Fazy Jean, James
Biographie
Né le 12 mai 1796 à Genève (Suisse). Homme de lettres, rédacteur à la Révolution en juillet 1830. Il se fit connaître, en 1828, par un ouvrage intitulé De la gérontocratie, ou abus de la sagesse des vieillards dans le gouvernement de la France, et dans lequel il stigmatisait un mode d’élection qui ne permettait qu’aux hommes âgés de plus de quarante ans et payant au moins mille francs d’impôt d’être élus : « […] On a rapetissé la France dans sept à huit mille individus éligibles, asthmatiques, goutteux paralytiques, de facultés affaiblies et n’aspirant qu’au repos ; et l’on voudrait dans ces débris d’un temps fertile en orage des conseils fermes et appropriés aux exigences ; c’est dans les représentants de tous les vieux partis que l’on voudrait trouver la fin des dissensions civiles ; c’est dans les hommes, que le hasard a tirés des mauvais pas d’une révolution, que l’on voudrait trouver des génies, qui sont déjà des hasards dans une population de trente millions, et qui doivent l’être bien davantage dans un cercle tellement étroit et exceptionnel, que ce n’est pas assez qu’il ne soit composé que de vieillards, mais qu’il faille encore que l’aveugle fortune y vienne limiter les choix. » Il fut un des quarante-quatre signataires (voir la liste complète à Dumas, Alexandre) de la protestation des journalistes, ainsi rédigée : « On a souvent annoncé depuis six mois, que les lois seraient violées, qu’un coup d’Etat serait frappé. Le bon sens public se refusait à le croire. Le ministère repoussait cette supposition comme une calomnie. Cependant le Moniteur a publié enfin ces mémorables ordonnances, qui sont la plus éclatante violation des lois. Le régime légal est donc interrompu ; celui de la force est commencé. Dans la situation où nous sommes placés, l’obéissance cesse d’être un devoir. Les citoyens appelés les premiers à obéir sont les écrivains des journaux, ils doivent donner les premiers l’exemple de la résistance à l’autorité, qui s’est dépouillée du caractère de la loi. Les raisons sur lesquelles ils s’appuient sont telles qu’il suffit de les énoncer. La charte, article 8, dit que les Français, en matière de presse, sont tenus de se conformer aux lois ; elle ne dit pas aux ordonnances. La charte, article 35, dit que l’organisation des collèges électoraux sera réglée par les lois ; elle ne dit pas par les ordonnances. La couronne elle-même avait reconnu jusqu’ici ces articles. Toutes les fois, en effet, que des circonstances prétendues graves lui ont paru exiger une modification, soit au régime de la presse, soit au régime électoral, elle a eu recours aux deux Chambres ; elle ne s’est arrogé, à l’égard des articles 8 et 35, ni une autorité constituante, ni une autorité dictatoriale qui n’existent nulle part. Les tribunaux, qui ont droit d’interprétation, ont solennellement reconnu ces mêmes principes. Leurs décisions établissent qu’en matière de presse et d’organisation électorale, les lois, c’est-à-dire le roi et les Chambres, peuvent seuls statuer. Aujourd’hui donc le gouvernement a violé la légalité. Nous sommes dispensés d’obéir. Nous essayons de publier nos feuilles, sans demander l’autorisation qui nous est imposée. Nous ferons nos efforts pour qu’aujourd’hui au moins elles puissent arriver à toute la France. Voilà ce que notre devoir de citoyens nous impose, et nous le remplissons. Nous n’avons pas à tracer ses devoirs à la Chambre illégalement dissoute ; mais nous pouvons la supplier, au nom de la France, de s’appuyer sur son droit évident, et de résister autant qu’il sera en elle à la violation des lois. Ce droit est aussi certain que celui sur lequel nous nous appuyons. La Charte dit, article 50, que le roi peut dissoudre la Chambre des députés ; mais il faut pour cela qu’elle ait été réunie, constituée en Chambre ; avant la réunion et la constitution de la Chambre, il n’y a que des élections faites. Or, nulle part la Charte ne dit que le roi peut casser les élections. Les ordonnances publiées aujourd’hui ne font que casser des élections, elles sont donc illégales, car elles font une chose que la Charte n’autorise pas. Les députés élus, convoqués pour le 3 août, sont donc bien et dûment élus et convoqués. Leur droit est le même aujourd’hui qu’hier. La France les supplie de ne pas l’oublier. Tout ce qu’ils pourront pour faire prévaloir ce droit, ils le doivent. Le gouvernement a perdu aujourd’hui le caractère de légalité qui commande l’obéissance. Nous lui résistons pour ce qui nous concerne ; c’est à la France à juger jusqu’où doit s’étendre sa propre résistance. » Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du IVe arrondissement. Il refusa la préfecture de l’Isère, que Perier lui proposa. Il fut condamné, le 21 août 1830, à six mois de prison et mille deux cents francs d’amende, comme gérant du journal la Révolution, pour n’avoir pas fourni de cautionnement, ni fait de déclaration préalable au département de la librairie, ni fait le dépôt prescrit par la loi au parquet du procureur. Un rapport particulier de la préfecture de police, en date du 26 octobre 1831, rapporte à son sujet : « L’ancien gérant de la Révolution, contre lequel plusieurs condamnations ont été prononcées et qui s’était soustrait par la fuite à leur exécution, est revenu clandestinement à Paris ; mais la police a découvert son adresse et il va être arrêté. » Dans ses Mémoires, la duchesse de Maillé écrit sur Fazy qu’il était « l’homme le plus influent à Genève » et ami de Ledru-Rollin. On lira sur lui James Fazy, sa vie et son œuvre, Genève, Georg. Editeur, 1887, Henri Fazy. Il demeurait 3, rue Neuve-Saint-Augustin en 1830-1831. Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, cinquième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1867 ; Annuaire historique universel pour 1830, C. Lesur, Paris, Thoisnier-Desplaces, 1832, p. 273 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris Vbis1K4 1 Département de la Seine, IVe arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la Croix de Juillet, 1831 (feuille volante) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F/1cI/33 ; Mémoires, un regard sur le monde (1832-1851), duchesse de Maillé, Lacurne éditeur, 2012, p. 356 ; Balzac, les réalités économiques et sociales dans La Comédie humaine, Donnard, Armand Colin, Paris, 1961, p. 333 et suiv.