Godron, Auguste
Biographie
Né le 22 juin 1806 à Rombas (Moselle). Médecin. Un rapport de la mairie relatait ainsi sa participation aux combats : « Le 27, il fit partie des rassemblements de la rue Saint-Honoré et du Palais-Royal. Le 28, il fut chez M. de Schonen et le général Lafayette et, d’après leur invitation il a aidé et excité à faire des barricades. Après avoir parcouru pendant longtemps, il est parvenu au coin de la rue Planche-Mibray où il a emprunté un fusil et tiré trois ou quatre coups. Le 29, il coopéra au désarmement du Val-de-Grâce, où il eut une carabine. Il fut combattre à Babylone, où il a aussi pansé des blessés. Il fut sous le feu dans la rue Traverse prendre un citoyen tombé blessé. Il empêcha de tuer un Suisse qu’il pansa et fit transporter à l’hôpital. Il s’est ensuite rendu aux Tuileries où il monté la garde. Enfin, il fit la campagne de Rambouillet. » Lui-même donna le récit suivant de la conduite qu’il avait tenue pendant les journées de Juillet : « Le 26, étant allé, selon mon habitude, lire les journaux sous les galeries de l’Odéon, j’appris les ordonnances. Je revins à l’hôtel, où je trouvais plusieurs de mes camarades, entre autres MM. Rampant [demeurant 10 bis, rue Mabillon, N.D.A.], Guyon (voir Guyon, Louis, Alexis ?) et Ader (qui fut tué le 29 à la caserne de Babylone) (voir Ader, Pierre, Gentil). Le soir, celui-ci me fit prévenir qu’il y avait réunion chez M. Marras (voir Marrast, Armand), passage Saulnier (je crois ce monsieur homme de lettres car la salle dans laquelle la séance eut lieu était occupée à moitié par un tas de liasses qui semblaient l’indiquer). Cette réunion était forte de soixante à soixante-dix membres, composée de rédacteurs de journaux, d’hommes de lettres, de chefs d’atelier, d’étudiants et peut-être bien enfin d’hommes dont la profession m’était inconnue. Ce soir, il fut décidé que chacun se munirait d’armes dès le lendemain matin, que les chefs d’atelier les fermeraient et que nous ferions tous nos efforts pour faire fermer les magasins. On nous forma en plusieurs divisions, dont chacune avait un président, qui devait aller trois fois par jour prendre des renseignements et diriger nos mouvements. Le nôtre était M. Julien jeune, peintre, demeurant sur le quai Saint-Michel. Notre division était composée de M. Julien, président, de MM. Rampant, Després (voir sans doute Desprez, René, François ? du même arrondissement ?), Lafont (c’est lequel ?) et de deux autres dont je ne connais pas le nom. Le 27, notre division, qui n’était forte que de sept à huit hommes, avait considérablement cru. Nous étions au moins vingt à vingt-cinq. Dans la matinée, nous eûmes deux séances, dans lesquelles il ne fut décidé rien de bien important. Enfin, les événements ayant marché avec plus de rapidité qu’on ne s’y attendait, je me rendis dans la rue Saint-Honoré, où comme presque tous les assistants je me contentai de pousser quelques vociférations. Enfin, chargé par la gendarmerie dans la cour des Fontaines, je fus obligé de me sauver. Je fus assez heureux pour échapper par l’arcade qui donne issue à cette cour et m’en revins dans mon quartier (quartier Latin) vers les 6 heures du soir. Vers les 9 heures, je repassai le Pont-Neuf et arrivai jusqu’à la Bourse, où je me joignis à ceux qui assistaient à l’incendie du corps de garde de cette place. Enfin, je rentrai chez moi à 1 heure du matin, après m’être rendu sur le pont Saint-Michel, où notre division devait nous réunir à minuit et où je ne trouvai que quelques inconnus. Le 28 à 7 heures du matin, je fus à la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, qui est le mien. J’y trouvai le général Jorry (voir Jorry, Sébastien, Louis, Gabriel), à qui j’offris de me réunir à la garde nationale de cette arrondissement. Sur la réponse de ce brave qu’il ne demandait pas mieux que de marcher à la tête de ses concitoyens mais qu’il ne voyait pas de moyen de les réunir, je fus chez le docteur Simon, qui avait eu la bonté de me présenter au général Lafayette. Il me proposa, ne voyant pas les choses prendre une tournure bien franche (car jusqu’alors le peuple avait été abandonné à lui-même et personne ne s’était encore mis à la tête de ses mouvements), il me