Foucart, François, Frédéric, Stanislas

Biographie


Né le 21 janvier 1807 à Abbeville (Somme). Tailleur. Il adressa la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales instituée après la révolution de Février, et dans laquelle il se dit combattant de Juillet, avant d’expliquer plus longuement sa participation aux combats de Février : « Soldat de juillet 1830, et fort de l’expérience du passé, le 22 février 1848, je sortis de chez moi pour explorer la position du champ de bataille où l’inauguration du banquet devait avoir lieu ; de là, j’allais visiter la place de la Concorde, celle du Palais-Bourbon, la division militaire, et je me portais ensuite place du Panthéon, pour me joindre aux Ecoles qui s’organisaient. Arrivés sur le boulevard de la Madeleine, nous fûmes repoussés et nous dûmes nous retirer sur les Champs-Elysées ; c’est dans cette circonstance que nous attaquâmes plusieurs postes avancés aux Champs-Elysées mêmes. A 5 heures du même jour, je rentrais chez moi pour dîner ; le soir, j’ai visité les abords de la halle et de la rue Saint-Honoré et, à 9 heures, nous forcions la boutique d’un chapelier fourbisseur, situé en face de la rue du Coq, pour nous procurer des armes. J’avais, dans le même moment, prié quelques camarades de surveiller le cloître Saint-Honoré, afin de nous tenir en garde contre toute attaque de ce côté ; tout à coup, nous fûmes simultanément attaqués par des municipaux, débouchant par les rues Croix-des-Petits-Champs et Saint-Honoré. Nous nous retirâmes alors par la rue du Coq mais un escadron de gardes municipaux nous força à rebrousser chemin. Dans cet intervalle une compagnie de la ligne s’était rangée en bataille devant la boutique où on s’était procuré des armes. Forcés d’exécuter une marche rétrograde, nous battions en retraite lorsque le sergent placé à la tête de la compagnie, nous voyant fuir, traversa la rue et renversa un enfant contre la boutique du marchand d’habits au coin de ladite rue. Indigné de cette action et prenant le sergent par ses buffleteries, je le renversai dans le ruisseau. Nous nous retirâmes alors par les rues de Grenelle-Saint-Honoré et du Pélican. Un instant après, étant revenus sur nos pas, les sergents de ville se montrèrent avec leurs cannes plombées et nous nous éloignâmes ; immédiatement après, je fus me coucher : il était alors 10 heures et demie. Le lendemain 23 février, je montai aux boulevards par la rue Poissonnière, où déjà les hostilités étaient commencées. Nous fîmes des barricades dans le haut de la rue Saint-Martin mais nous fûmes refoulés jusqu’au conservatoire des Arts et Métiers, dispersés par les gardes municipaux à cheval et à pied et par les chasseurs de Vincennes. Nous essayâmes de nous rallier rue Rambuteau, où plusieurs barricades avaient été établies mais nous fûmes chargés par les cuirassiers venus du marché des Innocents et en cette circonstance un d’entre nous fut tué au coin de la rue Quincampoix. A midi, je rentrai chez moi pour déjeuner et je ressortis à 2 heures. Il y eut alors un mouvement du côté de la Banque, où on fit la courte échelle pour en enlever le drapeau du poste. Pendant ce travail, des cuirassiers vinrent charger sur nous et nous refoulèrent jusqu’à la nouvelle rue de la Banque. Chacun fuyait, ce que voyant je jetai des cris en disant Mettons-nous derrière les rangs de la garde nationale ; si leurs fusils tombent, nous les relèverons. A ces mots, trois hommes de la droite du peloton sortirent du rang et opposèrent leurs baïonnettes à la charge des cuirassiers, qui reculèrent à leur vue. A une seconde charge, ils revinrent en compagnie d’un aide de camp et alors tout le premier rang s’opposa de nouveau à la seconde charge de la troupe. Encouragée par le peuple, c’est de ce moment que la garde nationale prit parti pour le peuple contre la troupe. Au même moment, M. Caussidière parut au milieu de nous, lisant la déchéance du ministère et la composition d’un autre ministère. Mais, à cette lecture, un cri s’éleva pour répondre : Ce n’est pas un changement d’hommes que nous voulons mais le renversement du système tout entier. A cela M. Caussidière nous fixa rendez-vous au lendemain à 3 heures place des Victoires. On approuva cela. M. Caussidière se rendit alors au café, où on l’accompagna place des Victoires. Au même instant, on annonça que la paix était faite et cependant on vit des municipaux amenant par la rue Croix-des-Petits-Champs quatre prisonniers, que nous délivrâmes. Cela fait, je rentrai chez moi, où je pris mon repos et je ressortis immédiatement. Paris était illuminé mais je voulais savoir jusqu’à quel point nous pouvions compter sur les promesses faites. Je fus donc par la rue Montmartre visiter les marchés. Tous mes efforts furent inutiles pour arriver jusqu'au Carrousel, dont les abords étaient gardés par de nombreux corps de troupes et défendus par des détachements qui se soutenaient réciproquement. De l’artillerie était aussi disposée sur ce point. Je repris alors la rue Saint-Denis, la ligne du boulevard et, m’étant joint à d’autres camarades, nous nous acheminâmes vers le ministère des Affaires étrangères, en chantant la Marseillaise. Le reste, vous le savez. Nous fûmes obligés de ramasser les morts, que nous chargeâmes sur des voitures que nous conduisîmes en triomphe en criant Vengeance. Je rentrai chez moi à minuit un quart. Le 24, à 6 heures trois quarts, je me rendis au poste du commissaire Masson. Là, nous