Fessart, Antoine

Biographie


Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) VIIe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) VIIe arrondissement (sous le seul nom de Fessart sur les listes du Bulletin des lois, sur celles du Moniteur universel et sur celles de la Commission des récompenses nationales). On trouve dans le récit que fit Pasteur d’Etreillis de sa propre participation aux combats, un récit intitulé Procès-verbal des faits qui se sont passés dans le (ancien) VIIe arrondissement les 28, 29, 30 juillet et le 1er août 1830, en date du 12 août 1830 et qui contient des indications sur la conduite de Fessart, Antoine pendant les combats de Juillet ; ce récit était ainsi rédigé : « Les principaux habitants de l’arrondissement se réunirent à l’hôtel Saint-Aignan, rue Sainte-Avoye, chez MM. Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis) et Pagès (voir Pagès, Louis, Antoine). Au premier bruit du canon, l’assemblée se sépara, chacun revêtit l’uniforme de garde national et courut à la mairie, d’où l’on partit pour s’emparer de tous les postes et se transporter au lieu du combat. Un grand nombre de ces citoyens dévoués se rendirent aussitôt à l’Hôtel de ville et y prirent position. La garde royale arriva, suivie de l’artillerie. M. Marchand (voir Marchand, Louis, François) s’avança, avec deux gardes nationaux et le sergent Debeine, pour parlementer et éviter l’effusion de sang : ils furent accueillis par une décharge de mousqueterie, qui renversa deux gardes nationaux et plusieurs autres citoyens. Le canon ayant été ensuite tiré à mitraille, on fut obligé d’abandonner le poste et de se replier dans les rues. Les habitants du quartier y firent la guerre, en tirailleurs jusqu’à 2 heures du matin, moment où la troupe fut obligée de se retirer. Quelques instants avant cet engagement, sur l’exhortation de M. Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), une troupe de trente soldats du 50e de ligne s’était réunie à lui et était venue déposer les armes à la mairie, où elles furent distribuées ainsi que des cartouches aux citoyens qui allaient combattre. Un poste fut établi à la caserne des gendarmes d’élite, qui est situé rue des Francs-Bourgeois, vis-à-vis la mairie : quelques gardes nationaux parvinrent à les sauver de l’indignation du peuple qui se précipitait contre les portes ; le lendemain matin, les gendarmes rendirent leurs armes. Le citoyen Mancey (voir Mansais, Jean-François) commandait ces gardes nationaux. Dès le commencement du combat, une foule de citoyens de toutes conditions se présentèrent à la mairie, demandèrent des armes et des munitions. Après deux heures de recherches on parvint à découvrir quatre cents fusils, qui furent aussitôt distribués. Ceux qui ne purent en avoir n’en coururent pas moins à la défense de la patrie, en s’armant de tout ce qui se trouvait sous leurs mains. Une fabrique de cartouches fut établie chez M. Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis) et chez son frère (voir Pagès, Louis, Antoine) ; par leurs soins, il en fut confectionné vingt-cinq mille. 29 juillet. Le matin, Paris était sans chef, sans direction pour mettre un terme à cette situation funeste et parer aux maux de tout genre qui devaient en être le résultat, MM. Pagès, après avoir été chez M. Vassal (voir Vassal, Jacques, Claude, Roman), député, prendre des conseils, parcoururent l’arrondissement pour convoquer chez eux les principaux habitants. La réunion fut nombreuse ; personne ne craignit de s’y rendre. En ce moment, on entendait des décharges continuelles d’artillerie dans la direction des Tuileries. Ils exposèrent qu’il était urgent de nommer un gouvernement provisoire et d’organiser la garde nationale. Ces deux mesures ayant été adoptées à l’unanimité, sur leur proposition, deux commissions furent choisies à cet effet par acclamation. Les citoyens qui composèrent la commission chargée de l’organisation de la garde nationale étaient MM. Marchand (voir Marchand, Louis, François), Adrien (voir ce nom), Desprez, Antoine Fessard, Lecreux. Les citoyens qui composèrent la seconde : M. Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), Pagès (voir Pagès, Louis, Antoine), Faudon, Jouet (voir sans doute Jouet aîné), Pasteur d’Etrailly (sic), Chevallier, Lahautière. Cette seconde commission fut chargée de se transporter auprès du général Lafayette, du général Gerard et du duc de Choiseul, désignés par l’assemblée pour former le gouvernement municipal de la Ville de Paris. Des citoyens furent aussitôt envoyés vers d’autres arrondissements, pour les inviter à s’organiser de la même manière. La députation se rendit chez M. Laffitte et offrit à M. le général Lafayette et à M. le général Gerard le gouvernement de la ville. Le général Lafayette, après avoir communiqué avec les députés rassemblés, qui confirmèrent ce choix, s’empressa d’accepter le commandement de la garde nationale. Le général Gerard fut nommé au commandement militaire. Une commission municipale fut sollicitée et reconnue par la députation du (ancien) VIIe arrondissement. M. Pagès, un des membres de cette députation, fut chargée par elle d’accompagner le général Lafayette à l’Hôtel de ville. Le général y fut reçu par M. Fessard, commandant un détachement de la VIIe légion. Pendant les deux premiers jours, la VIIe légion occupa seule de poste d’honneur. Tandis que la députation du (ancien) VIIe arrondissement remplissait si heureusement son mandat, la commission chargée d’organiser la garde nationale remplissait le sien avec le même bonheur : elle s’était rendue à la mairie auprès de M. de Saint-Gobert et agissait d’un commun accord avec lui. M. de Saint-Gobert, malgré ses soixante-seize ans, resta constamment à la tête de la commission municipale ; il mérite la reconnaissance générale. Honneur à l’homme de bien ! Honneur au fonctionnaire dévoué à sa patrie. Le bruit du tambour appelait les gardes nationaux de toutes parts. Les postes nombreux placés dans l’arrondissement protégèrent les établissements publics du quartier tel le mont-de-piété, l’imprimerie du gouvernement, la caisse de Poissy, les Archives. Les prisonniers de La Force s’étant révoltés, de tous les postes de l’arrondissement on y accourut et l’on réussit à empêcher une évasion qui aurait été funeste à la capitale. On tira sur quelques-uns, leur mort apaisa le trouble. Des élèves de l’Ecole polytechnique, qui s’étaient présentés à la mairie du (ancien) VIIe arrondissement pour offrir leurs services furent envoyés sous le commandement du capitaine Chauveraux, pour s’adjoindre au capitaine Fessard, qui commandait la garde du général Lafayette. Des patrouilles parties du (ancien) VIIe visitèrent les points les plus reculés de la capitale. Les premiers postes occupés par la garde nationale au milieu du danger furent commandés avec toute l’ardeur du plus pur patriotisme par MM. Antoni-Berau (voir Antony-Béraud), Moinery (voir Moinery, Pierre, Emile ? mais l’arrondissement ne correspond pas), Bourgeois, Théodore Jouet (voir sans doute Jouet aîné), Faudon, Plessy, Sabattaud, Boullard. La commission municipale qui s’était déclarée en permanence fut constamment aidée dans ses travaux avec un zèle au-dessus de tout éloge par MM. de Cormeil (voir Decormeil, Claude), Felman (voir ce nom), Riglet (voir ce nom), Antoni-Béraud (voir Antony-Béraud). Le 30 juillet. Pendant cette journée, on s’empressa d’établir l’ordre ; on reçut des secours, qui furent envoyés de toutes parts par les habitants de l’arrondissement pour les blessés et les ouvriers sans travail. On s’empressa de les distribuer pour soulager les malheureuses victimes de ces jours mémorables. On fournit des vivres aux casernes des environs ainsi qu’à La Force. On continua l’organisation de la garde nationale. MM. Marchand (voir Marchand, Louis, François) et