Garnier, Alexandre, Théodore, Louis
Biographie
Né le 2 septembre 1810 au Havre (Seine-Maritime). Etudiant ou commis voyageur, frère cadet de Garnier, Louis, Charles. Sollicitant une place administrative dans les douanes de la métropole ou dans celles des colonies, il adressa la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales, qui rappelait les circonstances de sa participation aux événements : « Messieurs,
» […] Dès le 26 juillet dernier, sentant l’urgence de faire connaître le mécontentement général auquel la suppression des journaux empêchait de donner de la publicité, mon frère, âgé de vingt ans, et moi nous nous sommes mêlés dans un groupe de quelques jeunes, gens de la dernière condition, réunis sur la place du Palais-Royal, et [ …] après les avoir aidés et excités de tous nos moyens dans les attaques qui eurent lieu ce soir-là rue Saint-Honoré, aux Tuileries, rue de la Paix et chez l’ex-ministre Polignac, nous les engagions à se diriger sur d’autres points, dans le but d’y opérer un soulèvement, et [ …] nous commencions à les armer de bâtons arrachés par nous autour de jeunes arbres, quand un détachement de gendarmerie vint nous disperser et nous mettre dans l’impossibilité de nous réunir.
»Je ne parle pas de nos efforts dans les jours suivants : ils se sont confondus avec ceux de toute la population parisienne ; je vous exposerai seulement que le 26 juillet les forces de l’ex-gouvernement existaient encore dans toute leur vigueur, que les actes de cette soirée, qu’on aurait pu attribuer à un grand nombre de citoyens et dont une vingtaine de jeunes gens au plus sont les seuls auteurs, ont été les premiers mobiles de la révolution ; que notre extérieur et le rôle que nous remplissions nous rendaient visiblement les plus exposés.
»Je désirerais qu’il me fût accordé une place administrative dans les douanes de France ou même des colonies. Petit-fils d’un receveur, j’ai débuté dans les douanes du Havre et depuis j’ai fait partie des bureaux de M. Larosiers à l’île Martinique.
»Je vous prie, messieurs, de vouloir bien prendre en considération les souvenirs laissés par feu M. Pascal Année, mon oncle, lieutenant-colonel de l’ancienne armée et officier de la Légion d’honneur ; que mon père, ex-commissaire de marine, après avoir servi vingt ans la république et l’Empire, est mort aux colonies où l’infortune suite des événements l’avait conduit, qu’un de mes oncles, M. Pascal Année, lieutenant-colonel de l’ancienne armée, est mort en laissant de beaux souvenirs à l’Etat ; qu’en outre, deux de mes oncles se sont distingués dans cette révolution ; l’un monsieur M. Année, aujourd’hui maître des requêtes au Conseil d’Etat, en signant le 26 juillet la protestation contre les ordonnances de l’ancien gouvernement ; l’autre, monsieur Garnier, négociant, en conduisant lui-même à Rambouillet une grande voiture escortée par quinze ouvriers et remplie à ses frais de vivres et de médicaments pour les volontaires et les gardes nationaux qui s’étaient dirigés sur ce point. »
Il appuyait sa demande de nombreux certificats. Celui de Teste, Charles, négociant, demeurant 42, rue Dauphine : « Je certifie que le 29 juillet à midi, j’ai vu M. Garnier à l’attaque du Louvre et que ses sentiments politiques ont toujours été en harmonie avec l’honorable conduite qu’il a tenue dans notre mémorables révolution. » Celui de Grieu, négociant, demeurant 20, rue des Cinq-Diamants, capitaine des grenadiers de l’ex et de la nouvelle garde nationale : « Je certifie que le 28 juillet au matin M. Garnier L., T. m’est venu trouver dans le but de former un rassemblement patriotique et que je connaissais déjà son opinion politique. » Ceux de Ledoyen, pharmacien, et de Deramé, commis, demeurant maison de Londres, 18, rue des Cinq-Diamants : « Nous certifions que le 28 juillet au matin, M. Garnier, Ls, Chs (??), est venu devant nous supplier instamment madame sa tante de lui laisser prendre des armes. » Celui de Devaureix, droguiste, demeurant 12, rue des Lombards : « Je certifie que le 28 juillet, j’ai vu M. Garnier passant rue des Lombards, il était armé et accompagné d’un invalide. » Ceux de Faure, demeurant 