Franzenberg de, Louis, François

Biographie


Né le 11 mai 1788 à Vienne (Autriche) de parents français, fils de Franzenberg de, Pierre, André, François (voir ce nom), alors employé mais docteur médecin dans l’acte de naissance de l’enfant, et de Gerolde, Magdeleine. Guide à l’armée de Hanovre le 1er messidor an XI, à l’âge de seize ansbrigadier le 3 thermidor an XII, maréchal des logis le 5 vendémiaire an XIII, fait chevalier de la Légion d’honneur, le 14 mars 1806, pour sa conduite à la bataille d’Austerlitz, passé maréchal des logis au 2e régiment des hussards le 14 mai 1806, sous-lieutenant le 3 mars 1807, lieutenant le 9 août 1809, capitaine aide de camp du général de division Villate le 20 avril 1811, chef d’escadron le 23 octobre 1813 ; il fit les campagnes dans l’armée de Hanovre dans les années XI et XII, en Bavière et en Autriche dans les années XIII et XIV, en Prusse et en Pologne dans les années 1806 et 1807, en Espagne en 1808, 1809, 1810, 1811, 1812 et 1813, à l’armée de Lyon en 1814 ; il participa aux batailles de (pour les noms lisibles) Lubeck, Midellin, Talavera, Orana, aux sièges de Saragosse et de Cadix, aux affaires de Spauden et Salamanque, où il fut blessé, à la bataille de Friedland ; il eut plusieurs chevaux tués sous lui. Ancien aide de camp du maréchal Gerard, il fut mis en demi-solde. Il fut « la plus notable victime de cette glorieuse révolution » selon son père, et tué, le 29 juillet entre 14 et 15 heures devant la deuxième colonne du Théâtre français d’une balle dans la tête. Le 3 août 1830, son père fit la déclaration suivante de son décès devant le commissaire de police du quartier du Palais-Royal : « […] S’est présenté M. François de Franzenberg, Pierre, André, ancien secrétaire des commandements du roi Joseph, demeurant rue de la Feuillade n° 4, assisté des sieurs Branchu, Pierre, André, albâtrier, demeurant rue de la Verrerie n° 9, et Pecquet, Jean-François, peintre en bâtiments, demeurant rue de la Feuillade n° 4. Lesquels nous ont déclaré que M. François de Franzenberg, Louis, officier supérieur de l’ancienne armée, a été tué d’un coup de feu dans l’engagement qui a eu lieu le jeudi 29 juillet dernier entre 2 et 3 heures après-midi dans la rue de Richelieu, au-devant du Théâtre-Français, une balle lui ayant traversé la tête et l’ayant étendu mort sur la place. Que son corps, que les circonstances ne permirent pas de faire inhumer, a été reconnu par les comparants et déposé ensuite avec les autres morts au Louvre. » Son père retraça ainsi sa participation aux combats : « Dans les journées du 27 et du 28, nous ne nous sommes presque pas quittés. Le mardi 28, après avoir désarmé le poste de l’arcade Colbert, nos efforts, sur la place des Victoires, dans les rues Neuve-des-Petits-Champs et Croix-des-Petits-Champs, Mandard et Neuve-Saint-Eustache, ont été consacrés en partie à persuader au général Wall (Walsch ?) [qui avait pris position rue de la Feuillade] et aux officiers et soldats d’épargner le sang de leurs concitoyens. […] Le 29, dès l’aube du jour, M. de Franzerberg sortit pour étudier la situation des esprits et l’état de la ville. Il revint bientôt et, armé d’un fusil à deux coups, il se rendit rue de Richelieu, dans la direction du Théâtre-Français. Il s’y battit jusqu’à épuisement des munitions. Le hasard avait rassemblé autour de lui plusieurs anciens sous-officiers et soldats de ses anciens régiments, devenus artisans ou ouvriers en tout genre dans Paris. Les uns armés et les autres sans armes. Ce groupe fut un centre de réunion auquel vinrent se joindre plusieurs jeunes gens, s’apercevant facilement qu’il y avait là un chef connaissant la guerre. D’ailleurs sa décoration, sa haute stature et ses moustaches l’indiquaient assez. Cependant les munitions épuisées, il fallut venir en reprendre, rue de la Feuillade. De là ils résolurent d’aller à l’hôtel de ville pour obtenir des armes pour ceux qui en manquaient. Après avoir combattu aux Halles sans pouvoir pénétrer plus loin et la plupart s’étant armés des fusils de ceux qui tombaient, ils se déterminèrent de se rendre au Louvre ; le Louvre emporté, ils se dirigèrent de nouveau vers le Théâtre-Français, balayant tout devant eux. Les Suisses et les gardes royaux occupant les maisons des coins des rues de Rohan et de Richelieu firent un cri de suspension de feu. Ce cri, malheureusement écouté n’était qu’un guet-apens pour se ravitailler. Après quinze minutes de suspension, les Suisses recommencèrent traîtreusement leurs feux sur des citoyens trop confiants. Cette trahison fut meurtrière. Mon fils cria à ses braves compagnons Amis ! A moi l’honneur de recommencer, Courage ! Dans dix minutes la victoire est à nous. Dans dix minutes la victoire était à eux mais mon fils n’était plus. Percé d’une balle à la tête, il fut transporté au café du Théâtre-Français où il resta une heure ; ensuite, replacé au pied de la seconde colonne de ce théâtre à partir du côté de la rue Saint-Honoré, où il avait reçu la mort et scellé de son sang le triomphe de la liberté sur la plus affreuse des tyrannies. Il avait dans la journée perdu sept de ses compagnons. Soldat à quatorze ans, décoré avant l’âge de quinze, officier supérieur à vingt et un ans et colonel non reconnu des Bourbons à vingt-deux ans, il avait été successivement aide de camp du prince de Ponte Corvo, Bernadotte, aujourd’hui roi de Suède et du général Gérard, ministre de la Guerre actuel, ensuite officier d’état-major des maréchaux Victor et Maison. En 1814, son colonel ayant été blessé, il commandait depuis quelque temps le 4e de hussards. Il sut, au pont de la Guillotière, devant Lyon, arracher à l’ennemi une capitulation, qui sauva Lyon du pillage et d’une ruine totale. Cette glorieuse action lui avait mérité le grade de colonel, que les Bourbons ne voulurent jamais reconnaître. […] Mon fils est mort colonel, persuadé, disait-il, que le gouvernement provisoire qui existait déjà et celui qui lui succéderait reconnaîtrait des droits si légitimement acquis. » L’article suivant parut dans l’édition du National du 16 août 1830 : « A M. le rédacteur du National,

