Gillot, Victor
Biographie
Facteur de piano chez Pleyel. Gravement blessé, il reçut (sous le nom de Gillotte, Victor) un secours de soixante francs en septembre 1830, sur les secours distribués par Le Constitutionnel. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) Ve arrondissement. Il reçut, après la révolution, un total de cent francs de secours auprès de la mairie du (ancien) Ve arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Ve arrondissement. Il fut admis dans la catégorie des blessés de la 1re classe auprès de la mairie du (ancien) Ve arrondissement et reçut, à ce titre, une indemnité définitive de trois cents francs versée sur un an. Il reçut, à titre de blessé de la 1re classe, une indemnité définitive de la part de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830. On retrouve la trace de Gillot dans la Gazette des tribunaux, en date du 19 avril 1835, pour sa comparution devant la cour d’assises du Loiret, pour cris séditieux et offenses envers le roi. L’article relatant le jugement fut ainsi rédigé : « Cour d’assises du Loiret (Orléans). (Présidence de M. Moreau.) Audiences des 14 et 15 avril. Délit politique. Incidents. Victor Gillot est accusé 1° d’avoir provoqué à commettre un délit en proférant dans les rues de Montargis, le 11 janvier dernier, le cri de Vive la république ! provocation non suivie d’effet ; 2° d’offenses envers la personne du Roi. Victor Gillot est un tout jeune homme, de taille moyenne et de figure agréable. La casquette rouge, symbole républicain, est auprès de lui. En juillet 1830, il était ouvrier ébéniste chez le facteur de pianos Pleyel. Il s’est bravement battu dans les trois journées, et pour prix de son dévouement à la liberté il a obtenu la médaille de juillet. Avec de tels antécédents, Victor Gillot a jugé qu’il ne pourrait être autre chose que républicain. Il est du reste militaire en congé illimité. Le 11 janvier, il a rencontré un soldat, et de nombreuses libations ont cimenté le bon accueil qu’il a fait à son frère d’armes. Deux Français aujourd’hui ne peuvent se rencontrer sans parler politique ; Victor et son compagnon ont donc disserté sur les choses publiques. Echauffé par la conversation, par le vin et par le souvenir de ses faits d’armes de juillet, Victor Gillot rentrait le soir, lorsqu’il lui a semblé qu’un enfant poursuivait de ses moqueries le décoré de juillet. Il s’est irrité, et s’adressant à une femme qu’il a cru la mère de cet enfant, il lui a demandé raison des insultes du gamin. Dans l’explication, Victor ayant mal interprété diverses paroles de son interlocuteur féminin, a clos la discussion en cassant quelques vitres. La garde est arrivée. Victor a d’abord marché de bonne grâce au poste de la garde nationale ; mais bientôt il s’est arrêté, a crié Vive la république ! Vive Souesme ! et proféré des injures contre Louis-Philippe. On l’a conduit à la prison de la ville, et là, si on en croit l’accusé, on l’a jeté dans un cachot réservé aux condamnés à mort, et on l’a enchaîné avec un collier de fer. Dans son interrogatoire, Victor n’a pas reproduit dans toute leur franchise les aveux consignés dans l’instruction. Il n’a déclaré en aucune façon ses sympathies pour la république. Il a crié Vive Souesme ! parce que M. Souesme lui avait promis de le faire travailler. Les dépositions des témoins n’ont présenté aucun intérêt. Cette question est adressée à l’un d’eux par M. le substitut Frémont : L’accusé passait-il pour un ennemi du gouvernement ? L’avocat de Gillot, Me Lafontaine, s’oppose à ce que la question soit posée. L’accusé n’est pas traduit ici pour ses opinions ; il n’a point à en rendre compte. L’inquisition n’existe pas en France. M. le substitut explique que l’on a mal saisi sa pensée. Il veut seulement savoir si l’accusé ne s’est pas livré précédemment à quelques actes publics contre le gouvernement. M. le substitut a pris ensuite la parole pour justifier l’accusation. Il fait précéder sa discussion d’un exposé préliminaire dans lequel il classe les ennemis du gouvernement dans trois catégories, les républicains, les carlistes et les mécontents. Il examine les éléments du parti républicain, ses passions, ses tendances, ses moyens. Il passe ensuite aux carlistes.... Au moment où l’orateur prononce ce mot, un des jurés, M. Colas Delanoue, entre