11, rue du Faubourg-Montmartre : « Je certifie que dans la journée du 29 juillet j’ai rencontré M. Garnier, tenant à la main une épée et un tuyau d’orgue. » Et aussi : « Je certifie que dans la matinée du 29, au moment où les Tuileries venaient d’être prises par le peuple, j’ai rencontré monsieur Garnier, Alexandre, Louis, Théodore, venant de prendre part à l’action et couvert des dépouilles d’un garde du corps. » Celui de Debonnelle, négociant, demeurant 22, rue des Cinq-Diamants : « J’atteste que l’opinion politique de M. Garnier m’est connue depuis longtemps et que sa conduite dans le commerce a été, à ma connaissance, digne d’éloge. » Celui d’Année, intendant militaire, maître des requêtes : « Je certifie la parfaite exactitude de l’exposé par Louis, Charles, Garnier, mon neveu. Ses services dans la partie active des douanes au Havre et dans la partie administrative à la Martinique me paraissent devoir être considérés comme un surnumérariat pouvant lui tenir lieu de celui exigé, et appuyer les titres qu’il a acquis à la bienveillance de l’autorité par sa conduite dans les événements de Juillet. Les connaissances chimiques de Louis, Charles Garnier, particulièrement en ce qui concerne la droguerie, son intelligence et sa probité peuvent le rendre un jour fort utile à l’administration, comme vérificateur. » Celui des députés de la Manche, Angot, Baillau et du comte de Briqueville : « Nous prions M. le directeur général des douanes de vouloir bien accorder une place de vérificateur des douanes à M. Louis, Charles Garnier : il n’est point étranger à cette administration, il en a fait partie ; ses connaissances en chimie lui donnent une spécialité précieuse. Les députés de la Manche recommandent fortement M. Garnier à monsieur le directeur général, comme un excellent citoyen et un homme utile. » Celui de Lequet (illisible), demeurant 14, rue de Braque : « Je certifie que, le 29 juillet, j’ai rencontré M. Garnier, Alexandre, Louis, Théodore, près le pont des Arts, un instant après la prise des Tuileries, où il s’était battu. Il portait des armes qui avaient appartenu à des gardes du corps. ». Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) Ier arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Ier arrondissement (sous le nom de Garnier, Alexandre sur les listes du Bulletin des lois, sur celles du Moniteur universel et sur celles de la Commission des récompenses nationales in Archives nationales F/1dIII/39). Il reçut sa médaille le 1er août 1831, et son brevet le 9 septembre de la même année. Il fut compromis et traduit devant la cour d’assises de la Seine, en 1831, à la suite des troubles occasionnés par le procès, en décembre 1830, des ex-ministres de Charles X. A l’issue du procès, il fut acquitté, comme tous les autres accusés. Il demeurait 24, rue des Mathurins (mais parfois 24, rue Neuve-des-Mathurins chez son oncle Année, maître des requêtes, en 1830, par exemple in Archives de Paris VK3 24 dans le registre qu’il signe et in Archives de Paris VK3 25 dans une liste de citoyens proposés pour la médaille, liste qui est corrigée à la main) en 1831. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 92, Mairie du (ancien) Ier arrondissement (sous le nom de Garnier, Louis, Théodore, Alexandre) ; Archives de Paris VI1 1, (ancien) Ier arrondissement, décorés de Juillet, états pour la distribution de gratifications et secours à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet ; Archives de Paris VK3 24, département de la Seine, (ancien) Ier arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet ; Archives de Paris VK3 25 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille, (ancien) Ier arrondissement et aussi même référence une liste de remise des brevets accompagnant la médaille de Juillet, idem même référence liste alphabétique des décorés de la médaille de Juillet ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) Ier arrondissement ; Procès des dix-neuf citoyens accusés de complot tendant à remplacer le gouvernement royal par la république, Paris, Prévot éditeur-libraire, 1831 (sous le nom de Garnier, Louis, Théodore, Alexandre).