Gibert-Arnaud, Jean, Joseph

Biographie


Né le 19 septembre 1792 à Panazol (Haute-Vienne), petit-fils du vice-président du tribunal criminel de Nîmes, mort victime de la Révolution, fils d’un militaire de la république et de l’Empire, frère d’un militaire au 22e régiment d’infanterie légère, licencié en 1815, lui-même ancien officier des armées de l’Empire, ayant participé à cinq campagnes, ayant reçu trois blessures, deux fois porté pour la croix de la Légion d’honneur, la première fois à Lutzen et la seconde au siège d’Erfurth, prisonnier de guerre. Homme de lettres. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Ier arrondissement. Il sollicitait un emploi de chef de bureau soit dans un ministère soit dans l’administration des Postes ou dans celle des douanes, quoique, précisait-il, n’étant pas dans l’infortune, faisant honneur à ses affaires et vivant du produit de ses ouvrages. Sa lettre était apostillée de la mention suivante : « Nous soussignés, habitants de Paris, certifions qu’il est à notre parfaite connaissance que M. Gibert-Arnaud, Jean, Joseph, ex-officier et homme de lettres, expose la vérité, qu’il est de bonne vie et mœurs, qu’il a courageusement combattu contre l’ennemi commun, dans les mémorables journées de juillet dernier, que, par ses paroles fermes, il a découragé les soldats du poste de la rue des Froidmanteau, qui, après plusieurs décharges sont rentrés dans la maison n° 2 où ils se sont rendus, que ledit Gibert-Arnaud a concouru à l’attaque et à la prise des Tuileries, où il a fermement empêché le pillage de bien des objets précieux, qu’il a coopéré au pansement et au transport des blessés, que sa conduite est d’autant plus louable qu’il est père de famille et que son épouse était accouchée le 28 au soir d’un garçon, qu’enfin sa bravoure, son dévouement national et sa modération sont de nature à mériter une récompense nationale, que nous lui verrons décerner avec plaisir. » Cette apostille était signée de Faure, employé, demeurant 12, rue des Anglais ; de Bardollet, ex-officier au 7e régiment des hussard, demeurant 178, rue Saint-Honoré ; de Fontaine, opticien, demeurant 74, rue Mazarine ; de Prault (voir ce nom), ex-lieutenant, demeurant 3, rue Froidmanteau ; de Delaval, demeurant 16, rue de la Bibliothèque ; de Legay, ex-officier, demeurant place Saint-Germain-l’Auxerrois ; de Billard, inspecteur de place, demeurant 48, rue de l’Université ; de De Lavernade, lieutenant adjudant de place à Calais ; de Montet, conseiller référendaire à la Cour des comptes. Dans une autre lettre, Gibert-Arnaud ajoutait : « Quant à ma conduite dans les mémorables journées, je donnerai pour preuve de ma coopération à la défense de Paris que j’étais, aussitôt la prise du Louvre, premièrement avec le sieur César [voir ce nom, N.D.A.], maintenant officier au 4e léger en garnison à Mâcon, deuxièmement que j’ai été vu combattant par le sieur Laurent, bouquiniste, quai de l’Ecole, troisièmement que j’ai fait partie quelques instants de la petite division du sieur Dupaquier (rue Mazarine n° 56), enfin les attestations ne manquent pas même pour constater que j’ai sauvé la vie, rue de Rohan, à un enfant de douze ans, qu’un citoyen ivre voulait tuer ; ce jeune enfant ayant essuyé un coup de fusil de la part de ce citoyen qui lui reprochait d’avoir pris une robe de femme ; je me suis élancé sur ce furibond, l’ai désarmé pendant qu’il rechargeait son arme et si je ne l’avais pris sous ma protection lui-même aurait été fusillé. J’ai profité de ce qu’on se battait contre les Suisses qui faisaient feu de la maison du chapelier, pour conduire cet homme dans la rue de Chartres et suis venu moi-même participer à l’attaque du Palais-Royal. » Gibert-Arnaud reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Ier arrondissement. Il signa le certificat suivant en faveur de Souliard, Jean : « Nous, soussignés, citoyens habitants de Paris, attestons qu’il est à notre connaissance que le sieur Souliard, Jean, âgé de vingt-cinq ans, ex-conducteur, demeurant rue Sainte-Anne, n° 11, s’est parfaitement bien conduit dans les mémorables journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, qu’il a fait preuve de bravoure et de patriotisme, que le 27 au soir, rue Neuve-des-Petits-Champs, voyant que des officiers de la garde royale entraînaient un garde national, ledit Souliard