Dutertre, François, Marie
Biographie
Né vers 1799 à Châteaugiron (Ille-et-Vilaine). Tanneur-corroyeur. Gravement contusionné, il reçut un secours de soixante-quinze francs en septembre 1830, sur les secours distribués par Le Constitutionnel. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) Ve arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Ve arrondissement. Il fut admis dans la catégorie des blessés de la 1re classe auprès de la mairie du (ancien) Ve arrondissement et reçut, à ce titre, une indemnité définitive de trois cents francs versée sur un an. Il reçut, à titre de blessé de la 1re classe, une indemnité définitive de la part de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants, sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac, afin d’obtenir la croix de Juillet et une pension, faisant parvenir la lettre suivante à cette Commission : « Il ne m’appartient pas d’examiner les droits de ceux qui ont obtenu la première des récompenses nationales mais il m’est permis de me croire digne de cette première récompense puisque je n’aurais pas pu faire plus que je n’ai fait. Cependant je n’ai obtenu que la médaille. Tant qu’on ne m’aura pas donné la croix, seule récompense que j’ai sollicitée, je ne cesserai de penser et de publier que les intentions de la Nation n’ont pas été remplies. Le 27 juillet, à 6 heures du soir, je me suis joins aux groupes qui dans la rue Saint-Honoré, lançaient des pierres contre les troupes royales et le même soir à 9 heures j’ai travaillé à la première barricade qui a été faite à côté de la fontaine de la rue de l’Arbre-Sec et de la rue Saint-Honoré et là la grille du marchand de vin a été arrachée. Le 28 à midi je me suis rendu à la place des Victoires, où nous étions déjà réunis cinq à six mille personnes lorsque nous fûmes dispersés par les troupes. Je suivis un officier de la garde nationale, que depuis j’ai su s’appeler Miel (voir Miel, Edme, Marie) parce que sa femme, qui avait su que j’étais à ses côtés quand il fut tué vint me demander où il avait été enterré. Je l’avais suivi rue des Prouvaires, où nous essuyâmes une décharge du 15e de ligne, qui tua trois gardes nationaux sur quatre qui seuls avaient le costume de la garde nationale. Après avoir épuisé mes cartouches ce fut dans la giberne d’un de ces gardes nationaux que j’en puisais car seul je me tins embusqué au coin de la rue des Prouvaires. Je ne quittai ce poste que lorsque les bourgeois me criaient par les croisées de fuir parce que les troupes arrivaient par-derrière. J’allais rue Saint-Denis me battre contre l’artillerie qui était sur le marché des Innocents. Le même jour à 3 heures, je me trouvais rue Montorgueil pour combattre les Suisses. A 4 heures et demie, je me rendis au pont au Change et je combattis à la Grève jusqu’à 7 heures du soir que mes munitions furent épuisées. Le 29 au matin je me rendis à la mairie du (ancien) Ve arrondissement, où on me donna des cartouches. Je suivis à la place de Grève une colonne d’environ cent cinquante personnes. Nous étions réunis à la Grève environ six mille personnes lorsqu’on parla d’aller au Louvre. Un monsieur prit le commandement et moi, soixantième seulement, je marchai à ses côtés. Nous arrivâmes au Louvre au moment où on y entrait. Toutefois nous eûmes encore dans la cour du Louvre une décharge des Suisses. Après avoir concouru à les expulser entièrement nous continuâmes à marcher ensemble sur la place du Palais-Royal, où nous entendions dire qu’on se battait. En y arrivant celui qui avait pris notre commandement reçut une balle à la cheville du pied. J’étais à ses côtés et je le transportais au corps de garde du château d’eau. Il demanda à être porté ailleurs et j’aidai à le transporter dans un hôtel de la rue Saint-Thomas-du-Louvre. Je retournai me battre. Ce ne fut que quatre jours après que j’allai dans cet hôtel demander des nouvelles de mon commandant. On me reconnut et on m’annonça qu’on était chargé de me dire que c’était M. Pacot (voir Pacot dit Pacot d’Yenne, Jean, Louis, François, Numa), ancien officier, qui avait pu être transporté dans son domicile. En me rendant rue de Richelieu, où on se battait, je vis sortir d’une maison deux Suisses. J’en pris un au collet, on se jeta