Giraud-Dulong, François
Biographie
Né vers 1806 à Madrid (Espagne). Etudiant en médecine, élève externe de l’Hôtel-Dieu. Il donna le récit suivant de la conduite qu’il avait tenue pendant les journées de Juillet : « Mardi. Vers les 5 heures du soir, j’étais avec un de mes amis, Gavignot, que Plocque (voir ces noms) connaît bien, dans la rue Saint-Honoré. Nous avancions du côté de l’Oratoire lorsqu’un fort détachement de gendarmes vinrent au galop disperser et repousser la foule à coups de sabre. Là, après avoir tiré quelques coups de pistolets, ne voyant aucun moyen de résister avec avantage, nous nous sommes retirés, nous promettant de revenir le lendemain à la charge. Mercredi. J’allai à mon service de l’Hôtel-Dieu, mais, ne pouvant tenir en entendant la fusillade, il était 8 heures et demie, j’allais chez Gavignot, qui me mena chez un de ses élèves, endroit où nous avons rédigé des avis aux élèves pour les avertir qu’on se rassemblait chez Cadet-Gassicourt. Comme il était convenu, vers 10 heures, nous partions afin de nous y rendre. Nous avons pris la rue de la Juiverie, lorsque nous entendîmes une vive fusillade, qui partait de la place du Châtelet. Au même moment une dizaine d’hommes venaient par cette rue qui mène du palais de justice à la rue de la Juiverie, armés de fusils qu’ils avaient enlevés au poste du palais de justice. On leur criait Par ici ! Par ici ! c’est-à-dire vers le quai. Alors plusieurs balles ont sifflé au-dessus de nos têtes. La foule fit un mouvement violent et désordonné en arrière. Un des jeunes gens qui venaient d’enlever des armes à la troupe de ligne est jeté à terre, son fusil s’échappe, je m’en empare et me porte sur le quai. De là, je vis manifestement un fort détachement descendre du Pont-Neuf vers la place du Châtelet. Au moment où je me précipitai avec une quinzaine d’hommes environ vers le milieu du pont qui est en face de la rue de la Juiverie (le pont Notre-Dame), un détachement de gardes royaux marchait lentement vers la Grève. Nous avions tiré plusieurs coups sans qu’on nous répondît mais peu après un feu très vif, parti de ce détachement, nous fit reculer ; mes munitions étaient épuisées, je rentrai dans la rue de la Juiverie, où l’on me donna des cartouches. Je vins me placer derrière le parapet puis nous nous sommes avancés sur le pont d’Arcole. La fusillade, d’abord illisible, plus tard devint terrible car sur la place de Grève se concentraient des troupes de toute espèce, de toute arme. Ne pouvant tenir en face le pont d’Arcole, nous nous sommes retirés vers le petit pont rouge et embusqués derrière le parapet, derrière des tas de pierres, nous avons soutenu le feu de la Grève. Je reconnus au milieu des combattants un jeune homme et nous tirions depuis un quart d’heure lorsqu’un boulet, qui blessa beaucoup de monde, vint le frapper à la jambe. Aidé de quelques ouvriers, je l’emportai à l’Hôtel-Dieu. Là, après avoir été vivement réprimandé par M. Dupuytren, pour n’être pas venu de suite à l’hôpital, consigné à l’Hôtel-Dieu, j’aidais alors aux opérations, comme MM. Max (voir ce nom), Legros (voir Legros, Félix), Jobert (voir Jobert, Charles, Alexis) pourront le certifier. Je passai le reste de la journée du mercredi, pendant la nuit et le jeudi jusqu’à 9 heures et demie avec M. Dupuytren. Je brûlais de m’échapper pour aller au lieu de la bataille mais le nombre des aides était véritablement insuffisant. On nous avait distribué des malades, il était impossible de les abandonner. Vers 9 heures et demie, M. Dupuytren fit appel à ceux qui voulaient aller au Louvre porter des secours aux blessés. Six seulement se présentèrent : M. Sanson jeune (voir ce nom), Robert (voir ce nom) prosecteur à la faculté de médecine, M. Nélaton, interne à Bicêtre, Gratis, Duquesne et moi. Nous passons devant la morgue, le quai des Orfèvres ; arrivés au Pont-Neuf, nous avons essuyé la fusillade qui partait du Louvre. Là, je fus reconnus par un locataire de la maison que j’habite, M. Mantheau (voir Mantheau, François). Nous traversons le pont ; on nous criait Baissez-vous ! Baissez-vous ! car les balles n’étaient pas rares. Arrivés sur le quai de l’Ecole, nous voulions nous rendre dans la cour de l’hôtel de M. Dupuytren pour y former une ambulance, comme nous en avions l’ordre. Mais le feu qui partait du Louvre était trop violent. Alors, le peuple était retranché derrière une forte palissade qui barrait le quai derrière la pompe à feu, derrière le parapet du Pont-Neuf et la statue d’Henri IV. Ne pouvant avancer, nous avons pris par la place des Trois-Maries. La foule y était considérable. Accompagné de M. Robert, nous voulions aller au Louvre mais on nous dit qu’une ambulance avait été formée rue Baillet. Nous y sommes allés. Je me rendis ensuite rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois. Je rencontrai là un élève de l’Ecole polytechnique, petit, maigre, les habits en désordre, commandant une trentaine