Feitu, Jean-François

Biographie


Licencié en droit. Nommé juge de paix. Il adressa, le 25 janvier 1831, la lettre suivante à Pommerais, étudiant en droit, demeurant hôtel de Nassau, 85, rue de la Harpe : « Mon cher Pommerais. La part active que j’ai prise à notre glorieuse révolution de Juillet, surtout dans la journée du 29, me donne peut-être le droit de prétendre à la décoration spéciale destinée aux braves des trois journées. J’ignore absolument la marche à suivre pour faire valoir ses titres et mon éloignement de la capitale m’offre les plus grandes difficultés à cet égard. Veuillez, mon bon ami, prendre, s’il est possible, quelques renseignements auprès de la commission instituée pour les récompenses nationales et me les transmettre dans le plus bref délai possible. Lorsque je payai ma dette à la patrie, éloigné de songer à une récompense, je la payai silencieusement, ayant fait d’avance le sacrifice d’une vie abreuvée d’amertume, à laquelle je tenais fort peu, comme vous le savez et que j’aurais été satisfait de perdre d’une manière glorieuse et utile à mon pays. Pendant l’une des actions les plus meurtrières, je fus confondu dans les rangs, j’affrontais de sang-froid les balles ennemies et quand tout fut terminé, je regagnais mes foyers, content de moi, j’avais fait mon devoir, j’avais contribué à délivrer ma patrie de l’avilissante servitude, le roi parjure était puni. Appelé par la confiance du roi des Français à remplir d’honorables et difficiles fonctions dans le département de la France, le plus en opposition peut-être au nouvel ordre des choses, je m’en acquitte sinon avec talent du moins avec zèle. L’amour sacré de la liberté, dont le nom seul faisait battre mon cœur, remplace le dégoût de la vie et, aujourd’hui, j’ambitionne avec ardeur la noble récompense qui perpétuera le souvenir des immortelles journées de Juillet. Voici en quelques lignes mes droits à cette récompense. Je vous prie de les faire connaître à la Commission, en lui transmettant cette lettre. Le 26 juillet, je parcourais les rues qui avoisinent le Palais-Royal, accompagné de M. Jean-Marie Boulay, fils du préfet actuel du préfet de la Vienne, excitant les ouvriers à la révolte et je faillis être victime de mon zèle car j’essuyai dans l’après-midi de ce jour une charge de gendarmerie à cheval dans la rue de Valois à l’entrée de la rue Saint-Honoré (ce fut je crois le premier acte d’hostilité du gouvernement déloyal). Resserré dans la cour des Fontaines et menacé du sabre par un officier supérieur de la force armée, je m’échappais à travers les pieds des chevaux des gendarmes gardant la principale issue de la cour donnant par la rue Montesquieu et j’allais donner l’alarme dans le quartier des étudiants. Le 27, je grossissais la foule des mécontents dans la rue Saint-Honoré et j’y affrontai avec Talmon les premières décharges de mousqueterie. Le 28, je fis de vains efforts pour me procurer des armes et prêchais de toute la force de mes poumons le système des barricades, auxquelles je travaillais de la manière la plus active. Le 29 au matin, après plusieurs courses inutiles, toujours dans l’espoir d’avoir des armes, je pénétrai dans la caserne de la rue du Foin. Après avoir visité partout, j’en sortis seulement avec une giberne. En rentrant à mon hôtel, j’y trouvais M. Valdosky, mon propriétaire, qui me fit voir un très beau fusil de munitions qu’on venait de déposer en ses mains pour quelques instants. Sous prétexte d’examiner ce fusil, qui appartenait disait-il à M. Blanchet, demeurant hôtel de Nassau, rue de la Harpe n° 85, je m’en emparai et courus, palpitant de joie, chercher un champ de bataille où je pusse enfin venger les victimes des 27 et 28 ou succomber comme elles. L’occasion se présenta bientôt de satisfaire ma soif de vengeance. De toute part on s’assemblait sur la place de l’Odéon. Je mis rendis. Là, je rencontrai M. Souvay (voir Sauvay, Henri), étudiant en droit, maintenant à Josselin, qui me donna deux cartouches. Après une distribution de munitions et le choix d’un chef (M. Constant), le signal du départ fut donné et je fis partie du détachement destiné à l’attaque de la caserne de Babylone. J’étais au milieu du second peloton, qui déboucha sur la caserne au pas de charge, l’arme au bras, au milieu de la mitraille ennemie et M. Vanneau, l’un de mes compatriotes, élève de l’Ecole polytechnique, tomba près de moi. Après avoir un instant tiraillé dans la rue Plumet, je fus engagé à monter dans une maison de la rue Traverse, d’où l’on découvrait parfaitement la caserne des fenêtres de cette maison, que j’occupais avec quelques camarades, au nombre desquels se trouvait un pompier que je ne connais pas et l’un de mes anciens condisciples de l’école de droit de Rennes, M. Radiguel, aujourd’hui avocat (voir Radiguel, Adolphe, Hippolyte, Jean, Marie ? rien n’est moins sûr, car celui-là est homme de lettres). Nous fîmes un tort considérable à l’ennemi, que presque toutes nos balles atteignaient et nous contribuâmes puissamment au succès de l’attaque. Je fis, depuis cette époque, partie des compagnies d’étudiants, sous le commandement du colonel Caron, et l’un des premiers je fus sur la route de Rambouillet. Tous ces faits pourraient être attestés au besoin par mesdames Valdosky et Moureau, hôtel Nassau, rue de la Harpe n° 85, MM. Talmon, étudiant en médecine, maintenant à Ponthivy, Carel étudiant en droit à Rennes, Peiffer, médecin à Lyon, Radiguel et Sauvay ci-dessus désignés. Adieu mon cher Pommerais, je compte sur vous, votre ami dévoué. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement. Le jury de la Commission des récompenses nationales, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se prononça à aucune voix pour la croix, cinq voix pour la médaille, trois voix pour une mention et une voix pour rien (mais à aucune voix pour la croix, cinq voix pour la médaille, deux voix pour une mention et une voix pour rien in Archives de Paris VK3 33 jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques). Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Il demeurait à Josselin (Morbihan) en 1831. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VK3 33 Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 20 avril 1831, jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques, idem états nominatifs et listes de noms soumis à la Commission des récompenses nationales (1830-1831) (XIIe arrondissement ancien), en date du 20 avril 1831 ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants ; Archives de Paris VK3 44 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) XIIe arrondissement.

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