Fabre, Jean-Baptiste, Auguste
Biographie
Né le 24 juin 1792 à Jaujac (Ardèche). Rédacteur à la Tribune. Il fut à la création de l’Association de janvier 1830, société républicaine créée au début de l’année 1830, avec Danton, Jean-François (voir ce nom), qui fit partie du comité supérieur, Divel, Amand, Adolphe (voir ce nom), Morhéry (voir Morhery, Adolphe, Robin), Sempoil (voir ce nom), qui fit partie du comité supérieur ; le commandement en fut confié à Lafayette (voir ce nom). Elle fut créée pour répondre à un coup d’Etat dont on prévoyait que les libertés étaient menacées et pour préparer les mesures de défense qu’on déploierait contre ce même coup d’Etat quand il éclaterait. Morrhéry devait écrire au sujet de l’Association de janvier 1830 dans Réponse aux outrages et aux calomnies dirigées contre moi : « Au commencement de janvier 1830, prévoyant le coup d’Etat dont la liberté était menacée, et voulant organiser des moyens de défense contre les mesures sanglantes que préparait le pouvoir, quelques patriotes, parmi lesquels je citerai MM. Danton) (voir Danton, Jean-François), Sempoil (voir ce nom), Divel (voir Divel, Amand, Adolphe), Guérin (nom à retrouver), tous combattants de juillet, arrêtèrent en commun avec moi le projet de former une association ayant pour but de faire tourner au profit du peuple les tentatives qu’on pourrait oser contre lui. Nous fîmes à ce sujet des ouvertures à plusieurs généraux qui nous donnèrent de belles promesses, mais ne voulurent jamais rien entreprendre. Enfin M. Danton (voir Danton, Jean-François) nous proposa d’en parler à l’auteur de la Guerre nationale, qu’il connaissait particulièrement, M. Auguste Fabre, et il avait un titre bien glorieux encore, celui de frère du grand écrivain, de l’illustre patriote dont la France déplorera longtemps la perte, de Victorin Fabre. Nous acceptâmes. M. Danton lui fit part de nos desseins. On convint qu’il commanderait en second l’association, et qu’il nous mettrait en rapport avec le général Lafayette que nous choisîmes pour commandant en chef. MM. Danton, Sempoil et moi, promoteurs de cette société patriotique, en formions le comité supérieur. Seuls nous avions des rapports directs avec les deux commandants. En très peu de temps nos ventes se répandirent parmi les citoyens de toutes les classes, députés, militaires, ouvriers et étudiants. Je pourrais donner les noms d’un grand nombre de pompiers qui livrèrent leurs armes à leurs coassociés au moment du combat de juillet ; mais je crains d’être taxé d’indiscrétion ; et pour le même motif je passe sous silence le nom de plusieurs députés et d’un grand nombre de militaires. Qu’il me suffise pour le moment d’appeler en témoignage quelques-uns de mes compatriotes qui tous, moins les absents, ont pris une part active à notre révolution. Tels sont MM. Emile Lebreton (voir ce nom), Guilhem (voir ce nom), fils du député, et le brave Kersausie (voir Kersausie, Guillard de, Joachim, René, Théophile) qui, à la première nouvelle des ordonnances, insurgea le 4e régiment de hussards dans lequel il était capitaine. Faut-il ajouter à ces patriotes MM. Le Calvé (voir ce nom), de Saint-Brieuc, qui s’est si bien montré en juillet ; Martin (voir ce nom), Genest (voir ce nom), Boullé (voir Boulay, Séverin, Constant) de Saint-Malo ; Richard (voir ce nom), Bertrand (voir Bertrand, François), décoré de juillet ; Jules Bernard (voir ce nom), fils du député ; son père (voir Bernard de Rennes, Louis, Désiré), maintenant conseiller en Cassation ; son oncle (voir ce nom), ex-préfet des Hautes-Alpes, et le malheureux Papu (voir Papu, Nicolas, François), de Rennes qui remplaça dans ma vente mon compatriote Sébilot (voir Sébillot, Pierre), maintenant médecin à Matignon ; enfin Mestivier (voir ce nom), Chauveau (voir ce nom), Henri, de Lavalle (voir ce nom) ; Potier (voir ce nom), de la Mayenne ; Barnio (voir ce nom, fiche à faire), de Pongibaud (voir Barnicaud, Jourdain, Antoine) ; Vimal (voir ce nom), de Clermont, tous les deux décorés de juillet ; Roger (voir ce nom), de la Vendée ; Bouvier (voir ce nom), du Jura et tant d’autres enfin qu’il serait trop long de nommer et qui se sont consacrés au triomphe de notre révolution. » Il fut un des quarante-quatre signataires (voir la liste complète à Dumas, Alexandre) de la protestation des journalistes, ainsi rédigée : « On a souvent annoncé depuis six mois, que les lois seraient violées, qu’un coup d’Etat serait frappé. Le bon sens public se refusait à le croire. Le ministère repoussait cette supposition comme une calomnie. Cependant le Moniteur a publié enfin ces mémorables ordonnances, qui sont la plus éclatante violation des lois. Le régime légal est donc interrompu ; celui de la force est commencé. Dans la situation où nous sommes placés, l’obéissance cesse d’être un devoir. Les citoyens appelés les premiers à obéir sont les écrivains des journaux, ils doivent donner les premiers l’exemple de la résistance à l’autorité, qui s’est dépouillée du caractère de la loi. Les raisons sur lesquelles ils s’appuient sont telles qu’il suffit de les énoncer. La charte, article 8, dit que les Français, en matière de presse, sont tenus de se conformer aux lois ; elle ne dit pas aux ordonnances. La charte, article 35, dit que l’organisation des collèges électoraux sera réglée par les lois ; elle ne dit pas par les ordonnances. La couronne elle-même avait reconnu jusqu’ici ces articles. Toutes les fois, en effet, que des circonstances