Gaudry, Balthazard, Pascal
Biographie
Né vers 1790 à Eu (Seine-Maritime). Propriétaire et électeur. Il s’illustra à l’Hôtel de ville, au Louvre, aux Tuileries et au Palais-Royal. Il fit sans doute une demande auprès de la Commission des récompenses nationales mais qu’il n’aurait pas suivie, arrivé trop tard d’un voyage qu’il avait à faire. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] IIe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac, afin d’obtenir la Croix de Juillet. Il adressa en effet, le 15 juin 1831, la lettre suivante à la Commission : « Balthazard, Pascal Gaudry, propriétaire et électeur, demeurant à Paris, rue Bleue, n° 19, a l’honneur de vous exposer qu’ayant pris une part très active aux événements de juillet 1830, il avait pensé que la notoriété publique suffirait pour lui faire obtenir comme récompense de ses services importants qu’il a rendus à la patrie la décoration de Juillet et c’est par ce motif qu’il n’a jusqu’à ce moment fait aucune démarche près de vous. Cependant il ne se trouve pas compris dans l’état publié par le Moniteur mais il espère de votre justice que vous voudrez bien réparer cette omission et faire droit à sa réclamation après avoir pris connaissance des faits suivants. Les 27 et 28 juillet, il s’est transporté sur les divers points de la capitale où le peuple combattait contre les gendarmes et la garde royale ; il a présidé aux barricades et encouragé, de son exemple, le peuple à la résistance. Le 29 juillet à 9 heures environ du matin, il a dirigé plusieurs habitants qui cherchaient des armes. En ayant trouvé, rue Richelieu près la fontaine, il s’est armé d’un fusil et s’est ensuite porté à la place de Grève, où il a essuyé le feu ennemi ; il est entré à l’Hôtel de ville ; de là, et au milieu des plus grands dangers, il s’est transporté au Louvre, aux Tuileries, au Palais-Royal, rue Saint-Honoré ; il a constamment tiré sur les troupes royales et échappé à la mort que par miracle […]. » Il joignait à sa demande un certificat à en-tête de la Commission municipale de Paris et ainsi rédigé : « Je, soussigné, secrétaire de la Commission municipale de Paris et membre du conseil général du département de la Seine, certifie que M. Gaudry, Balthazard, Pascal, propriétaire et électeur, demeurant à Paris, rue Taranne n° 9, a montré, pendant les trois glorieuses journées de Juillet, une bravoure et un dévouement au-dessus de tout éloge ; qu’en ma présence il s’est porté sur divers points de rassemblement pour encourager le peuple de ses conseils et de son exemple ; que notamment le 29 juillet sur les 9 heures du matin, il s’est transporté chez un armurier rue Richelieu près la fontaine, que s’étant armé d’un fusil il s’est porté sur la place de Grève et qu’il est entré l’un des premiers à l’Hôtel de ville, qu’ensuite, au milieu des plus grands dangers il s’est transporté au Louvre, aux Tuileries, au Palais-Royal et rue Saint-Honoré où il a essuyé le feu de la garde royale et tiré sur elle ; enfin que peu de citoyens ont plus contribué que lui au triomphe des libertés dans ces événements mémorables. » Signé, le 7 août 1830 : Le Comte ; apparaît aussi l’indication d’un témoin des faits, mais le nom est brûlé, seules restent les indications suivantes : négociant, officier de cavalerie, demeurant à Paris, 177, rue... Il était indiqué sur les fiches de la Commission comme dans une position sociale aisée. On retrouve la trace de Gaudry, en 1860, dans l’article suivant de la Revue photographique, sous le titre Photographies obscènes, et ainsi rédigé : « Malgré les avertissements sévères et répétés de la justice, nous voyons fréquemment des gens plus dociles à l’appât du gain que soucieux des punitions qui les attendent, qui spéculent sur l’immoralité et entraînent avec eux dans les hasards de leur commerce clandestin de jeunes femmes déjà perdues sans doute, mais qui achèvent, dans ces impurs ateliers, d’abdiquer toute pudeur. Elles sont six aujourd’hui qui comparaissent devant le tribunal ; toutes sont jeunes, une cependant est déjà veuve, deux sont mariées, ce qui ne les empêche pas de figurer dans ces tableaux qu’il ne serait possible ni de montrer ni de décrire. Elles sont assez jolies, et ont même, chose plus extraordinaire, un air de candeur qui contraste étrangement avec la prévention qui les amène sur le banc de la police correctionnelle. Voici leurs noms : Aimée Lecoq, veuve Martin ; Alexandrine-Félicité Niquet, femme Petot ; Marie Destourbet ; Joséphine-Emma Cotterel ; Louise-Désirée Cotterel ; Lucie Radegonde Vilain, femme Hory. La veuve Martin ne posait pas dans les tableaux, elle les coloriait. Les autres se disent lingères ou blanchisseuses. A côté d’elles se trouvent les sieurs Jules Rivemale et Balthazar-Pascal Gaudry. Ce dernier a les cheveux blancs et un air respectable, qui jure autant dans cette triste affaire que l’air candide de ses complices. Soixante photographies ont été saisies ; Rivemale reconnaît les avoir composées, mais il prétend n’avoir été que l’ouvrier de Gaudry, qui lui payait 6 francs par jour. Gaudry affirme, au contraire, qu’il n’a fait que prêter son atelier, et qu’il ignorait à quel genre de travail on s’y livrait ; mais les autres prévenus ne sont pas d’accord avec lui. Une des femmes entre autres prétend que Gaudry était le patron, et ajoute avec une triste naïveté : M. Rivemale ne me donnait que 4 fr. 50 cent. ; je lui ai dit que je ne pouvais pas travailler pour ce prix-là, et il m’a répondu : M. Gaudry ne veut pas donner davantage. C’est la même qui dit : J’ai été chercher ma sœur pour travailler. M. l’avocat impérial Merveilleux Duvigneau soutient la prévention, et insiste surtout à l’égard de Gaudry. Il fait connaître cette triste circonstance que dans ces odieux tableaux on n’avait pas craint de faire figurer une malheureuse enfant de onze ans. Le tribunal (sixième chambre), présidé par M. Gislain de Bontin, a condamné Rivemale à quatre mois de prison et 100 fr. d’amende ; Gaudry à six mois de prison et 500 fr. d’amende ; Louise, Désirée Cotterel et la femme Hory, toutes deux déjà condamnées pour le même fait, à deux mois de prison et 16 fr. d’amende ; la femme Petot, Marie Destourbet et Joséphine Cotterel chacune à un mois de prison et 16 fr. d’amende ; la veuve Martin à quinze jours de prison. » Il demeurait 9, rue Taranne en juillet 1830 ; 19, rue Bleue en 1831. Archives de la préfecture de police AA 388 ; Revue photographique, recueil mensuel exclusivement consacré aux progrès de la photographie, année 1860, tome cinquième, Paris, 1860, p.