Facconi, Gaétan

Biographie


Né le 17 février 1791 à Antibes (Var). Ancien militaire, ayant servi quinze années, devenu maître de musique. Il donna le récit suivant de la conduite qu’il avait tenue pendant les événements de Juillet : « Au premier coup de feu que j’ai entendu, j’ai couru ardemment au poste des Deux-Moulins et je me suis emparé des armes, qui m’ont servi à armer les personnes qui se trouvaient présentes. Ensuite, j’ai marché sur le poste de la poudrière de La Salpêtrière, qui avait refusé de mettre bas les armes. Je suis cependant parvenu à m’emparer de ce second, où j’ai fait de suite enfoncer les portes pour m’emparer des poudres qui étaient dedans pour que nos ennemis ne puissent s’en servir ni faire sauter la poudrière tel qu’ils auraient fait si elle eût été à leur disposition. Je me suis ensuite transporté au poste des Deux-Moulins, où j’ai fait déposer la poudre dont je m’étais emparée, pour la distribuer aux combattants de la liberté, et moi-même je chargeai les voitures, où j’ai attrapé une blessure d’un baril qui m’est tombé sur la jambe droite. » Il était porteur du certificat suivant : « Nous, soussignés, habitants, propriétaires au hameau des Deux-Moulins, barrière d’Ivry, canton de Villejuif, voulant rendre hommage à la vérité, déclarons que dans les journées des 27, 28 et 29 juillet dernier le nommé Facconi, Gaëtan, ancien sous-officier et maître de musique, a été un des premiers braves qui ont volé ardemment au secours de la patrie en danger ; qu’il a désarmé deux postes, s’est emparé de toute la poudre qui était à La Salpêtrière, qu’il a fait éviter les déprédations, le pillage, fait respecter les citoyens et les propriétés, en un mot, qu’il a tout employé pour le triomphe de la bonne cause. Nous déclarons en outre qu’il est dans le veuvage, avec trois enfants en bas âge, de bonne vie et mœurs, que dans ce moment il n’est pas heureux et que sous tous les rapports il mérite l’estime générale et la reconnaissance du gouvernement. » Signé, le 12 août 1830 : Bévalet ; Brigonnet ; Prevost ; Clairet ; Gilbert ; Granger. Il sollicita auprès de la Commission que son enfant, âgé de huit ans, fût placé dans une école pour recevoir une éducation que ses moyens ne lui permettaient pas de lui offrir. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIVe arrondissement, sous-préfecture de Sceaux. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de l’arrondissement de Sceaux (sous le nom de Faconny, François sur les listes du Bulletin des lois, sur celles du Moniteur universel et sur celles de la Commission des récompenses nationales in Archives nationales F/1dIII/39). Le Comité de médecine et de chirurgie près la Commission des récompenses nationales, après l’avoir examiné, donna, le 2 avril 1831, la conclusion suivante : « S’est plaint d’avoir reçu une contusion, par suite de chute d’un baril de poudre à la malléole interne du pied droit et un coup dont il ne peut indiquer la nature à la tête du côté gauche, blessures guéries sans infirmité. En conséquence nous estimons que le susnommé a été atteint d’une blessure qui n’a entraîné d’empêchement que pendant la durée du traitement et qu’il doit être rangé dans la première classe des blessés. » Il fut admis dans la 1re classe des blessés auprès du (ancien) XIVe arrondissement, sous-préfecture de Sceaux et reçut, à ce titre, une indemnité définitive versée sur un an. Il reçut, à titre de blessé de la 1re classe, une indemnité définitive de la part de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830. En mai 1831, il écrivit une lettre au roi, ainsi rédigée : « Sire, un de vos plus respectueux et fidèles serviteurs et sujets a l’honneur de soumettre à Votre Majesté que, en vertu de ses anciens services et sa bonne conduite, sa bravoure dans les mémorables journées de juillet, la Commission des récompenses lui a fait accorder, il y a quinze jours environ, par Votre Majesté, la décoration de membre de la Légion d’honneur. Quelques jaloux, quelques malveillants, des perturbateurs, des chefs de parti qui détournent les personnes imposées à payer leurs contributions