demanda à celui qu’on menait en prison si vraiment il avait quelque chose à craindre. Celui-ci répondit : Oui. Aussitôt ledit Souliard, armé de deux pistolets et d’une carabine, signifia au colonel qui était au nombre des officiers et du mouchard qui conduisait le garde national que s’ils ne le lâchaient pas il lui brûlerait la cervelle. Cette menace était sur le point de recevoir son exécution quand le prisonnier fut abandonné à son libérateur. C’est alors que ce garde national dit au sieur Souliard qu’il se nommait Cheval, boucher, rue de Rochechouart, n° 28 et remercia celui qui, par son courage, l’avait préservé des plus grands dangers. Le 28, ledit Souliard ne cessa de se battre contre les troupes royales. Il passa la nuit au coin de la rue Saint-Nicaise, où il était embusqué, faisant feu sur les soldats campés au bout de la rue de Rivoli, leur ayant fait un grand dommage. Le 29, il fut un des premiers qui entrèrent aux Tuileries. Au poste du Carrousel, il fut légèrement blessé d’un coup d’épée, mais il renversa d’un coup de pistolet l’officier qui l’avait blessé. Ledit Souliard a concouru à la prise du canon de 24 à Vaugirard. Il a fait la campagne de Rambouillet. » Il apostilla la demande d’une place, en récompense de ses services, que présenta Prault, Louis, François. En 1831, il pensait qu’il y avait eu une erreur, en sa défaveur, et qu’il s’agissait de lui, sur les listes du Moniteur, à l’identité de Arnaud, Jean-Joseph, André, décoré de la Croix de Juillet ; il s’ensuivit une nombreuse correspondance, infructueuse, avec la Commission pour tenter de faire rétablir ce qu’il considérait comme son droit. Refusant « de s’associer au rassemblement de la Grande Chaumière, passage du Saumon. Au contraire, comme homme de Juillet, porté sur la liste des chevaliers décorés de cette croix », il était prêt à accepter la décoration des mains du roi et à prêter le serment qui s’y rattachait, et sollicitait la réparation de l’erreur. Le ministère de l’Intérieur lui fit savoir qu’il n’y avait aucune confusion en sa défaveur et qu’il s’agissait bien de Arnaud, Jean-Joseph, André, décoré de la Croix de Juillet, et médecin rue du Regard. Gibert-Arnaud signa un certificat en faveur de Pulvignon, Solemme, pour attester que ce dernier avait combattu pendant les journées de Juillet. Il signa, de la même manière, un certificat en faveur de Salamite, François pour attester la présence de ce dernier à la prise du Louvre et des Tuileries. Il signa un certificat en faveur de Bourdon, pour attester les services qu’avait rendus ce dernier. Il signa, le 1er septembre 1830, le certificat suivant en faveur de Dupaquier, Pierre : « Nous, soussignés, citoyens de la Ville de Paris, certifions et attestons que le sieur Dupaquier, ex-sergent-major, actuellement employé dans l’octroi de Paris, n’a cessé de combattre, avec environ cent hommes qu’il commandait, dans les glorieuses et mémorables journées de juillet 1830. Le 27 juillet, il résolut de prendre les armes pour défendre nos libertés menacées ; le 28, vers les 6 heures du soir, étant près de l’Institut de France, il fit le coup de feu jusqu’à 8 heures et demie contre les Suisses du Louvre. Le 29 à 6 heures du matin, se rendant au bureau d’ordre de son administration, barrière d’Enfer, il rencontra sur le boulevard Montparnasse deux voitures de pain, destinées aux Suisses de Babylone ; il s’empressa de les faire distribuer aux femmes et aux enfants de ceux qui étaient à combattre ainsi qu’à ceux qui formaient les barricades. Le même jour, à 7 heures du matin, s’étant transporté à la barrière de Sèvres, où l’appelait son service, il arrêta l’arrière-garde du régiment des dragons de l’ex-garde et, par sa fermeté, il fit déposer les armes aux hommes qui la composaient. A 9 heures, étant dans la rue de Lourcine, il rassembla une vingtaine d’hommes qui n’avaient pas d’armes et leur dit : “A la caserne, nous en trouverons.” En effet, le brave bataillon du 15e régiment d’infanterie légère qui s’y trouvait caserné leur remit armes et munitions ; arrivés à la place de l’Odéon, où se trouvaient près de deux cents hommes armés, il survint au même instant un élève de l’Ecole des braves (lire l’Ecole polytechnique, N.D.A.), s’annonçant venir de la part du général Lafayette pour prendre le commandement en chef des citoyens qui s’y trouvaient réunis, nomma le