Gagnat, Jean-Baptiste, Adrien
Biographie
Né vers 1789 à Tournans (Seine-et-Oise). Chapelier. Il lutta trois heures durant contre les Suisses puis fut tué par un garde royal, le 28 juillet vers 11 heures, d’une balle reçue en pleine tête, soit rue de la Reynerie, soit rue Troussevache au coin de la rue Saint-Denis, soit au marché des Innocents. Son frère, Gagnat, Marie, Etienne (voir ce nom), était à ses côtés. Son corps fut transporté à la morgue. Le dossier des droits que son décès entraînait fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) VIIe arrondissement. Le certificat suivant, en date du 11 août 1830, établissait les circonstances de son décès : « Nous, soussignés, certifions et attestons connaître parfaitement le nommé Jean-Baptiste Gagnat, ouvrier chapelier, natif de Tournant (Seine-et-Marne), demeurant à Paris, rue de la Colombe n° 8, en la Cité. Nous attestons en outre que le 28 juillet, l’une des journées à jamais mémorables dans l’Histoire, il a été tué d’un coup de balle à la tête, nous étant présents, rue Troussevache ; qu’il a laissé Catherine Ferrand, son épouse légitime, sans état […] ». Signé : Faucon, Magloire, demeurant 143, rue Saint-Victor ; Liénard, demeurant 16, rue de Mitrière... illisible ; Nicolas, demeurant 1, rue des Blancs-Manteaux. Le 2 mars 1831, devant le juge de paix du (ancien) VIIe arrondissement, comparurent : Blondet, Louis (voir Blondé, Louis), marchand de vin, demeurant 6, rue Saint-Martin ; Paris, Hippolyte, brossier, demeurant 7, rue Bailly cour Saint-Martin ; Martin, Claude, portier, demeurant 10, rue Saint-Martin ; témoins produits par Gagnat, Marie, Etienne (voir ce nom), dans l’intérêt de sa nièce Gagnat, Adèle. Ils attestèrent avoir parfaitement connu Gagnat, Jean-Baptiste et « savoir que le mercredi 28 juillet dernier il avait pris les armes pour la défense des lois et se battait contre l’ex-garde royale rue Troussevache, au coin de la rue Saint-Denis et que sur les 11 heures du matin il a reçu une balle à la tête et est tombé raide mort ». Il laissait une concubine, Ferrant, Catherine, née le 4 février 1785 à Marville (Meuse), avec laquelle il vivait depuis cinq ans, qui reçut un secours de cent francs (sous le nom de veuve Gugniat sur les listes du Constitutionnel), puis sur laquelle les renseignements de police furent les plus défavorables : « La femme Ferrant a déménagé nuitamment de la rue de la Colombe, numéro 8, laissant trois termes de loyer arriéré, aussi ne peut-on dire ce qu’elle est devenue car elle n’a point laissé sa nouvelle demeure après une gentillesse semblable. On ne répète rien non plus de favorable à sa moralité. Cette femme, malgré son âge, a été vue depuis le décès de Gagnat en rapports avec plusieurs forts de la halle. On voulait en douter mais on a acquis la certitude que l’inconduite existait et c’est probablement parce qu’elle savait qu’on la croyait honnête qu’elle a fui, entendant ainsi se mettre désormais à l’abri d’une attention qui lui était importune et se venger aussi en emportant son mobilier sans rien payer. On ne la nomme plus, rue de la Colombe, sans ajouter à son nom l’outrageante épithète de canaille et un autre gros mot que je crois devoir me dispenser de répéter, on le devinera bien. » Elle fut pourtant retrouvée. Sa demande de pension fut rejetée, la cohabitation n’ayant duré de toute façon que cinq années. Ferrant, Catherine déposa, le 12 août 1831, un dossier devant la Commission des Réclamants ([ancien] IXe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac ; elle était précisée sur sa fiche comme « journalière, infirme et sans travail, malheureuse ». Gagnat, Jean-Baptiste, Adrien avait eu, avec une autre femme, une fille naturelle, Adèle, Eléonore, née le 12 mai 1818 à Paris, qui fut pensionnée (sous le nom de Gagna dans les listes du Bulletin des lois et in Tableau général et alphabétique des pensions). Le conseil de famille de l’orpheline était composé de la mère, Quiry, Suzanne, marchante de fruits et légumes dans les rues, demeurant 10, rue Beaubourg en 1830, et de Canuel, Jean-Baptiste, Victor, marchand de vins, subrogé-tuteur, demeurant 50, bd du Temple en 1831. Gagnat, Marie, Etienne, marchand de vins, fut nommé son tuteur (par exemple in Archives nationales F/15/2553) ; il devait empêcher par ailleurs Ferrand de toucher des secours. Adèle, Eléonore, placée dans l’établissement public de Mme Huré, 11, rue de Crussol, toucha trois cents francs pour ses frais de trousseau en 1832. On la destinait à l’état de blanchisseuse en fin. En 1833, la famille d’Adèle, Eléonore et celle de Gambaré (autre orpheline de Juillet) se plaignirent à la fois de la nourriture et « du peu de soins dont leurs enfants sont l’objet ; elles insistent particulièrement sur l’article si essentiel de la propreté, qui paraît très négligé dans cet établissement », selon un rapport du ministère de l’Intérieur. L’enfant était jugée « intelligente » et douée d’un « bon caractère » par la Commission de surveillance spéciale des orphelins et orphelines de Juillet, avancée en calcul, lecture, écriture et orthographe, et désirait entrer le plus rapidement en apprentissage « afin d’être plus libre ». Gagnat, Jean-Baptiste, Adrien demeurait 8, rue de la Colombe ; sa concubine, 5, rue Coquatrix en 1831 ; Adèle, Eléonore, 9, rue du Barre-du-Bec en 1831 (mais 10, rue Saint-Martin in Archives nationales F/1dIII/38 B et in Archives nationales F/1dIII/82) ; Adèle, Eléonore, 10, rue Beaubourg en 1832. Le nom de Gagna (J.