prétendues graves lui ont paru exiger une modification, soit au régime de la presse, soit au régime électoral, elle a eu recours aux deux Chambres ; elle ne s’est arrogé, à l’égard des articles 8 et 35, ni une autorité constituante, ni une autorité dictatoriale qui n’existent nulle part. Les tribunaux, qui ont droit d’interprétation, ont solennellement reconnu ces mêmes principes. Leurs décisions établissent qu’en matière de presse et d’organisation électorale, les lois, c’est-à-dire le roi et les Chambres, peuvent seuls statuer. Aujourd’hui donc le gouvernement a violé la légalité. Nous sommes dispensés d’obéir. Nous essayons de publier nos feuilles, sans demander l’autorisation qui nous est imposée. Nous ferons nos efforts pour qu’aujourd’hui au moins elles puissent arriver à toute la France. Voilà ce que notre devoir de citoyens nous impose, et nous le remplissons. Nous n’avons pas à tracer ses devoirs à la Chambre illégalement dissoute ; mais nous pouvons la supplier, au nom de la France, de s’appuyer sur son droit évident, et de résister autant qu’il sera en elle à la violation des lois. Ce droit est aussi certain que celui sur lequel nous nous appuyons. La Charte dit, article 50, que le roi peut dissoudre la Chambre des députés ; mais il faut pour cela qu’elle ait été réunie, constituée en Chambre ; avant la réunion et la constitution de la Chambre, il n’y a que des élections faites. Or, nulle part la Charte ne dit que le roi peut casser les élections. Les ordonnances publiées aujourd’hui ne font que casser des élections, elles sont donc illégales, car elles font une chose que la Charte n’autorise pas. Les députés élus, convoqués pour le 3 août, sont donc bien et dûment élus et convoqués. Leur droit est le même aujourd’hui qu’hier. La France les supplie de ne pas l’oublier. Tout ce qu’ils pourront pour faire prévaloir ce droit, ils le doivent. Le gouvernement a perdu aujourd’hui le caractère de légalité qui commande l’obéissance. Nous lui résistons pour ce qui nous concerne ; c’est à la France à juger jusqu’où doit s’étendre sa propre résistance. » Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) XIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement. Il est l’auteur de La Révolution de 1830, et le véritable parti républicain, paru chez Thoisnier-Desplaces en 1833. Dans son livre, il raconte comment, après la révolution, le pouvoir tenta de l’acheter lui et son frère par une place : « Lorsqu’un des trois personnages les plus puissants alors me demanda, le 9 ou le 10 août, de voir parmi les places et de choisir ce que je voudrais, et que je répondis par le monosyllabe rien, Victorin [son frère, N.D.A.] approuva cette réponse, et fit la même pour lui. » Il tenta aussi d’éclaircir les raisons pour lesquelles, les républicains, dont lui-même, ne surent empêcher les manœuvres des orléanistes pour la prise du pouvoir : « Des patriotes dévoués, des hommes dont l’opinion est d’un grand prix à mes yeux m’ont reproché vivement de n’avoir pas [réuni], dès la fin des diverses attaques, les membres de notre association et me portant avec eux à l’Hôtel de ville pour y faire triompher nos idées et y mettre promptement à exécution le plan d’un gouvernement national. J’avoue qu’on peut en cela me trouver un tort. Je me le suis reproché moi-même ; en voici, sinon l’excuse, du moins l’explication. Si, comme je l’avais espéré, j’avais pu pendant l’insurrection réunir un corps armé assez considérable pour influer, d’une manière importante et manifeste aux yeux de tous, sur l’issue du combat oh ! alors, on m’aurait vu, dès l’instant de la victoire, à l’Hôtel-de-Ville, ou plutôt on m’aurait vu m’installer avec les chefs de ce corps aux Tuileries, y appeler M. de Lafayette, et en faire sortir une heure après la proclamation du nouveau gouvernement et la convocation des assemblées primaires à l’effet de nommer un congrès constituant ; ce qui aurait coupé court à toutes les intrigues de messieurs les ex-députés de l’ex-roi Charles X. Mais diverses circonstances m’ayant empêché de jouer dans le combat le rôle que j’aurais voulu, d’un côté je sentais que, privé de l’ascendant que m’eussent donné de grands services récents et évidents pour tous, je ne pourrais balancer la puissance prêtée aux doctrinaires par l’engouement attaché au titre de député, par cette suite d’adulations quotidiennes dont on les avait gratifiés si longtemps, et que dès lors le succès de mes efforts dépendrait uniquement du degré de confiance et d’activité que mes amis et moi nous pourrions communiquer à un autre ; en second lieu, il me répugnait en quelque sorte de m’emparer quoique ce fût uniquement pour le bien de mon pays, d’un champ de bataille que je n’avais pas plus contribué que bien d’autres à conquérir. L’idée que j’avais eu de ce que j’espérais faire, rapetissait trop à mes yeux ce que j’avais fait. » Il demeurait 24, rue des Mathurins-Saint-Jacques en 1831. Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, cinquième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1867 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis (sous le seul nom de Fabvre) ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 (sous le seul nom de Fabvre) ; Archives de Paris VD6 633 n° 1, Etat des citoyens décorés de la Croix de Juillet, dont la décoration n’a pas encore été retirée, idem liste des décorés qui n’ont pas retiré leurs croix ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIe arrondissement.