sieur Dupaquier capitaine commandant une centaine d’hommes ; arrivé à la caserne Babylone, il s’empressait de placer sa troupe en tirailleurs dans les jardins ; après une vive fusillade, il donna l’avis aux autres capitaines de mettre le feu à la porte d’entrée de la caserne et d’y faire tirer quelques coups de canon ; enfin, par ce moyen, on en devint maîtres. De là, il fut à la prise des Tuileries ; le soir du même jour, il fut commandé par ordre de l’autorité pour maintenir l’ordre dans son arrondissement. Le 30 juillet, il conduisit, par ordre de M. le maire du (ancien) Xe arrondissement au quartier général des patriotes un officier du 50e régiment de ligne qui arrivait de Saint-Cloud le même jour. Il fut désigné par M. de Quevauvillers, lieutenant-colonel de la Xe légion de la garde nationale de prendre le commandement du poste du port des Saints-Pères, composé d’une vingtaine d’hommes, où il resta constamment jusqu’au 1er août à l’effet d’y maintenir l’ordre public. » Il signa, le 12 août 1830, le certificat suivant en faveur des frères Lafon : « Nous, soussignés, citoyens habitants de Paris, déclarons et attestons qu’il est à notre connaissance que les trois frères Lafon, Martin, âgé de trente-quatre ans, ex-sous-officier, Lafon, François, âgé de vingt-cinq ans, tailleur, Lafon, Pierre, âgé de vingt-trois ans, tailleur, domiciliés à Paris, rue Croix-des-Petits-Champs n° 19, sont de bonnes vie et mœurs et que, dans les mémorables journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, ils ont constamment donné des preuves de bravoure et de patriotisme, en combattant pour la cause nationale. Nous attestons que lesdits frères Lafon étaient au nombre des citoyens qui sont entrés des premiers dans le palais royal (sic) défendu par les troupes de la garde royale et que leur conduite est digne d’éloge. » Il signa, le 14 août 1830, l’attestation suivant en faveur de Delaval père, et Delaval fils : « Nous, soussignés, habitants de Paris, attestons qu’il est à notre connaissance que le sieur Delaval, Louis, père de famille, horloger, demeurant rue de la Bibliothèque n° 16, et son fils, Delaval, Louis, Claude, chapelier, rue Saint-Denis n° 244, sont de bonnes vie et mœurs et que, dans les mémorables journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, ils ont vaillamment combattu avec les citoyens de Paris pour la cause nationale et que leur patriotisme n’est point équivoque, qu’ils ont fait preuve de courage et d’humanité. Leur conduite est d’autant plus louable que le père Delaval, âgé de cinquante ans, se trouve ruiné par des pertes considérables et est resté dans l’infortune la plus complète. Lesdits Delaval méritent l’estime de leurs concitoyens. » Il apostilla une demande de secours présentée par Salamite, François, le 10 septembre 1830 et lui délivra, le 15 septembre 1830 et comme ancien officier de santé, le certificat suivant : « Je, soussigné, ancien officier de santé aux armées, certifie avoir pansé durant un mois la blessure du sieur François Salamite, âgé de vingt-trois ans, peintre en décors ; blessure reçue le 29 juillet dernier et provenant d’un coup de sabre sur le dos de la main droite, ayant fait incision et pénétré jusqu’au périoste du deuxième et troisième os du métacarpe. Il a résulté de cela une plaie, qui s’est réduite par une solution de continuité du tissu cellulaire, et l’usage d’un liniment résolutif a rétabli et rétablit peu à peu l’articulation des doigts, et a aussi dissipé la contusion que ledit Salamite a reçue sur l’omoplate droite. Il a résulté de cela un empêchement au travail de l’état du sieur Salamite. » Il signa, le 21 septembre 1830, le certificat suivant en faveur de Othon, Marc, François, Isidore, et que ce dernier présenta quand il tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Nous, soussignés, citoyens habitants de Paris, attestons qu’il est à notre connaissance que M. Othon, Marc, François, Isidore, âgé de quarante-quatre ans, ancien militaire, membre de la Légion d’honneur, demeurant rue du Faubourg-Montmartre n° 30, est de bonnes vie et mœurs ; qu’il a combattu dans les rangs du peuple les 28, 29 juillet 1830 pour la cause de la liberté et de la patrie ; qu’il était à l’attaque et à la prise des Tuileries et qu’ensuite au Palais-Royal il a fait rendre les armes à une trentaine de soldats suisses et