proposa, dis-je, d’aller chez le général Lafayette, dont il avait appris le retour récent. Nous parcourûmes différents groupes. Nous nous arrêtâmes dans la rue Saint-Honoré, où il était presque impossible de passer tant l’affluence était grande. Nous fûmes témoins des efforts que l’on faisait pour faire disparaître les écussons fleurdelisés. Nous arrivâmes cependant chez M. de Scbonen (voir Schonen, Augustin, Jean-Marie), qui nous dit bien positivement qu’il était bien décidé, si quelque ancien général ne prenait le commandement à se mettre, lui magistrat, à la tête des mouvements populaires mais que dans tous les cas sa vie était la chose à laquelle il attachait le moins d’importance, qu’il fallait que de ces troubles jaillit une liberté pleine et entière. De là, nous nous rendîmes chez le général Lafayette, à qui je rendis compte de tout ce dont j’avais été témoin. Je lui dis que ce qu’il fallait au peuple c’était un homme connu et populaire. Je ne me serais pas permis de dire à Lafayette C’est vous, car au cri de liberté il fut toujours le premier éveillé. Il nous conseilla de nous rendre de suite dans nos quartiers, d’y faire dépaver, d’élever des barricades, de jeter des chausse-trapes et de faire tout notre possible pour faire comprendre que ce n’était pas dans les rues larges et sur les quais que nous devions nous tenir mais bien dans des rues étroites, où nous pouvions être à l’abri du canon et des charges de cavalerie. Il nous autorisa à assurer que lui était le général qui se chargeait de tout diriger et de le regarder dès lors comme le chef, le directeur de l’insurrection. Je revins donc dans mon logement, où je fis part du résultat de mes démarches à plusieurs camarades qui étaient chez moi. Nous nous rendîmes dans la rue Dauphine et alors, trouvant un groupe assez nombreux, je les invitai à dépaver et me mis de suite à l’ouvrage, bientôt suivi par tous ceux qui étaient présents et dans un instant nous eûmes élevé de très hautes barricades au bout des rues Dauphine, Mazarine, Saint-André-des-Arts et garni les croisées des maisons environnantes des pavés que nous n’avions pas employés dans les barricades. Nous élevâmes de nouvelles barricades dans toutes ces rues et les rendîmes impraticables aux troupes qui auraient voulu y passer. Une réunion de citoyens armés avait lieu sur la place de l’Odéon. Je n’avais absolument aucune arme mais un de mes amis, M. Rampant, m’assura que le fils du général Philippon avait plusieurs pistolets et qu’il me les prêterait avec plaisir. En conséquence, je me rendis chez lui avec Rampant et alors j’eus en ma possession un pistolet d’un calibre égal à celui d’un pistolet d’arçon. Nous fûmes acheter de la poudre dans la rue du Dragon, chez un quincaillier qui m’en délivra mais sur une foule de précautions et d’observations qui me parurent ridicules dans des moments aussi graves. De retour sur la place de l’Odéon, je trouvai la colonne, qui se mettait en marche et je me joignis à elle. Nous passâmes par les rues de l’Observance, Ecole-de-Médecine, Hautefeuille, Saint-André-des-Arts et vînmes passer le pont Saint-Michel pour nous rendre sur la place du Châtelet mais nous ne pûmes passer ensemble car des troupes échelonnées nous en empêchèrent. La colonne se rompit et chacun se dispersa, les uns d’un côté du pont d’Arcole, les autres passèrent le pont. Je fus de ce nombre et je dois dire que je le dois à un de mes amis, M. Brosset, sous-lieutenant au 15e léger, qui stationnait sur la place du Marché-aux-Fleurs et qui favorisa mon passage ainsi que celui de plusieurs de mes camarades. Rendu de l’autre côté du pont Notre-Dame, nous nous joignîmes à nos braves concitoyens qui soutenaient, du bout de la rue Planche-Mibray, le feu des Suisses qui occupaient la tête du pont d’Arcole. Il est inutile de dire que cette distance m’empêcha de me servir de mon pistolet. Mais bientôt, un des nôtres n’ayant plus de munitions, je m’emparai de son fusil et soutins le feu en leur ripostant. Mes minutions n’étaient pas inépuisables et je fus bientôt obligé de céder mon arme à quelqu’un qui attendait, ainsi que je l’avais fait. Le passage du pont Notre-Dame était devenu libre. Je le traversai et vins trouver mon ami qui m’avait fait passer