Fox
Biographie
Anglais. La chronique de l’époque relata à son sujet : « Un troisième Anglais, qui contribuait également de sa personne à la défense de notre belle cause, a été frappé d’une balle à la tête, au moment où il s’avançait à la fenêtrée de l’hôtel qu’il habitait, rue Saint-Honoré, pour jeter des pavés sur les troupes royales. » Bermond de Verchères, dans La garde royale pendant les événements du 26 juillet au 5 août, par un officier employé à l’état-major, donna la version suivante de l’événement : « Le 27 juillet] Vers 6 ou 7 heures, la foule était tellement considérable dans les rues Richelieu et Saint-Honoré qu’on ne pouvait plus y circuler. La gendarmerie de Paris, qui était sur pied aussi, essaya vainement de rétablir la circulation. On craignait surtout que la foule ne pillât les boutiques d’armuriers qui sont aux environs du Palais-Royal. Des détachements de la garde furent requis pour appuyer les efforts de la gendarmerie. Ils parvinrent, non sans peine, ne voulant pas d’abord faire usage de leurs armes, à déblayer un peu ces rues ; mais bientôt ils furent assaillis à coups de pierres et de tuiles. Un de ces détachements, commandé par un sous-lieutenant, et composé de dix-huit hommes de la garde, voulant déboucher par la rue du Duc-de-Bordeaux, dite aujourd’hui du 29-Juillet, se trouva tellement pressé près de l’hôtel Meurice, tandis qu’une grêle de pierres tombait sur lui, qu’il fut quelque temps sans pouvoir avancer ni reculer. Le chef de ce détachement espérait toujours pouvoir éviter de faire feu, lorsqu’un coup de fusil parti de l’hôtel Royal, rue des Pyramides et rue Saint-Honoré, n° 193, le décida à laisser tirer ses soldats. M. Fox, de la famille du ministre de ce nom, habitait cet hôtel ; au moment où le détachement passait, il s’arma de son fusil de chasse et fit feu par la fenêtre. Les soldats firent une décharge sur la maison, et M. Fox fut tué dans sa chambre, ainsi que deux domestiques qui y travaillaient.. Ainsi, la première victime de ces sanglantes journées serait un de ces insulaires qui, à l’aurore de notre première révolution comme aujourd’hui, parurent applaudir aux élans de la nation française. » Chateaubriand, dans ses Mémoires d’outre-tombe reprit la même version : « Le 27, il était déjà quatre heures et demie du soir, lorsqu’on reçut dans les casernes l’ordre de prendre les armes. La gendarmerie de Paris, appuyée de quelques détachements de la Garde, essaya de rétablir la circulation dans les rues Richelieu et Saint-Honoré. Un de ces détachements fut assailli dans la rue du Duc-de-Bordeaux d’une grêle de pierres. Le chef de ce détachement évitait de tirer, lorsqu’un coup parti de l’Hôtel royal, rue des Pyramides, décida la question : il se trouva qu’un M. Fox, habitant de cet hôtel, s’était armé de son fusil de chasse, et avait fait feu sur la Garde à travers sa fenêtre. Les soldats répondirent par une décharge sur la maison, et M. Fox tomba mort avec deux domestiques. Ainsi ces Anglais, qui vivent à l’abri dans leur île, vont porter les révolutions chez les autres ; vous les trouvez mêlés dans les quatre parties du monde à des querelles qui ne les regardent pas ; pour vendre une pièce de calicot, peu leur importe de plonger une nation dans toutes les calamités. Quel droit ce M. Fox avait-il de tirer sur des soldats français ? Etait-ce la constitution de la Grande-Bretagne que Charles X avait violée ? Si quelque chose pouvait flétrir les combats de Juillet, ce serait d’avoir été engagés par la balle d’un Anglais. » Dulaure et Maréchal donnèrent la version suivante et différente des mêmes faits : « [27 juillet A l’angle de la rue des Pyramides et de la rue Saint-Honoré] Un jeune étudiant anglais, nommé Folks, pour échapper à une bagarre, avait demandé l’asile au maître de l’hôtel dont il était personnellement connu. Il monta et fut assez imprudent pour se mettre à une fenêtre. Une des premières décharges de la garde royale