royaux, qu’il a empêchés d’être massacrés, en les faisant réfugier dans une maison de la rue Montpensier. Ledit Othon a montré beaucoup de bravoure et de modération et sa conduite ainsi que son dévouement national lui donnent des droits aux récompenses patriotiques et à l’estime de ses concitoyens. » Il signa un certificat en faveur de Ducros, Ferdinand, pour attester que ce dernier « s’est bien conduit dans les mémorables journées des 27, 28 et 29 juillet, qu’il a combattu pendant ces trois jours dans les rangs du peuple et que son dévouement pour la cause nationale est manifeste ». Dans sa lettre, il précisait aussi que son père, propriétaire foncier à Nîmes, élu lieutenant à la 3e compagnie des chasseurs de la garde nationale, peu après la révolution, « combattait avec un fusil à deux coups contre les bandes de nouveaux Trestaillon [Trestaillon était tristement célèbre pour les exactions et assassinats dont il se rendit coupable dans le Midi, au moment de la Seconde Restauration, dans ce qu’on a appelé la Terreur blanche, N.D.A.] ; d’ailleurs les protestants de pays-là ne résistent jamais en pareille occurrence ». Il signa le certificat suivant en faveur de Bacarisse, Etienne : « Nous, soussignés, citoyens habitants de Paris, déclarons et attestons qu’il est à notre connaissance que M. Bacquarise (sic) dit Bacqui, Etienne, officier de la vielle garde, demeurant rue de l’Ouest n° 3, n’a cessé d’être au rang des braves citoyens qui ont vaillamment combattu pendant les mémorables journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, que sa bravoure a donné lieu à un article en sa faveur dans les journaux et que ledit Bacquarise, dit Bacqui, a, le 29, enlevé, à la tête de quinze hommes qu’il commandait, une pièce de canon et un caisson aux troupes suisses qui faisaient feu sur le peuple dans la rue de Babylone, qu’ayant reçu une blessure à la jambe droite il n’a pas abandonné la pièce de canon ni le caisson, qu’il a remis au général Lafayette à l’Hôtel de ville, qu’en un mot la conduite et la bravoure de cet ex-officier est digne de tout éloge. » Il signa, le 28 août 1831, le certificat suivant en faveur de Ruffin, Jean-Marie, et que ce dernier présenta quand il tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Nous, soussignés, certifions que le sieur Ruffin, Jean-Marie, âgé de cinquante-deux ans, profession de libraire, demeurant rue Thibautodé n° 6, a participé comme citoyen et patriote aux affaires des mémorables journées de Juillet ; qu’il était à la prise du Louvre, à celle des Tuileries le 29 et qu’il a combattu avec le courage et dévouement d’un ancien militaire. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, en tant que décoré, auprès de la mairie du (ancien) Ier arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il fut l’instigateur d’une pétition présentée à la Chambre des députés à la session de 1831, qui demandait la suppression de la différence entre les récompenses honorifiques (croix et médailles) et la participation pour tous aux distributions pécuniaires effectuées par la Commission de la souscription nationale, et non plus aux seuls blessés, veuves, orphelins et ascendants de victimes des combats. Les sommes collectées par cette Commission étaient en effet considérables et quelques-uns des combattants, laissés pourtant indemnes par les combats, ne comprenaient qu’ils ne pussent pas participer aux récompenses pécuniaires (la Commission de la souscription nationale versa cependant plusieurs fois des sommes aux seuls combattants, par exemple vingt-cinq francs à chaque décoré pour l’anniversaire des journées de Juillet en 1831, ou pour l’habillement des gardes nationaux décorés de Juillet, en fournissant l’uniforme). Cette pétition présentée par Gibert-Arnaud était ainsi rédigée : « […] Il a été promulgué qu’aux braves de Juillet, il serait décerné une récompense nationale soit pécuniaire soit honorifique. Quant à la première chose, contrairement au vœu de la nation, les blessés seuls sont admis à ce bénéfice et quant à la deuxième (la décoration spéciale) il est de fait que la Commission, la chambre élective et la Chambre des pairs ont arrêté qu’un ruban rouge à liséré noir accompagnerait la croix et la médaille de Juillet. Malgré cette loi, deux ordonnances ont assigné un ruban bleu à la croix et un ruban à trois couleurs à la médaille.

