Gautier, André, Achille
Biographie
Né le 25 avril 1813 (bien le 25 avril 1813 dans son acte de naissance ; parfois mais par erreur le 26 avril 1813) à Lorient (Morbihan), fils de Gautier, Pierre, alors débitant de tabac, et de Radelat, Jeanne, Claude son épouse. Doreur sur bois, gagnant trois francs et dix sous par jour. Il fit partie de l’expédition de Rambouillet. Le 4 août, il fut requis pour arrêter des voleurs qui prenaient des chevaux à la vénerie. Des gardes nationaux aidèrent à la surveillance. Ils firent passer des cartouches pour fusiller les voleurs si on les arrêtait mais, bientôt, craignant pour leur propre vie, préférèrent abandonner les Parisiens. Peu d’instants après, Gautier était tué d’un coup de feu reçu en pleine tête. Quatre hommes furent vus, qui s’enfuyaient. Rattrapés, trouvés porteurs de fusils et de pistolets dont l’un des bassinets était encore chaud, ils furent désarmés. Un officier de l’Ecole polytechnique s’interposa, fit rendre les armes aux quatre hommes et donna l’ordre de les laisser partir. Exaspéré, un caporal de grenadiers, Auvray chef du poste de la vénerie, tenta de tirer dans la direction des voleurs mais le même officier s’y opposa. Un procès-verbal, dont le caporal dit qu’il était un faux, affirmait que les quatre hommes n’avaient en fait cherché qu’à tirer sur des poulets. L’affaire ne fut sans doute pas davantage élucidée. Le dossier des droits que son décès entraînait fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. La déclaration suivante se trouve dans son dossier : « 1er régiment de la Charte, 2e bataillon. Auvray, caporal de grenadiers déclare devant ses chefs qu’il s’est trouvé à Rambouillet et qu’il a été requis par ordre, lui et deux de ses camarades, pour arrêter des voleurs qui prenaient des chevaux de la vénerie et même les gardes nationaux donnèrent des cartouches pour les fusiller. Mais, avec toute la vigilance possible nous ne pûmes les attraper. Ensuite les gardes nationaux nous abandonnèrent leur poste, dans la crainte qu’il leur arrive malheur. Etant obligé de me rendre à la grille pour maintenir l’ordre, notre poste fut renforcé et porté au nombre de huit hommes. Ensuite, je fus avec deux de mes hommes pour chercher des vivres, dont nous avions besoin. Nous les étant procurées, nous revînmes de suite et ayant remarqué qu’il nous manquait la boisson, je fus encore obligé d’envoyer un homme en chercher. En sortant dudit corps de garde, la concierge de la vénerie vint me dire que l’on venait de tuer la sentinelle. Alors, m’étant transporté sur les lieux, je vis sauter quatre hommes et les ayant poursuivis quelques instants je parvins à les arrêter. Au moment même, se trouvait un officier de l’Ecole polytechnique, lesquels quatre hommes ont été désarmés par moi, dont deux étaient porteurs de fusils et les autres de pistolets. Et ayant touché les bassinets, je sentis l’un des pistolets encore chaud, ce qui me certifia l’auteur du meurtre. Les quatre hommes ci-dessus ont été remis en liberté par ordre de l’officier de l’Ecole, qui me contraignit à leur rendre leurs armes et, à mon grand regret, car au moment où je les leur remettais ils s’enfuirent, ce qui ne put m’empêcher de vouloir faire feu sur eux, mais l’officier s’y opposa. Je déclare que le procès-verbal de la concierge est faux attendu que les quatre hommes n’ont point cherché à tirer [en l’air] mais bien sur la sentinelle et à bout portant. Le soldat qui est resté au poste peut avec moi attester la véracité de la présente déclaration, dont procès-verbal a été adressé à Rambouillet et signé par nous. » Signé : Auvray, chef du poste de la vénerie. Le 21 novembre 1830, le maire de Rambouillet délivra le certificat suivant : « Le maire de Rambouillet, chevalier de la Légion d’honneur, certifie que le sieur André, Achille Gautier faisait partie de la colonne parisienne dans son mouvement sur cette ville, le 4 août dernier, qu’il était en faction à la vénerie lorsqu’il a été atteint d’un coup mortel ; qu’enfin il est mort, victime du plus déplorable accident, après avoir tenu ici la conduite la plus irréprochable. » Le 19 mars 1831, devant le juge de paix du (ancien) Xe arrondissement, comparurent : Fortier, Nicolas, Jacques, tourneur, demeurant 63, rue du Four-Saint-Germain ; Allais, Guillaume, tailleur, demeurant 37, rue Saint-André-des-Arts ; Aubinière, Charles, employé, demeurant 17, rue des Mauvais-Garçons-Saint-Germain. Ils attestèrent savoir que Gautier, André, Achille avait « été tué à Rambouillet […] le 4 août 1830, étant de faction à la grille de la vénerie ». Le père, Gautier, Pierre, né le 23 janvier 1774 (bien le 23 janvier 1774 dans son acte de baptême, parfois mais par erreur le 24 janvier 1774 ; ou le 26 janvier 1774 in Tableau des pensions) à Vannes (Morbihan), ancien militaire, veuf de Radelat, Jeanne, Claude, avait repris les armes pendant les Cent-Jours. On lui avait fait, sous la Restauration, écrivait-il, un crime de sa conduite et on avait même cherché à lui retirer tout moyen d’existence pour élever ses six enfants alors en bas âge ; il était ouvrier imprimeur. Il fournit un certificat médical délivré, en date du 15 mars 1831, par le chirurgien chef de l’hôpital de La Pitié, attestant que Gautier, Pierre était « affecté premièrement d’une cicatrice siégeant près de l’articulation coxo-fémorale gauche dont les mouvements sont gênés ; deuxièmement d’une cicatrice très large, adhérente, se rompant très souvent et rendant très difficiles les mouvements de l’articulation du pied avec la jambe ; troisièmement de deux cicatrices en forme de brides placées sur la face palmaire des doigts annulaire et auriculaire gauche dont l’extension complète est impossible, circonstances qui nuit essentiellement aux usages de ces doigts. Nous pensons que le nommé Gautier ne peut pas par son travail fournir à ses besoins ». Le 22 mars 1831, devant le maire du (ancien) Xe arrondissement, comparurent : Fortier, Nicolas, Jacques, tourneur, demeurant 63, rue du Four-Saint-Germain ; Allais, Guillaume, tailleur, demeurant 37, rue Saint-André-des-Arts. Ils attestèrent que Gautier, Pierre était « dans un état nécessiteux et que depuis la mort de son fils […] sa position domestique est plus malheureuse et qu’il est en plus dénué de moyens d’existence ». Gautier, Pierre sollicita une pension, fut pensionné de deux cents francs auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement (pas vu son nom sur les listes du Bulletin des lois) et reçut une inscription de rentes de la part de la Commission de la souscription nationale. Les parents s’étaient mariés le 24 messidor an XI à Lorient (Morbihan). Sur l’acte de mariage, Gautier, Pierre est indiqué comme né le 23 janvier 1774 (sic) à Vannes (Morbihan), paroisse de Saint-Salomon, fils naturel de feue Gautier, Catherine (décédée le 26 novembre 1789 à Vannes) et comme étant imprimeur ; Radelat, Jeanne, Claude est indiquée comme née le 18 mars 1770 à Lorient, fille de Radelat, Louis, Martin (décédé le 8 octobre 1790 à Lorient), et de Lorain, Marie, Jacquette (décédée le 19 ventôse an VIII à Lorient), et comme étant veuve en premières noces de Le Cun, Jacques, Vincent décédé le 3 prairial an X à Lorient. Radelat, Jeanne, Charlotte (sic) mourut le 9 novembre 1818 à Lorient. On trouve dans le dossier un acte de mariage entre Mlle Gautier et Aubinière, prononcé le 11 octobre 1827 à la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Gautier, André, Achille demeurait chez son père, 78, rue du Four-Saint-Germain ; son père, toujours 78, rue du Four-Saint-Germain en 1831. Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusqu’au 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 61 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des ascendants auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes du Xe arrondissement lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 109 ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux ascendants pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement, comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 ; Archives nationales F/1dIII/38 B, Commission des récompenses nationales, Ascendants des citoyens tués dans les journées de Juillet (5 états pour un total de 325 ascendants) ; Archives nationales F/1dIII/56 ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) Xe arrondissement, ascendants.