sur l’autre, qui fut tué. On voulait aussi tuer celui que j’avais pris et que je conduisais au château d’eau. Pendant que je le conduisis, on lui tira quatre coups de feu et un l’atteignit. Toutefois il put arriver jusqu’au poste, où je le laissai pour revenir me battre. En passant devant une maison dépendant du Palais-Royal à côté de la Civette, je vis qu’on se portait en foule dans cette maison où on cherchait des Suisses. Une glace immense fut brisée et je contribuai à arrêter le désordre. Je me rendis aux Tuileries où je restai de garde jusqu’au dimanche suivant. Le mardi suivant, je me rendis à Rambouillet. Appelé devant le jury de mon arrondissement, j’ai raconté ces faits à l’appui desquels j’ai fourni un certificat d’un marchand peaussier, rue des Prouvaires, devant la maison duquel a été tué le sieur Miel et qui m’avait vu tirailler seul contre le 15e de ligne ; un autre de plusieurs citoyens de mon quartier, qui m’ont aussi vu rue des Prouvaires ; un de M. Trasca, propriétaire de deux maisons, capitaine de la garde nationale ; un d’un nommé Rivolet, voiturier, qui a été témoin du mal que j’ai eu à sauver la vie au Suisse que j’avait fait prisonnier ; en enfin de M. Pacot, auquel j’ai peut-être sauvé la vie. Je ne suis qu’ouvrier corroyeur, rue de la Grande-Truanderie n° 50. Je crois que cette considération a pu déterminer la Commission des récompenses nationales à ne m’accorder que la médaille, pensant que je me trouverais suffisamment récompensé. Cette distinction, que je sais avoir été faite pour ceux de la basse classe, est injurieuse et change en humiliation ce qui doit être un titre à la considération. J’appartiens à une famille honorable et propriétaire à Châteaugiron. Quand j’y retournerai, si je n’ai que la médaille je ne pourrais pas raconter ce que j’ai fait parce que mes compatriotes m’accuseraient de m’attribuer plus que je n’ai fait. Plein de confiance, etc. » Il joignait à sa lettre deux certificats. Le premier certificat, un certificat médical ainsi rédigé : « Je, soussigné, docteur en médecine, l’un des membres pour la visite des blessés de la division Montorgueil, certifie avoir conjointement avec le docteur Marchais, donné mes soins au sieur Dutertre, François, demeurant rue de la Grande-Truanderie n° 50 pour une blessure reçue au genou gauche, le 29 juillet, combattant au Louvre. Je certifie en outre qu’un certificat signé du docteur Marchais et de moi a été primitivement délivré au sieur Dutertre, pour lui servir ce que de raison, que ce certificat attestait la gravité de la blessure, le temps que le malade est resté sans pouvoir se livrer à aucun travail (trois mois) et a été égaré dans les bureaux de la Commission, certificat qui a privé le brave d’avoir part aux récompenses nationales, récompenses qu’il est juste qu’il retrouve dans l’impartialité des autorités compétentes. » Signé, le 1er septembre 1831 : Brissaut, médecin. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, propriétaire de la maison de la Grande-Truanderie n° 50, certifie que le sieur Dutertre, François, Marie, ouvrier corroyeur, mon locataire, a été blessé en combattant pour la cause nationale le 29 juillet 1830, que je l’ai fait soigner dans sa chambre par M. Marchais, mon médecin, jusque vers la fin d’octobre suivant, époque à laquelle le sieur Dutertre reprit son travail. M. Marchais, mort en janvier 1831, avait délivré à Dutertre un certificat de sa blessure, qui avait été également constatée par M. le docteur Brissau du bureau de charité du (ancien) Ve arrondissement et délégué à cet effet pour le quartier Montorgueil. Ledit certificat ayant été égaré à la Commission des récompenses nationales, Dutertre n’a reçu pour toute indemnité que la somme de soixante-quinze francs de la Commission du Constitutionnel et la médaille de celle des récompenses illisible loin de dédommager de la seule perte de son travail pendant trois mois. » Signé, le 13 septembre 1831 : Trescapueels. Suivaient les signatures de : Beneyton (voir Beneyton, Joseph), décoré de Juillet, demeurant 30, rue des Deux-Ecus ; Cottar (voir Cottar, Christophe, Joachim), décoré de Juillet, demeurant 13, rue Lévêque ; Samyn (voir Samyn, Jean, Joseph), blessé, demeurant 1, place Sainte-Opportune. Il signa, le 26 août 1831, le certificat suivant en faveur de Jonte, Pierre, Frédéric dit Comtois, quand ce dernier tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Je, soussigné, certifie que le nommé Pierre, Frédéric (sic) se trouvait avec moi à l’attaque du Louvre et qu’il s’est montré comme un véritable patriote et qu’il n’a pas resté un moment sans combattre jusqu’à la prise et qu’il a resté toute la nuit de garde pour faire respecter les monuments. