Favrot, Victor, Antoine
Biographie
Né vers 1805 à Lyon (Rhône). Ancien aspirant de marine ou étudiant. Le 8 juillet 1831, n’ayant pas réussi à faire valoir ses droits, il déposa un dossier devant la Commission des Réclamants ([ancien] IXe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac, afin d’obtenir la Croix de Juillet, et adressait la lettre suivante (qu’il signait en tant que « chef d’un peloton de patriotes aux journées de Juillet ») : « Mû par mon amour pour la patrie et par mon dévouement aux institutions qui doivent consolider son bonheur et sa gloire, j’ai tout quitté et tout sacrifié pour aller me placer à la tête d’un peloton de ces braves qui se sont immortalisés dans les glorieuses journées, et c’est en raison de ces circonstances que je puis montrer avec orgueil à la nation les éminents services que j’ai eu le bonheur de lui rendre. Je n’entrerai point ici dans toute l’énumération des actions que j’ai soutenues dans ces trois journées ni des avantages que j’y ai remportés ; les certificats ci-joints et que j’ai l’honneur de mettre sous vos yeux vous convaincront mieux que je ne pourrais le faire moi-même des actions d’éclat dans lesquelles je me suis trouvé engagé, du zèle et du dévouement avec lesquels j’ai accepté les combats et les périls inévitables. Ma position était telle que sur mon seul témoignage plusieurs de mes compagnons sous mes ordres ont déjà obtenu la décoration ou des places ; si je ne l’avais pas encore demandé pour moi c’est qu’une absence de huit mois m’avait empêché de faire les démarches nécessaires. Vous penserez, Messieurs, que mes services sont de quelque importance et que je dois être signalé à votre justice comme à votre sollicitude pour obtenir la Croix de Juillet, que la loi accorde à tous ceux qui ont pris une part aussi active à cette glorieuse révolution. » Il joignait à sa demande plusieurs certificats. Le premier : « Nous, habitants de la Cité, certifions comme témoins oculaires, que le 27 juillet, M. Victor Antoine Favrot, parti de chez lui sur les 5 heures du soir au premier cri de liberté, ne tarda pas à rallier autour de lui un peloton dont le nombre s’éleva bientôt à deux cent cinquante hommes environ ; il les conduisit au feu et, le lendemain, nous le vîmes réapparaître à la tête de son peloton, animant les siens par d’énergiques allocutions, les conduisant au combat et partout où le péril menaçait. Les patriotes, qui l’avaient reconnu pour chef, occupaient les rues de la Barrillerie et de la Vieille-Draperie, lorsqu’une compagnie de gendarmes à cheval, ayant à la sa tête le colonel Foucault, s’avança sur la Cité par le pont au Change. Le courage et l’intrépidité de ce jeune chef des défenseurs de la liberté ne se démentirent point dans cette circonstance. Ralliant ses braves sur le quai aux Fleurs et demeurant à leur tête, il fit faire plusieurs décharges, tant sur les gendarmes, qu’il avait en front, que sur un bataillon suisse qui, dans ce moment, longeait le quai de Gèvres et se disposait à les envelopper. Plusieurs ennemis, entre autres un brigadier de gendarmerie, succombèrent sous le feu des patriotes, dont un seul paya ce beau succès de sa vie. » Signé, le 25 mai 1831 : Guibert, Adolphe (voir ce nom), décoré de Juillet, demeurant 16, rue du Marché-Neuf ; Frossard, demeurant 1, rue Gervais-Laurent ; Lenoir, J., demeurant 7, rue du Harlay ; Renault, marchand de vin, demeurant 32, rue de la Vieille-Draperie. Le deuxième, ainsi rédigé : « Nous, combattants de Juillet, attestons les faits suivants : Le 27 juillet 1830, vers les 5 heures du soir, M. Victor, Antoine Favrot avait formé un peloton de patriotes armés, dont nous soussignés faisions partie. Le lendemain 28 à 9 heures du matin, il nous rejoignit sur la place du Châtelet, fidèle au rendez-vous qu’il avait assigné la veille. Demander de la poudre chez un marchand de la rue des