Fontagnère, Jean, Hippolyte

Biographie


Il fit parvenir au ministre de l’Intérieur la lettre suivante, le 1er avril 1831, afin d’obtenir soit la récompense nationale soit un emploi dans les contributions directes ou les bureaux du ministère de la Guerre : « Permettez à un ami de la liberté qui, au moment où l’héroïque population de Paris versait son sang pour le maintien de nos droits, ne craignit point, à plus de deux cents lieues de la capitale, de s’exposer à la haine et à la vengeance du pouvoir déchu qui, s’il était sorti vainqueur de la lutte, ne lui eût laissé que l’alternative de l’exil ou de l’échafaud, de venir réclamer sa part à la bienveillance du gouvernement. Le 30 juillet dernier, aussitôt après que les ordonnances eurent été affichées à Riscle, département du Gers, j’ai réuni quelques amis pour concerter avec eux sur les moyens les plus efficaces à prendre pour repousser par la force le joug humiliant auquel on voulait nous soumettre. Ces messieurs furent d’avis que nous nous mettrions à la tête d’un parti aussitôt que nous aurions connaissance que quelque grande ville aurait levé l’étendard de la liberté ; en conséquence et pour être plus à portée des nouvelles des départements je partis pour Mont-de-Marsan, à quinze lieues de Riscle. Je restais dans cette ville jusqu’au 3 août, jour où les premiers événements de Paris y furent connus ; j’en repartis ce même jour pour revenir à Riscle, où j’arrivais à toute bride à minuit précise. Je réunis aussitôt mes amis, mes compatriotes sur la place publique, qui en moins d’une heure s’est couverte de monde ; je leur fis part des événements, en les engageant à voler au secours des Parisiens. J’éprouve bien de plaisir à vous assurer, Monsieur le ministre, qu’aucun ne fut sourd mes exhortations, que tous se préparaient à marcher, lorsque les nouvelles postérieures nous annoncèrent les brillants succès qui les rendaient inutiles. Le soleil du 4 août, impatiemment attendu nous surprit sur la place publique. Je fis arborer le drapeau tricolore, après avoir fait jurer de le défendre si quelqu’un se permettait de vouloir l’attaquer ; mais, avant de le faire arborer et promener dans toute la ville au son des cloches, au roulement du tambour et suivi de la population entière, je dus prendre les précautions suivantes : les rapports qui s’établirent dans la matinée entre M. le maire, l’officier de la gendarmerie et les employés de la régie des contributions indirectes, que ce dernier alla trouver en sortant de chez M. le maire, me firent craindre qu’on ne voulût essayer de la résistance. Afin d’éviter autant que possible les malheurs qui auraient pu s’ensuivre, j’adressais sur la place publique une dernière allocution à la jeunesse ; je lui fis part de mes soupçons, lui fis le tableau de ce à quoi elle s’exposait si la cause de la liberté avait le malheur de succomber et je lui demandai de nouveau si elle voulait encourir les chances et si je pouvais compter sur elle en cas d’attaque ou de résistance. Oui, s’écria t-elle, Oui, me répondirent tous d’une voix unanime, Nous combattrons jusqu’à la mort. Alors je leur dis qu’il fallait s’armer ; et je fis prendre les armes à quelques citoyens, afin d’en imposer à l’autorité par une force ostensible, supérieure à celle qu’elle aurait pu nous opposer et qui ne devait point lui permettre l’espérance du moindre succès. La prudence m’obligea encore, tant j’étais désireux d’éviter des malheurs et des scènes affligeantes, d’aller trouver l’officier de la gendarmerie pour l’engager à se réunir à nous. Cette demande avait pour but de connaître ses intentions et de tâcher de deviner la résolution qu’il avait dû prendre avec M. le maire, afin, si elle était contraire à notre cause, de lui faire la représentation que l’honneur, la liberté et l’humanité m’auraient suggérée. Je lui parlais, je le pressais pour le faire entrer dans notre cause : il s’y refusa, alléguant des raisons si légitimes que je fus obligé de les approuver. Je le laissai, comptant sur son honneur et sur la promesse qu’il me donna de ne point sortir de sa caserne et d’y retenir ses gendarmes. Je reviens à mes amis ; j’envoyais chez M. le maire [manque un mot] pour l’engager aussi à se joindre à notre fête et le prier dans tous les cas de nous prêter le tambour. Ce magistrat crut qu’il était de son honneur et de son devoir de n’y prendre aucune part ; mais sans donner aucune marque de mécontentement. Je dois même ajouter qu’alors et depuis, ayant eu l’occasion de le voir moi-même pour l’engager à faire cause commune avec nous, il n’a fait aucune marque d’opposition et s’est constamment retranché derrière ses serments dont il ne se croyait pas encore dégagé. Ces diverses demandes m’ayant convaincu que nous n’éprouverions pas de résistance, toute la population étant animée du même esprit, j’engageais mes amis à poser les armes et fis arborer le drapeau sans autre démonstration que celle de la joie publique. J’ajouterais aussi M. le ministre, que j’ai eu le bonheur de faire respecter le recouvrement de l’impôt indirect, vivement menacé, et qui depuis lors n’a éprouvé dans la ville de Riscle aucun trouble ou interruption. Messieurs les employés de la régie l’attesteront avec mes concitoyens. […]. » Il joignait à sa lettre un certificat, signé de très nombreux habitants et notabilités de Riscle, qui attestait les faits qu’il avait évoqués et qu’il avait fait le voyage à Paris, pour remettre la somme de cent soixante francs, collectés dans la ville, au journal le Constitutionnel, qui avait ouvert une souscription en faveur des victimes de Juillet. Dans sa délibération du 30 décembre 1831, la commission décida qu’il n’y avait pas lieu à faire droit à la demande : « Ses titres, qui n’ont point été contestés et sur lesquels les membres de la commission étaient à l’avance fixés, ne lui ont point paru être de nature à mériter la récompense qu’il sollicite », « attendu que M. Fontagnères, dont le dévouement ne saurait être contesté, n’a éprouvé aucune résistance lors de ses manifestations ». Le préfet du Gers donnait l’avis suivant que « les événements de Juillet ont été généralement accueillis avec joie dans le département du Gers ; mais sans contradiction et par conséquent sans risques ». Il demeurait à Riscle (Gers) en 1830-1831 ; hôtel de la Louisiane, 4, rue du Rempart-Saint-Honoré à Paris en 1831. Archives nationales F/1dIII/79, dossier Gers.

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