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) Ve arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. En 1832, sans doute à l’occasion d’une demande de secours, le certificat suivant lui fut délivré : « Je, soussigné, propriétaire, capitaine des chasseurs de la Ve légion, 3e bataillon, 1re compagnie, demeurant rue de la Grande-Truanderie n° 50, certifie que M. Dutertre, François, Marie, ouvrier corroyeur, travaillant depuis quatre années chez M. Leroux, l’un de mes locataires, a bravement combattu lors de la révolution de juillet 1830, a été blessé rue des Prouvaires en désarmant un soldat suisse de la garde ; que par suite de cet accident il a été traité chez moi par mon médecin, qui l’a ensuite fait entre à l’hospice Necker, ce qui lui a occasionné une interruption de travail de près de trois mois ; qu’il n’a reçu pour toute récompense que la médaille de Juillet et une gratification de soixante-quinze francs du journal le Constitutionnel. J’atteste en outre que lors des événements des 5 et 6 juin dernier, M. Dutertre est venu s’offrir, lorsque je réunissais ma compagnie, pour faire tête à l’émeute, me demanda des armes et s’offrit à marcher dans nos rangs et que si je n’ai point accepté ses services c’est que n’ayant pas d’uniforme j’ai craint qu’il ne puisse être confondu avec les rebelles dans un moment où chacun de nous avait souvent à combattre individuellement, mais qu’il n’en a pas moins fait preuve de bonne volonté et de dévouement au gouvernement du roi et que par ces motifs il a des droits à sa bienveillance pour les secours qu’il sollicite. » Signé, le 23 novembre 1832 : Hurat. P.S. : « Le sieur Dutertre a en outre reçu de la mairie du (ancien) Ve arrondissement une gratification de cent vingt francs en mars 1831. » En 1835, « se trouvant dans la position la plus malheureuse puisqu’il y a peu de temps qu’il est sorti de l’hospice Saint-Louis », ne pouvant pas encore travailler, devant son loyer, il sollicita un secours. Sa demande était apostillée par le colonel de sa légion. Brissaut, le médecin qui l’avait soigné en 1830, lui délivra le certificat suivant : « Je, soussigné, certifie que le sieur Dutertre, blessé de Juillet d’un coup de baïonnette au genou, ressent de vives douleurs dans les changements de température, ce qui le force trop souvent au repos pour ses moyes pécuniaires car il est très pauvre (sic). Je certifie en outre connaître parfaitement sa moralité, puisqu’il a habité longtemps le quartier où j’exerçais la médecine, que je l’ai soigné longtemps pour la blessure de Juillet et que même je lui ai délivré les attestations exigées par sa maladie accidentelle, attestations qui sont restées à la mairie du (ancien) Ve arrondissement ou entre les mains de la Commission nommée à l’époque pour la distribution des secours. Le sieur Dutertre est recommandable par sa douceur et son amour de l’ordre et de la tranquillité. » Signé, le 2 juin 1835 : Brissaud. Le préfet de police reprenait sur son compte les renseignements suivants : « […] Ouvrier corroyeur ; il gagne trois francs par jour ; sa position n’est nullement malheureuse ; il n’inspire d’ailleurs que peu d’intérêt car il vit en concubinage avec une nommée Henriette Lefebvre, couturière, et on le dit adonné à l’ivrognerie. Il a la médaille de Juillet et c’est sur elle qu’il fonde ses espérances à l’obtention des secours qu’il sollicite de tous côtés. » Puis précisait : « D’après les nouveaux renseignements que je viens de faire prendre, ce pétitionnaire est aujourd’hui dans une position extrêmement gênée bien qu’un changement favorable se soit opéré dans sa conduite. On assure en effet que depuis qu’il demeure rue de la Cité on ne l’a pas encore vu en état d’ivresse. La femme qui vivait avec lui est en ce moment