Gisquet, Henri, Joseph

Biographie


Né le 15 juillet 1792 à Vezin (Moselle). Négociant ou banquier. Il fut l’un des membres (avec Hubert, Jean-Louis, Merilhou, Joseph, Boulay de la Meurthe, François, Joseph) de la délégation d’électeurs et d’habitants de Paris envoyés le mardi 27 juillet vers 14 heures au domicile de Perier, où se tenait une réunion de quelques députés, afin d’organiser avec eux ou sous leur direction une réponse aux ordonnances. Après que plusieurs députés se furent opposés à les recevoir, ils réussirent cependant à se faire entendre. Finalement reçue, après de longues délibérations, la députation fit valoir la violation de la Charte et de la légalité, que plusieurs fabricants avaient renvoyé leurs ouvriers, que le salut du pays dépendait aussi des députés, qu’ils étaient redevables de la confiance qu’on leur avait témoignée dans les élections et qu’enfin s’imposait la nécessité d’une direction à tous les mouvements de protestation. Sarrans juge que le discours tenu par la délégation, et dans lequel « respirait une fermeté froide et réfléchie, de nature à faire une grande impression, ne trouva aucune sympathie dans la presque totalité des députés présents. Pas une exclamation, pas un geste, pas un murmure qui décelât l’émotion du patriotisme ». Le député Bérard, quant à lui, apprécie ainsi les résultats que la députation obtint : « Là se montra dans tout son jour la pusillanimité de la plupart de nos collègues, qui craignirent de se trouver compromis par cette espèce de fraternisation. […] Leur visite n’eut du reste aucun résultat, si ce n’est probablement de leur donner une assez pauvre idée d’une partie des représentants du pays. On leur tint quelques discours vagues, insignifiants, et ils se retirèrent fort mécontents. » Il était juge au tribunal de commerce en 1830 et siégeait en audience, le 28 juillet 1830, avec Lemoine-Tacherat (voir Lemoine-Tacherat, Jean-Baptiste, Joseph) – dont il était l’ami –, Ganneron (voir Ganneron, Auguste, Victor, Hippolyte), Truelle (voir Truelle, Alphonse) et Lafond (voir Lafond, Antoine, Narcisse) quand le tribunal prononça la nullité des ordonnances royales du 25 juillet et autorisa les imprimeurs à poursuivre leurs travaux de parution des journaux. Dans la lettre que Drouault, Pierre, René fit parvenir, le 23 mars 1831, à la Commission des récompenses nationales, pour faire valoir ses propres droits, il laissait quelques indications sur la conduite de Gisquet pendant les combats de Juillet. Le passage où Gisquet est mentionné est ainsi rédigé : « Le 28 juillet, je fus avec quelques voisins gardes nationaux chez M. Gisquet, officier supérieur de l’ex-garde nationale, pour le prier de nous commander, ce qu’il n’accepta pas. Suivi par une foule innombrable et M. Gisquet étant banquier, je crus devoir m’opposer à son entrée, redoutant le désordre. Je restai seul en dehors pour les exhorter à la modération et eus le bonheur de parer un coup de baïonnette qui m’était lancé par un homme duquel j’obtins la grâce de ses collègues. » Il fut nommé, dès les premiers jours qui suivirent la révolution, colonel d’état-major de la IIe légion de la garde nationale. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Gisquet fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement. Il fut nommé préfet de police. Il dirigea la répression de l’émeute des 5 et 6 juin 1832. Il est l’auteur de l’arrêté du 9 juin 1832, qui, à la suite de la répression de l’émeute des 5 et 6 juin, imposait aux médecins, chirurgiens, officiers de santé et pharmaciens, qui auraient administré des secours à des blessés, de les dénoncer, par une déclaration circonstanciée, aux commissaires de police de Paris et aux maires des communes extra-muros. Médecins et chirurgiens refusèrent cette exigence à l’unanimité, sauf Gendrin (voir Gendrin, Augustin, Nicolas). En 1832, Chateaubriand, prévenu de complot contre la sûreté de l’Etat, fut incarcéré à la préfecture de police. Il raconte, dans ses Mémoires doutre-tombe, comment le préfet Gisquet vint le trouver dans sa cellule de la préfecture pour lui offrir l’hospitalité de sa propre maison : « Je commençais à me déshabiller ; un bruit de voix se fit entendre ; ma porte s’ouvre, et M. le préfet de police, accompagné de M. Nay, se présente. Il me fit mille excuses de la prolongation de ma détention au dépôt ; il m’apprit que mes amis, le duc de Fitz-James et le baron Hyde de Neuville, avaient été arrêtés comme moi, et que, dans l’encombrement de la préfecture, on ne savait où placer les personnes que la justice croyait devoir interpeller. “Mais, ajouta-t-il, vous allez venir chez moi, monsieur le vicomte, et vous choisirez dans mon appartement ce qui vous conviendra le mieux.” Je le remerciai et je le priai de me laisser dans mon trou ; j’en étais déjà tout charmé comme un moine de sa cellule. M. le