Gervais, François, Guillaume
Biographie
Né le 6 mars 1803 à Caen (Calvados). Médecin. Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) VIIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) VIIe arrondissement. Proposé pour un emploi de chirurgien sous-aide par la Commission des récompenses nationales, il fut nommé à ce poste, le 27 mai 1831, et affecté à Briançon, destination qu’il refusa. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) VIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il fut arrêté le 31 août 1831 pour délit politique et libéré le 29 décembre 1831. Il fut l’un des inculpés (avec Bonnias, Henri ; Chaigneau, Jean-Marie ; Blanqui, Auguste ; Delaunay, Victor ; Hubert, Jean-Louis ; Juchault, Alexandre ; Plagniol, Eugène ; Préot ; Raspail, François, Vincent ; Rilheux, Norbert, ou Rillieux ; Rivail ; Thouret, Vincent, Antoine ; Trélat, Ulysse) du procès, en janvier 1832, contre les membres les plus influents de la Société des Amis du peuple, pour complot ayant pour but d’instaurer la république, et qui furent tous acquittés par le jury. A la question du président du tribunal, qui lui demandait son domicile, il répondit : « Sainte-Pélagie – Ce n’est pas là votre domicile. – Vous me demandez quel est mon domicile actuel, et je vous indique celui que le gouvernement m’a procuré depuis trois mois et demi. » Si Gervais fut acquitté, il fut comme certains l’objet de peines accessoires, prononcées par les seuls magistrats et pour leur attitude pendant le cours du procès : pour outrages envers le roi ou la magistrature, Gervais fut condamné six mois de prison et cent francs d’amende ; il avait de plus à répondre de rébellion contre un officier de police judiciaire. Il fut arrêté, le 13 avril 1834, pour provocation à des crimes et délits, en compagnie de : Higonet, Guillaume, Philippe, Joseph (voir ce nom), architecte, né en 1802 à Maubeuge (Nord), demeurant 29, rue de La Villette à Belleville ; Charpentier, Charles, Nicolas, Isidore, né vers 1794 à Morare, architecte, officier de la garde nationale, demeurant 5, rue du 29-Juillet ; Rivail, Henry, né vers 1810 à Paris, imprimeur, demeurant 24, rue Notre-Dame-des-Victoires, condamné à six mois de prison le 23 juin 1832 pour participation à tentative de renversement du gouvernement ; Duchatelet, Armand, Ernest, né vers 1812 à Paris, élève en médecine, demeurant 23, quai de la Cité, déjà arrêté le 16 juillet 1831 pour délit politique, nouvel écrou le 13 août 1831, condamné à trois mois le 3 décembre 1831 pour son premier écrou et libéré le 1er mars 1832 de son second écrou ; Delescluze, Charles, né vers 1810 à Dreux (Eure), clerc d’avoué, demeurant 21, rue Coquenard ; Plagniol, Eugène (voir Plaignol, Eugène), né vers 1795 à Serrières (Ardèche), économiste, demeurant 3, rue Feydeau ; Marius, Georges, Louis, né vers 1803 à Grandson, artiste, demeurant 36, rue d’Argenteuil ; Delsart, Adolphe, né vers 1806 à Valenciennes (Nord), sténographe, demeurant 44, rue Basse-du-Rempart ; Planel, Jules, né vers 1814 à Noyon (Osie), étudiant en droit, demeurant 57, rue de Seine ; Leur arrestation fut l’objet du procès-verbal suivant : « Hier, à 9 heures trois quarts du soir, agissant en vertu et pour l’exécution d’un mandat de M. le conseiller d’Etat portant de cerner la maison rue Notre-Dames-des-Victoires où sont établis les bureaux du journal La Tribune et d’arrêter toutes les personnes qui se trouveraient dans lesdits bureaux ainsi que celles qui en sortiraient ou qui viendraient à y entrer, MM. Bouilhon et Lafontaine, commissaires de police aux délégations, le sieur David, officier de paix, et des agents sous leurs ordres ont arrêté les trois premiers individus dénommés d’autre part, comme il sortaient des bureaux, les six autres comme ils se tenaient cachés dans un couloir en face de la porte d’entrée lequel conduit à un escalier donnant dans la cour à droite, et le dixième au moment où il venait de l’extérieur pour entrer dans les bureaux du journal La Tribune. Ces sept derniers individus protestèrent d’abord contre leur arrestation qu’ils considéraient comme arbitraire et refusèrent de décliner leurs noms jusqu’à ce qu’ils ont été écroués au dépôt de la préfecture. Après leur arrestation les scellés ont été apposés en vertu du mandat sur trois portes fermant tous les bureaux dudit journal et ils ont été confiés à la garde du sieur Oudaille, garçon de bureau du journal, qui a dit s’en rendre responsable sous toutes les peines portées par la loi en tant que cela dépendra de lui. » Il fut plus connu sous le nom de Gervais de Caen. Nous empruntons au Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier de Maitron la notice biographique qui lui est consacrée et ainsi rédigée : « Médecin en 1827, décoré de Juillet, membre de la Société des Amis du