Gaumont, Napoléon, Joseph

Biographie


Né en juin 1806 à Sauvigny-le-Bois (Yonne). Fabricant d’appareils pour l’eau de Seltz. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et dont la couverture nous donne comme indications : « Combattant de 1830, de juin 1832 et de diverses époques. A donné des preuves de patriotisme en toutes circonstances. » Il adressa à la Commission un Détail sommaire de sa conduite, qui reprenait les circonstances suivantes relatives à sa participation à la Révolution de Février : « Le 22 février 1848, il était au nombre des quelques officiers qui, le soir, se réunirent sur la place du Caire ; pour rejoindre ses camarades, il fut obligé de traverser une masse de peuple réuni sur le boulevard Saint-Martin. Ses habits furent mis en lambeaux par le peuple, qui se défiait de la garde nationale. Le 23, il fut le deuxième qui parut en uniforme sur la place du Caire et qui, avec le chef de bataillon Grégoire, cirèrent Aux armes ! au milieu des balles des gardes municipaux, qui faisaient feu de la rue Saint-Denis. Plusieurs personnes furent tuées et d’autres blessées ; peu après, il faisait partie (à la tête de sa compagnie) du 2e bataillon sous les ordres du commandant Grégoire ; avec les capitaines Favrel des grenadiers et Labélonye des voltigeurs ; lorsque le bataillon s’empara de la caserne des municipaux du faubourg Saint-Martin. Dans la nuit du 23 au 24, resté seul du bataillon avec quelques hommes de sa compagnie, avec le commandant Grégoire, il préserva dans cet endroit un régiment de cuirassiers des attaques du peuple, en se plaçant avec ses hommes entre le régiment et le peuple. Dans cette nuit, il contribua à surprendre deux messages envoyés aux commandants des gardes municipaux, l’un du maréchal Bugeaud, l’autre du préfet de police, tous deux enjoignant aux municipaux de se défendre à toute outrance et qu’on allait les dégager. Ces pièces sont entre les mains du citoyen Gretet, ancien chef du 1er bataillon de la Ve légion. Le 24, à la tête de sa compagnie et d’une partie de celle des voltigeurs commandés par le citoyen Renaud, sergent-fourrier, et d’une masse de peuple, le premier, il attaqua le poste du château d’eau, place du Palais-National (lire place du Palais-Royal, N.D.A.). Dans le trajet, il sauva la vie à un jeune homme qui avait crié A bas la garde nationale ! Il a été puissamment secondé dans cette action par son sergent Pierre. Le 25, à la pointe du jour, il décida un bataillon de troupe de ligne du 5e léger à se rendre au gouvernement provisoire à l’Hôtel de ville ; ce fut le général Théard qui le reçut. De là, le capitaine à la tête d’une masse de peuple, se porte sur l’Ecole militaire encore occupée par un parc d’artillerie et six à huit mille hommes. Il s’en empare. Les quatorze canons, vingt-cinq caissons chargés de munitions et huit cents chevaux sont au peuple, qui voulait enclouer les huit obusiers et les six canons. A force de prières et de menaces, il fut assez heureux pour conserver à l’Etat ce magnifique matériel. Le commandant de cette batterie avait nom Tiby, 3e batterie du 6e d’artillerie. Le capitaine, pour ce fait, fut nommé commandant de l’Ecole par le citoyen Guignard, général de la garde nationale de Paris (le capitaine Gaumont est porteur de la pièce authentique signée du citoyen Guignard, aujourd’hui colonel de l’artillerie parisienne). Il remit le commandement de l’Ecole à des élèves de l’Ecole polytechnique. Après avoir préservé tous les effets militaires et pourvu, à ses frais, à la nourriture des huit cents chevaux, qui n’en n’avaient pas reçu depuis deux jours. A partir de cette époque, le capitaine n’a pas cessé d’être à la disposition du colonel de sa légion et de la mairie. Il a présidé aux élections et à la formation de la garde nationale et des autres élections. Il a assisté à toutes les prises d’armes qui de jour et de nuit ont eu lieu à partir du 22 février. Le 18 avril, trois jours après la grande manifestation des ouvriers du Champ-de-Mars sur l’Hôtel de ville, il eut vent que de la rue de Rivoli devait partir le signal, ce jour-là, qui devait, en attaquant l’Hôtel de ville, renverser le gouvernement. Cette nouvelle lui fut donnée par un homme de sa compagnie, qui faisait, pour vivre, partie des Montagnards de Sobrier. Pour s’assurer il se rend au lieu indiqué (incompréhensible), est retenu prisonnier cinq quarts d’heure et n’est rendu à la liberté que sur la menace du 2e bataillon de la Ve légion qu’il va se mettre en marche pour venir le réclamer. Il instruit de ces faits le commandant Grégoire et le colonel et des mesures furent prises en conséquence. La découverte de cette conspiration a très certainement sauvé la France d’un grand bouleversement et la vie à plusieurs membres du gouvernement provisoire. Pour le citoyen Gaumont, cela lui a valu des menaces de mort suivies de tentatives ; une de ces tentatives est pendant devant la justice. Dans les journées de juin, à la tête de sa compagnie, rue Saint-Denis, il a assisté à la destruction des barricades des rues de Tracy et du Ponceau, conjointement avec la compagnie du capitaine Melon (le capitaine Melon a été décoré rien que pour cette coopération) de la VIe légion. Il a maintenu pendant quatre jours et nuits une population énorme, sympathisant avec l’insurrection, rue des Filles-Dieu, passage Aubert, le garni de la rue du Caire, celui en face la rue Saint-Denis, la cour du Roi-François, la rue du Ponceau, la rue Guérin-Boisseau, le passage de la Trinité. Le capitaine Gaumont a encore pris part avec une partie du 2e bataillon de la Ve légion à la prise des dernières barricades du haut du faubourg du Temple et de toutes celles de Belleville aboutissant à la grande rue. A Belleville, il a sauvé la vie au citoyen Basset (33, rue Mauconseil), brave garde national de la compagnie Fauju du 3e bataillon de la Ve légion qui, allait être fusillé par erreur ; il n’était pas en uniforme, on le prenait pour un insurgé. Pour tous ces faits accomplis à la tête de sa compagnie et sous les yeux de ses chefs, la compagnie lui a décerné un sabre d’honneur, accompagné du brevet certifié véritable et signé des quatre cents citoyens composant la 5e compagnie du 2e bataillon de la Ve légion. » Sa lettre était apostillée des signatures de Grégoire, commandant du 2e bataillon de la Ve légion et par le colonel de la Ve légion, Faviel, Auguste. Son dossier est apostillé de l’appréciation suivante : « Ce citoyen a produit des pièces authentiques de sa participation vigoureuse à nos mémorables journées de Février. » Il fut proposé par la Commission pour un emploi de surveillant dans un chemin de fer et pour recevoir le signe honorifique qui devait perpétuer la mémoire de la Révolution de Février mais qui ne fut jamais institué. Il était capitaine en premier de la 5e compagnie du 2e bataillon de la Ve légion en 1848. Il était marié et père d’un enfant en 1848. Il demeurait 86, rue de Cléry en 1848. Archives de la préfecture de police AA 388.

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