Gabriel Mlle, Marie, Françoise
Biographie
Née le 4 frimaire an VIII à Paris. Ouvrière (ou boutonnière in Archives nationales F/1dIII/36). Elle reçut, après la révolution, un total de quinze francs de secours auprès de la mairie du (ancien) VIIe arrondissement, pour avoir soigné des blessés. Elle adressa la lettre suivante à Commission des récompenses nationales, qui relatait sa propre participation et celle d’Antoine mademoiselle, Aimée, Françoise aux combats de Juillet : « Rapport à MM. les membres de la Commission des secours et récompenses nationales fait par Mlles Antoine, Aimée, Françoise, et Gabriel, Marie, Françoise.
»Messieurs,
»27 juillet. Dès le matin, j’ai sorti de chez moi avec le nommé Couder, Jacques, Séraphin, et nous nous sommes acheminés avec MM. Gabriel, François et Renaud, Alphonse rue Saint-Honoré par la barrière des Sergents, où nous avons vu les gendarmes sabrer tous ceux qu’ils pouvaient atteindre. De là, nous sommes allés rue Montesquieu. Au même instant, deux tombereaux passèrent. L’un était chargé de tuiles, l’autre de moellons. Nous nous en emparâmes de vive force et nous employâmes ces projectiles en les lançant sur les gendarmes. Après une demi-heure de combat, nous fûmes obligés, étant sans armes, de battre en retraite dans les rues adjacentes. Vers les 2 heures de l’après-midi, la fusillade se fit entendre et aussitôt nous nous transportâmes rue de Richelieu chez l’armurier Lepage pour avoir des armes. Je me suis emparé d’un pistolet à piston, qui me fut enlevé par des bourgeois. Après l’avoir défendu, je dus céder à la force. Etant désarmée, je vins rue de Grenelle-Saint-Honoré, où je vis un jeune homme grièvement blessé au ventre. Aussitôt je mis mon tablier et mon mouchoir en morceaux pour panser sa large blessure et quelques moments après il demanda à être conduit chez sa mère. Je m’en fus de là à la halle, où je vis un jeune homme que les gendarmes avaient tué et néanmoins on leur fit crier Vive la charte ! La nuit étant survenue, je me rendis chez Mme Lefevre. 28 juillet. La nuit du mardi au mercredi, nous nous sommes occupés, six personnes, à faire de la charpie. A 3 heures du matin, ayant ce qu’il me fallait pour panser les blessés, je me suis en allée pour courir au secours des malheureux et je vis, en sortant, sous les piliers de la halle, deux corps morts qui obstruaient le passage. Je les plaçai convenablement pour que leurs restes mortels ne fussent pas foulés aux pieds. Je fus jusqu’à la mairie du (ancien) IVe arrondissement, dans l’intention de rencontrer quelqu’un de ma connaissance et, n’ayant vu personne, je revins chez Mme Lefevre, qui me demanda des nouvelles de son mari, mais je ne l’avais pas vu. Après avoir quitté cette dame, ainsi que Mme Couders, je fus rue Saint-Honoré, où je rencontrai la sœur de Françoise Gabriel, ma compagne avec qui j’étais la veille et nous fûmes sur le boulevard Poissonnière, où nous avons vu qu’on se préparait à faire des barricades. Ma compagne et moi sommes entrées dans le premier bâtiment à droite qui était échafaudé. De là, en cherchant, nous avons trouvé les ustensiles nécessaires pour dépaver et scier les arbres, et les trois premiers qui sont tombés ont été sciés par ma compagne et par moi. Dans ce moment, passa un équipage d’un homme dedans, demeurant sur le boulevard Poissonnière, n° 13 ou 15, que nous avons fait descendre. Et après nous être assurées que ce n’était pas un ministre qui se sauvait, nous l’avons laissé aller mais à pied ; et après avoir démonté les roues de sa voiture, elle fut renversée pour servir de barricade. Quoique harassées de fatigue, nous avons monté des pavés dans le bâtiment dont j’ai parlé plus haut mais ce bâtiment étant ouvert de tous les côtés nous avions à craindre d’être assaillies par l’ennemi et, en effet, nous