dans la salle et va s’asseoir à son banc. (Hilarité.) M. le substitut prétend expliquer ces paroles de l’accusé : Vive Souesme ! “M. Souesme, dit-il, a subi un jugement ici pour délit politique. M. Souesme est le chef du parti républicain à Montargis. Vous concevez maintenant pourquoi son nom était invoqué par Gillot.” Me Lafontaine a présenté la défense de l’accusé ; il s’est étonné de l’espèce de préface dont le ministère public avait fait précéder son réquisitoire contre Gillot, de cet hors-d’œuvre politique, au moins inutile, s’il n’était dangereux, en tendant à provoquer l’animadversion contre l’accusé. “Je n’ai pas mission, dit l’avocat, de défendre les républicains ; on sait qu’ils ne manquent pas d’énergie pour se défendre eux-mêmes, et qu’ils n’aiment pas les défenseurs non avoués par eux. Je dois dire pourtant qu’au moment où ils sont appelés à rendre un compte sévère devant la Cour des pairs, un réquisitoire contre eux me semble manquer d’à-propos et peut-être de générosité. Quant à M. Souesme, que je ne suis pas chargé non plus de défendre, je dirai qu’il y a, ce me semble, quelque imprudence à signaler comme un des chefs du parti républicain, un citoyen qui n’est pas présent et qui ne peut s’expliquer. Discutant les faits, l’avocat se demande si Victor a eu bien précisément l’intention et l’espoir de renverser le gouvernement de Louis-Philippe, en proférant, le 11 janvier, seul et en état d’ivresse, le cri de Vive la république ! Arrivant au délit d’offense envers la personne du roi, “Il faut dit-il, quand il s’agit de venger la majesté royale, prendre son point de vue un peu haut, envisager les choses d’une manière élevée. Sans doute, il n’est pas permis de faire pour un prince ce que sa générosité le porterait à faire pour lui-même ; toutefois il faut qu’il y ait dans l’action de la justice répressive quelque souvenir de cette magnanimité avec laquelle les grands princes ont toujours méprisé les injures. On doit, quand il s’agit de venger un roi, examiner avec quelque délicatesse de tact, ce qui est convenable, ce qui serait déplacé, quid deceat, quid non.” L’avocat cite les réponses d’un empereur romain et de Louis XII à des courtisans qui les excitaient a venger des injures et des moqueries, et il ajoute : “Voilà, Messieurs, à quelle distance d’elle-même la majesté royale voit de semblables offenses ; gardons-nous de combler, de diminuer cette distance par un zèle exagéré et maladroit. Ne vous semble-t-il pas qu’il y a quelque chose de disproportionné entre les torts de Gillot et les moyens de la répression ? que c’est amoindrir la dignité du prince que de la mettre ainsi en présence et comme en contact avec les grossièretés d’un homme ivre ; qu’une condamnation, surtout pour des torts si légers, contrasterait trop violemment avec les idées de magnanimité, de bienveillance et de protection sous lesquelles doit toujours apparaître l’autorité royale.” Me Lafontaine, en terminant, rappelle les services de Gillot en juillet. “C’est un de ces hommes, dit-il qui ont donné la liberté aux classes moyennes, qui nous ont faits libres presque sans nous. Les ordonnances de Juillet attaquaient surtout les droits des classes moyennes en possession du privilège électoral, et plus appelées à jouir des bienfaits de la liberté de la presse ; c’était donc à la classe moyenne à se présenter au combat ; c’est le peuple cependant qui a sauvé la liberté. La classe moyenne doit au moins s’en souvenir dans l’occasion.” Rappelant les traitements dont Gillot a été l’objet, l’avocat s’écrie : “C’est une chose déplorable quand les agents inférieurs de la loi donnent à son action, qui doit être si calme, si digne dans ses sévérités, ce caractère de haine et d’animosité qui lui imprime l’air de la vengeance.” Avant de commencer son résumé, M. le président demande quelques explications à l’accusé sur la manière dont il prétend avoir été traité dans la prison de Montargis. Victor répète qu’on l’a mis au cachot, qu’on l’a enchaîné ; on lui a jeté une poignée de paille et une sébile pleine d’eau, comme à un chien. Il y a de l’aigreur, dit-il, contre les décorés de Juillet. Est-ce ainsi, s’écrie-t-il d’un ton animé, que l’on doit traiter un homme qui a combattu pour la loi ? (Sensation.) Il s’est plaint deux fois au commissaire qu’on se moquait de sa