d’ouvriers. Il me serra la main en passant (je signale ces détails afin de faire voir que j’étais véritablement sur le terrain). La rue était barrée au commencement par une palissade énorme, derrière laquelle les assaillants s’abritaient. Je vis un homme en redingote bleue, chapeau à cornes, qui paraissait présider à l’attaque. Je recueillis et pansai plusieurs blessés dans les allées et je les fis transporter dans une petite ambulance qui s’était formée dans la cour de M. Colin, cul-de-sac Sourdis, mais elle fut bientôt encombrée. Non loin de la palissade, un de ces hommes qui paraissaient diriger le mouvement, décoré du ruban rouge, redingote bleue, chapeau rond, fut frappé d’une balle à l’épaule. Je le transportai avec des ouvriers rue Baillet, chez M. Briquet (voir Briquet, Pierre). Ce monsieur me remarqua, voulut bien m’adresser des félicitations, me supplia de lui procurer des brancards et des moyens de transport. Je retournai à l’Hôtel-Dieu. Je demandai des brancards à M. Dupuytren, qui n’eut d’autre chose à me dire Sinon vous a-t-on remarqué et me refusa. Je repartis vers le Louvre. Il pouvait être environ 11 heures un quart. Dans la rue Saint-Germain-l’Auxerrois, plusieurs personnes vinrent offrir des objets à pansement, des bouteilles de vin. Arrivé à la porte de l’église ouverte sur cette rue Saint-Germain-l’Auxerrois, nous avons trouvé sur les marches et sur le portail plusieurs blessés, là au milieu de la foule en désordre. A quelques pas du lieu du combat, nous avons pansé les blessés, qu’on transféra dans l’église. Il était alors environ 11 heures et demie. Alors on était à l’attaque des portes et des fenêtres. En vain, je voulais aller comme assaillant, je ne pouvais quitter ces malheureux blessés. Enfin, après avoir pansé les uns, renvoyé les autres de l’église, j’entrai dans la cour du Louvre. Je vis près de la pile de pierres qui soutient le montant du réverbère plusieurs personnes qui entouraient un officier suisse, blessé au bras. On voulait l’assommer. Je priai, je suppliai qu’on l’épargnât, disant que c’était un homme sans défense, qu’il avait cessé dès lors d’être un ennemi. Il fut transporté à Saint-Germain-l’Auxerrois. Il était entre 12 heures et 1 heure. J’étais épuisé de faim, de soif, de fatigue. Inquiet sur la situation de mon père, qui, engagé alors dans cette malheureuse affaire de dessèchement de friches et pouvait bien être assassiné dans ce moment de désordre par les coquins contre lesquels il a action, je courus à sa recherche et après avoir su qu’il était en sûreté, je revins prendre mon servie à l’Hôtel-Dieu et je n’ai pas cessé d’être avec les blessés jusqu’à ce qu’il n’y en eut plus à l’Hôtel-Dieu. Tous ces faits ont été certifiés vrais par M. Dupuytren, Breschet (voir ce nom), Briquet (voir plus haut), Robert (voir plus haut) ; tous ceux qui étaient avec moi peuvent le prouver. On peut aller à la maison que j’habitais ; M. Mantheau (voir plus haut), les locataires peuvent être témoins et donner des renseignements utiles. J’ai eu une extrême difficulté à obtenir les signatures parce qu’il m’a fallu amener des témoins etc. On sait d’ailleurs avec quelle peine M. Dupuytren donne sa signature. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement. Le jury de la Commission des récompenses nationales, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se prononça dans sa séance du 16 décembre 1830, à zéro voix pour la croix, sept voix pour la médaille et aucune voix pour une mention, puis, par révision en date du 2 avril 1831, il se prononça à six voix pour la croix, trois voix pour la médaille et aucune voix pour une mention. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il demeurait 52, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève en 1830-1831, puis comme interne à l’hospice de la vieillesse (hommes) à Bicêtre en 1831. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD3 1-2 in dossier Demandes de récompenses et de secours, et recommandations (1830-1831) ; Archives de Paris VD6 639 n° 5, liste générale alphabétique (cité deux fois dont la deuxième sous le numéro 921) ; Archives de Paris VK3 17, deux feuillets séparés de décorés de la Croix de Juillet auprès du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives de Paris VK3 33, états nominatifs et listes de noms soumis à la Commission des récompenses nationales (1830-1831) (XIIe arrondissement ancien), en date du 2 avril 1831, idem Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 16 décembre 1830 et le 2 avril 1831, jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants ; Archives de Paris VK3 45 ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIIe arrondissement, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIIe arrondissement. In Archives de Paris VD6 92, (ancien) XIIe arrondissement, liste supplémentaire des médaillés il y a la note suivante Ne pas porter sur l’état le nom de Giraud-Dulong inscrit sous le n° 83.