Gauwin, Adolphe
Biographie
Fils de Gauwin, Archange, Constantin, ancien agent de change, courtier de commerce, interprète de plusieurs langues et auteur d’un Recueil et nouveau commentaire des lois de commerce en général par terre, par mer, et de la navigation marchande. Il adressa à la Commission des récompenses nationales siégeant à Paris, la lettre suivante, en date du 2 avril 1831 : « Adolphe Gauwin, âgé de 27 ans, fils de Archange, Constantin, agent de change, courtier de commerce et de navires, demeurant à Dunkerque, à l’honneur de vous adresser le détail des faits et circonstances arrivés audit lieu, les 30 et 31 juillet dernier, 1er et 2 août, en rapport avec l’heureuse révolution qui venait de s’opérer à Paris, lesquels faits ont été attestés et déclarés véritables par un certificat signé de plusieurs personnes respectables de ladite ville, approuvé par le député et remis en août 1830 au ministre des Affaires étrangères, accompagné d’une demande qu’il fit alors à M. le ministre pour être employé soit comme chancelier de consul ou tout autre emploi qu’il jugerait digne de lui accorder, en donnant connaissance de ses capacités sur les lois, sur le commerce de France et de l’étranger et sachant plusieurs langues étrangères. Sans réponse aucune, il pense que des choix ont été faits de sujets d’un plus grand mérite ; il croit cependant de son devoir de soumettre à votre sagesse l’exposé de la conduite qu’il a tenue lorsque la France était en révolution, conduite qu’il est encore prêt à tenir au premier signal pour pareille cause. Dès le 27 juillet, à la lecture des fatales ordonnances, tout le monde à Dunkerque fut consterné et, le 30, aucune nouvelle de la capitale n’y venait plus. L’heure ordinaire de l’arrivée du courrier à la poste était devenue le rendez-vous du commerce et tout le monde s’y portait ; un courrier arriva vers le soir, avec une lettre particulière qui a annoncé qu’on se battait à Paris pour la liberté. Le 31, même incertitude ; le peuple s’inquiétait, le commerce cessa tout-à-coup. Le 1er août encore même anxiété. Point de nouvelles directes, divers contes circulaient et occupaient les ouvriers. Le 2 à 6 heures du matin, un extrait du Journal du commerce fut reçu de Lille. La personne en fit lecture près de la poste, C’est alors que l’on eut connaissance des 27 et 28 seulement. Le drapeau national flottait à Paris le peuple se battait ! de suite avec des amis nous fîmes faire un drapeau tricolore. Ni le sous-préfet ni le maire ne paraissait. Enfin à 8 heures nous nous portâmes sur la place où le peuple était par groupes et là, voulant arborer le drapeau français en suivant l’élan de nos frères de Paris, nous en fûmes empêchés par l’arrivée du maire et de ses adjoints, qui nous somma, au nom de la tranquillité et du commerce, d’attendre jusqu’à 10 heures, qu’alors il s’engageait de nous donner connaissance de ses dépêches ; ne voulant pas troubler ni porter le peuple à la révolte, il fut convenu d’attendre et je déposais le drapeau chez mon aîné ; en attendant je me munis de la cocarde tricolore. A 10 h 30 je reçus une lettre de mon père qui, se trouvant à Paris, m’instruisait de ce qu’il savait, nouvelles qui coïncidaient avec le journal. Déjà alors, la population entière était en mouvement et se portait çà et là ; une classe de marins (les pêcheurs) qui ne connaissait dans le drapeau qu’ils avaient entrevu que le signe de l’ancienne guerre était assemblée et murmurait ; rien de cela ne pouvait éteindre l’impression que j’avais reçue ni le vœu de mon âme. A 11 heures, point de dépêche, point de maire et un silence absolu du sous-préfet. Dès lors, accompagné de plusieurs amis, munis de cocarde tricolore, il fut envoyé donner connaissance chez le sous-préfet que le drapeau national allait flotter. Point de réponse ni de dépêche à communiquer. L’incertitude et l’attente devenaient alors terribles ; du même pas, je fus chercher mon drapeau pour l’arborer à la grande tour. Mais, arrivé là, tout était bien fermé par ordre. La résistance eût occasionné une révolte ; nous partîmes et loin d’être influencés par la foule qui se pressait derrière nous en murmurant, ces ordres ne pouvaient plus retarder l’exécution de mon dessein, alors que j’avais la conviction que le sang des généreux Parisiens avait coulé dans les murs de Paris et coulait peut-être encore. Arrivé à l’hôtel de ville, où l’on disait être le maire, tout était aussi fermé et par ordre. Le peuple s’amassait de plus en plus, la troupe allait et venait, sans rien dire. Enfin lassé, impatienté, je déployais le drapeau tricolore au cri de Vive la charte ! en parcourant les rues, je revins à l’hôtel de ville ; le maire y était, nous annonça Point de dépêche et recommanda l’ordre de n’insulter personne : ces mots Point de dépêche me firent trouver les marches de la tourelle qui domine et là je fis flotter le drapeau tricolore, le ralliement des vrais français, aux cris de Vive la liberté ! Vive la charte ! En descendant, un valet vint encore par ordre me signifier de descendre le drapeau au balcon. Je répondis à cette insulte par un refus formel, en protestant que je saurai l’y maintenir et le soutenir : il y resta ! alors les cocardes se multiplièrent. Un parti encore arrogant, comme il en était partout, murmurait. Nous, forts de la liberté que nous défendions, avions tout prévu ; à midi et demi nous voulûmes occuper ou partager (une vingtaine) le poste de la place avec le 7e de ligne. La nuit, une partie faisait patrouille aux barrières, dans l’espoir d’arrêter les auteurs des fatales ordonnances. Rien n’en résulta et ce ne fut que le 4 que les autorités se décidèrent de reconnaître l’ordre des choses qui depuis le 2 se passait à Dunkerque. Et le 4 à 3 heures mon drapeau fut transporté sur la grande tour, en le remplaçant à l’hôtel de ville. Suffisamment instruits, Messieurs, sur des faits certifiés et envoyés à Paris, mieux que personne vous jugerez de l’effet qu’à pu produire un changement si subit dans une ville de 25.000 âmes, entrepris sans nouvelle positive par un petit nombre et de l’action d’un seul. Le député, à qui ces faits sont connus, pourra au besoin déclarer sur la véracité de ce rapport. Agréez Messieurs etc. » Il demeurait à Dunkerque en 1830. Bibliographie de la France ou Journal général de l’imprimerie et de la librairie et des cartes géographiques, n° 2, 12 janvier 1828, p. 28 ; Archives nationales F/1dIII/81, dossier Nord. On peut lire dans La Phalange, journal de la science sociale découverte et constituée, de Charles Fourier, 3e série, tome V, janvier-juin 1842, l’article suivant : « Un armateur de Dunkerque, le sieur Adolphe Gauwin, vient d’être condamné à un an et un jour d’emprisonnement et aux frais du procès, pour avoir tenté d’escroquer l’argent d’autrui en cherchant à faire passer pour avarie grosse, qui porte sur tous les affréteurs de marchandises, des avaries simples qui devaient rester exclusivement à sa charge comme armateur. »