préfet se refusa à mes instances et il me fallut dénicher. Je revis les salons que j’avais quittés depuis le jour où M. le préfet de police de Bonaparte m’avait fait venir pour m’inviter à m’éloigner de Paris. M. Gisquet et Mme Gisquet m’ouvrirent toutes leurs chambres, en me priant de désigner celle que je voudrais occuper. M. Nay me proposa de me céder la sienne. J’étais confus de tant de politesse ; j’acceptai une petite pièce écartée qui donnait sur le jardin, et qui, je crois, servait de cabinet de toilette à Mlle Gisquet ; on me permit de garder mon domestique, qui coucha sur un matelas en dehors de ma porte, à l’entrée d’un étroit escalier plongeant dans le grand appartement de madame Gisquet. Un autre escalier conduisait au jardin ; mais celui-là me fut interdit ; et chaque soir on plaçait une sentinelle au bas, contre la grille qui sépare le jardin du quai. Madame Gisquet est la meilleure femme du monde, et mademoiselle Gisquet est très jolie et fort bonne musicienne. Je n’ai qu’à me louer des soins de mes hôtes ; ils semblaient vouloir expier les douze heures de ma première réclusion. […] M. Gisquet m’avait offert, comme je vous l’ai dit, tous ses salons ; mais je n’abusai pas de la permission. Seulement, un soir, je descendis pour entendre, assis entre lui et sa femme, mademoiselle Gisquet jouer du piano. Son père la gronda et prétendit qu’elle avait exécuté sa sonate moins bien que de coutume Ce petit concert que mon hôte me donnait en famille, n’avait que moi pour auditeur, et était singulier. Pendant que cette scène pastorale se passait dans l’intimité du foyer, des sergents de ville m’amenaient de dehors des confrères à coups de crosse de fusil et de bâton ferré ; quelle paix et quelle harmonie régnaient pourtant au cœur de la police ! […] Je n’ai eu qu’à me louer de ses attentions et de son obligeance ; sans doute si j’avais été condamné, il ne m’eût pas laissé échapper, mais enfin lui et sa famille m’ont traité avec une convenance, un bon goût, un sentiment de ma position, de ce que j’étais et de ce que j’avais été, que n’ont point eus une administration lettrée et des légistes d’autant plus brutaux qu’ils agissaient contre le faible et qu’ils n’avaient pas peur. » Moins flatteur, le témoignage que laissait Carly (voir Carly de Svazzema, Montaigne), grenadier de l’Empire, décoré de la Légion d’honneur en 1813, décoré de la Croix de Juillet et arrêté après le coup de pistolet tiré contre le roi, le 19 novembre 1832, sur le pont Royal (nous mettons en gras le passage biographique qui intéresse particulièrement la conduite de Gisquet pendant la révolution de Juillet). Une perquisition faite à son domicile ne permit de saisir « aucun objet ayant trait à la politique », selon une note des sommiers judiciaires ; seuls un fusil de garde national et un fusil de chasse furent trouvés et « ont été laissés dans sa demeure sur l’offre qu’il a faite de les représenter à la première réquisition de la justice ». Relâché, il fit parvenir, le 25 novembre 1832, la lettre suivante au journal La Tribune : « L’article que contient votre numéro du 24 courant m’ayant nominativement désigné comme un des patriotes que M. Gisquet poursuit avec aussi peu de mesure que de raison, je crois de mon devoir de donner mon témoignage aux assertions qui me sont personnelles, et de reproduire textuellement les paroles du préfet de police, afin que la France puisse juger le caractère de l’homme qui fait un si déplorable abus de son autorité. Je ne reviendrai donc pas sur les faits généraux que vous avez fait connaître, et qui démontrent combien notre législation sur la liberté individuelle est illusoire et sans garantie pour les citoyens que le pouvoir se plaît à persécuter ; mais j’ajouterai à vos judicieuses observations que M. Gisquet espère sans doute nous réduire à l’impuissance de vivre paisiblement du fruit de nos travaux, en compromettant aussi souvent qu’il lui plaît, par l’appareil d’une surveillance qu’il sait être inutile, notre crédit, notre réputation, et souvent notre honneur. Ce que M. Gisquet doit savoir cependant, c’est que je puis hardiment le défier, ainsi que mes amis, de prouver qu’il soit plus honnête homme, plus homme de bien ou meilleur citoyen qu’aucun de nous ; qu’il est déplorable qu’on nous calomnie, qu’on nous emprisonne, qu’on nous ruine sur le simple rapport d’un mouchard de haut ou de bas étage, et qu’il est scandaleux qu’une police si souvent provocatrice, si tracassière aujourd’hui, et dont quelques agents sont le rebut de la société, l’écume des bagnes ou le type du déshonneur, conserve une aussi funeste influence sur le sort des citoyens, sans que ceux-ci aient le droit de la prendre à partie. Mais ce que M. Gisquet semble ignorer, et ce qu’il vient me donner le droit de lui apprendre, c’est que rien que je sache ne place un