au gouvernement, manœuvrent journellement, m’ont même noirci près de la Commission pour me priver d’une décoration que j’ai su mériter par mes travaux militaires et mes cicatrices. Ces ennemis, dont je suis bien éloigné de partager les sentiments, ont été les premiers à signer la conduite que j’ai tenue pendant les journées mémorables et aujourd’hui ils emploient tout pour m’en frustrer. Mais Votre Majesté à qui leur conduite est connue, saura arrêter leurs manœuvres et leurs complots. Sire, j’ose me flatter de vous avoir servi, et vous servirai fidèlement toute ma vie. Je n’attends que l’heureux moment d’en donner des preuves à Votre Majesté ; mon sang est prêt à couler pour me battre contre vos ennemis. Ces individus se nomment Lorion, Nantet, Hory, tous propriétaires, marchands de vins à la barrière des Deux-Moulins. Je suis père de famille. Je ne suis pas heureux. Si j’étais privé de ma décoration, je ferais une perte irréparable et qui compromettrait mes faibles moyens d’existence. » Il était alors chef de musique à la IIIe légion de la garde nationale. Il signa, le 10 septembre 1831, le certificat suivant en faveur de Bellot, Jean, Charles, Marie : « Les soussignés, habitant de la barrière d’Italie (communes d’Ivry et Gentilly), certifient que le sieur Jean, Charles, Marie, Bellot, marchand de vins route de Choisy n° 26, a, d’un mouvement spontané et de concert avec le sieur Poinsotte, limonadier, fait le recensement des citoyens, à l’effet d’établir une garde à ladite barrière, laquelle garde il a monté lui-même et y a rempli les fonctions de caporal, sous les ordres du sieur Schmitt, qui la commandait le 29 juillet 1830. Ce poste dont l’absence faisait alors sentir toute l’utilité a eu pour résultat d’assurer la tranquillité dans un moment où elle pouvait à chaque instant être troublée. » Il signa, le 23 septembre 1831, le certificat suivant en faveur de Demousseaux, Jean, Félix Aimé, quand ce dernier tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Nous, soussignés, certifions que M. Desmousseaux, Jean-Baptiste (sic), demeurant au hameau des Deux-Moulins, commune d’Ivry-sur-Seine, s’est conduit, dans les mémorables journées de juillet 1830, de manière à pouvoir faire valoir ses titres à la décoration accordée par le roi, et notamment qu’il a contribué de tout son pouvoir et de sa personne à empêcher la dilapidation de la poudre à la poudrière de la Salpêtrière, le 27 juillet (sic). » Il signa, le 23 septembre 1831, le certificat suivant en faveur de Seurre, Jean-Baptiste, et que ce dernier présenta quand il tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Nous, soussignés, certifions que M. Seurre, Jean-Baptiste, demeurant au hameau des Deux-Moulins commune d’Ivry-sur-Seine, s’est conduit dans les mémorables journées de juillet 1830 de manière à faire valoir ses titres à la décoration accordée par le roi et notamment qu’il a contribué de tout son pouvoir et de sa personne à empêcher la dilapidation des poudres à la poudrerie de La Salpêtrière le 27 juillet. » Il prêta son serment le 25 juin 1831 et reçut sa croix le 25 juin 1831 à la sous-préfecture de Sceaux ; le serment était ainsi rédigé : « Je jure fidélité au roi des Français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. » Il fut condamné, le 20 septembre 1832, par la cour d’assises de la Seine, pour sa participation à l’émeute des 5 et 6 juin 1832, pour « attaque avec violence sur des agents de l’autorité » à six années de réclusion, sans exposition. Le 9 octobre 1832, le préfet de Sceaux écrivait au maire de la commune d’Ivry : « Le nommé Facconi, musicien, qui a habité votre commune, a été tout récemment condamné par la cour d’assises de la Seine pour avoir participé aux attentats du 5 juin dernier. Dans le cours des débats, il a produit un certificat constatant que dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, il aurait volé au secours de la patrie, désarmé deux postes et se serait emparé de toute la poudre qui se trouvait à La Salpêtrière. Ce certificat est revêtu des signatures de MM. Bevalet, major en retraite, Brigonnet, capitaine de la