Formage, Alexandre, Joseph
Biographie
Né le 30 mars 1813 à Saint-Aubin (Calvados). Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement. Il fut nommé sous-officier, sur proposition de la Commission des récompenses nationales et affecté dans un régiment d’infanterie. Une lettre de la Commission des récompenses nationales indiquait à son sujet : « venait d’être nommé sergent au 10e régiment d’infanterie légère sur la présentation de la Commission des récompenses nationales et se disposait à rejoindre son corps lorsqu’il fut assassiné dans les bois de Versailles, hier. Son corps a été transporté à la morgue, où il est encore, et sa famille, dans la plus grande indigence, sollicite de la Commission des récompenses nationales les frais d’inhumation de leur parent, qui monteraient à cent vingt francs. » Le ministère de l’Intérieur reçut favorablement la proposition et fit délivrer les cent vingt francs. Formage fut assassiné par Benoît, Nicolas, Frédéric, qui fut guillotiné le 30 août 1832, comme parricide. Benoît avait égorgé, le 9 novembre 1829 à Vouziers (Ardennes), sa mère, Benoît, Pauline, pour lui voler vingt mille francs. Après avoir laissé accuser le charcutier Labauve, signalé pour son mauvais caractère et ses démêlés avec la dame Benoît, il rejoignit Paris et devint l’amant de Formage. Après un an de relations, Formage et Benoît étaient sans argent. Formage imagina de faire chanter Benoît, et, le 22 juillet 1831, à l’hôtel des Bains à Versailles, Benoît égorgea Formage à coups de rasoir. Poumiès de la Siboutie (voir ce nom) fut un des jurés du procès de Benoît. Il en laissa le récit suivant : « Cette même année 1832, j’avais été juré. Je placerai ici quelques incidents d’un procès célèbre, qui nous occupa pendant huit jours. L’accusé nommé Benoît, avait vingt-deux ans. Sa figure était douce et timide, sa mise simple et élégante, sa tenue celle d’un homme habitué à la bonne société. Il s’exprimait bien. Sa famille tenait un rang honorable à V…, où son père était juge de paix ; son frère était juge d’instruction. Il était tendrement aimé de sa mère, dont il était le plus jeune enfant. Il avait été élevé au petit séminaire de Reims, où ses progrès avaient été peu marqués, mais où sa conduite avait été très régulière. Il vit un soir son père mettre en rouleaux une somme de vingt mille francs en or. Deux jours après, M. Benoît partit pour un voyage de courte durée, et le lendemain de son départ on trouva Mme Benoît assassinée. Elle portait au cou une large blessure faite avec un instrument tranchant ; son corps baignait dans une mare de sang. Les vingt mille francs avaient disparu. Un charcutier voisin fut immédiatement arrêté : cet homme était brutal et violent ; la veille, à la suite d’une légère discussion avec Mme Benoît, il l’avait menacée d’un long coutelas fraîchement émoulu qu’il tenait à la main. Ce couteau, au moment de l’arrestation, fut trouvé tout sanglant dans une place autre que celle où on le déposait habituellement. Cet homme traduit devant la cour d’assises ne dut son salut qu’à la cour, qui suivant la loi alors en vigueur, fut appelée à départager le jury. Rendu à la liberté, il tomba dans la mélancolie ; on craignit pour ses jours ; son corps se courba, ses cheveux blanchirent, il ne sortit plus de chez lui qu’à de rares intervalles. Cependant le jeune Benoît avait été envoyé à Paris pour y terminer ses études. Il se lia intimement avec un mauvais sujet nommé Formage, et se livra avec lui à des excès de toute espèce. Les dépenses qu’ils firent ainsi furent très considérables. Benoît payait toujours ; il fournit même un peu d’argent à son ami. Bientôt ils n’eurent qu’une chambre, qu’un lit, et ne se quittèrent plus. Enfin, dans un moment d’épanchement, après de copieuses libations, Benoît confia à Formage que c’était lui qui avait assassiné sa mère et pris les vingt mille francs. Peu de jours après, il lui annonça que n’ayant plus d’argent, il allait partir pour V…, où il espérait en obtenir de son père. Formage, impatient de sa longue absence, lui écrivit une première lettre où, par post-scriptum, il le priait