d’abord. Il venait d’être atteint d’une balle sur son hausse-col, qui l’avait parée il est vrai mais n’avait pas empêché la balle de pénétrer à travers la capote jusque sur la clavicule. Il en était résulté une énorme contusion car le coup avait été amorti par toute la résistance qu’elle avait trouvée. Je l’accompagnai chez lui, où je restai jusqu’à ce que le chirurgien-major de son régiment fût arrivé. Alors je rentrai chez moi et pris un moment de repos. Le 29, je me rendis à la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, où je trouvai quatre ou cinq cents individus qui demandaient des armes. Je leur dis que je savais un endroit où nous trouverions au moins trois ou quatre cents fusils mais que nous ne les aurions qu’en les demandant avec opiniâtreté. Je les conduisis donc au Val-de-Grâce, expédition qui ne fut pas périlleuse il est vrai mais qui n’en eut pas moins un résultat très avantageux car on nous livra les vieux fusils du magasin, les carabines neuves des infirmiers, leurs sabres et leurs gibernes. Je revins à la mairie, où je trouvai le général Jorry, qui me fit délivrer de la poudre, ainsi qu’à plusieurs autres qui, comme moi, venaient de s’armer au Val-de-Grâce. Nous vînmes armés sur la place de l’Estrapade, où un bataillon du 1er de la garde était caserné. Celui-ci ayant rendu les armes, nous fûmes sur la place de l’Odéon, où on nous forma en compagnies. Je fus placé le premier du premier rang de la 1re compagnie. Nous étions commandé par un jeune homme, ancien sous-officier et alors maître d’études dans une pension, tels sont les détails qu’il nous donna sur l’Odéon, tout en nous exerçant. M. Ruffe (voir Rufz, Paul, Etienne ?), interne à la Charité, se joignit à lui et enfin M. Constant (voir Constant, Georges, Jean, Louis) étant venu prendre le commandement de tout ce détachement, nous nous mîmes en marche pour la caserne de Babylone. Après bien des haltes dans la rue de Sèvres, nous arrivâmes dans la rue Traverse, qui fut celle que nous prîmes pour attaquer la caserne du côté de la rue Plumet. Les quatre tambours suivaient, en battant la charge. M. Constant, monté sur un cheval, nous montrait l’exemple du plus grand sang-froid et du plus grand dévouement car malgré la première décharge qui nous accueillit à notre arrivée, il ne cessa d’être au milieu de la rue Plumet, sous les croisées mêmes de la caserne. Nous pénétrâmes dans un corridor, où une femme nous montra une petite porte qui donnait entrée dans la maisons faisant face absolument à la porte de la caserne ; nous l’ouvrîmes et, là, nous fûmes à même de tirer à vingt pas au plus sur les Suisses qui paraissaient aux croisées. Après être resté un quart d’heure environ dans ce corridor et repassé par la même petite porte qui nous avait livré le passage, je trouvai dans la cour de cette maison plusieurs blessés, auxquels plusieurs femmes prodiguaient leurs soins. Sur la porte même de cette maison, au moment même où j’y rentrai je vis tomber un homme, que je ramassai et que je transportai dans la petite cour pour lui donner les soins que réclamait son état. Mais ils étaient impuissants car je vis bientôt que la plaie était mortelle. Il expira entre mes bras (il avait le cœur percé d’une balle). Dans la maison où je l’avais déposé, on crut le reconnaître pour un entrepreneur de maçonnerie. J’eus l’occasion de panser dans la même maison un coup de feu à l’épaule et un autre au mollet et ensuite un jeune homme qui avait reçu plusieurs gros plombs de chasse. Au moment où je sortais, je vis un malheureux Suisse abattu ; il avait reçu une balle qui lui avait déchiré le mollet droit, succombant sous les coups de deux hommes égarés par la loi de la vengeance, qui lui avaient déjà fait plusieurs plaies à la tête, entre autres une d’un pouce et demi à deux pouces de long, qui lui divisait la saillie formée par les os de la pommette, qui étaient à découvert. Je réclamai les secours de plusieurs assistants et l’arrachai aux individus qui s’étaient acharnés contre lui. On le transporta dans une maison de la rue Traverse, où il fut sous un hangar où l’on avait placé de la paille. Je lui étanchai (sic) le sang qui sortait en grande abondance par la plaie de la face, lui rasai la