Eustache, Charles, Félix, Paul
Biographie
Né le 11 février 1805 à Longjumeau (Seine-et-Oise), fils d’un notaire de Longjumeau. Commis marchand. Ayant satisfait à la conscription de 1826 au moyen d’un remplaçant, il sollicita, auprès de la Commission des récompenses nationales un grade d’officier dans l’armée, en rappelant dans ces termes sa participation aux combats des trois journées : « Le 27 dans la soirée, m’étant réuni à plusieurs jeunes gens, je me suis porté place de la Bourse où gisait le cadavre d’un brave que j’ai fait entrer au corps de garde malgré une vive opposition ; lui ayant fait administrer inutilement tous les secours propres à le rappeler à la vie, j’ai excité ceux qui m’accompagnaient à attaquer les hommes du poste, que nous en avons expulsés à coups de pierre, étant privés d’armes dont nous puissions nous servir.
»Le 28, ayant vainement cherché à me procurer un fusil ou une autre arme, je fus contraint d’être en quelque sorte simple spectateur des efforts des braves pour la conquête de la liberté.
»Le 29, m’étant procuré un fusil au faubourg Saint-Jacques lorsque l’on désarma les soldats d’une caserne près du Panthéon, je me suis dirigé vers le pont des Arts où je me suis battu contre la garde royale qui tirait contre nous à mitraille. De là, j’ai suivi le quai Voltaire en tiraillant sur les Suisses qui se trouvaient dans les galeries du Louvre et les Tuileries. Je suis entré à l’hôtel des gardes du corps où, après avoir protégé la sortie d’un officier supérieur, je me suis emparé du fusil d’un des factionnaires et ai donné le mien à un des nôtres qui en manquait. Etant entré ensuite un des premiers dans les Tuileries, je me suis opposé au pillage, en faisant laisser les paquets que plusieurs individus voulaient emporter. De là, je me suis rendu rue Saint-Honoré par la rue de l’Echelle où une fusillade très vive était engagée entre les troupes embusquées dans les maisons et le peuple. Après un feu soutenu qui dura près de deux heures nous parvînmes à débusquer la garde royale des maisons qu’elle occupait, après avoir toutefois perdu beaucoup de monde. Mon fusil des gardes du corps, que j’ai conservé, fut atteint d’une balle qui brisa la capucine et s’introduisit entre le canon et la baïonnette, que l’on dut briser pour la retirer. Mon fusil est encore témoin de ce que j’avance, outre le certificat ci-annexé délivré par M. Favrèse, négociant rue du Sentier, n° 22.
»Lorsque la rue Saint-Honoré fut entièrement libre je me rendis, à la tête d’un corps assez nombreux que je dirigeai, au ministère des Relations extérieures où je savais que se trouvait un fort détachement de gendarmes auquel nous fîmes rendre les armes. Là, j’aidai M. Casimir Perier à empêcher qu’ils ne fussent massacrés ainsi que le constate le certificat donné par M. Rollet porteur de pouvoirs du gouvernement provisoire et confirmé par celui de M. Benard, avocat à la Cour de cassation, qui assistait à l’affaire après sa sortie de prison où il avait été, la veille, détenu comme victime de son zèle patriotique.
»Le lendemain je passai la journée au corps de garde de la Madeleine, lorsque, dans la soirée, mes camarades et moi reçûmes du général Lafayette l’ordre de nous porter à la barrière de l’Etoile, où je ne pus me rendre parce qu’en sautant par-dessus une barricade un garde national me fit tomber sur le pied un pavé, qui m’empêcha d’aller plus loin.
»Voilà, Messieurs, la relation exacte de ma conduite durant les trois journées. Je laisse à votre discrétion à décider si mes prétentions méritent d’être accueillies et si, en demandant un grade dans l’armée active qui va se former, je puis obtenir du gouvernement une confiance que je serai toujours fier de justifier par mon zèle et mon dévouement pour le Roi et la patrie. »
Il joignait à sa demande un certificat délivré par Rollet et ainsi rédigé : « Je soussigné certifie que M. Charles Eustache était du nombre des personnes que je commandais lorsque je suis entré à l’hôtel du ministère des Affaires étrangères, qu’il a été longtemps en faction à la porte qui donne sur les boulevards, qui a été brisée, qu’il a contribué à maintenir la fureur du peuple qui voulait entrer pour y tuer les gendarmes qui y étaient encore, et que, dans ce moment, M. Casimir Perier, M. Laberge et moi faisions déguiser et sortir par la porte de la rue Neuve-des-Capucines, enfin qu’il a pris une part très active au succès de la cause. »
Le certificat, signé par Favrèse, négociant demeurant 22, rue du Sentier, en date du 20 novembre 1830, témoignait en ce sens : « Je soussigné avoir vu, le 29 juillet dernier, M. Charles Eustache, demeurant à Paris, rue Vieille-du-Temple 70, armé d’un fusil, faisant partie et prenant une part très active parmi les braves Parisiens qui ont débusqué les gardes royaux qui étaient dans plusieurs maisons de la rue Saint-Honoré, entre celle de l’Echelle et place du Palais-Royal. » En avril 1831 cependant, n’ayant pas eu de réponse, il retira sa demande, « l’incertitude prolongée dans laquelle il a été d’obtenir dans l’armée le grade qu’il avait sollicité, lui a fait contracter d’autres engagements qu’il lui serait impossible de rompre », expliquait-il tout en maintenant sa demande de décoration. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Ier arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Ier arrondissement. Il reçut sa médaille le 6 août 1831, et son brevet le 4 novembre de la même année. Il fut nommé sous-officier, sur proposition de la Commission des récompenses nationales et affecté au 70e de ligne. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, en tant que décoré, auprès de la mairie du (ancien) Ier arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il demeurait 24, rue Duphot en 1830 et depuis quinze ans ; 70, rue Vieille-du-Temple chez Me Fennasse, avocat, son beau-frère en avril 1831 ; 18, rue Poissonnière en 1831 (dont in Archives nationales F/1dIII/39), mais 41, rue du Faubourg-Montmartre en 1831 in Archives de Paris VD6 92, bordereau etc. et 41, rue Montmartre in Archives nationales F/1dIII/34 et in Archives de Paris VK3 24 dans le registre qu’il signe ; 70, rue Vieille-du-Temple in Archives nationales F/1dIII/33 ; les deux adresses : 18, rue Poissonnière et 41, rue du Faubourg-Montmartre à la suite in Archives de Paris VK3 25 dans une liste de citoyens proposés pour la médaille, liste qui est corrigée à la main). Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des médaillés de Juillet ; Archives de Paris VD6 92, Mairie du (ancien) Ier arrondissement, idem Bordereau des sommes payées aux décorés de la croix et de la médaille de Juillet, non blessés, pour l’indemnité qui leur a été accordée à l’occasion de l’anniversaire des trois jours, par décision de la Commission des récompenses nationales en date du 23 juillet 1831 ; Archives de Paris VK3 24, département de la Seine, (ancien) Ier arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet ; Archives de Paris VK3 25 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille, (ancien) Ier arrondissement et aussi même référence une liste de remise des brevets accompagnant la médaille de Juillet, idem même référence liste alphabétique des décorés de la médaille de Juillet ; Archives de Paris VK3 44 ; Archives nationales F/1dIII/33, Commission des récompenses nationales, liste générale de présentation et de nomination de sous-officiers ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Ier arrondissement (sous le nom d’Eustache, Charles, Félix, Jean) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) Ier arrondissement.