décoration, et il n’en a pas reçu de bonne réponse. “M. le substitut, ajoute-t-il, et M. le sous-préfet m’avaient fait mettre en liberté. Je me débarbouillais dans la cour de la préfecture, lorsque le lieutenant de gendarmerie, M. Capron, un ancien officier d’un régiment de la garde royale, sur lequel j’ai fait feu en juillet, m’a aperçu et a dit : Eh bien ! le voilà déjà parti ! je vais bien le faire rentrer. Et on m’a reconduit en prison, où je suis resté huit jours de plus.” Après un résumé de M. le conseiller Moreau, improvisant les fonctions de président en l’absence de M. Perrot, indisposé, résumé remarquable par ce talent d’exposition, cette élocution facile, élégante et noble à laquelle on a reconnu l’heureux athlète qui dans le barreau d’Orléans a fourni une si brillante carrière, le jury est entré dans la chambre de ses délibérations, et il en est sorti quelques minutes après pour rapporter un verdict de non culpabilité, à la suite duquel M. le président a proclamé l’acquittement de l’accusé. Victor Gillot a été remercier MM. les jurés, et comme il se plaignait de n’avoir pas de quoi faire sa route, quelques-uns d’entre eux lui ont remis des secours. “Cette cause, toute futile qu’elle est en soi, dit le Garde national du Loiret, ne nous en a pas moins fait faire de pénibles réflexions sur la facilité, nous dirons presque la légèreté avec laquelle quelques chefs de parquet et quelques chambres de mise en accusation poursuivent ou permettent de poursuivre des peccadilles aussi nulles, aussi futiles par elles-mêmes que par les personnes qui s’en rendent coupables.” » A l’issue du jugement Gillot fut acquitté. Il reçut un secours de quarante francs en 1849, un secours de soixante francs en 1851 et en 1853, à titre de médaillé de Juillet. Gillot demeurait 307, rue Saint-Denis en septembre 1830 ; 29, rue Sainte-Apolline en 1831 mais rue Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle sur les listes de la Commission des récompenses nationales in Archives nationales F/1dIII/35 B ; rue Verte à une date indéterminée sans doute en 1849 ; 22, rue Saint-Jacques-de-la-Boucherie en 1850-1851 ; 52, rue de Charenton, chez M. Asler en 1853. Deuxième état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des blessés de la Ire classe du Ve arrondissement auxquels il a été alloué des indemnités définitives lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 73 ; Archives de Paris VD6 334, liste des médaillés de Juillet du (ancien) Ve arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/33 dossier indemnités et récompenses, envoi du 7 septembre 1830 du ministre de l’Intérieur à la Commission des récompenses nationales ; Archives nationales F/1dIII/35 B, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux combattants blessés ou non blessés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Ve arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) Ve arrondissement et Préfecture du département de la Seine, Etat des personnes auxquelles les médailles n’ont point été remises ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des blessés des 1re et 2e classes auxquels il a été alloué des indemnités définitives (ancien) Ve arrondissement, blessés de 1re classe ; la Gazette des tribunaux, 19 avril 1835 ; Archives de la préfecture de police AA 369, décorés de juillet 1830 et blessés de juin 1848, Etat de secours accordés de 1849 à 1853 (sous le nom de Gillot, Jean-François, Victor), idem Etat nominatif de décorés, médaillés, blessés ou combattants de juillet 1830 et veuves de décorés qui ont formé des demandes de secours et sur lesquels il y a lieu de prendre des renseignements, courrier en date du 6 décembre 1850, minute 142-147 (sous le nom de Gillot, Victor), idem Courrier au ministre de l’Intérieur, en date du 28 janvier 1851, sur une proposition d’accorder à 28 décorés, 119 médaillés, 20 veuves de décorés ou de blessés, 16 blessés de Juillet 1830, 4 femmes de médaillés, 1 orphelin et 1 mère de médaillé décédé, des secours s’élevant ensemble à la somme de 10.875 francs, minutes 159-163 (sous le nom de Gillot, Victor), idem Proposition d’accorder à soixante-deux décorés et veuves de décorés de Juillet 1830 des secours s’élevant ensemble à 3.425 francs, minutes 266-268, en date du 10 février 1853 (sous le nom de Gillot, Victor).