Giégen, Pierre

Biographie


Né le 6 juin 1811 à Paris. Garçon de bureau sur le wagon-poste n° 2, ligne de Tours en 1848. Il participa à la révolution de Juillet puis combattit en juin 1832. Il adressa la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa participation à la révolution de Juillet : « J’ai l’honneur de vous exposer les diverses circonstances dans lesquelles j’ai été assez heureux pour contribuer à l’affranchissement de ma patrie. J’ai combattu en juillet 1830, pour la défense de nos droits et de nos libertés. J’étais, le 28, à l’attaque de la caserne des Célestins, que nous avons pris après plus d’une heure de combat. Le 29, à la prise du Louvre, où j’ai reçu une balle qui me fit à la jambe droite une blessure qui, quoique légère, me força de quitter le lieu du combat. Appartenant à une famille aisée, je me suis fait soigner chez moi, sans demander ni secours ni récompense, pensant que j’avais des camarades qui avaient de plus pressant besoins que moi. Je n’ai pas pris une part non moins active aux affaires de Juin. J’étais sur la place des Petits-Pères lorsqu’un régiment de ligne déboucha sur la place, un commissaire à sa tête, qui nous fit sommation de nous retirer. Ce magistrat eût été probablement massacré si je ne m’étais avancé près de lui et ne l’eût engagé de se retirer, ce qu’il fit à temps car, quelques secondes après, une barricade était construite avec une voiture de déménagement en travers la rue Saint-Augustin. Quelques coups de feu étaient tirés sur la troupe, qui riposta par un feu de peloton. C’est par miracle que j’ai échappé à ce massacre, n’étant pas protégé par notre barricade, que les balles traversaient. Deux personnes sont tombées à mes côtés, dont un officier de l’artillerie de la garde nationale, décoré. J’ai aidé à transporter mes deux camarades de combat dans une maison voisine, où les blessés étaient soignés par un médecin du quartier. Voyant que nous n’étions pas en force, nous fûmes forcés de battre en retraite, pensant à une lutte plus heureuse. Depuis, je me suis livré aux affaires industrielles, que des circonstances fâcheuses m’ont forcé de quitter, après avoir honorablement supporté les conséquences d’une liquidation désastreuse. Je suis entré il y a deux ans à l’administration des Postes. Je fus obligé d’accepter la modique place de garçon de bureau sur les wagons-poste, les besoins pressants de ma famille ne me permettant pas de faire un surnumérariat. J’ai été proposé bien des fois à l’avancement par mes chefs directs, qui ont bien voulu m’honorer de leur estime et de leur bienveillance, mais, sous la monarchie, mon humble position de garçon de bureau fut toujours un obstacle à mon avancement. Si vous pensez, citoyen président, que les services que j’ai pu rendre soient dignes d’une récompense, je demanderais la place de troisième et dernier employé sur les bureaux ambulants, certain que mes chefs se joindront à moi pour la solliciter du citoyen directeur général. Recevez, etc. » Sur sa participation aux combats de juin 1832, il faisait remarquer à la Commission les difficultés qu’il rencontrerait à obtenir une attestation, parce que « parti seul, me trouvant dans un quartier éloigné de chez moi et où je ne connaissais personne, je ne puis seize ans après chercher à obtenir une attestation. Je n’en obtiendrais une que complaisante ou mensongère. » Il joignait seulement à sa demande le certificat suivant, délivré par son employeur de l’époque : « Je, soussigné, Gobin, fabricant de bronzes, déclare qu’en juin 1832 le sieur Pierre Giégen travaillait dans mes ateliers et demeurait dans une chambre que je lui sous-louais dans la maison que j’occupais, rue de la Cerisaie n° 2. J’atteste qu’il est à ma connaissance qu’il a pris part aux affaires des 5 et 6 juin 1832, que le lendemain il est rentré avec des armes. Craignant qu’il ne soit recherché pour ce fait, je l’ai engagé de cacher ses armes et partir en voyage pour affaires de commerce. » Signé : Gobin, A. Il lui fut accordé la position de troisième employé dans les wagons-poste. Il était marié et père de deux enfants en 1848. Il demeurait 2, rue de la Cerisaie en 1832 ; 3, rue Lesdiguières, près la Bastille, en 1848. Archives de la préfecture de police AA 389.

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