Fontaney, Antoine-Etienne
Biographie
Employé à l’enregistrement des naissances au bureau de l’état civil de la mairie du (ancien) XIe arrondissement, il prit part aux combats de juillet 1830. Après la révolution, il abandonna ce travail et suivit en Espagne l’ambassadeur de France, le comte d’Harcourt, dont il devint le secrétaire particulier. De retour à Paris, il commença à tenir son Journal intime et composa plusieurs récits centrés sur l’Espagne, que Buloz publia dans la Revue des Deux-Mondes dès 1831 et sous le pseudonyme de « Lord Feeling ». Présenté par Sainte-Beuve au Cénacle de Victor Hugo et à l’Arsenal de Charles Nodier, il fut l’ami de Mme Ancelot, Mérimée, Hugo, Nodier, Vigny, Musset et Custine, et l’un des rédacteurs attitrés de la Revue des Deux-Mondes. Après avoir été l’amoureux éconduit de la fille de Nodier, ce fut de Gabrielle Dorval qu’il s’éprit, en août 1832, alors que sa situation littéraire s’affermissait. La mère de Gabrielle, la comédienne Marie Dorval – qui s’était aussi entichée de lui, tout comme son autre fille Louise – décrivait ainsi le jeune homme : « Il a un peu de talent, très peu de courage et une santé perdue. » Gabrielle fut enfermée au couvent. A Madrid, où il fit un deuxième séjour, en 1833 en pleine guerre carliste, Fontaney décida d’enlever Gabrielle. Les deux amants s’exilèrent à Londres. George Sand jugea sans appel sa conduite : « C’était un bon jeune homme, d’une figure intéressante, capable de sentiments doux et tendres, mais très à court d’idées et trop délicat pour ne pas comprendre, s’il eût réfléchi, qu’enlever une jeune fille pauvre, sans avoir les moyens ni la force de lui créer une existence, est une faute dont on a mauvaise grâce à se draper. » En 1836, le jeune couple, à bout de forces et de ressources, revint piteusement à Paris. Gabrielle mourut le 14 avril 1837 de la phtisie, à vingt et un ans, sans doute contaminée par Antoine-Etienne. Hugo et Sainte-Beuve, après des années de brouille, suivirent ensemble son enterrement. Fontaney, accablé de douleur et de remords, mourut à son tour le 11 juin 1837 de la même maladie. Sainte-Beuve eut sur lui ce jugement : « La poésie lui a été à la fois bonne et fatale. Si c’est elle qui lui a fait quitter son modeste emploi pour les chances de la vie littéraire, elle l’a déçu, il est mort dans la peine, sans atteindre même à ce peu qu’on appelle la renommée. » René Jasinski évalua ainsi la place de l’écrivain dont il contribua à maintenir le nom : l’œuvre de Fontaney « révèle, non pas un grand créateur, mais un talent distingué : celui d’un homme de goût qui, dans tous les genres où il s’est exercé, a fait entendre des accents personnels et délicats ». Il est l’auteur de Ballades, Mélodies et Poésies diverses (1828), Scènes de la vie castillane et andalouse (1833). Le Monde 30 août 1991.