tête, lui posai un appareil et lui fis une saignée. Enfin, je lui donnais les premiers soins et l’envoyai à la Charité. Deux maisons plus haut, j’eus l’occasion de porter des secours à un malheureux jeune homme, M. Peltier je crois (voir Peltier, Nicolas, François), qui avait reçu une balle dans la tête, de manière que le cerveau faisait une hernie d’un volume plus gros que le poing. Je n’eus pas plutôt vu ce malheureux jeune homme que je perdis tout espoir de salut. Néanmoins, je ne devais pas porter le dernier coup à sa malheureuse mère, qui était présente et à qui je voulais faire croire qu’il n’était pas aussi gravement atteint. Je me fis donner des rasoirs, lui rasai les environs de la plaie, pour y appliquer des sangsues ; je lui fis une saignée du bras ; enfin, je voulus éviter le spectacle de la mort d’un fils chéri à une mère éplorée et la suppliai de le laisser porter aux Incurables, d’où nous étions très près. J’aidai donc à le transporter mais, quelques moments après son entrée, il expira. Le soir, je fus de garde à l’Odéon jusqu’au lendemain au soir, où nous fûmes relevés. Mais, bientôt, on réclama des hommes de bonne volonté pour être de garde à la mairie du (ancien) XIe arrondissement et le samedi matin je me rendis à cette mairie avec M. Schaller, alors aspirant à l’Ecole polytechnique, où nous restâmes jusqu’au soir. De là, on vint nous prendre et on nous conduisit à la Grève, où je restai jusqu’au dimanche vers midi. Le 3 août, j’étais à la veille de partir pour me rendre chez mes parents lorsque j’appris, vers midi ou 1 heure, que l’on se mettait en marche pour Rambouillet. Je remis mon départ et je me mis en route pour Rambouillet, où j’arrivai le lendemain matin. » Son récit était apostillé de nombreux certificats et attestations. Rampant, qui apostilla ainsi, en marge du récit de Godron, les activités de ce dernier : « Je certifie m’être trouvé le 26 juillet avec M. Godron à la réunion formée chez M. Marrast. » « Je certifie les faits contenus dans cet article, qui sont communs à tous deux. » « Je certifie avoir passé la nuit du jeudi au vendredi de garde à l’Odéon avec M. Godron, jusqu’au vendredi soir. » Jorry, Sébastien, Louis, Gabriel (voir ce nom) apostilla ainsi le récit de Godron : « Je, soussigné, certifie que le mercredi matin, 28, M. le docteur Godron est venu à la mairie du (ancien) XIIe arrondissement avec plusieurs de ses camarades offrir leurs services. » Et aussi : « Je, soussigné, certifie que M. Le docteur Godron me fit part de ce projet [d’attaquer le Val-de-Grâce] et que peu de temps après il vint me trouver à la mairie avec les armes dont il est question ; je puis en outre attester qu’il en fit un tel bon usage qu’il contribua beaucoup par son courage et son dévouement au succès de notre révolution. » Bonnaire, demeurant 19, passage du Commerce : « Je certifie que M. Godron, docteur en médecine, s’est conduit en vrai patriote dans les journées de Juillet et que, le premier, il a travaillé, avec une ardeur infatigable aux barricades de la rue Dauphine. » Petetot, demeurant 24, passage du Commerce : « Je certifie que M. Godron a été le premier à élever les barricades de la rue Dauphine et qu’il est à ma connaissance qu’il s’est distingué dans les journées de Juillet. » Biston illisible, chirurgien sous-aide au Val-de-Grâce, certifiait l’attaque du Val-de-Grâce et la présence de Godron à Rambouillet : « Je certifie les faits ci-énoncés véritables et avoir vu au Val-de-Grâce M. Godron à la tête des hommes dont il parle et l’avoir de plus rencontré plusieurs fois dans les rues ; il portait un fusil. » « Je certifie avoir vu M Gondron à Rambouillet le 4 août 1830. » Leclercq, A., sous-aide au Val-de-Grâce, attesta l’attaque du Val-de-Grâce : « Je certifie avoir vu, le 29 au matin M. Godron à la tête d’un grand nombre de personnes venir chercher les fusils dont il parle. » Rampaux illisible, sous-aide au Val-de-Grâce, fit de même : « Le 29 juillet, j’étais de service au Val-de-Grâce lorsque à 8 heures du matin M. Godron est venu à la tête d’un grand nombre de citoyens réclamer les armes de nos infirmiers. » …tens illisible, chirurgien sous-aide-major au Val-de-Grâce, attesta la présence de Godron à l’attaque de la