»Le ruban tricolore étant national et le droit de tous les Français indistinctement, les journaux, avec justice, se sont récriés contre cette illégalité en ce que tout citoyen peut de son chef porter ce ruban à son chapeau comme à sa boutonnière et qu’ainsi la médaille avec le ruban tricolore ne présentait nullement une décoration spéciale.

»Or donc pour que la décoration de Juillet soit spéciale dans la force du mot, il est nécessaire qu’elle soit pour les cinq ou six mille décorés : ou avec le ruban rouge à liséré noir comme l’a jugé la nation, ou avec le ruban bleu à liséré rouge comme l’a prétendu le ministère.

»Dans cet état d’hiérarchie et de scission, les ayants droit se sont assemblés. Il est de toute authenticité que les décorés de la médaille, assistés de décorés de la croix, se sont réunis en très grand nombre le 3 juillet dernier et, vivement touchés de la mystification faite à leur amour-propre, ils ont protesté contre la division dont on a voulu les doter. Pendant cinq fois, toujours unanimement, ils ont délibéré que pour les médaillistes et ceux qui ont la croix il ne devait exister qu’un seul et même ruban et qu’une seule et même croix. Le 12 juillet suivant, une réunion de trois à quatre mille a eu lieu et les décorés ont signé de même une protestation contre la médaille.

»Voilà donc l’opinion générale et conciliatrice. Vous allez, Messieurs, statuer sur le sort des braves qui ont au moins mérité votre indulgence et votre appui. Ils attendent tous, avec la plus vive impatience, l’heureux moment où vous déclarerez à la France entière que les décorés de Juillet sont tous égaux en récompense honorifique ; vous ajouterez à cette justice la faveur de les faire participer à la souscription ou indemnité nationale ; leur reconnaissance vous sera acquise à jamais. Je suis etc. »

Le 13 août 1831, il adressait la lettre suivante au roi : « Sire,

»Votre Majesté, la Chambre des pairs, la chambre élective sont appelés à délibérer sur l’homogénéité des protestations, ici résumées, des décorés de la croix et des décorés de la médaille de Juillet, contre la disparité injustement établie à leur égard.

»N’a-t-on pas promulgué qu’aux braves des trois jours il serait décerné une récompense nationale, soit pécuniaire soit honorifique ? Quant à la récompense pécuniaire (fondée sur les dons nationaux), contrairement au vœu général, les blessés sont seuls en partie admis à en jouir ; et quant à la décoration spéciale, il et de fait que, la commission, la Chambre des députés de 1830 et la Chambre des pairs ou du pouvoir ont décrété qu’un ruban rouge avec deux lisérés noirs accompagnerait la croix et la médaille de Juillet, auquel elles seraient suspendues.

»Malgré cette loi, deux ordonnances subséquentes ont assigné un ruban bleu à lisérés rouges à la croix et le ruban tricolore à la médaille. Certes, on s’est récrié contre cette prévarication.

»De quel droit prétendrait-on déposséder tous les Français indistinctement de la parure ou décoration nationale pour la travestir en décoration particulière ? Avec raison, les journaux et les parties intéressées se sont récriés contre cette illégalité en concluant que la médaille, suspendue au ruban à trois couleurs ne présentait nullement une décoration spéciale.

»Par conséquent, pour que la décoration honorifique de Juillet soit uniforme et spéciale dans toute la force du mot, il est indispensable qu’elle soit pour les 5600 citoyens décorés : ou revêtue du ruban rouge à lisérés noirs, comme l’ont décidé et décrété la Commission des récompenses nationales, le corps législatif et la Chambre des pairs ; ou bien, avec le ruban bleu à lisérés rouges, comme l’a voulu le ministère.

»Dans cet état d’hiérarchie et de scission, les ayants droit se sont assemblés : les décorés de la médaille, conjointement avec les décorés de la croix, réunis en très grand nombre et vivement touchés de la mystification faite à leur amour-propre, ont unanimement protesté contre cette division dont on a voulu les doter, en déclarant qu’il ne pouvait y avoir pour tous les décorés des mémorables journées qu’une seule et même décoration.

»En effet, quel est le décoré de la croix qui prétendrait avoir fait plus que tous les décorés de la médaille ?

