Genevray, Antoine, Jean-Baptiste
Biographie
Né le 20 décembre 1795 à Paris. Ancien lancier de la garde, devenu marchand cordonnier-bottier. Il adressa, le 10 septembre 1830, la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales : « A l’honneur de vous exposer que dans les trois grandes journées qui nous présentent un avenir de bonheur, il n’a cessé de donner des preuves de patriotisme, en se rendant partout où le danger pouvait exiger sa présence. Le 27, il a fait partie des rassemblements qui entouraient le Palais-Royal ; il a excité cette masse qui résista à la gendarmerie et n’a quitté qu’après les premières décharges. Le 28, il s’est rendu sur la rive gauche de la Seine, où il se joignit aux sieurs Ligny, grenadier au même bataillon, et Têtefort (voir Têtefort, Amable), boulanger, rue du Four-Saint-Germain n° 80, et s’unit à eux ; ils entreprirent d’obliger un détachement de cavaliers à changer de position ; les grenadiers et les autres de la garde furent forcés de chercher un abri derrière le parapet. Leurs munitions épuisées, ils retournèrent chez eux. Ayant appris qu’on distribuait de la poudre rue des Fossés-Monsieur-le-Prince, ils en obtinrent et reprirent leur première direction. Passant près du Pont-Neuf, Genevray exposant s’avança sur le milieu de ce pont, tenant d’une main son fusil et de l’autre un mouchoir, somma un détachement de troupe de ligne de se rendre. Ses instances furent inutiles, il obtint seulement l’assurance des officiers que les soldats ne tireraient pas. Dans cette confiance, il rejoignit le sieur Ligny et tous deux ne cessèrent leurs feux que lorsque leurs munitions furent une seconde fois épuisées. En rentrant chez lui, il eut la satisfaction de voir des barricades élevées avec des objets lui appartenant, tels que portes et tonneaux. Le 29, jour qui a mis un terme à nos entraves, il pensa qu’il était expédiant de se procurer des moyens de résistance. Il se rendit sur la place de l’Abbaye, fondit des balles jusqu’à 9 heures du matin, tandis que son père lui apprêtait des cartouches. Ayant appris qu’on s’assemblait sur la place de l’Odéon, il alla prendre rang parmi ses concitoyens, ayant à leur tête un jeune homme portant l’habit de l’Ecole polytechnique et ayant d’épaisses moustaches, qui les dirigea sur le Panthéon. Genevray fut l’un des cinq hommes qui fit rendre le poste de Montaigu. Leur marche se dirigea ensuite sur la caserne de Babylone ; c’est là que, guidé par son courage, il affronta le péril, en entrant l’un des premiers dans ce repaire où la mort paraissait inévitable, mais le destin lui conserva une vie qu’il consacrait à sa patrie et dont il sera toujours disposé à lui faire le sacrifice en toutes circonstances. Messieurs, si ce narré exact de mon dévouement et des faits qui le caractérisent mérite le regard de votre bienveillance, je vous supplierai d’en adjuger le bénéfice à mon père (cordonnier, rue du Four-Saint-Germain, n° 69), ancien militaire qui a été blessé de deux coups de feu en défendant la cause nationale à Bouchevilliers, et qui a été sous les armes à la barrière de Clichy le 30 mars 1814, faisant partie de la garde nationale […]. Si la bienveillance de l’Etat pouvait le soulager dans ses vieux jours, lui et sa famille béniraient votre décision en sa faveur […]. » Sa lettre était accompagnée de plusieurs apostilles. La première : « Je, soussigné, certifie que le sieur Genevray s’est rendu le 28 juillet sur la rive gauche de la Seine et le 29 à la prise de la caserne de Babylone ; que les faits ci-dessus mentionnés sont exacts et véritables. » Signé, le 6 septembre 1830 : Têtefort, Amable, boulanger, 80, rue du Four-Saint-Germain. La deuxième : « Je certifie que M. Genevray s’est trouvé dans la défense des trois journées qui ont eu lieu. » Signé : Panceron ou Panseron, grenadier de la XIe légion de la garde nationale, demeurant 29, rue de l’Ecole-de-Médecine ; Nourrisseur, demeurant 8, rue du Paon. La troisième : « Je certifie que le sieur Genevray n’a pas quitté les armes pendant les trois grandes journées et qu’il s’est trouvé à Babylone et partout où le besoin menaçait. » Signé : Lathelire ou Lathelize, sergent-major au 32e de ligne, en congé d’un an. La quatrième : « Je certifie que le 29 juillet 1830 avoir vu et parlé au sieur Genevray, marchand cordonnier, à la caserne de Babylone et qu’il s’est conduit en bon citoyen défenseur de la liberté. » Signé : Meilheurat François (voir ce nom), marchand tailleur, sergent à la 2e compagnie de la XIe légion de la garde nationale, demeurant 31, rue des Fossés-Saint-Germain ; Mathieu, demeurant 29, rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés. La cinquième : « Je certifie avoir vu le 27 juillet sur la place du Palais-Royal le sieur Genevray, qui n’a quitté qu’après les premières décharges faites, et que les faits ci-dessus sont à ma connaissance. » Signé : Labarre, maître