aperçûmes les Suisses qui arrivaient et qui, après avoir reconnu les barricades marchèrent sur la porte Saint-Martin. Nous fûmes ensuite rue Montmartre où le 5e de ligne et les Suisses tiraient sur nous et nous pansâmes plusieurs blessés. Nous vîmes aussi le sieur Podevin, marchand d’huîtres rue Montmartre, qui, en traversant la rue Joquelet, fut atteint d’une balle qui lui traversa la tête (pas de trace ailleurs). Nous fûmes rue Notre-Dame-des-Victoires, où nous travaillâmes aux barricades. La nuit arrivée, je rentrai chez moi pour changer de linge et de vêtements, qui étaient en lambeaux et couverts de sang et ensuite je fus passer la nuit chez Mme Lefevre, pour faire de la charpie et à laquelle on travaillait avec autant de zèle que d’empressement pour le soulagement des héros de la liberté. Je portais à la halle aux draps toute la charpie faite (puisqu’elle servait d’ambulance) et je pansai les blessés. Jamais je n’ai travaillé avec autant de courage et de plaisir sous le rapport du soulagement que j’apportais à ces braves, victimes de leur dévouement à la chose commune.
»29 juillet. A 9 heures du matin, j’ai descendu de chez moi pour aller retrouver ma compagne rue Saint-Denis et nous fûmes rue des Prouvaires pour chercher son frère qui nous avait quitté depuis trois jours. Arrivé au Pont-Neuf, nous vîmes quantité de victimes étendues sur le sol. Ah ! mon frère, s’écria-t-elle, si tu as succombé, je ne te survivrai pas ! A cette idée, notre courage s’enflamma davantage et nous marchâmes vers la Grève, où nous vîmes encore nombre de braves morts et blessés, que chacun s’empressait à enlever. Pouvions-nous ne pas suivre un si noble exemple et nous en transportâmes plusieurs sur le pont d’Arcole. Passant le long des quais, nous apprîmes que le feu qu’on entendait était celui que faisaient les Suisses retranchés dans le Louvre. Nous y fûmes, sans nous arrêter et ma compagne rencontra son frère et Alphonse Renaud et, après nous être réciproquement embrassés, nous convînmes de ne plus nous quitter. Munies de charpies et de linge, nous pansâmes plusieurs blessés et nous mîmes des morts dans la voiture au pain fait à la mécanique. A 5 heures du soir, nous fûmes aux Tuileries, où nous vîmes des hommes exaltés qui cassaient et brisaient tout mais avec des bonnes paroles. Nous les ramenâmes à des sentiments plus tranquilles. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) IVe arrondissement. Elle reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Sa médaille lui fut délivrée le 6 juillet 1831. Ne sachant signer, elle fit simplement une croix, en présence de deux témoins qui attestèrent bien la connaître : Louis Renaut, scieur de pierres, demeurant 8, rue au Lard, et François Fournal, cordier, demeurant 28, rue de la Cossonnerie. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, elle reçut, auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Elle demeurait 7, place de l’Hôtel-de-Ville en 1830-1831 ; 30, rue des Piliers-d’Etain en 1831. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris Vbis1K4 2, Département de la Seine, IVe arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet, 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés du (ancien) IVe arrondissement ; Archives de Paris VD6 277 in dossier Antoine mademoiselle, Aimée, Françoise ; Archives nationales F/1dIII/35 A, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux combattants blessés ou non blessés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) VIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/82, un état imprimé comprenant les noms et les secours ou pensions distribués aux veuves, orphelins, ascendants ou blessés du seul (ancien) VIIe arrondissement, p. 6-7 état des blessés non classés et de la 1re classe (sous le nom de Gabriel, Jean-François).