Adrien (voir ce nom), membres de la commission municipale ont apporté un zèle infatigable à la mission dont leurs concitoyens les avaient chargés […]. » Il était le beau-frère de Caffin d’Orsigny (voir ce nom) et citait son nom dans la lettre qu’il adressa au duc de Choiseul, par l’intermédiaire du journal La France nouvelle, nouveau journal de Paris, en date du 9 août 1830 et ainsi rédigée : « M. le duc. La lettre aussi noble que généreuse que vous venez d’adresser aux Parisiens m’impose le devoir de vous faire connaître comment votre nom s’est trouvé parmi ceux des membres du gouvernement provisoire. Le mardi 27 juillet, je me trouvais chez M. Bérard, député de Seine-et-Oise, avec quelques-uns de ses collègues, lorsqu’on vint nous prévenir qu’une réunion devait avoir lieu, à huit heures et demie, chez M. Audry de Puyraveau. Je m’y rendis à neuf heures. Il y avait peu de monde ; on s’entretenait des ordonnances et du sang qui venait d’être versé : mais on ne prenait aucune mesure. Je m’adressai pourtant au général Lafayette, et lui demandai s’il accepterait le commandement en chef de la garde nationale. Il me répondit qu’il n’hésiterait pas s’il en était requis par ses concitoyens. Rentré chez moi, nous réfléchîmes avec quelques amis sur tout ce qui avait été dit, et nous résolûmes de sauver la cause du peuple, que nous voyions compromise, si on le laissait ainsi à lui-même. Il lui fallait des chefs, et nous pensâmes à lui en donner, en composant un gouvernement provisoire. Parmi tous les hommes dont nous avions entendu prononcer les noms, comme devant rallier les partis, nous choisîmes ceux des généraux Lafayette, Gérard et le vôtre. Le 28, à six heures du matin, je vis à la mairie du VIIe arrondissement MM. Pagès frères et Fessard, capitaines de la garde nationale, et leur confiai mes projets, qu’ils approuvèrent. En moins de quarante minutes, nous parvînmes à réunir chez M Pagès, à l’hôtel Saint-Aignan, environ cent vingt gardes nationaux. Nous leur dîmes que j’avais assisté la veille à la réunion des députés, qu’ils avaient nommé un gouvernement provisoire, et ordonné la réorganisation de la garde nationale. Nous donnâmes sur-le-champ tous les ordres nécessaires pour la formation. Nous fûmes parfaitement secondés par tous ceux qui étaient présents. Une force suffisante fut immédiatement dirigée sur l’Hôtel de ville, pour en prendre possession. Une commission fut alors nommée pour aller prendre les ordres du général Lafayette, et nous partîmes pour la lui présenter. Nous entrâmes en passant à l’administration du journal Le Temps : nous y trouvâmes M. Billard (voir ce nom), un de ses rédacteurs, que je priai de nous accompagner. Arrivés à dix heures et demie chez M. Laffitte, nous fîmes demander au général Lafayette s’il voulait recevoir une députation de la garde nationale, qui venait lui offrir de marcher à sa tête et proclamer le gouvernement provisoire. M. Lafayette nous fit répondre qu’il désirait en conférer avec les députés qui se trouvaient en ce moment réunis chez M. Laffitte, et, dix minutes après, il vint lui-même recevoir la députation, en lui disant que MM. les députés approuvaient la nomination de commandant en chef de la garde nationale, mais qu’il lui fallait un lieu convenable pour établir son état-major. Nous lui proposâmes l’Hôtel de ville, qui était déjà occupé par la garde nationale du VIIe arrondissement, sous le commandant du capitaine Fessard (voir Fessart, Antoine), mon beau-frère, et il s’y rendit sur-le-champ avec la députation. Tous les autres arrondissements de Paris furent simultanément prévenus de la formation du gouvernement provisoire et de l’ordre d’organiser la garde nationale. M. Billard se rendit au journal Le Temps ; je fus moi-même aux autres journaux et les noms des généraux Lafayette, Gérard, le duc de Choiseul, furent imprimés et proclamés partout ; ils donnèrent un nouveau