»S’il fallait signaler 150 au moins décorés de la croix qui ont bien moins fait que la plus petite action d’un des décorés de la médaille, ce renseignement pourrait être fourni d’une manière exacte et réelle.

»Or donc, la Croix de Juillet appartient aux 5600 décorés de Juillet.

»Auteur des diverses protestations aux mêmes fins ( ???? sic et pourtant incompréhensible), le roi, les deux Chambres ont à statuer sur le sort des patriotes, qui ont certainement mérité leur bienveillance. Les récompenser dignement, les revêtir d’emplois, c’est leur rendre justice et consolider le trône de Votre Majesté. Les sentiments émis en cette circonstance présentent ceux de l’opinion générale et conciliatrice ; daignez, Sire, les prendre en considération, en décidant que les décorés de la croix et les décorés de la médaille de la grande semaine ne font plus qu’un, que tous sont autorisés à porter le ruban et la croix, vu que le mérite est commun entre eux.

»Ce jugement, que les décorés attendent avec impatience, doublerait leur enthousiasme et leur reconnaissance si le succès de leur restauration leur venait de l’affection du roi des Français. »

Il reçut sa médaille le 12 juillet 1831, et son brevet le 28 juillet 1836. Le 3 juillet 1832, à l’occasion de l’anniversaire des trois jours de Juillet, Gibert-Arnaud, renouvelait sa demande auprès du roi et adressait, au nom d’un comité consultatif dont les membres étaient – avec lui – Demarest ou Demarest, Faure et peut-être (illisible) Hurel, une pétition signée par plus de quarante décorés (auquel Gibert-Arnaud se flattait de pouvoir y ajouter six cent neuf autres noms), et ainsi conçue : « Par le vœu unanime, par le fait de la chose jugée, le ruban bleu à lisérés rouges appartient à la double décoration de Juillet. Aujourd’hui, il ne reste donc plus qu’à permettre à chaque décoré de la médaille d’acheter la croix […]. » Les signataires de cette pétition furent : Godard (mais lequel ?) ; Bézout, Léon ; Godefroy (mais lequel) ; Chapron, Maurice ; Jamet, Jean-Baptiste, Auguste ; Fontolive, Antoine ; Yecklemann, Jean-Joseph ; Brasseur (mais lequel ?) ; Ducastel, Jacques, Théodore ; Dionnis, Emmanuel, Jean, Lucien ; Grosjean madame ; Roignan, Pierre, Jacques ; Ravellier (inconnu dans dico !!) ; Callet (inconnu !) ; Leforestier, Falquin ; Ack, Charles Louis ; Mermont, Jean-Marie ; Pelletier (mais lequel ?) ; Goulard, Louis ; Sauvageot (mais lequel ?) ; Sandoz (mais lequel ?) ; Planchon, Henri, Victor ; Delhomme, Jean-Baptiste ; Pinon (pas de Pinon dans le dico !!) ; Sorrel, Antoine ; Guillon, François, Gabriel ; Brullez (inconnu dans le dico !!) ; Binet (mais lequel ?) ; Beauregard (mais lequel ?) ; Vaillant (mais lequel ?) ; Hebert (mais lequel ?) ; Nicolson, Sébastien, Hippolyte ; Marc (inconnu) ; Bernier (mais lequel ?) ; Souliard, Jean ; Salamite, François ; Clerc (mais lequel ?) ; Monbilly, Christophe, André, Grégoire, Mathurin ; Michel (mais lequel ?). En 1833, il sollicita auprès du roi la grâce pour les décorés de Juillet qui étaient prisonniers. Le 20 avril 1832, au moment de l’épidémie de choléra, qui ravagea Paris, il fit parvenir la lettre suivante à Chateaubriand : « Monsieur le vicomte. Les membres de notre Comité viennent avec confiance vous prier de vouloir bien les honorer d’un don en faveur des décorés de Juillet. Pères de famille malheureux, dans ce moment de fléau et de misère, la bienfaisance inspire la plus sincère gratitude. Nous osons espérer que vous consentirez à laisser mettre votre illustre nom à côté de celui de MM. le général Bertrand, le général Exelmans, le général Lamarque, le général Lafayette, de plusieurs ambassadeurs, de pairs de France et de députés. Nous vous prions de nous honorer d’un mot de réponse, et si, contre notre attente, un refus succédait à notre prière, soyez assez bon pour nous faire le renvoi de la présente. Dans les plus doux sentiments, nous vous prions, monsieur le vicomte, d’agréer l’hommage de nos respectueuses salutations. » Signé : les membres actifs du comité constitutif des décorés de Juillet : Le membre visiteur : Faure. Le