sortîmes tout ce qui était dans le poste pour en faire des barricades. A 9 heures, je rentrai chez moi pour manger de la soupe. Je pris ensuite mon fusil de chasse et fis mes adieux à ma femme, toute éplorée, mais ses larmes ni ses prières ne purent me retenir car je partis, bien résolu à ne rentrer qu’avec la victoire ou à rester sur le champ de bataille. Je me rendis alors par la rue Montmartre aux Petits-Pères, où tout était tranquille. Je me portai de là sur les boulevards et, m’étant réuni à mes camarades, nous formâmes une brigade et nous descendîmes la rue de Richelieu. N’ayant pas de cartouches, nous en demandions en route. Chez Lepage, nos hommes qui n’avaient de fusil s’en munirent. De là, nous débouchâmes sur la place du Carrousel, où un homme en garde national nous pria de rester calmes. Nous avançâmes jusqu’aux grilles aux cris de La réforme ! Là, un général nous apporta une proclamation non signée qui ne nous arrêta point car nous retournâmes auprès du cavalier et moi je lui demandai qui il était. Il me répondit Lamoricière. Alors je lui serrai la main et, nous ayant dit qu’il était avec nous et pour nous, je lui répondis qu’il devait marcher avec nous. En cet instant, je criai à Bugeaud Cachez votre honte, et il rentra dans les rangs. C’est alors qu’il se rendit sur la place du Palais-Royal. Nous l’y suivîmes et là nous engageâmes le feu. Mais poussés par la foule qui affluait sur cette place, nous nous dirigeâmes alors sur les Tuileries. Rien ne put résister à notre élan. Les troupes se mirent en retraite de toute part. Arrivés au château, nous montâmes le grand escalier sous le pavillon de l’Horloge. Notre premier soin fut de voir s’il n’y avait point de troupes. En entrant dans la salle du trône, nous trouvâmes un cuirassier pieds nus, assis sur un tabouret. Nous le crûmes blessé. Il nous dit que la fatigue seule l’avait obligé à quitter ses bottes. Nous étant avancés plus loin, nous trouvâmes quinze à seize municipaux et un sergent. Nous les désarmâmes en respectant leurs jours et nous leur enlevâmes leurs insignes. Nous les accompagnâmes ensuite en traversant la salle du trône où ils furent abordés par des frères combattants comme nous et arrivant par l’aile opposée aux cris de Vive la république ! vive la liberté ! N’ayant plus trouvé d’ennemis à combattre mais une table bien servie, nous avons déjeuné dans une salle des princes donnant sur le jardin. Un potage au riz était dans une soupière d’argent, des côtelettes, de la chicorée, des radis et du beurre sur des plats. Après le repas, je descendis l’escalier souterrain donnant sur la illisible près la Seine et je crus de mon devoir d’aller trouver ma femme, éplorée. Celui qui vous écrit ces lignes fut le petit homme gris, que plusieurs feuilles vous ont cité. S’il était besoin de me présenter au général Lamoricière, au capitaine de chasseurs et à l’officier d’artillerie qui était près de lui au moment même où Bugeaud engageait Lamoricière à le rejoindre, je ne doute point qu’ils me reconnaîtraient à mon petit bonnet couleur puce et à mon paletot gris et l’officier à qui j’avais montré mes armes cachées me dit Nous en avons aussi. J’ai ensuite, tout étant fini, fait mon service de garde national et suis resté cinq jours malade, des suites de la fatigue. Il y a dans mon logement un personnage allie à un des partisans de l’ancien gouvernement qui fut un de ceux auxquels on avait confié des cartouches. Je me recommande à vous, citoyens. Salut et fraternité. » Sa lettre était apostillée de plusieurs signatures. La première : « Le combattant soussigné certifie que la plus grande partie des faits et circonstances relatés au présent rapport du citoyen Foucard sont à ma connaissance et parfaitement exacts, qu’ils méritent à son auteur une haute récompense ; il certifie ceux des faits qu’il a vus pour très authentiques et ne doute nullement que ceux qui se sont portés hors de sa portée méritent d’être crus car M. Foucart a montré un courage héroïque. » Signé : Bietry, directeur de l’office des auteurs traducteurs unis, demeurant 13, rue de la Jussienne. La deuxième : « Je, soussigné, certifie que le 23 février, dans une course nécessitée par mes affaires dans le quartier Saint-Martin, j’ai vu le citoyen Foucart, travaillant et défendant une barricade contre des municipaux à pied et à cheval et des chasseurs de Vincennes et que le 24 au matin il venait chez moi s’informer s’il ne m’était rien arrivé lorsque je le rencontrai au coin des rues de Mulhouse et Cléry. Après m’avoir raconté quelques-uns des faits relatés dans le présent rapport, il me dit adieu pour se rendre du côté du Palais-Royal, où on se battait. Je ne doute pas un seul instant que les autres faits qui ne sont pas à ma connaissance soient parfaitement exacts. » Signé Caillaud ? illisible, demeurant 5, rue de Mulhouse. Et aussi : Thérain, épicier, demeurant 14, rue Jussienne ; Gaudefro, demeurant 17, rue Jussienne ; Sire illisible, concierge du 17, rue Jussienne ; Chapuis, député d’extrême gauche, qui certifia avoir connu personnellement et particulièrement Foucart pendant le régime de Louis-Philippe et savoir qu’il avait des opinions démocratiques. Foucart fut recommandé pour une place de garçon de bureau dans un ministère et le signe honorifique. Il était marié en 1848. Il demeurait 17, rue de la Jussienne en 1848. Archives nationales F/1dIII/88.

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