelle avec notice, observations et commentaires ; Œuvres de Sénèque le philosophe, traduites par MM. de Vatimesnil, Alfred de Wailly, etc. ; Abrégé de lhistoire de Carthage, Paris, Parent-Desbarres, 1843, in-12. Durozoir a de plus fourni de nombreux articles au Journal général de France, à l’Indépendant, à la Gazette de France, au Messager des chambres, aux Annales politiques, au Journal des mœurs, au Bon Français, à l’Etoile, à la Biographie des demoiselles de madame Dufrénoy, au Dictionnaire de la conversation, au Moniteur, au Journal des Débats, au Kepsake des hommes utiles, etc. Plusieurs de ces articles, et entre autres les morceaux intitulés De lHistoire, et Aperçu historique sur lu Grèce ancienne, furent tirés à part. Durozoir enfin a été l’un des collaborateurs les plus assidus de la Biographie des hommes vivants, et de la Biographie universelle et de son supplément. Parmi les notices qu’il y a fournies, il faut remarquer celles qu’il a écrites sur la plupart des Romains célèbres, et parmi les Français, celles de Raynal, Richelieu, l’abbé Terray, Turgot, Vergennes, l’abbé Voisenon, Voiture, Volney. Il prit part à la publication des premiers volumes de la 2e édition de la Biographie universelle. Il y révisa et corrigea de nombreux articles, et fournit beaucoup d’autres entièrement nouveaux, parmi lesquels ceux de Barnave, Beaumarchais, de Bonald, Armand Carrel, Charles X, Chauveau-Lagarde, maréchal Clauzel, etc. Durozoir était présent à la réunion chez Cadet-Gassicourt le mardi 27 à 19 heures (avec entre autres les journalistes Thiers, Rémusat et Cauchois-Lemaire, Béranger, Jules de Lasteyrie). Il s’agissait de s’organiser entre électeurs sur le refus de l’impôt et la réorganisation de la garde nationale. Sarrans, dans son Lafayette et la révolution de 1830, donne sur Durozoir l’appréciation suivante : « Un des hommes qui parlèrent avec le plus de chaleur en faveur de cette levée de boucliers, fut M. Durozoir, professeur d’histoire au collège de France. Ce savant, qui avait été fort royaliste à l’époque de la première Restauration, avouait et expiait noblement son erreur dans cette circonstance. M. Cadet-Gassicourt montrait aussi un dévouement d’autant plus méritoire que, la veille même, il avait eu le malheur de perdre sa mère. Je ne me rappelle plus quel était le président de l’assemblée ; je crois cependant que c’était M. Chevalier, mais, quel qu’il fût, il s’acquitta de ses difficiles fonctions avec beaucoup de calme, d’énergie et de présence d’esprit. Un seul homme parlait encore de légalité au milieu de cet effroyable cataclysme ; c’était M. Thiers. » Le Journal des débats, en date du 30 juillet 1830, rapporta les circonstances suivantes : « Un grand nombre de citoyens du (ancien) XIe arrondissement municipal, réunis à la mairie de cet arrondissement, ont élu membres du bureau municipal provisoire, MM. Népomucène Lemercier, de l’Académie française, président ; Victor Cousin, professeur de la faculté des lettres, secrétaire ; Renouard d’Herbelot, avocat ; Paul Royer-Collard, professeur à la faculté de droit ; Ch. Durozoir, professeur suppélant à la faculté lettres ; Peyre, architecte ; Andral, professeur à la faculté de médecine ; Fonfancy, avocat ; Gustave Drouineau, homme de lettres. » Dans ses Mémoires, Rémusat porte le jugement suivant sur cette même réunion : « Ce qui se dit de paroles inutiles dans ce genre de réunion ne peut s’imaginer par qui n’en a pas l’expérience. Il y a les ardents et les impétueux, qui veulent parler pour satisfaire leur tempérament et qui se soulagent en déclamant au hasard. Il y a les badauds, qui veulent raconter ce qu’ils ont vu et entendu, le croyant très important parce que c’est tout ce qu’ils savent. Il y a les vaniteux, qui préoccupés d’eux-mêmes, tiennent absolument à expliquer leur conduite… Je me souviens qu’une grande partie du temps fut employée à entendre Durosoir (sic) ; c’était un ancien professeur d’histoire, qui, après avoir été libéral, comme tous ses pareils, nous avait quittés pour devenir suppléant à la faculté des Lettres. Il nous fit à la fois une apologie et un mea culpa, nous expliqua que les événements l’avaient éclairé, et nous jura qu’il était maintenant bien des nôtres. » Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Sa médaille lui fut délivrée le 25 juin 1831. Nous empruntons au Nouveau Dictionnaire des girouettes la notice biographique qui lui est consacrée et ainsi rédigée : « Impérialiste fervent, secrétaire de M. Lacretelle, et rédacteur de la Gazette de France en 1811 ; provocateur du mouvement royaliste qui éclata le 31 mars 1814 ; honoré par l’empereur Alexandre de paroles de paix et de bienveillance, qu’il publie dans sa feuille ; arrêté le 1er avril par des agents du gouvernement