Gibrat, Jean, Bernard

Biographie


Tourneur sur bois en fin. Oublié dans le travail de la Commission des récompenses nationales, il récapitulait ainsi, en juillet 1831, sa participation à la révolution de Juillet : « J’ai acheté de la poudre le 27 juillet, et un certificat l’atteste. Je me suis battu rue du Faubourg-Saint-Antoine dans la journée du 28 avec des armes à moi contre plusieurs bataillons de la garde royale. Je me suis emparé avec le nommé Chales d’une grande quantité de poudre, que j’ai apportée à mon bourgeois chez lequel je travaille, en lui recommandant de la délivrer aux personnes qui pourraient en faire un bon usage. Il l’a délivrée lui-même au poste établi dans la rue de Charenton. Le 29, j’ai, avec le nommé Thiery (voir Thery, Marie-Pierre ?), porte-drapeau de la VIIIe légion et décoré de la Croix de Juillet, préservé les écuries de Charles X de l’incendie et du pillage, que des malveillants voulaient incendier et ce n’est pas sans peine et sans danger pour ma vie que moi et quelques autres en sommes venus à bout. Sur la place du Palais-Royal, un certificat l’atteste, au moment du danger, le café du sieur Bourgaud était assailli par les balles, le peuple voulait à toute force qu’il y eût des gardes royaux chez lui. Le sieur Bourgaud me supplia de faire cesser le feu. Au péril de ma vie, je monte au premier, au travers des balles qui sifflaient de toute part. Je fis une perquisition chez lui dans le plus grand ordre et je ne parvins à faire cesser le feu qu’en assurant au peuple qu’il n’y avait pas de soldats dans la maison. Enfin, le 29, dans la rue Saint-Honoré, j’ai combattu pendant plusieurs heures à côté du brave colonel Levasseur (voir Levasseur, André, Nicolas), qui est tombé dans mes bras, percé de plusieurs balles. Je ne l’ai reporté chez lui qu’à la fin du combat et un certificat l’atteste encore. » Il se plaignit de ce que la Commission ne lui avait pas décerné sa médaille : « Je dois le croire du moins puisque sur un de mes certificats ces messieurs de la Commission ont écrit Pour la médaille si toutefois lerreur peut se réparer. » Il réclama le renvoi des certificats qu’il avait confiés : « Après avoir fait plusieurs démarches à la Commission des récompenses nationales pour que l’on me rende cinq certificats qui y ont été déposés et que l’on me dit égarés malgré j’ose le dire quand je m’y suis présenté qu’on ait pas seulement daigné me regarder, encore moins chercher mes papiers. On m’a dit pour toute réponse qu’ils étaient perdus et que c’était un malheur. Il n’est que trop vrai que c’en est un bien grand pour moi car je tiens plus à ces certificats qu’à ma fortune. Ils étaient honorables et attestaient de la conduite courageuse que j’ai tenue dans les trois journées de juillet. » Il déplora auprès du ministre d’être « victime de la négligence d’un commis de bureau » et de devoir multiplier les démarches pour tenter de récupérer ses papiers : « Vous me répondîtes encore de m’adresser à M. Le préfet de la Seine pour les avoir ; je m’y suis présenté deux fois, et dans les bureaux l’on ne sait ce que je demande. On me dit enfin de m’adresser à la mairie de mon arrondissement, ce que j’ai fait, même réponse. N’étant qu’un malheureux ouvrier, qui depuis un an n’a pas travaillé trois mois, ne m’étant soutenu qu’à l’aide de mes effets que j’ai vendus et engagés puisque je suis réduit à loger en garni rue de Charonne, n° 1, ne commençant à travailler que depuis quelques jours, il m’est pénible de me voir perdre un temps précieux à courir de bureau en bureau. […] C’est pour cette raison, monsieur le ministre, que je m’adresse à vous, connaissant l’intérêt que vous portez à la classe ouvrière, pour vous prier de vouloir bien m’indiquer l’endroit où sont mes papiers afin que l’on ne me fasse pas aller et venir davantage et me déranger de mon travail qui m’est si utile en ce moment. » Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] VIIIe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac. On trouve dans son dossier plusieurs certificats. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je certifie que le nommé Gibrat, Jean, Bernard s’est distingué, à mes côtés, au feu du Palais-Royal et qu’il a empêché le pillage aux écuries de l’ex-roi. » Signé, le 30 août 1830 : Thery (voir Thery, Marie-Pierre ?), porte-drapeau de la VIIIe légion de la garde nationale, demeurant 8, rue Sainte-Marguerite. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je certifie que le nommé Jean, Bernard Gibrat était au feu du Palais-Royal et qu’il a fait perquisition dans mon café et que le plus grand ordre a été observé et qu’il n’y a trouvé aucun militaire. » Signé, le 31 août 1830 : Bourgaud, demeurant 221, rue Saint-Honoré. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je certifie que M. Jean, Bernard Gibrat a combattu dans la rue Saint-Honoré, le 29 juillet 1830 et qu’il était à côté de moi lorsque j’ai été blessé. » Signé, le 25 août 1830 : Levasseur (voir Levasseur, André, Nicolas), colonel, aide-de-camp du général Lafayette. Le troisième certificat, ainsi rédigé : « […] Après avoir acheté de la poudre, est allé se battre le 29 au Palais-Royal et rue Saint-Honoré, aux côtés de M. le colonel Levasseur. A débusqué les gardes royaux, les a poursuivis et recherchés jusque dans les maisons où ils étaient encore restés cachés et, dans toutes ces visites domiciliaires, et surtout au café Bourgaud, rue Saint-Honoré n° 221, il a su maintenir le plus grand ordre et empêcher toute espèce de pillage. Digne d’éloges, il réclame un souvenir de la bienveillance nationale. » Signé, le 3 septembre 1830 : Pressat. Gibrat demeurait 32, rue de Charenton en 1831, puis 1, même rue (un garni) en août 1831. Archives nationales F/1dIII/56 ; Archives de la préfecture de police AA 389.

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