Genthon aîné
Biographie
Ouvrier compositeur-typographe chez M. Firmin-Didot. En 1834, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, seize jeunes filles (une par arrondissement parisien et quatre pour les arrondissements ruraux), filles de combattants soit de juillet 1830 soit de juin 1832, devaient être dotées de trois mille francs pour pouvoir se marier. Genthon aîné, qui voulait marier sa fille, Marie, Esther, née vers 1814 à Paris, ouvrière en robes, fit acte de candidature et fit parvenir au maire de son arrondissement la lettre suivante : « D’après le conseil qui m’a été donné dès l’année dernière par plusieurs notables de l’arrondissement de proposer ma fille pour jouir de la faveur accordée aux enfants des combattants de Juillet lors de leur mariage, je me décide, dans l’intérêt de ma fille, à parler pour la première fois de la conduite que j’ai tenue dans ces mémorables journées. Il m’est facile d’en donner les preuves les plus incontestables, si vous croyez, monsieur le maire, qu’elles me soient nécessaires pour l’apostille de ma demande des personnes que je vous désigne. Père de deux filles et ouvrier compositeur à la typographie de M. Firmin-Didot depuis vingt-cinq ans, n’ayant pour toute fortune que mon travail, je craindrais de donner ma fille sans cette dot à un jeune soldat de la 3e compagnie d’ouvriers du train d’équipages, dont le corps est en ce moment à Sampigny. Ce jeune homme, dont je connais les mœurs et la conduite, quoique porteur d’un congé illimité, pourrait, d’un instant à l’autre, être rappelé sous les drapeaux et laisserait alors sa femme et peut-être un enfant dans le besoin. Habitant du (ancien) Xe arrondissement depuis 1800 et par conséquent étant connu d’une grande partie de vos administrés, je me détermine à mettre sous vos yeux les titres que je crois avoir pour obtenir cette faveur. A la formation de la garde nationale en 1814, je fus nommé caporal à la 3e compagnie, 4e bataillon de la Xe légion. Appelé à la défense de la capitale, je sortis par la barrière Montmartre avec un détachement de notre compagnie, commandée par le lieutenant Gottis et le sergent Massy. Etant restés fidèle à notre poste à la barrière du Roule, jusqu’à l’entrée des troupes étrangères, on prit les noms de ceux qui restaient de chaque compagnie pour être portés à la candidature des croix d’honneur données par Louis XVIII à la garde nationale. M. Hugues, ancien militaire, obtint la préférence. En 1830, appelé aux armes par l’organe de M. Manteau, je me rendis un des premiers en uniforme à la mairie, où je fus inscrit par MM. Wurtz et Dequevauvillers, aujourd’hui notre lieutenant-colonel ; j’ai coopéré au désarmement des postes de l’Abbaye, de la 1re division militaire, rue de Lille et de Saint-Thomas-d’Aquin ; j’ai ensuite accompagné M. Manteau et d’autres citoyens sous le commandement du nommé Besnard à la prise de la caserne de Babylone. Après la prise de cette caserne, je me rendis à l’Hôtel de ville, où mon uniforme et mes galons me firent désigner par un officier supérieur pour escorter un convoi de blessés à l’hospice Saint-Cosne, rue de l’Observance, avec injonction de sa part de lui en rapporter un reçu, ce que je fis et me mis ensuite en route pour Rambouillet. Je me présentai volontairement pour faire partie de la garde nationale réorganisée, où, quoique ouvrier et porteur de livret, je fais mon service en qualité de sergent de voltigeurs dans la compagnie de M. Péan de Saint-Gilles, qui attestera, au besoin, non seulement de l’exactitude dans mon service mais aussi que dans toutes les circonstances difficiles qui se sont passées depuis cette époque, j’ai toujours été du nombre des bons citoyens qui se sont réunis pour que force restât à la loi. Voilà, monsieur le maire, l’exposé véridique de ma conduite comme garde national depuis 1814 et comme habitant du (ancien) Xe arrondissement depuis trente-trois ans. Mais, n’ayant fait aucune réclamation devant la Commission des récompenses nationales, je n’en n’ai jamais rien reçu et ne suis pas décoré de Juillet […] » Sa lettre était apostillée par le capitaine de sa compagnie, son lieutenant-colonel, et d’autres gradés (non identifiés) qui certifiaient les bons services et le dévouement dont faisait preuve Genthon dans la garde nationale. La mairie donna, de son côté, les renseignements suivants sur Genthon : « M. Genthon, qui a combattu avec dévouement dans les journées de Juillet, n’a rien demandé pour récompense de ses services. Caporal de voltigeurs, il a été à toutes les prises d’armes. M. Péan de Saint-Gilles, notaire et capitaine en premier, M. Joncquoix, capitaine en second, M. Robinet, chef de bataillon, M. Aumont, capitaine de grenadiers, M. Manteau, négociant en vins, décoré de la Croix de Juillet recommandent M. Genthon. » La fille de Genthon fut effectivement l’une des candidates sélectionnées par la mairie du (ancien) Xe arrondissement, puis finalement choisie après le désistement de deux autres couples. Elle épousa Guiniard, Augustin, né vers 1810 à Presle (Seine-et-Oise), ouvrier ferblantier-lampiste, soldat à la 3e compagnie du train d’équipages, en congé illimité. Genthon aîné demeurait 8, rue du Colombier en 1834. Archives de Paris VD6 524 n° 3, année 1834.