Fremeau, Prosper, Séraphin dit Désiré
Biographie
Né vers 1813 à Romorantin (Loir-et-Cher), de Fremeau, Aimable, Désiré, horloger, et de Mallard, Lise, Madeleine, son épouse. Apprenti horloger chez Chavigny rue des Carrières aux Batignolles. Il combattit du 27 au 29 juillet à Paris puis, le 31, fit partie du détachement envoyé à Saint-Cloud. Vers midi, en face du pont de Sèvres, il reçut deux coups de feu dans la charge que firent les lanciers ; il était laissé pour mort quand un lancier s’aperçut qu’il respirait encore et le transperça d’un coup de lance. Recueilli un peu plus tard par le propriétaire de l’hôtel du Nord, il fut ensuite transporté à l’hospice de Saint-Cloud, où il devait mourir vers 20 heures. Le 24 août 1830, le docteur Assegond délivra le certificat médical suivant : « Je, soussigné, docteur de la faculté de médecine de Paris, résident à Sèvres, département de Seine-et-Oise, atteste que le 31 juillet 1830 j’ai été appelé à donner mes soins au nommé Désiré Fremau, ouvrier horloger disant travailler chez M. Chavigny, horloger rue des Carrières aux Batignolles. Ce jeune homme venait de recevoir deux coups de feu dans la région lombaire et un coup de lance sous l’hypocondre gauche dans la charge faite par les lanciers le samedi 31 juillet à Sèvres. Transporté chez M. Damiron, propriétaire de l’hôtel du Nord à Sèvres, où une ambulance provisoire fut établie pour donner les premiers soins aux blessés, j’examinais les blessures de ce jeune homme. Deux balles furent extraites dans la région lombaire, elles lui avaient fracturé communitivement les vertèbres de cette région. La plaie opérée par le coup de lance paraissait très profonde et avoir déterminé une hémorragie interne. Après les premiers secours donnés, ce malade fut transporté à l’hôpital de Saint-Cloud, où il est mort le même jour. » La chronique de l’époque rapportait les faits suivants sur sa participation aux combats : « Un jeune homme, nommé Désiré Fréman, âgé de 17 ans, apprenti horloger aux Batignolles, parti de Paris le 31 juillet avec le détachement qui s’est porté à Saint-Cloud, a été victime de son dévouement à la cause de la liberté, dans la charge qui s’est effectuée vis-à-vis le pont de Sèvres ; il reçut deux coup de feu ; un lancier, voyant qu’il respirait encore, lui porta un coup de lance ; recueilli par le propriétaire de l’hôtel du Nord, et ensuite transporté à l’hospice de Saint-Cloud, il y est mort le même jour, à huit heures du soir. Ce jeune homme, la seule victime qu’on ait à déplorer à l’attaque de Sèvres, laisse une mère veuve sans fortune, dont il était l’unique soutien. » Le dossier des droits que son décès entraînait fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) Xe arrondissement. Le 12 mars 1831, devant le juge de paix du canton de Sèvres, comparurent : Assegond, Albert, docteur en médecine, demeurant 72, rue Royale à Sèvres ; Bacque, Pierre, marchand épicier, demeurant 9, place Royale à Sèvres ; Raffard, François, demeurant 11, place Royale à Sèvres ; Racine, Louis, Auguste, Just, ancien notaire, demeurant place Royale à Sèvres. Ils affirmèrent « pour vérité et notoriété que le 31 juillet dernier sur les 11 heures du matin, ils ont vu un détachement de lanciers de l’ex-garde faire une charge sur une masse d’hommes qui venait de Paris et qui était à la tête du pont de Sèvres, qu’elle défendait ; que dans ce moment ils ont vu aussi une jeune homme tomber sous un coup de feu et qu’ils ont appris depuis se nommer Désiré Frémot (sic) ; qu’ils ont également vu apporter ce jeune homme par ses camarades chez M. Damiron, propriétaire de l’hôtel du Nord à Sèvres, pour y être pansé ; qu’en effet M. Assegond, l’un des comparants, l’a aussitôt pansé et lui a extrait trois balles que ce jeune homme avait reçues dans les reins ; qu’ils savent aussi que ce même jeune homme, Désiré Fremot, fut transporté aussitôt l’extraction de ses balles à l’hospice de Saint-Cloud, où il décéda environ une demi-heure après son arrivée. M. Assegand ajoute que le lendemain du décès dudit Fremot il en fit l’ouverture, remarqua que toutes les vertèbres des reins étaient fracturées et qu’une plaie pénétrante qui paraissait provenir d’un coup de lance, existait au flanc gauche ». Il laissait une mère, Mallard, Lise, Madeleine, enfant trouvée dans le berceau public de la ville le 13 juin 1785 (mais le 12 juin 1785 in Archives nationales F/1dIII/36 et in Archives nationales F/1dIII/38 B, Commission des récompenses nationales, état des ascendants des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet) à Châteauroux (Indre), à qui « pour distinguer ledit enfant on lui a donné pour surnom la Sécheresse », adoptée, le 27 frimaire an VI à Romorantin, par Mallard, Joseph, propriétaire à Châteauroux. Elle s’était mariée à Fremeau, Louis, Amable, Désiré, le 24 octobre 1810 à Châteauroux ; sur l’acte de mariage, Fremeau, Louis, Amable, Désiré est indiqué comme demeurant à Romorantin, fils de Fremeau, Pierre, Louis et de feue