Gannal, Jean, Nicolas
Biographie
Né le 28 juillet 1791 à Sarrelouis (Bas-Rhin). Chimiste manufacturier en 1830. Nous empruntons à la Biographie des hommes du jour sa notice biographique, ainsi rédigée : « Plus ouvrier que savant, M. Jean, Nicolas Gannal, né à Sarrelouis, le 28 juillet 1791, ne fut élevé ni dans une école, ni dans un collège, ni dans une université ; il a reçu de la nature une organisation heureuse et particulière ; c’est comme par besoin qu’il se livre à la recherche des plus importantes découvertes de la chimie, c’est comme par instinct qu’il est conduit à d’heureux résultats ; et puis, lorsque ces résultats sont obtenus, il en abandonne la spéculation à de plus soucieux que lui d’agrandir leur fortune, de brillanter leur existence, et recommence ses travaux pour se jeter à la poursuite d’une découverte nouvelle. Dès son enfance, M. Gannal fut attaché à une pharmacie, et c’est là que se développa son goût pour les manipulations chimiques ; en 1808 (mars) il fut requis pour faire le service de l’hôpital militaire de Metz, où il resta jusqu’en septembre 1810 ; à cette époque, commissionné pharmacien sous-aide, il fut envoyé en Allemagne, attaché au corps d’observation de l’Elbe et chargé du service des hôpitaux de Hambourg et de Lubeck. Possédant la langue allemande, sachant l’écrire, et la parlant sans accent étranger, il fut appelé auprès du maréchal Davout, qui lui donna plusieurs missions de confiance, et le garda auprès de sa personne soit pendant son voyage en Prusse, soit dans les premiers temps de la campagne de Russie. A Mohilow, M. Gannal fut chargé d’organiser les hôpitaux militaires, qui devenaient indispensables par suite de la bataille livrée près de cette ville le 23 juillet 1812, alors que le service des ambulances était encore à quinze lieues en arrière. M. Berlier, commissaire des guerres adjoint, et M. Gannal furent les deux seuls employés à leur poste lors de cette bataille. M. Gannal fut atteint à Mohilow du typhus, qui alors commença à se déclarer dans nos hôpitaux ; après son rétablissement il rejoignit l’armée et fit avec elle la retraite jusqu’à la Bérézina ; là, momentanément prisonnier de guerre, il rejoignit ses camarades en même temps que le gros de l’armée. Ayant les pieds à moitié gelés, il ne tarda pas à être repris (à Wilna). Mais un hasard heureux vint adoucir sa captivité, et le mit à même d’alléger celle de ses nombreux compagnons d’infortune ; détenu prisonnier à l’hôtel des postes, il eut le bonheur de s’emparer d’un petit paquet renfermant des assignats ou billets de banque russes pour une valeur assez considérable, et de soustraire cette somme aux recherches de ses gardiens en la confiant en grande partie à un architecte français établi en Russie. Après quatre mois de captivité M. Gannal parvint à s’échapper des prisons de Wilna (7 avril 1813), avec quatre camarades de chambrée ; leur traversée fut pénible mais heureuse jusqu’à Wlodava, où ils furent arrêtés et conduits dans les prisons ; parlant tous cinq allemand, ils se dirent impériaux (Kaiserlichs), et avec de faux passeports qu’ils s’étaient procurés ils obtinrent la liberté de passer Autriche et arrivèrent sans accident au quartier-général du général Rath (Suisse au service de Russie). Peu de jours après M. Gannal parvint à s’échapper du quartier général, grâce à la confiance qu’il avait inspirée au général.
