Gachet, Etienne, Jean-Marie
Biographie
Né le 2 frimaire an IX à Chartres (Eure-et-Loir). Ancienne trompette au 2e régiment de hussards, devenu domestique ou cocher. Le 18 septembre 1830, il faisait l’exposé suivant de sa conduite pendant les journées de Juillet : « […] Le 27 et 28, à la défense de la Bourse, avec M. le baron de Belfort, officier à la garde municipale. Même jour, rallié les braves citoyens au son de ma trompette pour défendre la cause de la liberté aux noms des braves Lafayette et Gerard, dont j’ai failli plusieurs fois perdre la vie. Escorté M. Casimir Perier à la séance des députés, chez M. Audry de Puyraveau, rue du Faubourg-Poissonnière, n° 40, dont il me confia à moi seul la garde de la salle de délibérations. Parti à la tête de plusieurs braves, rue Saint-Honoré au coin de la rue de Rohan, où j’ai sonné la charge tout le temps que dura le combat (et aussi rue Saint-Nicaise, rue de Richelieu, N.D.A.). Tué un sergent suisse et fait prisonnier un soldat de la garde, que je remis entre les mains de mes compagnons d’armes pour monter à l’assaut de la maison du chapelier (voir Moizard), dont nous chassâmes de leur position les troupes qui faisaient feu sur nous. Le 29, sonné la charge sur le château des Tuileries, où j’entrai avec les braves jeunes gens de Paris. Empêché le pillage et la dévastation au pavillon du gouvernement. Donné des secours aux malheureux blessés avec M. le docteur Marchand, médecin du château. Parti le 31 juillet, à la tête de quarante hommes au château de Saint-Cloud, où je fus de suite nommé par monsieur le gouverneur pour rétablir l’ordre, avec le commandement du poste de la grille d’entrée. Arrêté un officier aux gardes du corps et remis son épée au gouverneur. Relevé de mon poste au bout de trois jours par la garde nationale et parti à Rambouillet sous les ordres du général Pajol, dont je fus l’ordonnance. Désarmé un brigadier des cuirassiers de la garde près Saint-Cyr, protégé la demeure et la personne du général Pajol au camp du Perret. Rentré à Paris par ordre supérieur du brave général Lafayette. » Ayant perdu sa place de domestique, il sollicita un emploi attaché au ministère de la Guerre ou un grade de sous-lieutenant dans un régiment ou de sous-officier dans la garde municipale. Il joignait à sa demande plusieurs certificats. Le premier, signé le 4 septembre 1830, du docteur Marchand, chevalier de la Légion d’honneur, médecin du château des Tuileries, ainsi rédigé : « Certifie que M. Etienne Gachet, ex-trompette au 2e régiment d’hussard, est entré, le 29 juillet dernier, aux Tuileries, trompette sonnant, avec les jeunes gens de Paris, qu’il s’est empressé de maintenir le bon ordre dans le pavillon du gouvernement et que c’est à lui qu’on doit la conservation des appartements supérieurs qui n’ont pas été saccagés ; qu’en pansant les blessés, il s’est joint à moi pour prodiguer à ces malheureux tous les secours possibles. » Ce certificat était apostillé par Bernard, Victor, gouverneur du château. Lefrançois (voir ce nom), élève de l’Ecole polytechnique, attesta que Gachet était avec lui à Saint-Cloud du samedi 31 juillet au 3 août et qu’il s’y était conduit « en brave citoyen ». Un certificat signé de Barroud ou Barrois illisible, Jules, officier d’ordonnance, était ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie qu’Etienne Gachet arriva au château de Saint-Cloud le 31 juillet, au moment de son évacuation et à la tête de quarante hommes qu’il avait amenés. Il fut de suite employé pour rétablir la tranquillité. Son zèle fut infatigable. Le respect, l’obéissance que tous ses gens lui témoignaient disaient assez que c’était un brave qui avait fait ses preuves dans les belles journées des 27, 28 et 29. Il ne quitta le château que pour se diriger sur Rambouillet pour y cueillir de nouveaux lauriers. » Le baron de Belfort, aide-de-camp à Saint-Cloud, signa le certificat suivant : « Je certifie que le nommé Etienne Gachet était avec moi à Saint-Cloud les premiers jours d’août. Je puis attester que ce militaire a montré une rare activité. Il était de plus au poste de la Bourse, qu’il m’a aidé à conserver jusqu’au dernier moment. » Ce dernier certificat était apostillé par Fourchault, demeurant 4, rue Montmartre et Martha (voir ce nom), élève de l’Ecole polytechnique. Moizard (voir ce nom), chapelier, demeurant 255, rue Saint-Honoré, certifia « avoir entendu et vu sonner la charge dans la journée du 29 juillet par le trompette Gachet et qu’il m’a paru que ce citoyen s’était conduit avec la plus grande bravoure ». Le général Pajol certifia que Gachet lui avait servi d’ordonnance. Devilleneuve (voir Devilleneuve, Jean, Quérémont), gouverneur provisoire du château de Saint-Cloud certifia que Gachet s’était « trouvé sous mes ordres au château de Saint-Cloud et qu’il s’y est conduit avec honneur et d’une manière à mériter le suffrage de ma considération ». Ses pièces lui furent rendues, avec l’indication (curieuse) qu’il n’y avait aucune place vacante (de nombreuses pièces sont pourtant encore dans son dossier !). Il s’en plaignait ainsi, en novembre 1830, auprès d’un maréchal (sans doute Gérard ?) : « Après avoir sacrifié cent fois ma vie dans les journées de Juillet pour le bien de ma patrie pour vous et pour la liberté, aujourd’hui ayant perdu ma place et étant réduit à la plus profonde misère, j’avais sollicité une modique place d’agent secondaire dans votre ministère, elle me fut refusée net et sans espoir. Où est le jour, monsieur le maréchal où vous me serrâtes la main, en me disant Trompette fais ton devoir et la patrie te récompensera. Que la distance est loin entre un trompette et un maréchal de France mais que le hasard fut grand dans ce moment où je ne vis en vous qu’un homme me traitant en égal. » Le 25 novembre 1830, il adressait la lettre suivante au général Lafayette : « J’ai l’honneur de vous prier de vouloir bien avoir la bonté de me donner une attestation de votre main, constatant les proclamations que je fis en votre nom et par vos ordres les 28, 29 et 30 juillet, au son de ma trompette, pour faire prendre les armes à tous les braves citoyens en état de défendre la patrie. J’ai fait mon devoir, général, vous en fûtes témoin et je n’ai quitté le poste de l’honneur que quand tout était pacifié. Je suis le trompette qui vous fut présenté à l’Hôtel de ville le 29 juillet par votre aide de camp (il ne l’avait donc pas vu avant ? N.D.A.). Ayant besoin d’un certificat de votre honorable personne, j’ose espérer, mon général, que vous voudrez bien me rendre ce témoignage de justice. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il demeurait 26, rue Richer en 1830-1831 (mais hôtel de la Paix, 62, rue du Faubourg-Montmartre en 1830 in Archives nationales MI 217 23). Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 172 n° 6 ; Archives nationales F/1dIII/33 dossier indemnités et récompenses, envoi du 7 septembre 1830 du ministre de l’Intérieur à la Commission des récompenses nationales (sous le nom de Gachet, Etienne) ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales MI 217 23.