préfet de police au-dessus de la loi et ne l’autorise à se montrer insolent et cruel ; cependant, quelle a été envers ma femme la conduite de cet homme, que jai vu si pusillanime et si tremblant le 28 juillet, lorsquil sagissait de combattre ? La voici tout entière dans les paroles pleines de colère qu’il adressait à celle dont la douleur, la grossesse et la situation exigeaient au moins quelques égards, lorsqu’elle ne sollicitait d’autre faveur que d’activer l’interrogatoire de son mari qu’elle savait innocent. “Votre mari est un des brigands qui ont voulu assassiner le roi ; je le tiens et je l’exterminerai comme les autres ; il est au secret, il n’en sortira pas de sitôt, et je veux le poursuivre, ainsi que ses complices, jusqu’à la dernière extrémité ; d’ailleurs ses antécédents sont très défavorables, car il a donné sa démission d’officier de la garde nationale le 5 juin ; enfin, j’ai bien autre chose à faire qu’à m’occuper de lui.” Et finissant cette phrase, il lui montra du doigt la porte de sortie. Cette conversation, cette conséquence tirée de la démission d’un officier qui comprenait mieux ses devoirs et la loi que M. Gisquet n’ont pas besoin de commentaires pour faire ressortir tout ce qu’il y a d’inconvenant et de froidement atroce dans la conduite d’un préfet qui devrait avoir quelque savoir-vivre, et qui pourrait trouver, sans compromettre la sûreté de l’Etat, et dans des formes plus humaines, les moyens de rendre les devoirs de sa charge moins pénibles pour lui et moins rigoureux pour les autres. Cette conduite peut, j’en conviens, être un titre à la confiance de certain parti ; mais à coup sûr, elle ne peut inspirer que du dégoût et du mépris à tout ce qui a de la droiture dans le cœur et de la générosité dans l’âme, surtout quand elle avait pour but de tourmenter ou d’insulter un citoyen contre lequel on ne pouvait produire aucune charge, qu’on savait fort bien être étranger au fameux complot dont on l’accusait d’être un des principaux auteurs, et qu’on est obligé de relâcher après le premier interrogatoire du juge. Je vous livre tous ces faits, M. le rédacteur, pour en faire l’usage que vous jugerez convenable dans l’intérêt de la société, et je vous prie de recevoir l’assurance de la considération distinguée de votre dévoué serviteur et concitoyen. » Gisquet fut publiquement accusé par le Messager d’avoir « trafiqué de sa situation alors qu’il était préfet de police » et auparavant, étant commis de Casimir Perier, d’avoir fait « sa main dans les affaires publiques, et l’on n’a pas oublié sa fructueuse opération sur l’achat des fusils anglais pour le compte du gouvernement ». « En 1836, le préfet de police avait dû démissionner. Le gouvernement en fit un conseiller d’Etat. En 1838, accusé de corruption par le Messager, il fut bien défendu et sortit indemne du procès. Pour peu de temps : dès la fin de l’année, le conseiller d’Etat Gisquet était révoqué. » Balzac, T VIII, p. 1288 et p. 1293. Il appuya dans ces termes, en 1835, la demande présentée par Grassal, Marie, Antoine, alors secrétaire dans son cabinet particulier, pour obtenir la décoration de la Légion d’honneur : « […] Depuis trois ans qu’il travaille sous mes yeux, il n’a cessé de donner de son zèle et de son dévouement des preuves non équivoques, qui lui ont acquis toute ma confiance […]. » Il fut nommé chevalier de la Légion d’honneur le 1er mai 1831, officier le 1er mai 1833, commandeur le 30 avril 1836. Il mourut le 23 janvier 1866. Il demeurait 11, rue Bleue en 1831. Le Constitutionnel, 31 juillet 1830 ; Notes et Jugements de la Chambre de 1830, publiés par la société Aide-toi le ciel d’aidera, Paris, Garnier-Pagès, juin 1831, p. IV ; Lafayette et la révolution de 1830, Histoire des choses et des hommes de Juillet, Sarrans, Thoisnier-Desplaces, Paris, 1833, tome premier, p. 243 ; Souvenirs historiques sur la révolution de 1830, Bérard, Paris, Perrotin, 1834, p. 73 : Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 92, Mairie du (ancien) Ier arrondissement in dossier Drouault, Pierre, René ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIV/G/9 récompenses honorifiques in dossier Grassal, Marie, Antoine ; Archives nationales F/15/3782 in dossier Charles, Henri, Bernard (lettre dans laquelle en octobre 1861, Gisquet expliquait comment il était intervenu pour faire obtenir à Charles, Henri, Bernard une pension annuelle de trois mille francs sur les fonds du ministère de l’Intérieur) ; Archives nationales F/1dIV/L/13 Récompenses honorifiques in dossier Lemoine-Tacherat, Jean-Baptiste, Joseph ; Chateaubriand, Mémoires doutre-tombe, Le Livre de poche, Paris, 1973, tome 3, p. 339-344 ; Procès du coup de pistolet, Paris, chez Lagarde et Preux, 1833, pp. 77-80 ; base leonore de la Légion d’honneur, dossier LH/1153/22.

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