»Dans sa fuite M. Gannal et ses compagnons poursuivis par des cosaques se trouvèrent forcés de traverser le marais de Pinsko (ou Pinsk en Lituanie), dans un lieu où il a environ huit lieues de large : cette traversée dura quatorze heures. Ils furent accueillis par les paysans de la rive opposée avec bienveillance, et purent continuer leur route jusqu’à Lemberg, où ils furent arrêtés comme suspects et conduits à Vienne, où M. Gannal obtint momentanément sa liberté ; repris peu de jours après, il fut conduit d’abord à Olmutz, puis à Prague, d’où il fut autorisé à retourner en Saxe. Arrivé à Dresde, il obtint du prince Berthier, auquel il fut immédiatement présenté, l’autorisation provisoire de porter la croix d’honneur en récompense d’avis importants qu’il avait donnés sur la position et l’état des armées russes. Le général Vandamme s’attacha M. Gannal en qualité d’aide-de-camp, et l’emmena avec lui dans son expédition en Bohème. M. Gannal partagea d’abord le sort du général Vandamme ; fait prisonnier à Kulm (30 août 1813), mais plus heureux que son chef, il parvint à s’échapper et retourna à Dresde, où il fut à l’instant chargé d’un service à l’hôpital de la Garde. Prisonnier de guerre par suite de la capitulation, M. Gannal fut conduit en Bohème. Il ne tarda pas à reconquérir sa liberté, et parvint à rentrer en France. L’empire s’écroula… Après quelques mois d’une vie oisive et dissipée M. Gannal revint à ses travaux chimiques, et fut attaché au laboratoire de l’Ecole polytechnique comme préparateur adjoint au cours de chimie de MM. Gay-Lussac et Thénard. Au 20 mars il redevint soldat, et obtint l’autorisation de former un corps franc. Les événements de Waterloo annihilèrent son dévouement patriotique. Après la reddition de Paris, M. Gannal dut se soustraire aux recherches réactionnaires et retourna vivre à Sarrelouis. Vers les premiers jours de novembre il revint à Paris prendre possession de la place de préparateur du cours de chimie de M. Thénard à la Faculté des Sciences, place qui lui valait trois cents francs d’appointements, qui furent son unique ressource jusqu’en 1818, époque à laquelle M. Gannal fut attaché comme directeur à la fabrique de toiles peintes de M. Dulfoy à Saint-Denis, établissement qu’il quitta en avril 1819. C’est à cette époque qu’il s’occupa chez M. Payot, droguiste, du raffinage du borax. A la suite de discussions d’intérieur avec M. Payot, il sortit de cette maison, et fit avec M. Frédéric Hébert le borax indigène, et affranchit ainsi la France d’une exportation annuelle de plus d’un million en numéraire. ( Au lieu de six francs la livre que coûtait le borax, son prix courant est de soixante-quinze centimes.)
»M. Gannal s’était déjà fait connaître par des découvertes qui n’étaient pas sans importance. En 1816, il avait fait les premières cheminées à courant d’air chaud, source évidente de tous les systèmes imaginés depuis. A la même époque il avait donné l’idée des briquets oxygénés au chlorate de potasse. En 1820 il s’associa au duc d’Ariario Forsa pour exploiter un brevet d’invention pour la fabrication des sucs acidulés sucrés. Au mois de septembre il imagina son mode de fondre le suif et de le durcir par l’action des acides ou des alcalis. Ce brevet d’invention fut pris au nom de deux hommes d’argent. En 1821 il monta sa fabrique d’encre et de cirage, puis de colle forte, dite gélatine. Son brevet d’invention porte la date du 13 octobre 1823. C’est à cette époque qu’il commença à contester à la gélatine ses propriétés alimentaires, et qu’il affranchit la France de l’importation des colles fortes étrangères, ce qui lui valut une médaille en bronze à l’exposition de 1827. Le 25 janvier 1825 M. Gannal adressa à M. de Peyronnet, alors ministre de la justice, l’explication des altérations qui pouvaient se faire au moyen du chlore sur les actes publics, etc., etc. Il proposa au ministre moyen de remédier à ces faux, au blanchiment du papier timbré et à la fabrication frauduleuse du papier timbré lui-même. Depuis lors, les idées émises par M. Gannal ont été présentées à divers ministres, mais toujours sans que le gouvernement ait adopté une mesure générale. L’on a calculé cependant que le blanchiment des vieux papiers timbrés occasionnait au trésor une perte de plus de 500.000 francs. Pendant son séjour à Saint-Denis en 1818, M. Gannal avait remarqué que les personnes attaquées de catarrhe chronique guérissaient promptement lorsqu’elles étaient exposées à l’action des vapeurs du chlore. Cette remarque communiquée à plusieurs médecins ne fixa point leur attention ; ce n’est qu’en 1827 que M. Gannal, donnant plus d’extension à ses expériences, parvint à prouver qu’il guérissait les catarrhes chroniques et certaines phtisies. Ce travail, qui mérita à M. Gannal un prix Monthyon de mille cinq cent francs, décerné par l’Institut, a depuis quelques années fait la fortune de plusieurs habiles industriels.