de lui envoyer de l’argent. Cette lettre, restée sans réponse, fut suivie d’une seconde plus pressante, puis d’une troisième où il menaçait de le dénoncer si l’argent demandé n’arrivait pas. Benoît, on n’a jamais su de quelle manière, se procura de l’argent et arriva à Paris. Il courut chez son compagnon, et la joyeuse vie recommença. Un jour, ils se rendirent tous les deux à Versailles, demandèrent une chambre à l’hôtel des Réservoirs et se firent servir un copieux déjeuner. Quelques instants après, Benoît sortait seul, annonçait que son ami dormait, et qu’en attendant le dîner, qu’il commandait pour six heures, il allait se promener dans le parc. On ne le revit plus. A sept heures, le maître d’hôtel n’entendant aucun bruit dans la chambre, frappait à plusieurs reprises sans obtenir de réponse. Le commissaire de police fut averti. On força la serrure. Un spectacle horrible s’offrit aux regards : Formage était étendu sur le carreau, au milieu d’une mare de sang ; le papier des murs présentait de larges taches dessinant la forme des mains. Le cadavre avait au cou une large blessure produite par un instrument tranchant. La justice fut bientôt sur les traces du coupable : Benoît fut arrêté. On revint alors sur la mort de sa mère ; l’identité des deux blessures était complète. Benoît parut devant nous avec la figure juvénile et calme, assisté de son père et des autres membres de sa famille. Il était défendu par Me Crémieux. A la première nouvelle du crime, le charcutier se porta partie civile : “Enfin, disait-il en pleurant, je prouverai que je ne suis pas un assassin, je pourrai relever la tête.” Chaix-d’Est-Ange fut chargé de sa cause. Sous sa candeur et sa timidité apparentes, Benoît se montra fort adroit, astucieux même. La déposition du charcutier fit grande impression ; il termina en disant avec simplicité : “Je ne désire point la mort de ce jeune homme. Ce que je demande, c’est que ma justification soit pleine et entière, dussé-je mourir une heure après. Car il faut que vous le sachiez, messieurs : quoique j’aie été acquitté, on n’a pas voulu croire à mon innocence ; on me fuit, et en parlant de moi, on dit l’assassin.” » Crémieux déploya un grand talent dans la défense, mais les preuves étaient accablantes, sa cause était perdue d’avance. Chaix-d’Est-Ange fut superbe ; sa parole fut si prenante que Benoît éperdu, le visage baigné de sueur, se leva en criant : “Ma mère, ma mère, dis-lui que cela n’est pas vrai ! – Assassin, ne m’interrompez pas”, lui dit l’avocat et Benoît retomba affaissé sur son banc. Il fut condamné au supplice des parricides et reconduit dans sa prison plus mort que vif. Ce procès révéla l’existence de maisons infâmes où il se passait d’affreuses scènes de débauche. C’étaient ces maisons et les individus qui s’y rencontraient, que Benoît recherchait surtout. C’était un terrible moment pour moi. Dès le point du jour, je visitais mes malades très nombreux à cause du choléra. Je courais au palais remplir mes fonctions de juré ; et le soir je prenais les armes, ayant à peine le temps de manger. Il arriva un jour que, pendant l’audience, le feu se rapprocha tellement de nous que les balles venaient frapper les vitres et les murs de la salle où nous étions réunis. Cédant à la force, le président leva l’audience. J’allai rejoindre mon bataillon. » Formage demeurait 4, rue de Touraine en 1830 ; 2, Grande-Rue à La Villette en 1831. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des médaillés de Juillet du (ancien) XIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 633 n° 1, liste des citoyens décorés de la médaille, XIe arrondissement, convocations des décorés à la mairie ; Archives de Paris VK3 32, liste des médaillés de Juillet du (ancien) XIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/33, Commission des récompenses nationales, liste générale de présentation et de nomination de sous-officiers ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) XIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/55 ; Souvenirs d’un médecin de Paris, Dr Poumiès de la Siboutie, Plon et cie, Paris, 1910, p. 245-246.