Coquilles, s’emparer ensuite du poste du Châtelet, occupé par des gendarmes, ne fut que l’affaire d’un instant. La même opération fut exécutée à la Grève, où sa courageuse audace nous guida. Dans cette attaque, une balle, plus bruyante qu’offensive, l’atteignit au milieu de nous, comme il nous conduisait au feu contre un peloton de gardes royaux qui défilait le long du quai de Gèvres et frappa son casque, dépouille d’un cuirassier, qu’il avait reçu de nous comme trophée. Abandonnant bientôt la Grève pour chercher ailleurs des ennemis à combattre, nous le suivîmes vers le boulevard, où nous repoussâmes plus d’une fois et alternativement les cuirassiers de la garde, les lanciers et l’infanterie, avec laquelle nous eûmes à soutenir un feu long et meurtrier. Une partie de nos compagnons succomba en cette rencontre et nous nous vîmes forcés de nous replier par la rue de Lancry pour aller chercher de nouveaux renforts. Nous arrivâmes ainsi dans la rue du Faubourg-Poissonnière, où des gardes royaux qui occupaient le boulevard nous accueillirent par une fusillade vive et de nouveau fatale à plusieurs des nôtres. C’est un hommage que nous aimons à rendre à la vérité et à la belle conduite de M. Victor, Antoine Favrot. » Signé, le 1er juin 1831 : Guibert, Adolphe (voir ce nom), décoré de Juillet, demeurant 16, rue du Marché-Neuf ; Scotti (voir ce nom ?), ancien marin (illisible), demeurant 7, rue du Gros-Chenet ; Fringand, Louis, Christophe (voir Fringuant, Louis, Christophe), maître bottier, demeurant 19, rue du Fouarre ; Munerot, J., B, (peut-être régisseur), demeurant 29, passage de l’Opéra. Le troisième, ainsi rédigé : « Nous, soussignés, comme témoins oculaires, les faits suivants. Le 28 juillet, à 7 heures du soir environ un peloton de patriotes venait de repousser, malgré son feu soutenu, un détachement de la garde royale à la suite d’un combat qui s’était engagé sur le boulevard Bonne-Nouvelle ; un officier supérieur de la garde royale, blessé au bras et poursuivi par les vainqueurs, n’avait trouvé son salut qu’en se réfugiant dans la maison du marchand de vin, boulevard Bonne-Nouvelle n° 31, (Ravaut) ; déjà on avait sommé le propriétaire de livrer sa maison aux recherches, après en avoir enfoncé les portes, et le peuple allait par la force se rendre maître du réfugié lorsqu’un jeune homme qui commandait ce peloton et que nous avions vu toujours à la tête de ses camarades les conduire au feu avec la plus grande intrépidité (M. Victor, Antoine Favrot) s’interposant entre les assaillants et la victime et menaçant de la mort quiconque tenterait d’immoler cet ennemi désarmé, parvint à lui sauver la vie et à préserver d’envahissement la maison du marchand de vin. En foi de quoi, nous lui avons délivré le présent certificat dans l’espoir que sa noble conduite en cette occasion périlleuse recevra de la Commission la récompense qui lui est due. » Signé : Farge, combattant de Juillet, demeurant passage du Saumon ; Douvet, marchand de vins, tenant la maison de M. Ravaut, 31, bd Bonne-Nouvelle ; Bruyat ou Brugat, L. (la signature est légalisée par le commissaire de police au nom de Bruyaud ou Bruyard), étudiant en droit, demeurant 12, cour Sainte-Chapelle ; Gonindard, Lucien, professeur, demeurant 7, rue de la Sorbonne ; Roudaire Ducontant, blessé et décoré de Juillet (voir Rondaire, Ducontant, Félix) (la signature est légalisée par le commissaire de police au nom de Roudaire, Ducontant), demeurant 3, rue du Grenier-Saint-Lazare, qui ajoutait l’apostille suivante : « Je me rappelle parfaitement avoir rencontré dans la journée du 28 juillet le jeune patriote sus-dénommé, que j’ai vu combattre avec la plus courageuse détermination et dont le bon exemple n’a pas peu contribué à encourager ceux qui l’accompagnaient. » Favrot demeurait 1, place du Palais-de-Justice en 1830 ; 2, bd Bourbon en 1831. Archives nationales F/1dIII/88.