caserne de Babylone : « Je certifie que, après la prise de la caserne de Babylone et au moment où l’on enlevait les blessés je rencontrai en quittant le lieu du combat, M. Godron, que je reconnus avec quelque peine sous l’accoutrement sale et plein de poudre que nous portions tous alors. Il avait un fusil sur l’épaule et accompagnait un brancard sur lequel gisait un homme mourant, qui avait la tête ensanglantée ; c’était au milieu de la rue Traverse que je le rencontrai le 29 juillet. » Ainsi que Co… illisible : « Je certifie que cet individu qui me présente ce papier était dans la maison en face la caserne des Suisses. » Mousse, demeurant 8, rue Traverse, attesta les soins qu’avait donnés Godron : « Je certifie que l’individu qui me présente ce papier est celui qui a pansé le Suisse dont il parle et qui l’avait fait apporter au numéro 8, maison où je demeure. » Ainsi que Lenoir, demeurant 4, rue Traverse : « Je certifie que le monsieur qui me présente ce papier est celui qui a pansé plusieurs blessés. » Le portier du 20, rue Traverse certifia : « Je certifie avoir vu la personne qui me présente ce papier donner les soins dont il parle au fils Pelletier (sic), qui demeurait dans la maison du n° 20, rue Traverse, dont je suis portier et qui est mort aux Incurables le 29 juillet de la blessure qu’il avait reçue le même jour. » Schaller, élève de l’Ecole polytechnique, certifia ainsi le récit de Godron : « Je certifie avoir été avec M. Godron de garde à l’Hôtel de ville depuis le samedi matin jusqu’au dimanche à midi et qu’il est à ma connaissance qu’il a combattu devant la caserne de Babylone. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement. Le registre des délibérations du jury de la Commission des récompenses nationales, en date du 3 février 1831, ne contient pas de faits nouveaux autres que ceux déjà relatés dans le rapport de la mairie. Le jury de la Commission des récompenses nationales, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se prononça, dans sa séance du 3 février 1831, à quatre voix pour la croix, deux voix pour la médaille et aucune voix pour une mention. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Si la loi du 13 décembre 1830 instaura les récompenses de Juillet, une ordonnance, en date du 30 avril 1831, voulut changer les règles de la distribution et stipuler, entre autres, que la Croix de Juillet porterait gravée la légende Donné par le roi des Français, que la couleur du ruban serait bleue avec des lisérés rouges et que les citoyens décorés de la Croix de Juillet prêteraient serment de fidélité au roi des Français, et d’obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. Cette nouvelle ordonnance souleva des protestations chez les décorés de Juillet. Ces derniers trouvaient en effet cocasse de prêter serment à un roi qui, lui, n’avait pas combattu sur les barricades ! Et le journal la Révolution de demander : « Que parlez-vous donc de serment à des gens qui vous ont fait ce que vous êtes, et qui seraient plutôt en droit de vous demander compte de vos promesses...? » Alexandre Dumas, quant à lui, dans ses Mémoires, ajoutait la précision suivante : « Le droit acquis à la place de Grève, au Louvre et à la caserne de Babylone, est antérieur à tous autres droits : on ne peut, sans tomber dans l’absurde, supposer la décoration donnée par un roi qui n’existait point à cette époque, et pour la personne duquel, nous l’avouons hautement, nous ne nous battions point alors. » Une réunion eut lieu, à ce sujet, le 6 mai 1831, dans la salle de la Grande Chaumière, passage du Saumon, qui réunit un millier de décorés. Elle fut présidée par Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), avocat et qui représentait le (ancien) VIIe arrondissement. Avec au bureau : Lamoure (voir Lamoure, Auguste), représentant le (ancien) Ier arrondissement ; Arago (voir Arago, Etienne, Vincent), représentant le (ancien) IIe arrondissement ; Trélat (voir Trélat, Ulysse), représentant le (ancien) IIIe arrondissement ; Moussette (voir Moussette, Paul, Benoît), représentant le (ancien) IVe arrondissement ; Higonet (voir Higonet, Guillaume, Philippe, Joseph), représentant le (ancien) Ve arrondissement ; Bastide (voir Bastide, Jules), représentant