courage aux Parisiens, et la victoire du peuple ne fut plus douteuse. C’est alors que MM. les députés commencèrent à nommer des commissions provisoires, que la garde nationale a été organisée, et qu’en peu d’heures l’Hôtel de ville, le Mont-de-piété, les Archives, et tous les établissements publics furent mis sous sa sauvegarde. Voilà, M. le duc, toute la vérité pour la formation de gouvernement provisoire ; permettez-moi de vous remercier, au nom de mes concitoyens, du silence que vous avez gardé si généreusement ; combien je me félicite d’avoir si bien compris votre noble caractère ! Si les noms que nous avions choisis ont été assez puissants pour conjurer les maux qui nous menaçaient, nous ne doutons pas que nos succès n’eussent été encore plus étonnants si votre coopération eût été plus active. J’ai l’honneur, etc. Caffin d’Orsigny. » On peut lire dans Le Moniteur universel, en date du 13 août 1830, la lettre suivante : « Hôtel de ville, le 10 août 1830. Monsieur le rédacteur, Je viens de lire dans le Journal des débats d’hier une lettre de M. Caffin d’Orsigny, laquelle pourrait donner lieu à des erreurs ou à des injustices qu’il importe de prévenir. Il est possible que M. Fessart, beau-frère de M. d’Orsigny, occupât l’Hôtel de ville dès le 28 juillet. C’est le 28 en effet que l’Hôtel de ville est tombé définitivement au pouvoir du peuple ; mais ce qui est certain, c’est que le lendemain 29, M. le colonel Zimmer entra de bonne heure à l’Hôtel de ville à la tête d’une foule de citoyens et de gardes nationaux. Or, dans ce moment, le Louvre et les Tuileries et beaucoup d’autres postes non moins importants, appartenaient encore à nos ennemis. M. le colonel Zimmer n’eut donc pas seulement à braver des dangers évidents, mais encore à introduire l’ordre partout où régnait la plus épouvantable confusion, à expédier sur-le-champ plus de trois cents ordres sur des points divers, enfin à organiser un service complet. Voilà ce que tout le monde sait de M. le colonel Zimmer qui, depuis, justement confirmé par M. le général Lafayette dans les fonctions de chef de l’état-major de la garde nationale, n’a cessé de donner des marques d’un patriotisme, d’une activité et d’une modestie admirables. Ce que je dis, je le sais ; je l’ai vu. Veuillez, M. le rédacteur, donner place à cette lettre dans votre prochain numéro, et agréer l’assurance de la considération distinguée avec laquelle j’ai l’honneur d’être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur, Franque. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut (sous le nom de Fessard, Antoine), auprès de la mairie du (ancien) VIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. En 1832, alors lieutenant-colonel de la VIIe légion, il signa le certificat suivant en faveur de Debois, Nicolas, Michel, qui sollicitait – tardivement – la décoration de Juillet : « Nous attestons que le nommé Debois, sergent de la 3e compagnie du 1er bataillon VIIe légion, s’est parfaitement conduit dans les journées du 5 et 6 juin et qu’il était présent à l’attaque de la barricade Saint-Merry, où il a été atteint d’une balle ; à la prise du Louvre en juillet 1830 il a combattu courageusement. Depuis ce temps, garde national il s’est toujours conduit d’une manière digne d’éloges dans les occasions difficiles. » Il demeurait 24, rue Michel-le-Comte en 1831. La France nouvelle, nouveau journal de Paris, 9 août 1830 ; Le Moniteur universel, 13 août 1830 ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) VIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) VIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/52 in dossier Debois, Nicolas, Michel ; Archives de la préfecture de police AA 406 in dossier Pasteur d’Etreillis in Procès-verbal des faits qui se sont passés dans le (ancien) VIIe arrondissement les 28, 29, 30 juillet et le 1er août 1830.

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