garde nationale, Prevost, lieutenant, Granger et Clairet, alors sous-lieutenants et Gilbert, sergent-major. Il paraît, monsieur le maire, qu’à l’audience de la cour d’assises, où Facconi avait à répondre sur sa participation aux journées des 5 et 6 juin, cet individu aurait avoué que les faits rapportés dans le certificat dont il vient d’être question sont mensongers et que même MM. Brigonnet et Clairet ont exprimé le doute que ce fût réellement leurs signatures qui se trouvassent au bas du certificat. Il importe, monsieur le maire, de vérifier l’exactitude des faits […] et d’inviter MM. Bevalet, Brigonnet, Prevost, Granger, Clairet et Gilbert à venir […] reconnaître ou contester les signatures dont le certificat est revêtu. » Les signatures furent cependant reconnues véridiques par les signataires eux-mêmes et le certificat dont il est parlé plus haut fut ainsi annoté : « Nous [c’est-à-dire tous les signataires à l’exception de Granger qui n’avait pas pu se présenter, N.D.A.] reconnaissons que les signatures apposées ci-contre sont bien les nôtres, mais qu’elles nous ont été surprises dans les premiers moments d’une révolution dont nous étions encore tout étonnés. Dans ces moments, nous donnâmes, légèrement il est vrai, plusieurs certificats à des habitants de notre commune, et ce dans l’intention de leur faire obtenir quelques secours pécuniaires qui devaient les indemniser du temps perdu, pour le soutien de leur famille. Mais le certificat ci-contre, rédigé d’abord dans un tout autre sens mais par une main illisible et en très mauvais français, a été renvoyé par un de nous pour être de nouveau mieux écrit et dans cet intervalle le porteur du certificat a donné une tout autre tournure à la rédaction et, un de nous l’ayant signé sans le lire, sur la présentation que lui fit un employé de la maison, nous a entraînés tous. » Il fut condamné à six années de réclusion par arrêt de la cour d’assises de la Seine le 20 septembre 1832. Remise du reste de sa peine mais avec maintien de la surveillance, lui fut faite par grâce royale, le 6 octobre 1836. Le 10 avril 1837, il était toujours détenu à La Force, et sollicitait du sous-préfet de Sceaux, qu’on lui fît parvenir les pièces qu’il avait déposées à la Commission : « […] Jugé à deux mois d’emprisonnement politique et ne pouvant pas rester à Paris après mon jugement, je vous prie de vouloir bien me faire parvenir mes pièces de Juillet et un certificat comme quoi j’ai été porté pour avoir des secours, que j’ai refusés, pour ma blessure. Je pense que vous ne m’oublierez pas dans ma demande, vu que j’en aurai besoin pour partir en Italie ». Le 8 avril 1840, il était encore détenu à La Force, cour Sainte-Madeleine, et demandait, une nouvelle fois, à récupérer les pièces qu’il avait déposées à la Commission ; sa demande est ainsi apostillée au crayon à papier : « Depuis 1830, cet individu a subi et subit encore sa condamnation pour délit politique. Je ne pense pas qu’on doive lui répondre. » En 1855, malade à l’hôtel-dieu de Troyes (Aube), il sollicita un secours, n’ayant rien reçu depuis cinq ans (pourtant pas de trace d’aucun secours dans son dossier). Sur son dossier est inscrite la mention : « Voir son dossier comme condamné politique. » Nous empruntons au Dictionnaire biographique de Maitron la notice biographique qui lui est consacrée et ainsi rédigée : « Né vers 1793 à Antibes. Musicien. Insurgé des 5 et 6 juin 1832. Facconi fut renvoyé de la garde nationale au début de l’année 1832, pour des raisons inconnues. Il fut arrêté après l’insurrection des 5 et 6 juin pour avoir pillé de la poudre à la caserne des Vétérans. Sa condamnation fut sévère : six ans de réclusion sans exposition (20 septembre 1832). Au sortir de Clairvaux, après la grâce générale de 1837, il fut mis en résidence à Troyes, comme prisonnier d’Etat, à l’Hôtel du Sauvage. Ayant rompu son ban, il fut condamné à 2 mois de prison. André-Jean Tudesq voit en lui un “agent secret”. » En 1852, il était garçon boulanger. Le Dictionnaire donne les références biographiques suivantes : Bibliothèque historique de la Ville de Paris, manuscrit 1213 ; Archives nationales BB/18/1330, CC/597 ; Gazette des tribunaux de la Gironde, 15 avril 1837, p. [4] ; Journal des débats politiques et littéraires, 18 décembre 1838, p. 3, 3e col. André-Jean Tudesq, Police et Etat sous la Monarchie de Juillet, pp. 59-81 In L’État et sa police en France (1789-1914), Genève, Droz, 1979. 