peintre en voitures, demeurant 140, rue du Faubourg-Saint-Denis ; Codant, parfumeur, demeurant 27, rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés. La sixième : « Les faits rapportés dans l’exposé ci-dessus sont notoires et le patriotisme du sieur Genevray assez connu pour faire ajouter foi à sa véracité. » Signé : Lathelire ou Lathelize, chaudronnier, demeurant 26, rue des Boucheries. La septième : « Moi, Maÿr, Prosper, graveur, demeurant rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés, blessé dans la journée du 29 à l’attaque de la caserne de Babylone, déclare que M. Genevray, s’est montré bon patriote depuis le 27 juillet jusqu’au 30, qu’il a électrisé dès les premiers jours tous ceux qui ont combattu sous lui à l’Abbaye et à la caserne de Babylone, où il est entré des premiers. » Signé : Maÿr (voir ce nom). La septième : « Je certifie que le sieur Genevray a fait partie, le 27 juillet, des rassemblements qui entouraient le Palais-Royal, qu’il a excités, par son organe, les nombreux citoyens à résister à la gendarmerie et qu’il n’a quitté qu’après les premières décharges faites, les faits mentionnés ci-dessus étant d’une exacte vérité. » Signé : Maugé. « Je certifie que M. Genevray a fait partie de nos braves citoyens, ces trois jours si honorables et a donné. Il objets pour faire des barricades. Il est digne de l’intérêt qu’on voudra bien lui accorder. » Signé : Ariet, demeurant 29, rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés. Le baron Fain, premier secrétaire au cabinet du roi, ajoutait l’apostille suivante : « Logé dans la même maison que M. Genevray, je certifie que l’exposé ci-contre est de notoriété dans tout le voisinage et je me joins volontiers à tous ceux qui le recommandent à la Commission. » Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement. Il signa, le 15 août 1830 ou 1831, le certificat suivant en faveur de Ligné, Charles, quand ce dernier tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Nous, soussignés, combattants de juillet 1830, certifions à qui de droit que le sieur Ligné, Charles, demeurant rue du Paon n° 8, faubourg Saint-Germain, s’est distingué dans les mémorables journées de notre révolution et principalement dans celles des 28 et 29. Le 28, il est allé à l’Hôtel de ville, il a pris part au combat qui s’est engagé entre la garde royale, l’artillerie et les citoyens. Il se distingua dans cette affaire par son courage. Le soir, forcé d’abandonner l’Hôtel de ville, il s’est joint à ses camarades et se sont dirigés sur le pont des Arts, où il contribua de tous ses efforts au combat de l’Institut. Le 29 au matin, il s’est dirigé vers la rue de la Monnaie et avec assez de peine il est parvenu à arriver sur la place Saint-Germain-l’Auxerrois, où il se distingua en se battant contre la troupe jusqu’à la prise du Louvre. Ayant appris qu’il existait encore de la résistance à la caserne de Babylone, il s’y est transporté et a pris part au combat jusqu’à la prise de cette caserne, où il entra un des premiers. Ayant été remarqué par son courage et comme ancien militaire par son adresse, les combattants soussignés lui donnèrent leur confiance pour la distribution des armes dans cet endroit. » En 1830, il était grenadier au 2e bataillon de la XIe légion de la garde nationale. Il demeurait 29, rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés en 1831. Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, Nom des personnes qui se sont distinguées dans les mémorables journées p. 273 (sous le seul nom de Genevray) ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des médaillés de Juillet du (ancien) XIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 633 n° 1, liste des citoyens décorés de la médaille, XIe arrondissement, convocations des décorés à la mairie ; Archives de Paris VK3 32, liste des médaillés de Juillet du (ancien) XIe arrondissement ; Archives de Paris VK3 45 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) XIe arrondissement ; Archives de la préfecture de police AA 399 in dossier Ligné, Charles. Il y a dans Archives de la préfecture de police AA 379 in dossier Cochery, Louis, François, un Genevray fils, qui signe, le 6 août 1830, le certificat (comme Mathieu, demeurant 29, rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés, qui a signé pour Genevray) le certificat suivant en faveur de Cochery, Louis, François : « Nous, soussignés, habitants du quartier de l’Abbaye Saint-Germain, certifions et attestons que le sieur Cochery, Louis, François, commissionnaire, demeurant rue du Four-Saint-Germain n° 1, a, quoique père de famille, dans les journées du 27, 28 et 29 juillet, donné des marques d’un dévouement à toute épreuve, que comme ancien militaire sous-officier, il s’est porté sur tous les points d’attaque et a, par sa présence, animé le courage des citoyens de son quartier pour la défense de la patrie. »