Godeau, Edouard
Biographie
En 1831, il était, sous-lieutenant à la compagnie des voltigeurs du 1er bataillon du Mans. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] VIIe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac. Il était porteur de plusieurs certificats. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, Jules Hélain, commis négociant, demeurant rue Notre-Dame-des-Victoires n° 34, chez M. Costa, certifie que le sieur Edouard Godeau s’est trouvé avec moi le 28 juillet au matin à l’Hôtel de ville, qu’il s’est vaillamment battu, que le nombre des troupes seul a déterminé sa retraite. Nous nous sommes transportés de là aux portes Saint-Denis et Saint-Martin, où il s’est battu avec une intrépidité au-delà de toute éloge. A ce même endroit, il a contribué à l’arrestation d’un lancier porteur de l’ordre d’aller chercher des canons à Vincennes. » Signé, le 20 avril 1831 : Hélain, Jules. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, Désiré Lemarchand, principal clerc de notaire de M. Lemarchand [son père, N.D.A.], huissier à Paris, y demeurant rue des Fossés-Montmartre n° 24, présentement logé à Sillé-le-Guillaume, certifie à qui il appartiendra que le sieur Edouard Godeau, ex-commis marchand, ayant demeuré à Paris à l’époque de la révolution de Juillet, s’y est battu pendant les trois jours avec tous les patriotes pour repousser les soldats de Charles X, que partout il s’est employé à rétablir l’ordre et que dans plusieurs endroits de la ville de Paris il s’est exposé avec courage au feu des troupes. Le présent certificat lui est par moi donné comme l’ayant vu dans la rue des Fossés-Montmartre, au marché des Innocents, à la place de Grève, au quai aux Fleurs et dans plusieurs autres lieux où l’on avait besoin des secours. » Signé, à Sillé-le-Guillaume, le 29 juin 1831 : Lemarchand, Désiré, demeurant chez son cousin germain à Sillé-le-Guillaume. Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussignée, Marie, Stéphanie Lemarchand, femme Leroy, demeurant au Mans, rue Bretonnière, certifie que me trouvant à Paris lors des journées de Juillet, chez mon père, M. Lemarchand, huissier à Paris, rue des Fossés-Montmartre n° 24, j’ai eu occasion de voir le sieur Edouard Godeau, du Mans, mêlé aux groupes de combattants et que pendant longtemps il a soutenu le combat contre un détachement de gendarmes devant la maison de mon père, qu’en outre à cette affaire il s’est trouvé avec un de mes frères, Désiré Lemarchand. » Signé, au Mans le 29 juin 1831 : Leroy, née Lemarchand, Marie, Stéphanie. En 1832, Godeau sollicita, dans ces termes, auprès du roi : « Une circonstance particulière et malheureuse m’a privé de la plus douce récompense, celle de Juillet. Resté sans emploi après la révolution et malade d’un coup reçu dans le bas-ventre, qui m’occasionna le retour d’une hernie passée depuis quatre ans, je partis pour mon pays. Ma guérison fut prompte et bientôt je fus nommé sergent dans la garde nationale ; à la réorganisation, je le dis avec orgueil, mon zèle me valut bientôt le grade de sous-lieutenant. Dans cet intervalle, les récompenses se donnèrent à Paris et l’un de mes amis voulut me faire inscrire, mais il était trop tard. Une commission régulière ou irrégulière (je l’ignore absolument) se constitua rue Neuve-Bourg-Labbé n° 10, sous le nom de Commission des réclamations des combattants de Juillet. Il y déposa mes titres. De retour à Paris en janvier 1832, je m’y présentai et depuis je ne reçus aucune nouvelle. Je croyais le délai des réclamations tout à fait écoulé, comme l’avaient annoncé plusieurs journaux et j’abandonnais mes droits lorsque le Constitutionnel vient de m’apprendre que les délais des réclamants étaient prolongés jusqu’à cette époque, pour la province. Je ne sais si les titres déposés à cette commission seront représentés à qui de droit, en tout cas je dépose entre vos mains le numéro d’inscription de ces mêmes titres et le brevet de mon grade, quoique démissionnaire maintenant. Je ne parlerai point de ce que j’ai pu faire à la révolution de 1830, les époques en sont déjà trop éloignées. Si, en juillet 1830, j’ai concouru à l’établissement du trône, en juin 1832, j’ai coopéré au soutien de ce même trône. Je ne faisais pas encore partie de la garde nationale parisienne car depuis quelques jours seulement je venais de quitter l’état de commis voyageur pour me fixer à Paris, lorsque le jour du convoi du général Lamarque le sang français coula par des mains françaises. Un complot qui devait entraîner la destruction d’une partie de la troupe et du peuple fidèle se dévoila sous mes yeux. Il s’agissait d’armer les rebelles du faubourg Saint-Antoine. Je parvins dans le milieu de la nuit jusqu’à l’état-major, où je donnai connaissance aux généraux qui y commandaient, non pas directement car ils étaient trop occupés pour me recevoir mais par l’entremise de l’un des officiers qui m’avaient accompagné de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement où j’avais été conduit comme suspect après avoir été rencontré seul dans la nuit. Sire, les faits que j’énonce pourraient facilement être connus de vous, ils ont été consignés par monsieur le commissaire de police à la mairie du IIIe arrondissement. Le colonel de la VIe légion présent à la mairie du VIe arrondissement où je fis d’abord connaître ce complot m’engagea ainsi que les officiers supérieurs qui s’y trouvaient à aller en donner connaissance à l’état-major. A cet effet, il me délivra un laissez-passer et, muni de ce titre, je me lançai à travers mille dangers qui m’environnaient. Plusieurs fois je fus arrêté et relâché tant par la garde nationale que par les révoltés. Mais, rue des Fossés-Montmartre, je fus arrêté de nouveau et pris par la garde nationale pour un révolté. Alors je réclamai et l’on me conduisit à la mairie du IIIe arrondissement. C’est là que des officiers d’état-major reçurent mes déclarations et, en m’adressant des remerciements, m’engagèrent aussi à aller à l’état-major et me firent accompagner par deux officiers. Ce fut bien deux officiers qui firent part en mon nom du complot aux généraux en chef. Je demandai mais en vain un laissez-passer pour retourner chez moi. Je fus arrêté de nouveau et conduit sur ma demande à la mairie du IIIe arrondissement mais cette fois par-devant M. le maire et les autorités qui s’y trouvaient à qui je racontai le but de mes démarches. M. le commissaire de police reçut mes déclarations, les consigna dans son procès-verbal et me les fit signer. Cependant je fus retenu prisonnier jusqu’à 6 heures du matin mais je ne fus point confondu parmi les révoltés. » Godeau accompagnait sa signature des trois points maçonniques. En 1832, il était sans doute grenadier au 2e bataillon de la VIe légion de la garde nationale. Il demeurait 26, rue Sainte-Avoye ou 33, rue Sainte-Avoye en 1830 ; 94, rue du Temple en 1832. Archives nationales F/1dIII/57 (sous le seul nom de Godeau) ; Archives de la préfecture de police AA 390.