»Paris, le 14 août 1830,

»Monsieur,

»Permettez-moi de me servir de la voie de votre journal, qui a rendu tant de services pendant notre glorieuse révolution, pour payer un juste tribut d’éloges et de regrets à la mémoire d’un de mes anciens compagnons d’armes.

»M. Fransenberg, chef d’escadron en réforme, a été tué, le 29 juillet, en combattant glorieusement pour la patrie.

Cet officier, dans toute la force de l’âge, l’un des plus instruits de l’armée, doué de tous les talents militaires et de la plus rare bravoure, a pris part aux premiers engagements qui ont eu lieu au Palais-Royal, dès le 27 juillet. Le lendemain, il commandait les mouvements dans la rue de Richelieu et celles adjacentes, et se battait en même temps comme le plus intrépide soldat. Le 29 au matin, il débouchait par la rue de Rohan à la tête d’une de ses colonnes, qu’il dirigeait contre les Tuileries, lorsqu’il fut atteint au front par une balle lancée du château. Il expira quelques minutes après. Son dernier cri, au moment de sa blessure, fut : En avant, camarades ! en avant !

»Son corps fut déposé sur le lugubre bateau qui a emporté tant d’illustres victimes…

»L’armée a perdu un de ses meilleurs officiers ; la France un de ses meilleurs citoyens.

»Duchastel,

»Ancien colonel du 5e régiment de chasseurs à cheval.