malade à l’Hôtel-Dieu. » En 1836, « dans l’impossibilité de continuer son état de tanneur-corroyeur », du fait de ses blessures et réduit « au plus affreux dénuement », il sollicita un secours. Le préfet de police donna sur son compte les renseignements suivants : « […] Situation malheureuse […]. Il est atteint d’infirmités qui l’empêchent de travailler et il a passé dernièrement six mois à l’hospice Saint-Louis. Aucun rapport défavorable ne m’est parvenu sur sa conduite actuelle. » Il reçut, cette année-là, un secours de soixante francs. En 1837, la police rapportait sur son compte : « […] La position de ce pétitionnaire n’est pas heureuse car par suite des blessures qu’il a reçues dans les journées de Juillet il ne peut se livrer à sa profession de corroyeur. Sa conduite est bonne. » Il reçut un secours de cinquante francs en 1837. En 1838, il sollicita un secours de cent francs, afin de se rendre à son pays « où des affaires d’un grand intérêt l’appellent en ce moment », précisant qu’il était depuis la formation de la garde nationale à la 1re compagnie du 3e bataillon de la Ve légion, et « sincèrement dévoué au gouvernement de Juillet, il a constamment montré le zèle le plus actif pour le maintien de l’ordre et de la tranquillité publique et malgré les malheurs qu’il a éprouvés il n’en continuera pas moins à soutenir un trône qui seul peut nous assurer un bonheur que nous avons conquis au prix de notre sang ». Sa demande fut appuyée par le maire du (ancien) Ve arrondissement. Il reçut un secours soixante francs et un autre de cent cinquante francs en 1838. Il reçut un secours de vingt-cinq francs en 1840. En 1841, il sollicita des secours, précisant qu’il avait combattu du côté de l’ordre en juin 1832 et les 12 et 13 mai 1839 et qu’il avait possédé « un établissement qui commençait à acquérir une grande extension et à prospérer, quand des pertes considérables et ma bonne foi trompée ont entièrement changé ma position et m’a plongé dans une profonde détresse ». Sa demande était appuyée par Jollivet, député, et par le maire du (ancien) Ve arrondissement. Mais sa demande fut l’occasion de cette dénonciation, rédigée par Faucher, Léon : « […] Je crois devoir vous prévenir que le sieur Dutertre trompe votre religion après avoir trompé celle de M. le maire du (ancien) Ve arrondissement et de M. Jollivet. Au lieu de faire servir les secours qui lui sont accordés à l’objet pour lequel il l’a demandé, il les dissipe au contraire en orgies aux barrières et dans les cabarets. Le besoin de s’en retourner dans son pays n’est qu’un prétexte. Déjà à une autre époque, sous le ministère de M. le comte de Montalivet, il avait employé le même artifice et cet artifice lui ayant réussi les cent cinquante qui lui furent accordés furent dépensés en débauches […]. » L’administration répondit ainsi à Faucher, Léon que « éclairée maintenant sur l’inconduite et les mauvaises relations du sieur Dutertre, l’administration ne peut douter que cet homme ait surpris la confiance des personnes honorables qui avaient cru devoir le recommander pour des secours » et suspendit les secours. Il demeurait 50, rue de la Grande-Truanderie en 1830-1831 ; 42, rue Montorgueil en 1832 ; 49, rue de la Cité en 1835 ; 18, rue de la Vieille-Boucherie en 1836-1837 ; 50, rue de la Grande-Truanderie en 1839 ; 5, rue du Sabot en avril 1841. Troisième et dernier état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des blessés de la Ire classe du Ve arrondissement auxquels il a été alloué des indemnités définitives lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 73 ; Archives de Paris VD6 334, liste des médaillés de Juillet du (ancien) Ve arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/35 B, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) Ve arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) Ve arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des blessés des 1re et 2e classes auxquels il a été alloué des indemnités définitives (ancien) Ve arrondissement, blessés de 1re classe ; Archives nationales F/15/4240 ; Archives de la préfecture de police AA 394 in dossier Jonte, Pierre, Frédéric. Voir peut-être le Dutertre qui demeure 32, rue Saint-Germain-l’Auxerrois vers 1838 ?