Girardin, Emile

Biographie


Propriétaire des journaux le Courrier des électeurs, l’Aigle, la Mode et le Voleur. Il sollicita, dans ces termes, auprès de la Commission des récompenses nationales : « Je demande la croix d’honneur. J’ai la confiance de l’avoir méritée, mais c’est avec un extrême embarras cependant que je me décide vous transmettre les titres sur lesquels se fonde cette demande quand je n’ai fait que partager sans les dépasser les efforts de toute la population parisienne, plus heureux même qu’un grand nombre de citoyens, morts pour la défense de leur liberté.

»L’un des propriétaires de deux journaux signataires de la protestation (le Courrier des électeurs et l’Aigle) et de deux autres journaux littéraires, je n’ai pas balancé dès le premier jour, aidé des quelques hommes dont je dispose à défendre ma fortune, si violemment attaquée.

»L’un des deux ou trois premiers qui montèrent à cheval, je fus assez heureux pour avoir à porter le premier ordre donné par le général Lafayette, avant son installation de membre du gouvernement provisoire.

»Les ordres, à cette heure jeudi 29 juillet, ne se confiaient pas encore écrits ; après avoir été arrêté place de la Bourse une fois, je le fus une seconde rue Saint-Lazare, près la caserne de la Pépinière, par les habitants de la Petite-Pologne, comme espion. Il me fallut défendre ma vie pour la conserver. Enfin désarmé et presque entièrement déshabillé, j’aurais été infailliblement massacré par cette partie de la population excessivement exaspérée et encore très menacée, sans l’offre d’un nommé Dastugue de m’escorter jusqu’à l’hôtel de M. Laffitte et de m’y faire reconnaître pour le neveu de Stanislas Girardin, député, comme je l’avais allégué. Ce nommé Dastugue est maintenant occupé à la préfecture de la Seine, où un emploi lui a été donné à ma recommandation. Dévoué, jeudi et vendredi, au service du maréchal Gérard et chargé d’une mission confidentielle importante, il a pu se convaincre de mon zèle et m’a permis d’invoquer son témoignage auprès de vous, monsieur le président.

»Avec des amis au pouvoir, je n’ai sollicité aucune place, mon ambition s’est borné à mériter la décoration que je vous demande. » Bien que son dossier fût l’objet d’une note ainsi rédigée « A rendu les plus grands et les plus signalés services pendant les trois jours soit comme combattant le 28 soit comme attaché au général Lafayette le 29 », l’apostille suivante est inscrite sur le dossier : « S’est présenté non comme signataire de la protestation du 26 mais comme propriétaire d’un journal qui a protesté. » En août 1830, il était inspecteur des Beaux-Arts au ministère de l’Intérieur (mais sans doute nommé en 1828 sous le gouvernement de Martignac). Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Dans Balzac journaliste, le tournant de 1830, on trouve le passage suivant le concernant, et que rien, dans son dossier aux Archives, ne semble contredire : « Au contraire, Girardin réfléchissait trop. Dès le 27, il avait trouvé le moyen d’entrer en contact avec Lafayette, dont il prétend avoir “exécuté un ordre”. Jusqu’au jeudi soir, il s’attacha en qualité d’ordonnance au prudent général Gérard *, en qui les députés les plus timorés voyaient encore l’homme capable de parrainer une combinaison politique qui sauverait provisoirement la couronne en arrêtant l’effusion de sang. De son côté, le général envoyait un émissaire à Saint-Cloud **. En même temps, dans la journée du 28, le comte Alexandre de Girardin, Grand Veneur de Charles X et père d’Emile de Girardin, se rendait de toute urgence auprès du roi et tentait en vain de lui faire entendre raison ***. C’est le lendemain 29 qu’Emile de Girardin fut chargé de transmettre à Gérard une mystérieuse proposition de Charles X. Il s’agissait vraisemblablement d’un message en rapport avec la tentative désespérée faite par le vieux roi pour détourner à son profit, au moyen d’un ministère Mortemart-Gérard, le cours des événements. […] Les services du général sont submergés par les requêtes. Rappelons que Gérard est ministre de la Guerre dans le premier gouvernement de Louis-Philippe (11 août), après avoir été commissaire à la Guerre dans la Commission provisoire nommée par le Lieutenant général du royaume. La lettre que Girardin lui adressa le 12 août a été conservée ****. Le directeur de la Mode et du Voleur avait déjà sollicité une audience plusieurs jours auparavant ***** ; ce qu’il demande maintenant, et qu’il n’obtiendra pas, c’est la Croix de Juillet. Sa supplique est d’une incroyable maladresse. Il rappelle au général, qui voudrait peut-être l’avoir oublié, certain message transmis le 29 juillet de la part de l’ex-roi, il invoque des services rendus à la Révolution. Mais ces exploits feraient le bonheur d’un caricaturiste : un cheval prêté à Sarrans, qui s’est tenu près du général le 27 et, en guise d’actions d’éclat, quelque “actions” au Courrier des électeurs et à lAigle, qui “ont signé tous les deux la protestation”,. Girardin ressemble tout à fait à ces héros dont se moque Régnier-Destourbet, ceux qui s’écrient : “J’ai eu un cheval tué sous ma fenêtre” ou “j’ai un oncle au Constitutionnel *****”, ou à ces “fashionables qui, dit Balzac, ont reçu des balles dans la veste de leurs domestiques ******”. Il a pris trop d’assurances sur l’avenir pour trouver maintenant, dans quelque parti que ce soit, un appui sincère et efficace. Après son échec auprès de Gérard, il se rabattra, toute honte bue, sur la garde nationale. » In Balzac journaliste, le tournant de 1830, Paris, Klincksieck, 1983. * Ces faits nous sont connus par la supplique qu’il adressa quelques jours plus tard au général, voir Lov. D 718. ** Souvenirs historiques sur la Révolution de 1830, Bérard, Perrotin, 1834, p. 476. *** Histoire de dix ans, t. I, pp. 231-232, Louis Blanc. Le même auteur a attiré l’attention sur les « voyages mystérieux du comte de Girardin » dans les jours qui suivirent les Trois Glorieuses. On se demanda même si le Grand Veneur « n’était pas entre Charles X et le duc d’Orléans l’intermédiaire de quelque correspondance secrète » (ibid, p. 397). **** Lov. D 718. Le document a été cité avec quelques inexactitudes par Henri Malo, dans Une Muse et sa mère, pp. 311-313. ***** Il sera reçu à l’audience du 14 août à 9 heures du matin, comme nous l’apprend une inscription portée sur sa lettre. ****** LHydre aux sept places, la Mode, 30 octobre 1830. ******* Première lettre sur Paris (30 septembre 1830), O.D., t. II, p. 69Il demeurait 20, rue du Helder en 1830. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IIe arrondissement.

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