»N.-B. M. Duchastel vient d’être nommé colonel du 11e régiment de chasseurs à cheval. »

Borne-Chaussey, Jean-Pierre était porteur de plusieurs certificats qui attestaient qu’il avait combattu sous les ordres de Franzenberg. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Les soussignés, ci-après dénommés, certifient à tous qu’il appartiendra qu’il est de notre connaissance que M. Borne, Jean-Pierre, ex-garde magasin, résidant à Neuilly près Paris, a constamment combattu pour la liberté de sa patrie dans les glorieuses journées des 27, 28 et 29 juillet dernier, aux différentes attaques qui ont eu lieu au Palais-Royal, rues Saint-Honoré, Vivienne, Richelieu, Montmartre, au marché des Innocents, etc., notamment en différents endroits sous les ordres de l’intrépide chef d’escadron Franzenberg, qui a si glorieusement succombé.. En foi de quoi, nous lui avons délivré le présent tant pour rendre hommage à la vérité que pour lui servir et valoir ce que de droit. » (Les signatures ne sont pas reproduites dans ce duplicata). Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, capitaine de la garde nationale, IVe légion, 1er bataillon, 3e compagnie, certifie avoir vu le sieur Borne combattant sur la place des Innocents et qu’il encourageait ses camarades par son intrépidité. Je déclare en outre l’avoir vu, les 28 et 29 juillet, sous les ordres du chef d’escadron Franzenberg. » Signé, le 16 août 1830 : Robin, administrateur du bureau de charité du (ancien) IVe arrondissement, demeurant 19, rue des Prêcheurs. Le troisième, ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie que M. Borne a combattu sous les ordres de M. Franzenberg, chef d’escadron, dans les journées des 28 et 29 juillet dernier. » Signé, Delair, avoué à la cour royale, demeurant 1, rue de Lully. La famille est inscrite pour un secours de trois cents francs en septembre 1830, sur les secours distribués par Le Constitutionnel, un secours de cent francs (sous le nom de De Valsemberg), le 12 août 1830, un secours de deux cents francs, le 15 septembre 1830 (sous le nom de Freissemberg), un secours de soixante-quinze francs le 24 novembre 1830, un secours de cinquante francs le 3 janvier 1831, un secours de douze francs cinquante le 1er avril 1831, un secours de vingt francs le 2 mai 1831 à la mairie du (ancien) IIIe arrondissement. Il laissait une concubine, Bunel, Marie, Louise, Esprit, née le 2 floréal an VIII (mais le 3 floréal an VI in Archives nationales F 9 1157 ; le 2 floréal an VI in Archives nationales F/1dIII/38 A) à Paris. La préfecture de police donna sur elle les renseignements suivants : « La demoiselle Bunuel vivait maritalement depuis sept ans avec le sieur Franzenberg et comme le père de ce jeune homme habite aussi rue de la Feuillade n° 4, il a proposé à cette demoiselle de continuer à vivre près de lui, qu’il la considérait toujours comme sa propre fille. On ne sait quel parti pourra prendre à ce sujet ultérieurement cette demoiselle mais pour le moment et depuis plusieurs mois, elle s’est retirée dans sa famille à Melun (Seine-et-Marne) et rien n’annonce son prochain retour. L’union et la concorde régnaient avec tant de constance entre le défunt et la demoiselle Bunuel qu’on les a crus bien légitimement mariés, et la présence du père du jeune homme ne pouvait qu’entretenir cette erreur ]…]. On conserve une bonne opinion et on ne répète rien que de fort avantageux en ce qui touche la moralité de la demoiselle Bunuel. On la dit dans une position de fortune aisée par sa famille. » Le 27 avril 1831, devant le juge de paix du (ancien) IIIe arrondissement, comparurent : Duvergier, Aimé (voir ce nom), officier supérieur en disponibilité, demeurant 12, rue Croix-des-Petits-Champs ; Maziau, Antoine, lieutenant-colonel, officier de la Légion d’honneur, demeurant 4, rue de Valois ; Corréard, Alexandre, chevalier de la Légion d’honneur, demeurant 33, rue Traversière-Saint-Honoré ; Poque, Beauvais (voir ce nom), colonel, demeurant 25, rue Traversière-Saint-Honoré ; Lajoanie, Jean-Baptiste (voir ce nom), avocat, demeurant 4, rue des Francs-Bourgeois-Saint-Michel. Ils attestèrent que Franzenberg de, Louis, François avait « été tué le 29 juillet 1830 en combattant près le Théâtre-Français pour la cause de la liberté ; que depuis huit ans il cohabitait et vivait maritalement avec madame Marie-Louise, Esprit Bunel, que son intention avait toujours été de légitimer un jour cette