l’atteignit, le tua, et blessa deux domestiques de la maison qui se trouvaient à côté de lui. » Au procès des ministres de Charles X, le rapport fait à la Cour des pairs donna les informations suivantes : « Plus tard, tandis que le peuple armé de pierres les lançait sur les soldats, un coup de fusil, parti d’un hôtel garni près de la rue des Pyramides, provoqua une décharge meurtrière qui tua trois personnes aux fenêtres de cet hôtel. (Note de l’éditeur : Une des victimes fut un Anglais nommé Fochs. L’auteur de la relation publiée par un officier de la garde royale le présente mal à propos comme neveu du célèbre Fox, et commet une erreur encore plus grave en prétendant que les premiers coups de feu sont partis de cet hôtel au coin des rues Saint-Honoré et de l’Echelle.) » L’Histoire de France pendant la dernière année de la Restauration donnait la version suivante de la mort du jeune Anglais : « Peu de faits démontrent mieux que cet événement à quel point il importe de se tenir en garde contre les versions contemporaines, et combien la vérité historique est difficile à établir. Il n’est aucune relation publiée sur la révolution de juillet qui ne nous ait appris qu’un Anglais fut tué les armes à la main, et après avoir tiré sur les troupes royales le premier coup de fusil de l’insurrection. M. Lacretelle, dans son Histoire de la Restauration, va même jusqu’à faire descendre cet étranger, auquel il donne le nom de Fox, du célèbre orateur anglais, partisan exalté de la Révolution française. Deux de ses amis, armés comme lui, avaient, ajoute-t-on, succombé à ses côtés. Ce n’est qu’après des recherches infinies et en remontant à la source même de l’événement, que je suis parvenu à connaître exactement ce qui s’était passé. Voici le fait, dépouillé de toute l’enveloppe poétique dont on s’est plu à le revêtir. Un jeune étudiant anglais, nommé Folks, et non Fox, se trouvant dans la rue Saint-Honoré au moment où le choc entre les troupes et le peuple paraissait imminent, imagina d’aller demander un asile au maître de l’hôtel Royal, existant alors, dont il était personnellement connu. Il monta, et eut l’imprudence de se mettre à l’une des fenêtres de cet hôtel. Les troupes, harcelées par le peuple, commençaient à tirer, et l’une de leurs premières décharges atteignit le malheureux étudiant qui périt victime de sa curiosité. Ses prétendus amis, qui n’étaient autres que deux garçons de salle de l’hôtel, furent légèrement blessés ; ils ont survécu. Tels sont les faits qui résultent d’une note circonstanciée, rédigée en anglais par M. Lawson, ancien propriétaire de l’hôtel Royal, et qu’il a bien voulu mettre à ma disposition. » Le comte Rodolphe Apponyi dans Vingt-cinq ans à Paris, Journal du comte Rodolphe Apponyi nous apprend que le jeune homme rentrait à peine des bains qu’il avait été prendre à Dieppe avant d’être tué dans la capitale. Le National, 2 août 1830 (sans indication de son nom) ; La Révolution de 1830, ou Histoire des événements qui ont eu lieu dans Paris, les 27, 28, 29 et 30 juillet, par un témoin oculaire, Paris, Philippe, libraire, 1830, p. 65 (sans indication de son nom) ; Mémoires d’outre-tombe, Chateaubriand, Le Livre de poche, Paris, 1973, tome 3, p. 169 ; Histoire de la révolution de 1830, précédée de la fin de l’histoire de la Restauration, Dulaure et Maréchal, 1872, Paris, Degorce-Cadot, p. 392 (sous le nom de Folks) ; La garde royale pendant les événements du 26 juillet au 5 août, par un officier employé à l’état-major, Bermond de Verchères, chez Dentu 1830, p. 10-11 ; Procès des derniers ministres de Charles X, tome Ier, Paris, chez Audot, 1830, Rapport fait à la cour par M. le comte de Bastard, p. 394 ; Vingt-cinq ans à Paris, Journal du comte Rodolphe Apponyi (1826-1830), Paris, Plon, 1913, p. 288 ; Histoire de France pendant la dernière année de la Restauration, par un ancien magistrat (Boulée, Auguste, Aimé), Paris, Desenne, 1839, tome premier, p. 258-259.