Peuple, apparemment assez agressif, il fut inculpé dans tous les procès de la Société. Lors d’une saisie par la police des publications de la Société, chez l’imprimeur Mie, il se rebella et fut arrêté le 31 août 1831 pour rébellion, attaque à main armée d’un commissaire de police, incitation à la haine et au mépris du gouvernement. Le jury d’assises l’acquitta le 29 octobre. Demeurant 36, rue de la Verrerie (ancien VIIe arrondissement), il comparut au procès des Quinze pour délit de presse, avec Blanqui, Raspail et d’autres, fut acquitté de l’accusation principale, mais condamné à l’issue du procès, à six mois de prison pour outrages à fonctionnaires publics lors du procès, le 12 janvier 1833, Incarcéré le 6 avril 1833 à Sainte-Pélagie, il en sortit le 2 octobre 1833, peine expirée. Membre de la Société des Droits de l’Homme, il fut arrêté dès le 12 avril 1834 dans les locaux de La Tribune, écroué le 15 avril à Sainte-Pélagie pour complot, mais libéré le 11 juillet sur ordonnance de non-lieu de la Cour des pairs. Par contre, il fut condamné le 12 juin 1834 par la cour royale pour diffamation envers le préfet de police et ses agents à 2 mois prison et 500 francs d’amende, incarcéré le 2 août 1834 à Sainte-Pélagie, libéré le 30 septembre 1834, bien qu’ayant été l’un des animateurs de la révolte des prisonniers politiques à Sainte-Pélagie du 28 septembre 1834. Il fut une nouvelle fois condamné pour outrage à magistrat le 4 avril 1835 par la cour royale à 1 mois (du 13 avril au 12 mai), ce qui ne l’empêcha pas de rejoindre les défenseurs des accusés d’avril. Au procès des défenseurs, à la Chambre des pairs, alors que la plupart des « appelés » disaient ne pas avoir rédigé ni signé l’adresse, il entama une longue polémique avec le chancelier Pasquier sur les problèmes de procédure dans lesquels ce dernier fut rapidement dépassé. Il conclut : « Je répondrai pour ma dignité personnelle parce que je ne reconnais à personne le droit de me dominer... et qu’il a été cru que la chambre voulait faire perdre aux appelés leur crédit dans le pays. » Il fut condamné pour cela, par jugement du 4 juin 1835, à 1 mois d’emprisonnement, à Sainte-Pélagie (21 juin-20 juillet), et 2 000 F d’amende. Il devint par la suite industriel, administrateur des mines de la Loire, préfet de police du 14 octobre au 20 décembre 1848 – son secrétaire général étant Robert Richard O’Reilly - et directeur de l’École de commerce après Adolphe Blanqui. Par courrier du 23 septembre 1861, son successeur à la Préfecture de Police donnait au ministre de l’agriculture, du commerce et des travaux publics un avis favorable à la promotion de Gervais au grade de chevalier de la légion d’honneur. Il écrivait : … “M. Gervais (de Caen) a été, sous le règne du Roi Louis Philippe, l’un des fervents adeptes de la démocratie et, de 1831 à 1835, il a subi quatre condamnations pour diffamation et outrages envers des magistrats, savoir : 1° 6 mois de prison, cour d’appel de Paris, le 12 janvier 1832, pour outrages à des magistrats ; 2° 2 mois de prison, assises de la Seine, le 12 juin 1834, pour diffamation envers le Préfet de Police ; 3° 1 mois de prison, jugement de Paris, le 4 avril 1835, pour outrages à un magistrat ; 4° 1 mois de prison, chambre des Pairs, le 4 juin 1835, pour offenses envers la Cour. Appelé peu de temps après la Révolution de Février aux fonctions de Préfet de Police, M. Gervais (de Caen) paraît depuis cette époque, avoir modifié ses opinions et s’être rallié à la cause de l’ordre. Il a fait, il y a quelques années, partie d’une commission d’inspection en Algérie sous le ministère du Prince Napoléon auquel on le dit entièrement dévoué. Depuis la mort de M. Blanqui, M. Gervais (de Caen) dirige l’Ecole Supérieure de Commerce ; il est dans une belle position de fortune et on le représente favorablement sous le rapport de la conduite et de la moralité…” » Il mourut le 3 décembre 1867. Il demeurait 36, rue de la Verrerie en 1831-1834. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la médaille de Juillet du (ancien) VIIe arrondissement (que fait-il sur une liste de médaillés, mais c’est bien lui) ; Archives nationales F/1dIII/33, Commission des récompenses nationales, ministère de la Guerre, emplois d’officiers de santé, d’officiers d’administration des hôpitaux militaires de chirurgiens et d’officiers dans le bataillon d’ouvriers ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) VIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) VIIe arrondissement ; Archives de la préfecture de police AA 422, année 1834, dossiers collectifs 3 février-27 décembre 1834 (549 à 793) in dossier Higonet, Guillaume, Philippe, Joseph ; Procès des quinze, publié par la Société des Amis du peuple, Paris, Auguste Mie, 1832. Est-ce que c’est lui dont parle Laujoulet ?