»Lorsque l’expédition d’Afrique fut décidée, on fut fort étonné de l’embarras dans lequel on se trouva pour se procurer six mille kilogrammes de charpie, qui étaient jugés nécessaires. On chargea M. Gannal de trouver une substance capable de remplacer la charpie de linge. Après un an et demi de recherches M. Gannal présenta la charpie vierge, qui reçut l’approbation de tous les corps savants et de tous les chirurgiens célèbres. Cette charpie ne coûte qu’un tiers environ de la charpie ordinaire ; mais comme M. Gannal n’a point voulu passer un marché avec l’administration de la guerre, et qu’il a gardé le secret de son procédé (M. Gannal, ne voulant point se faire industriel, refuse de livrer son secret contre un brevet d’invention, et demande une indemnité préalable), l’on continue à se servir de la charpie de linge achetée à haut prix.
»Ce système des marchés a fait rejeter deux propositions économiques faites par M. Gannal, soit pour les tentes-bâches, soit pour les couvertures des caissons d’ambulance : à toutes les propositions que M. Gannal adresse aux ministres on répond par ces mots sacramentels : Soumissionnez. Considérant les immenses avantages qui de nouveau résulteraient pour la population d’un bon système de panification des fécules, M. Gannal se livra à de minutieuses expériences sur cette importante question, et bientôt fut en mesure de présenter du pain de son invention, qui reçut l’approbation de tous les savants impartiaux. C’est à la suite de ses travaux sur la panification et de ses recherches sur les qualités alimentaires de la gélatine, que M. Gannal a été conduit à sa théorie de l’alimentation ; c’est lui qui le premier a prouvé que le cinquième de la chaleur animale, qui n’avait pu être déterminé par MM. Dulong et Desprez, provient de la combinaison de cette portion d’air atmosphérique introduite par la déglutition, et combinée par la digestion.
»C’est alors aussi qu’il est venu affirmer que la gélatine n’est pas une substance alimentaire. Cette discussion, commencée en| 1819 contre toutes les notabilités scientifiques, se continue encore aujourd’hui à la honte des monopoleurs de science. Comment en effet l’Académie des Sciences et l’Académie de Médecine n’ont-elles pas ordonné que les expériences concluantes et contradictoires fussent faites ; et, à défaut de la volonté de ces corps savants, pourquoi le ministre de l’intérieur ne prend-il pas l’initiative dans une question qui intéresse à un aussi haut degré la santé publique ? Les monopoleurs de science pourraient seuls répondre.
»M. Gannal fit en 1825 ses premiers essais pour la conservation des matières animales. Les résultats qu’il a obtenus ont dépassé ses espérances. Ce procédé appliqué aux cadavres destinés à la dissection est des plus avantageux pour les jeunes étudiants par l’économie considérable qu’il apporte dans leurs dépenses (Nous devons rendre justice au zèle obligeant avec lequel M. Orfila, doyen de l’Ecole de médecine, a mis à la disposition de M. Gannal tous les moyens satisfaisants d’expérimentation et un cabinet de dissection spécial) ; il est aussi destiné à raviver parmi nous l’usage des embaumements, soit par la facilité avec laquelle (Ces embaumements se font par l’injection du liquide conservateur par l’artère carotide, ce qui n’exige qu’une légère incision à la partie latérale du cou) on peut les exécuter, soit par la modicité du prix (M. Gannal peut conserver les cadavres à l’état frais en les privant du contact de l’air, c’est à dire en empêchant l’évaporation). Quelques industriels, qui sont toujours à l’affût de toutes les découvertes, se sont mis, dit-on, en mesure d’exploiter le procédé de M. Gannal, dont l’inventeur n’a point assez gardé le secret.
