Fusier, Joseph
Biographie
Il fut l’objet de plusieurs demandes de récompenses présentées, au moins trois fois, dont les 24 août 1830 et 8 septembre 1830 de la part de Busson, chasseur à la 1re compagnie du 2e bataillon de la Ire légion de la garde nationale, demeurant 10, rue Richepanse. La plus détaillée des demandes était ainsi rédigée : « […] Pendant la journée du 27, le sieur Fusier, dont l’âme était empreinte de la douleur publique, ne put goûter aucun repos. Les coups de feu qu’il entendit se répéter dans la soirée le mirent hors de lui-même et lui firent passer une nuit horrible. Dans la matinée du 28, les détonations d’armes se multipliant toujours, il n’écouta que la voix de la patrie ; il abandonna ses occupations, courut chez son épouse, enceinte de six mois ; elle était entourée de quatre enfants en bas âge et d’une sœur ; il leur fait ses adieux et se précipite à la porte pour voler au combat et grossir les rangs des braves Parisiens. Mais sa pauvre femme et sa sœur, épouvantées d’une telle détermination, lui font de sages observations sur son projet, dont l’exécution va peut-être causer la perte de toute sa famille, dont il est le seul soutien. Sourd à leurs remontrance, Fusier, n’écoutant que son courage, s’élance de nouveau pour partir, mais ces deux malheureuses femmes, abandonnant les quatre enfants qui les entouraient, s’attachent à ses pas et le suivent, en se cramponnant à ses habits jusqu’au boulevard Montmartre, où ce trio de désolation et de dévouement arrive à 3 heures du soir. Quel spectacle affreux pour ceux-là mêmes qui combattaient les ennemis du peuple, de voir au milieu des balles et des boulets deux pauvres femmes qui, par leur tendresse pour l’homme qu’elles voulaient ramener chez elle, s’offrent à une mort presque certaine. On leur criait de toute part Mais allez-vous-en chez vous, vous allez être tuées par les brigands qui tirent sur le peuple. Cependant elles sont sourdes à ces cris bienveillants et elles s’efforcent, par leurs larmes et leurs prières, de ramener Fusier à la maison. Celui-ci, indigné de ne pouvoir librement se joindre aux généreux défenseurs de la cause nationale, leur répond de le laisser, en leur disant que s’il les écoutait on le prendrait pour un lâche qui fuit. C’est pendant cet entretien de tendres supplications et de refus héroïque qu’ils reviennent près de la rue Favart. Là, un spectacle hideux s’offre aux yeux des pauvres femmes, qui, seules de leur sexe, se trouvaient parmi cette lutte de citoyens contre citoyens. Un lancier venait d’étendre à ses pieds un pauvre enfant sans défense. Alors le peuple, indigné d’une telle cruauté, s’élance sur le coupable soldat et le met en lambeaux. Fusier, au comble de la fureur de ne pouvoir participer à une si juste vengeance, se répand en propos menaçant contre son épouse et sa sœur mais enfin elles parviennent à le décider à retourner chez lui. Il ne les a pas plutôt reconduites qu’il s’échappe, vole au poste le plus périlleux, celui de l’Hôtel de ville, où depuis 5 heures du soir jusqu’à 9 heures du matin du 29 il partage les glorieux efforts des nobles Parisiens. Toujours ardent à aller en avant, Fusier, escorté de plusieurs combattants, accompagne un des jeunes braves élèves de l’Ecole polytechnique jusqu’au dépôt d’artillerie de Saint-Thomas-d’Aquin (voir sans doute Baduel). A peine y sont-ils arrivés que leur jeune guide cherche à escalader un des murs de l’établissement pour en ouvrir les portes, mais deux décharges que font sur eux les Suisses qui en font la garde, sans les atteindre ni l’un ni l’autre, suspendent un moment leur marche. Pendant ce court espace de temps, le dépôt est envahi d’un autre côté par une troupe de braves dont les héroïques efforts sont couronnés par la victoire. Alors Fusier, sans prendre haleine, se joint à quelques autres bons citoyens qui se rendent au palais de l’archevêché, dont ils s’emparent après une vive résistance. Il était alors 3 heures et demie et Fusier voyant que la cause de la liberté et de la patrie triomphait, revient chez lui pour consoler sa famille, désolée et qui déjà le pleurait comme une des malheureuses victimes de la tyrannie. Ce brave homme, quoique épuisé de besoins et de fatigue, couvert de sueur, de poudre et de poussière, depuis la tête aux pieds, conservait pourtant un air riant en rentrant chez lui. Il dit modestement à sa femme et à sa sœur, aussi étonnées que satisfaites de le revoir : Je me suis battu de tout mon cœur et nous sommes vainqueurs grâce aux jeunes héros de l’Ecole polytechnique. Le courageux Joseph Fusier demeure passage Navarin n° 1, il est une des victimes de l’ex-ministre des Travaux forcés (sic), le baron Tartuffe Capelle, l’inventeur des tourniquets électoraux, qui le fit renvoyer des bureaux du ministère de l’Intérieur, où il occupait une modique place de garçon de bureau parce qu’il ne pensait pas bien. Cette abnégation de soi-même et de sa nombreuse famille pour voler à la défense des droits de la nation est un dévouement sublime ! Il faut espérer que messieurs les membres composant la commission chargée de récompenser les belles actions des mémorables journées de juillet 1830 n’oubliera pas celle du courageux Fusier. Ces faits, certifiés par quatre témoins oculaires et dignes de foi sont consignés dans une note qui a été remise le 24 août 1830 sous les yeux du ministre de l’Intérieur, auquel Fusier demande l’emploi qu’il a perdu si brutalement. L’un des certificateurs de cette note et qui en donne expédition à la commission en a remis lui-même un double au roi, le 27 août, jour de la revue de la garde nationale. » La demande était présentée par : Busson, chasseur à la 1re compagnie du 2e bataillon de la Ire légion de la garde nationale, demeurant 10, rue Richepanse ; Farge, sergent à la 3e compagnie du 2e bataillon de la 4e légion de la garde nationale, demeurant 21, rue de la Cossonnerie ; Louap, capitaine de la garde municipale ; Coste, A. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) Ier arrondissement. Il demeurait 1, passage Navarin près de la rue Saint-Lazare en 1830. Archives de Paris VK3 44.