union et que tout porte à croire que ce projet se serait réalisé puisque le père du défunt habitait et vivait avec eux comme en famille, depuis près de trois ans ; que même encore M. de Franzenberg père considère madame Bunel comme la veuve de son fils et lui témoigne le même attachement ». La Commission rejeta la demande de pension formulée par la concubine, la cohabitation n’ayant duré que sept années. Elle sollicita à nouveau, le 21 août 1831, devant la Société des réclamants, sise rue Bourg-Labbé (sous le nom de Bunet ou de Bunel). Elle demanda un bureau du timbre ou un emploi dans les ateliers du timbre. Elle expliqua avoir été la concubine pendant huit ans de Franzenberg : « Notre union aurait été sanctionnée selon les lois si l’acte de décès de sa mère, morte en pays étranger fort éloigné, nous était arrivé plus tôt. M. de Franzenberg père, qui lui-même compte parmi les décorés de la médaille de Juillet, y avait donné son consentement lorsque les événements de Juillet sont venus m’enlever mon appui et mes espérances. » Sa demande était appuyée par les membres de la Commission des récompenses nationales Foucher de la Fontaine, Bonnet et Ternaux. Le père de Franzemberg demanda que le nom de son fils fût donné à la rue Dauphine, qui devait perdre le sien. Il demeurait à Nancy en 1817 ; 31, rue Neuve-des-Petits-Champs en 1826 ; 4, rue de la Feuillade en juillet 1830 ; sa concubine à la même adresse en 1831. Le nom de De Franzemberg (F. de Franzemberg) est inscrit sur la colonne de Juillet, place de la Bastille, et sur les tables du Panthéon. Révolution mémorable des journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, Cousin d’Avalon, Paris, Stahl, imprimeur-libraire, quai des Augustins, n° 9, p. 55-56 ; Troisième et dernier état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Archives de Paris VD3 1-2, état des sommes payées par MM. les commissaires ci-après désignés aux combattants et blessés de juillet 1830 du (ancien) IIIe arrondissement (par erreur sous le nom de De Valsemberg), idem Etat des paiements faits par M. Ternaux, commissaire délégué des récompenses nationales pour le (ancien) IIIe arrondissement, aux veuves, ascendants et blessés dudit arrondissement, années 1830-1831 (M. Ternaux n’a pris les paiements que le 13 octobre 1830) ; Archives nationales F/1dIII/33 relevé des informations prises par la préfecture de police sur les personnes désignées ; Archives nationales F/1dIII/38 A, Commission des récompenses nationales, état de cent cinquante demandes formées en vertu des articles 1er, 2e, 3e, 4e et 11e, de la loi du 13 décembre 1830 et reconnues non fondées ; Archives nationales F/1dIII/55 ; Archives nationales F/1dIII/82, état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet, aussi liste des victimes de Juillet 1830, colonne de Juillet ; Archives nationales F/1dIII/82, liste générale des citoyens morts dans les journées de juillet 1830, en combattant pour les libertés publiques et dont les noms sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet ; Archives nationales F/1dIII/82 Commission des réclamations de Juillet, extrait de quelques dossiers pris sur le travail général de la Commission des réclamations in dossier Borne, Jean-Pierre ; Archives nationales F/9/1157, dommages de Juillet, objets généraux (1830-1834), état des renseignements demandés à M. le préfet de police sur les dénommées ci-après ; Bulletin des lois, IXe série, tome 21, n° 746, Paris, imprimerie royale, février 1841, p. 82 (sous le nom de De Franzemberg, François), liste générale des citoyens morts ou blessés mortellement dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, en combattant pour la défense des lois et des libertés publiques, les noms de ces citoyens sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet (et aussi Archives de Paris D1K1 138, qui contient les mêmes informations puisqu’il s’agit de ce même numéro du Bulletin des lois) ; Colonne de Juillet, liste officielle et par ordre alphabétique des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de juillet 1830, Paris, chez Vve Demoraine et Boucquin, 1841 ; Archives de la préfecture de police AA 373 in dossier Borne-Chaussey, Jean-Pierre ; Archives de la préfecture de police AA 375 in dossier Bunel, Esprit, Marie-Louise Mademoiselle ; base leonore de la Légion d’honneur, dossiers LH/2784/163 et LH/1030/26.

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