»Le directeur général de l’administration de la Guerre ayant chargé M. Gannal de s’occuper de la recherche du système d’alimentation des chevaux, M. Gannal après de nombreux essais parvint à faire du pain avec la farine provenant des résidus de la fabrication de la fécule de pomme terre. Ce pain donné aux chevaux avec de la paille hachée, saupoudrée de farine d’avoine, complétait un système d’alimentation que l’auteur exalte beaucoup. L’on doit regretter, 1° que le travail de M. Gannal soit resté inédit ; et 2° que le ministère n’ait pas fait faire dans plusieurs régiments des expériences concluantes. Dans son travail sur la gélatine M. Gannal a été forcé d’examiner une foule de questions relatives à la mégisserie et à la tannerie. Il a été amené à la découverte d’un moyen de clarification de la bière avec une substance indigène. Si ce moyen était généralement adopté, il en résulterait non seulement une baisse sensible dans le prix de cette boisson mais encore pour la Russie une perte matérielle d’exportation de plusieurs millions.
»Nous nous sommes bornés à indiquer les résultats les plus saillants des travaux chimiques de M. Gannal. Nous devons ajouter qu’il a rendu encore de nombreux services aux arts en indiquant des procédés simples de manipulation, ou en réduisant à leur plus simple expression des opérations qui avant lui étaient incertaines ou embrouillées. M. Gannal a déjà fait des recherches curieuses sur la Cristallisation du carbone (ou composition, fabrication du diamant) et en a expliqué la théorie d’une manière satisfaisante. On doit remarquer qu’il s’est beaucoup plus occupé de la question scientifique que de la question mercantile. Jamais M. Gannal n’a obtenu de distinction de place, ou d’avantage pécuniaire des gouvernements qui se sont succédé depuis 1814. Les événements politiques l’ont privé d’une décoration qu’il avait méritée en 1813 : |il n’a point réclamé. Il est vierge enfin des largesses gouvernementales comme de toute sollicitation. La rudesse de ses formes et ses habitudes de franchise lui ont fait des ennemis des charlatans de tout genre, qui pullulent dans la science comme dans la politique mais il s’en console au sein de l’amitié de quelques hommes de vraie érudition et de noble caractère dont il a les sympathies. » Il est répertorié (sous le numéro 261) dans la liste des demandes de récompenses honorifiques posées auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, après la révolution. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement. On trouve cette note le concernant dans les délibérations du comité des renseignements, chargé de recueillir des informations sur les différents candidats aux récompenses honorifiques et sur les contestations qu’il pouvait y avoir sur chacun des cas : « Chimiste, marié, trois enfants, maintenant à Strasbourg, ne s’est pas battu (opinion publique). » Le jury de la Commission des récompenses nationales, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se prononça, dans sa séance du 30 décembre 1830, à aucune voix pour la croix, deux voix pour la médaille, trois voix pour une mention et deux voix pour rien. Son nom est sur une liste alphabétique du (ancien) XIIe arrondissement de blessés qui comparurent devant le jury médical. Il demeurait 13, rue Saint-Dominique-Saint-Jacques en 1831. Archives de Paris VD6 639 n° 5, liste générale alphabétique (cité deux fois dont la deuxième sous le numéro 261) ; Archives de Paris VD6 682 n° 3, liste des demandes de récompenses honorifiques ; Archives de Paris VK3 29 ; Archives de Paris VK3 33 Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 30 décembre 1830, jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques, idem un feuillet intitulé Individus qui se sont présentés sans dossier ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants ; Le Progrès médical, 1936, compte-rendu de Bomboy sur L’Embaumeur Jean, Nicolas Gannal ; Biographie des hommes du jour, de Sarrut et Saint-Edme, Paris, chez Krabbe, tome 2, 1re partie, p. 203 et suiv. ; Biographie du Dauphiné, Adolphe Rochas ; dans la base leonore de la Légion d’honneur, dossier LH/1068/32, il y a peut-être son frère Gannal, Pierre, Nicolas ? On peut consulter sur le site de la Bibliothèque nationale les quarante-neuf références de ses ouvrages.