impérial ; délivré par les sollicitations de MM. Lacretelle et Michaud aîné ; rédacteur actif, en 1815, du Journal général de France, où il insère les délibérations des deux Chambres ; inscrit parmi les volontaires royaux, et suivant la maison du roi jusqu’à Beauvais ; de retour à Paris, pendant les Cent-Jours, consignant sur les registres de la préfecture son vote négatif contre l’acte additionnel ; ridiculisant, dans sa feuille, la Chambre des pairs de Napoléon, et s’égayant sur le compte du roi Joseph, de Cambacérès et de quelques ministres ; publiant enfin, sans être inquiété, un livre intitulé : Le Dauphin, fils de Louis XV, père de Louis XVI et de Louis XVIII, ou Vie privée des Bourbons, depuis 1725 jusqu’en 1789, in-8°. Le 7 juillet, il insère dans le Journal Général, comme grenadier de la garde nationale, une lettre où il invite ses camarades à se jeter dans les bras de Louis-le-Désiré. Cet article lui attire les attaques du Nain Jaune. A l’apparition de la Chambre introuvable, il fut porté comme candidat pour une place vacante de secrétaire-rédacteur, et réunit le plus de suffrages après celui qui fut élu. A époque, il se prononça contre les principes de la majorité, surtout à l’occasion du rapport de M, de Corbière sur la loi d’amnistie. La fureur des membres du côté droit fut extrême : plusieurs demandèrent qu’il fût exclu des séances ; quelques-uns proposèrent de l’exiler de Paris, et M. Chiffiet écrivit même à M. Laîné, président de l’Assemblée, pour que l’audacieux rédacteur fût mis en prison. Les pairs des Cent-Jours étaient moins irascibles que ses anciens amis. Il a travaillé depuis au Messager des Chambres, au Journal des Maires, à l’Etoile, à la Gazette de France et au Moniteur. Nommé, sous M. Decazes, examinateur des livres près la direction de la librairie, il conserva cette place jusqu’en 1819, époque de sa suppression. Il fut alors nommé professeur d’histoire au collège Louis-le-Grand par M. Royer-Collard, et suppléant de M. Lacretelle, professeur d’histoire à la Faculté des lettres de Paris. A l’avènement de Charles X, il publia un ouvrage intitulé Louis XVIII à ses derniers moments, précédé des exemples édifiants de la mort des princes de la maison de Bourbon ; et le Moniteur, rédigé par M. du Rozoir, l’annonça en ces mots : “Les circonstances et les sentiments bien connus de M. du Rozoir ne peuvent que donner un véritable intérêt à cette production.” Le 19 novembre 1824, le même Moniteur, rédigé par M. du Rozoir, annonça que l’auteur avait été admis à l’honneur de présenter son livre au nouveau roi Charles X. Mais l’ouvrage déplut aux ministres, parce qu’on s’y élevait contre la censure établie dans les derniers jours de Louis XVIII, et qu’on y faisait l’éloge de M. de Châteaubriand. Le Conseil de l’instruction publique refusa de l’adopter. La Société des bons livres, moins scrupuleuse, réimprima pour son compte Les Exemples édifiants. En juillet 1830, M. du Rozoir a été un des premiers gardes nationaux qui se soient montrés avec la cocarde tricolore. Fondateur, ou du moins membre très actif de plusieurs sociétés populaires, on a tout lieu d’espérer qu’il aura fait passer dans sa chaire les sentiments de pur patriotisme qu’il professe dans les tribunes où il se montre avec tant d’avantage. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il demeurait 30, rue de Seine en 1828 ; 3, rue du Jardinet en 1830-1831. Journal des débats, 30 juillet 1830 ; Mémoires de ma vie, Rémusat, Plon, Paris, tome II, p. 327 ; La Révolution de 1830 en France, Pinkney, Paris, PUF, 1988, p. 123 ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris Vbis7K4 2 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille Xe arrondissement ; Archives de Paris Vbis7K4 4, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F 1dIV 21 Récompenses honorifiques, Légion d’honneur ; Lafayette et la révolution de 1830, Histoire des choses et des hommes de Juillet, Sarrans, Thoisnier-Desplaces, Paris, 1833, tome premier, p. 249 ; Dictionnaire général de biographie et dhistoire, Dezobry et Bachelet, 2 tomes 5e édition, chez Delagrave, 1869 ; Biographie des hommes vivants, tome second, Paris, chez Michaud, octobre 1816, février 1817, p. 500-501 ; Biographie universelle, ancienne et moderne, nouvelle édition, tome douzième, p. 117-119, Paris, Desplaces et Michaud, 1855 ; Nouveau Dictionnaire des girouettes, Nos grands hommes peints par eux-mêmes, pairs, hommes d’Etat, hommes de lettres, généraux, évêques, chansonniers, préfets, journalistes, statuaires, ministres, députés, ambassadeurs, vaudevillistes, etc., par une girouette inamovible, à Paris, Lerosey, libraire, Palais-Royal, 1831, p. 339-341. Il nest pas dans la base Eléonore.

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