Loizeau, Marie, Catherine ; Mallard, Madeleine, Lise est indiquée comme la fille adoptive de Mallard, Joseph, propriétaire. Mallard, Madeleine, Louise (sic dans l’acte de décès), devint veuve le 9 avril 1814, à Romorantin. Elle fournit un certificat médical pour attester qu’elle était affectée « de strabisme et faiblesse de vue qui lui interdit toute application de vue et lui ôte tous moyens d’existence ». Un autre certificat, signé du maire de Romorantin, en date du 7 août 1830, attestait qu’elle était « chargée de deux enfants en bas âge et plongée dans la plus profonde misère ». Elle fut pensionnée de deux cents francs (sous le nom de Frémeaut sur les listes du Bulletin des lois et sur celles du Moniteur universel) et reçut de la part de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes ; elle était le soutien de sa mère et de deux enfants en bas âge. En 1831, elle donna procuration à Hardy, Ferdindand, négociant, demeurant 6, rue des Déchargeurs, pour toucher en son nom toute somme lui revenant de la part de la Commission des récompenses nationales ou de la Commission de la souscription nationale. Elle demeurait à Romorantin en 1831. Le nom de Frémeau (D. Frémeau) est inscrit sur la colonne de Juillet, place de la Bastille, et sur les tables du Panthéon. Le Constitutionnel, 7 août 1830 (sous le nom de Fréman, Désiré) ; Histoire de la révolution des quatre-vingt-seize heures, de ses causes et de ses effets, Auguste Imbert, 2e édition, Paris, Guyonnet éditeur, 1830, p. 188 ; La Liberté reconquise ou histoire complète et détaillée de la révolution de Paris en juillet 1830, J.-B. Ambs, troisième édition revue et corrigée, Paris, Terry jeune, libraire, Palais-Royal, galerie de Valois, n° 185, 1830, p. 238 (sous le nom de Fréman, Désiré) ; Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, p. 339 (sous le nom de Désiré Fréman) ; Liste n° 6, des ascendants de victimes de Juillet pensionnés, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Ascendants de citoyens qui ont succombé pendant ou à la suite des trois journées et qui ont obtenu une pension, Le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusqu’au 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 101 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des ascendants auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes du Xe arrondissement lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 109 ; Archives de Paris VD6 559 n° 1, mairie du (ancien) Xe arrondissement, Etat nominatif des ascendants dont les bulletins individuels ont été remis le 30 décembre 1831 au bureau de la souscription nationale à la préfecture de la Seine, une feuille volante avec la liste des ascendants du Xe arrondissement, idem dossiers individuels, idem Etat des sommes payées aux blessés, veuves, ascendants et orphelins de juillet 1830, du 1er juin au 30 août 1831, idem Citoyens dont les noms ne sont point inscrits au Panthéon et dont l’acte de notoriété constate la mort dans les combats ; Archives nationales F/1dIII/33 Commission des récompenses nationales, deuxième état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet avec indication du champ de bataille où ils ont été frappés (201 citoyens) (ancien Xe arrondissement) ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux ascendants pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement, comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 ; Archives nationales F/1dIII/38 B, Commission des récompenses nationales, Ascendants des citoyens tués dans les journées de Juillet (5 états pour un total de 325 ascendants) ; Archives nationales F/1dIII/55 ; Archives nationales F/1dIII/78 couverture du dossier d’Uscant, Pierre, François (où un dossier est ouvert pour la mère à la mairie du (ancien) Ier arrondissement) ; Archives nationales F/1dIII/82, état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet, aussi liste des victimes de Juillet 1830, colonne de Juillet et aussi liste générale des citoyens morts dans les journées de juillet 1830, en combattant pour les libertés publiques et dont les noms sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet (sous le nom de Frémeau, Désiré) et aussi Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) Xe arrondissement, ascendants ; Bulletin des lois, IXe série, tome 21, n° 746, Paris, imprimerie royale, février 1841, p. 82 (sous le nom de Fremeau, Désiré), liste générale des citoyens morts ou blessés mortellement dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, en combattant pour la défense des lois et des libertés publiques, les noms de ces citoyens sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet (et aussi Archives de Paris D1K1 138, qui contient les mêmes informations puisqu’il s’agit de ce même numéro du Bulletin des lois) ; Colonne de Juillet, liste officielle et par ordre alphabétique des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de juillet 1830, Paris, chez Vve Demoraine et Boucquin, 1841.