-B. Gagna) est inscrit sur la colonne de Juillet, place de la Bastille, et sur les tables du Panthéon. Premier état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Liste des morts, des blessés, des veuves et des orphelins, 2e édition, Paris, chez A. Barbier, imprimeur, rue des Marais S.-C., 17, 1830, p. 24 ; Journées des 27, 28 et 29 juillet, liste des morts, des blessés, des veuves, des orphelins, Paris, A. Boulland, 1830, p. 26 ; Liste n° 5, des orphelins de Juillet, ou considérés comme tels, pensionnés de deux cent cinquante francs jusqu’à l’âge de sept ans puis élevés aux frais de l’Etat jusqu’à dix-huit ans, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Orphelins de Juillet, ou considérés comme tels, pensionnés de deux cent cinquante francs jusqu’à l’âge de sept ans puis élevés aux frais de l’Etat jusqu’à dix-huit ans, Le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusqu’au 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 59 ; Archives de Paris VD 4 13 pièce 3671, Etat, par arrondissement et par âge, des orphelins et orphelines de Juillet ; Ministère du Commerce et des Travaux publics, Rapport au roi sur l’exécution de la loi du 13 décembre 1830, relative aux récompenses nationales, et de l’ordonnance du roi du 25 août 1831, concernant les orphelins et orphelines de Juillet à la charge de l’Etat, (qu’on peut trouver par exemple dans Archives de Paris VD6 92), p. 36-37 ; Archives nationales F/1dIII/33 relevé des informations prises par la préfecture de police sur les personnes désignées ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux orphelins pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) VIIe arrondissement et par la caisse municipale pendant le mois de novembre comprenant les arrérages à partir du 1er août 1831 ; Archives nationales F/1dIII/38 A, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées à la mairie du (ancien) IXe arrondissement jusqu’au 15 mars 1831, aux blessés, non blessés, veuves, orphelins, ascendants et sous-lieutenants, par suite des journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, état de cent cinquante demandes formées en vertu des articles 1er, 2e, 3e, 4e et 11e, de la loi du 13 décembre 1830 et reconnues non fondées ; Archives nationales F/1dIII/38 B, orphelines du (ancien) VIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/40 (orphelins des victimes Juillet non pourvus de subrogés tuteurs à la date du 30 septembre 1831 ; lettre du 4 juillet 1832 ; Etat nominatif des orphelins du VIIe arrondissement, placés dans une maison d’éducation, en faveur desquels il y a lieu de réclamer les trois cents francs alloués pour former un trousseau, conformément à l’article 9 de l’ordonnance royale du 25 août 1831 ; année 1833, VIIe arrondissement, orphelins et orphelines de Juillet, tableau n° 1 indiquant leur âge, la profession à laquelle ils se destinent, l’établissement public ou privé dans lequel ils sont placés) ; Archives nationales F/1dIII/56 ; Archives nationales F/1dIII/82, Comité des pensions, liste de présence, liste des orphelins et aussi un état imprimé comprenant les noms et les secours ou pensions distribués aux veuves, orphelins, ascendants ou blessés du seul (ancien) VIIe arrondissement, p. 4-5 état des orphelins aussi état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet, aussi liste des victimes de Juillet 1830, colonne de Juillet et aussi liste générale des citoyens morts dans les journées de juillet 1830, en combattant pour les libertés publiques et dont les noms sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet (sous le nom de Gagna, Jean-Baptiste) et aussi Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) VIIe arrondissement, orphelins ; Archives nationales F 9 1157, dommages de Juillet, objets généraux (1830-1834), état des renseignements demandés à M. le préfet de police sur les dénommées ci-après ; Archives nationales F/15/2553 orphelins de Juillet, (ancien) VIIe arrondissement ; Archives nationales F/15/2554 orphelins de Juillet, correspondance, dossiers collectifs ; Archives nationales F/15/2555 feuille de bulletin individuel d’Adèle, Eléonore ; Archives nationales F/15/2557-2559 bulletin de surveillance spéciale d’Adèle, Eléonore et dossier (ancien) VIIe arrondissement et aussi un état officiel des orphelins (ancien VIIe arrondissement) et aussi même référence, un cahier intitulé Noms des tuteurs et subrogés-tuteurs des orphelins pensionnés ; Bulletin des lois, IXe série, tome 21, n° 746, Paris, imprimerie royale, février 1841, p. 82 (sous le nom de Gagna, Jean-Baptiste), liste générale des citoyens morts ou blessés mortellement dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, en combattant pour la défense des lois et des libertés publiques, les noms de ces citoyens sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet (et aussi Archives de Paris D1K1 138, qui contient les mêmes informations puisqu’il s’agit de ce même numéro du Bulletin des lois) ; Colonne de Juillet, liste officielle et par ordre alphabétique des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de juillet 1830, Paris, chez Vve Demoraine et Boucquin, 1841.