commissaire spécial : Cyprien Desmarest. Le gérant secrétaire : Gibert-Arnaud. Membre adjoint : Tourel (Voir Thourel, André, Albin, François, Bruno). Dans ses Mémoires doutre-tombe, Chateaubriand rapporte : « Je n’avais garde de perdre l’avantage que me donnait ici sur elle la révolution de Juillet. En distinguant entre les personnes, on créerait des ilotes parmi les infortunés, lesquels, pour certaines opinions politiques, ne pourraient jamais être secourus. Je me hâtai d’envoyer cent francs à ces messieurs, avec ce billet : « Paris, ce 22 avril 1832. Messieurs. Je vous remercie infiniment de vous être adressés à moi pour venir au secours de quelques pères de famille malheureux. Je m’empresse de vous envoyer la somme de cent francs : je regrette de n’avoir pas un don plus considérable à vous offrir. J’ai l’honneur, etc. » Il reçut, comme décoré de Juillet, une somme de vingt-cinq francs, en 1833, à l’occasion des fêtes anniversaires de la révolution de Juillet. Il reçut, comme décoré de Juillet, une gratification de huit francs, en juillet 1834, à l’occasion des fêtes anniversaires de la révolution. Il reçut, comme décoré de Juillet, une gratification de cinq francs et trente centimes, en juillet 1837, à l’occasion des fêtes anniversaires de la révolution. Il reçut, comme décoré de Juillet, une gratification (dont le montant ne nous est pas parvenu), en 1839 à l’occasion des fêtes anniversaires de la révolution. Il était inscrit sur une liste de décorés de Juillet appelés à recevoir une gratification (dont le montant ne nous est pas parvenu), en 1840 à l’occasion des fêtes anniversaires de la révolution. En 1848, il apostilla, comme « gérant-secrétaire du Comité des décorés de Juillet » et homme de lettres, une demande posée auprès de la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, par Delhomme, Jean-Baptiste, pour faire valoir ses droits à une récompense suite à sa participation à la Révolution de Février ; Gibert-Arnaud présentait Delhomme « comme un honnête démocrate, partageant nos sympathies ». Gibert-Arnaud est l’auteur du Code du bon sens, ou lOracle des joueurs, dont l’annonce était ainsi faite dans la presse : « Enseignant, en seize leçons, l’art d’épargner des regrets à ses amis et à soi-même. Traité complet des abus et désordres du jeu ; penchants que cette passion inspire ; instruction sur les jeux de hasard ; examen anecdotique et curieux sur diverses qualités sociales ; conseils aux personnes des deux sexes qui font leur entrée dans le monde, ou dans la bonne compagnie. Avec un petit vocabulaire des jeux les plus en vogue. Par Gibert-Arnaud. In-18, fort vol., 2 gravures. Paris, 1830. Couverture imprimée. Nouvelle édition. Prix : 3 fr. Le Code du bon sens est un livre à la portée de tout le monde ; il n’est personne qui, pour son propre compte, puisse se dispenser d’en prendre lecture : il est l’oracle des joueurs, en ce qu’il trace, pas-à-pas, leur vie, leurs mœurs, leurs actions, leurs rêveries et leur fin… L’exemple du passé y sert de leçon pour le présent et de prévision pour l’avenir. Les jeunes gens qui font leur entrée dans le monde, les personnes qui voyagent et celles que leur rang ou leur position de fortune met à même de fréquenter la bonne compagnie, feront bien de consulter le Code du bon sens, qui contient une infinité d’avertissements et des préceptes qu’on aurait tort de ne pas mettre à profit. » Il est l’auteur aussi du Petit manuel du prêteur et de lemprunteur sur billet, un volume in-18, Paris, 1830. Et aussi du Guide du visiteur des maisons de jeu, enseignant lart de savoir profiter des erreurs dautrui pour bannir linfortune, vol in-32, Paris, 1830. Gibert-Arnaud demeurait 5, rue Froimentau en 1830 ; 2, place du Musée en (mais 2, place du Museum in Archives de Paris VK3 24 dans le registre quil signe) 1830-1834 ; 15, rue des Prêtres-Saint-Germain-l’Auxerrois au 1er étage en 1833 ; 2, place du Musée en 1837-1840 trois fois in Archives de Paris VK3 25 Décorations de Juillet (1837) et (1839) et (1840) ; 180, rue Saint-Honoré en 1848. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 91 in dossier Souliard, Jean, idem in dossier Prault, Louis, François, idem liasse n° 5, état nominatif des décorés de Juillet qui ont reçu l’indemnité de vingt-cinq francs accordée par décision de M. le préfet de police, contenue dans sa lettre du 26 juillet [1833] ; Archives de Paris VD6 3, liste des médaillés de Juillet ; Archives de Paris VD6 92, Mairie du (ancien) Ier arrondissement, idem dossier Ducros, Ferdinand, idem Bordereau des sommes payées aux décorés de la croix et de la médaille de Juillet, non blessés, pour l’indemnité qui leur a été accordée à l’occasion de l’anniversaire des trois jours, par décision de la Commission des récompenses nationales en date du 23 juillet 1831 ; Archives de Paris VD6 631 n° 1 couverture du dossier de Pemouillié, Pierre ; Archives de Paris VK3 24, département de la Seine, (ancien) Ier arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet ; Archives de Paris VK3 25 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille, (ancien) Ier arrondissement, idem même référence Mairie du (ancien) Ier arrondissement, Etat de répartition entre les décorés de Juillet de la somme de trois cent cinquante-neuf francs et quatre-vingt-quinze centimes mise à la disposition du maire du (ancien) Ier arrondissement, le 30 juillet 1834, idem même référence Décorations de Juillet (1837) Mairie du (ancien) Ier arrondissement, Etat nominatif des décorés de Juillet qui ont demandé à recevoir l’indemnité accordée par M. le préfet de la Seine à l’occasion du septième anniversaire de Juillet, idem même référence Etat des décorés de Juillet domiciliés dans le (ancien) Ier arrondissement et qui sont dans le cas de prendre part à la gratification à l’occasion du neuvième anniversaire de Juillet, idem même référence une liste, établie en 1840, de décorés de Juillet domiciliés dans le (ancien) Ier arrondissement, et appelés à recevoir une gratification (dont le montant ne nous est pas parvenu), en 1840 à l’occasion des fêtes anniversaires de la révolution ; Archives de Paris VK3 40 ; Archives de Paris VK3 41 in dossier Bourdon ; Archives de Paris VK3 45 ; Archives de Paris VK3 52 in dossier Salamite, François ; Archives nationales BB/24/136-154 S 8 8690 ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Ier arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 dont Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) Ier arrondissement et plusieurs lettres en faveur des décorés de la médaille de Juillet ; Archives nationales F/1dIII/56 ; Archives nationales F/1dIII/73 in dossier Pulvignon, Solemme ; Archives nationales F/1dIII/75 in dossier Salamite, François ; Archives nationales F/9/1155 in dossier Delaval, Louis, Antoine ; Archives de la préfecture de police AA 371 in dossier Bacarisse, Etienne ; Archives de la préfecture de police AA 383 in dossier Delaval père et fils ; Archives de la préfecture de police AA 384 in dossier De Delhomme, Jean-Baptiste ; Archives de la préfecture de police AA 387 in dossier Dupaquier, Pierre ; Archives de la préfecture de police AA 396 in dossier Lafon frères ; Archives de la préfecture de police AA 405 in dossier Othon, Marc, François, Isidore ; Archives de la préfecture de police AA 412 in dossier Ruffin, Jean-Marie ; Chateaubriand, Mémoires doutre-tombe, Le Livre de poche, Paris, 1973, tome 3, p. 318-320 ; Journal officiel, lundi 26 décembre 1831, p. 2497. Attention in Archives de Paris Vbis7K4 3 contrôle nominatif des citoyens décorés de la Croix de Juillet du Xe arrondissement cest bien Arnaud, Jean-Joseph, André, demeurant 30, rue du Regard, qui signe…

Soumettre une suggestion sur la notice

Votre adresse email
Numéro de téléphone


Tous droits réservés - © 2026 Laurent Louessard / Camille Maillet (Torii Kōdo) - Mentions légales - Politique de confidentialité - Contact
An unhandled error has occurred. Reload 🗙

Rejoining the server...

Rejoin failed... trying again in seconds.

Failed to rejoin.
Please retry or reload the page.

The session has been paused by the server.

Failed to resume the session.
Please reload the page.