213 p. (Centre de recherches d’histoire et de philologie de la IVe Section de l’Ecole pratique des hautes études ; 5. Hautes Etudes Médiévales et Modernes ; 33) ; Notes de Thomas Bouchet. L’accusation de Tudesq d’avoir été un agent secret est d’autant plus grave que rien n’est moins sûr… Sans doute sur la base qu’il ait reçu cent francs de la préfecture de police en 1840 ou 1841 selon la Revue prospective, p. 443. En 1851, il recevait un secours de soixante francs de la préfecture de police, à titre d’ancien prisonnier politique, un secours de cinquante francs, à titre de décoré de la Croix de Juillet. . Il demeurait 7, rue Royale, hameau des Deux-Moulins à Ivry (proche de la barrière des Deux-Moulins) en 1830-1831 ; barrière des Deux-Moulins en 1832 ; barrière des Deux-Moulins ou rue Nationale vers 1850 ; 28, grand-rue à illisible en 1851 ; 7, quai du Port à Saint-Ouen, chez Mme Famin en 1852 ; à l’hôtel-dieu de Troyes (Aube) en 1855. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des blessés de la Ire classe de l’arrondissement de Sceaux auxquels il a été alloué des indemnités définitives lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 91 (sous le nom de Faccony, Gaétan) ; Archives de Paris VK3 37, état nominatif des citoyens décorés de la Croix de Juillet, qui ont retiré leur croix des bureaux de la sous-préfecture de Sceaux après avoir prêté entre les mains du sous-préfet le serment prescrit par l’article 4 de l’ordonnance du roi du 30 avril 1831 ; Archives de Paris VK3 44 ; Archives nationales F/1dIII/38 A, Commission des récompenses nationales, état des (197) citoyens dont les blessures ont entraîné un empêchement de travail que pendant la durée du traitement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, arrondissement de Sceaux ; Archives nationales F/1dIII/41 ; Archives nationales F/1dIII/55 ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des blessés des 1re et 2e classes auxquels il a été alloué des indemnités définitives, (ancien) XIVe arrondissement, sous-préfecture de Sceaux, blessés de la 1re classe ; Archives nationales F/15/4240 ; Archives nationales BB/18/1330, Etat des individus condamnés par la cour d’assises de la Seine, du 15 septembre au 18 octobre 1832, pour avoir pris part aux événements des 5 et 6 juin ; Journal politique et littéraire de la Haute-Garonne, 13 octobre 1836 ; Archives de la préfecture de police AA 368, Etat de répartition des secours, budget de 1851 ; Archives de la préfecture de police AA 368, Etat des personnes qui sollicitent des secours comme victimes de circonstances politiques et au sujet desquelles des renseignements sont demandés ; Archives de la préfecture de police AA 369, Envoi d’un état nominatif de décorés, blessés ou combattants de Juillet, sur le compte desquels il y a lieu de prendre des renseignements, à la date du 27 février 1850, minutes 100-104, idem Courrier au ministre de l’Intérieur, en date du 28 janvier 1851, sur une proposition d’accorder à 28 décorés, 119 médaillés, 20 veuves de décorés ou de blessés, 16 blessés de Juillet 1830, 4 femmes de médaillés, 1 orphelin et 1 mère de médaillé décédé, des secours s’élevant ensemble à la somme de 10.875 francs, minutes 159-163 ; Archives de la préfecture de police AA 372 in dossier Bellot, Jean, Charles, Marie ; Archives de la préfecture de police AA 384 in dossier Demousseaux, Jean, Félix Aimé ; Archives de la préfecture de police AA 414 in dossier Seurre, Jean-Baptiste ; Cour des pairs, affaire du mois d’avril 1834, procédure, dépositions de témoins, tome troisième, comprenant les faits de Paris, Paris, Imprimerie royale, 1835, pp. 137, 138, 139 ; Le Censeur, Journal de Lyon, politique, industriel et culturel, 11 octobre 1836.

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