le (ancien) VIe arrondissement ; Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), représentant le (ancien) VIIe arrondissement ; Villeret (voir Villeret, Antoine, Médéric ), représentant le (ancien) VIIIe arrondissement ; Gréau (voir Gréau, Anne, Louis), représentant le (ancien) IXe arrondissement ; Cavaignac (voir Cavaignac, Godefroy, Jacques, Eléonore), représentant le (ancien) Xe arrondissement ; Raspail (voir Raspail, François, Vincent), représentant le (ancien) XIe arrondissement ; Bavoux (voir Bavoux, François, Nicolas), représentant le (ancien) XIIe arrondissement ; Geibel (voir Geibel, Antoine, Benoit), représentant le (ancien) XIIIe arrondissement (arrondissement de Saint-Denis) ; Dumas (voir Dumas, Alexandre), représentant le (ancien) XIVe arrondissement (arrondissement de Sceaux). Voici comment Le Constitutionnel, du 7 mai 1831, rapporta le déroulement de cette réunion : « Les citoyens désignés pour la décoration de Juillet avaient été invités à se rendre aujourd’hui à la Grande-Chaumière, passage du Saumon, pour délibérer sur plusieurs questions relatives aux dispositions de l’ordonnance du 30 avril, qui détermine la couleur du ruban, décide que ces mots donné par le roi seront inscrits sur la décoration et prescrit un serment aux citoyens désignés. La réunion était très nombreuse. Un projet de résolution a été mis aux voix, article par article, et adopté sans discussion et sans réclamation. Voici l’acte proposé à l’approbation de l’assemblée : “Considérant que le serment en France ne peut être demandé que par une loi ; que nul article de la loi du 13 décembre 1830, qui a institué la décoration de Juillet, ne prescrit de serment ; que reconnaître au gouvernement le droit d’imposer une condition quelconque en dehors de la loi du 13 décembre 1830 ce serait lui reconnaître celui de modifier arbitrairement cette loi, et par conséquence de refuser les décorations acquises ou d’en distribuer de nouvelles sans le concours de la Commission ; que le roi, comme représentant de la nation, peut remettre aux décorés de Juillet, qui alors la recevraient de sa main, l’étoile qu’ils doivent porter mais que rien de l’autorise à la donner en son nom ; que ces mots donné par le roi, changeraient la nature de la récompense, qui cesserait d’être une récompense nationale, pour devenir une faveur royale ; que les faits à raison desquels la décoration a été instituée sont antérieurs à l’existence même du gouvernement du roi ; que le seul serment à exiger, en ce cas, serait celui de fidélité aux principes qui ont mis les armes à la main et valu la décoration nationale. Par ces motifs, les citoyens présents à la délibération s’engagent à ne pas se soumettre à la condition du serment, qu’ils considèrent comme illégale. Ils s’engagent, en outre, à porter immédiatement, après la décision prise par l’assemblée, la décoration spéciale, telle qu’elle a été fabriquée sur le modèle donné par la Commission.” La commission qui avait rédigé cette déclaration étant d’avis qu’il ne convenait pas à des citoyens, surtout à des citoyens de Juillet, d’attacher de l’importance à la couleur d’un ruban, le premier article a été adopté à la presque unanimité. Sur la question de l’inscription Donné par le roi, il a été clairement expliqué qu’il ne pouvait être dans la pensée d’aucun des patriotes de Juillet de refuser la décoration de la main du roi, et que la résolution n’était proposée que dans l’intérêt des principes et de la loi. La troisième question, celle du serment, a été résolue pour des motifs semblables. L’ordre le plus parfait a été observé dans cette délibération. Parmi cette élite des patriotes de Juillet, plusieurs portaient des marques glorieuses de leur courage. On a distingué avec intérêt un vieux citoyen (voir Decombis, Antoine) blessé une première fois, le 14 juillet 1789, devant la Bastille, et blessé de nouveau, le 28 juillet 1830, devant l’Hôtel de ville. Il avait obtenu la médaille commémorative de la victoire du 14 juillet 1789. Toute l’assemblée s’est empressée de rendre honneur à ce vétéran de la liberté. La séance levée, plusieurs des assistants se sont empressés de se séparer du ruban bleu bordé de rouge. Une quête a été faite au profit des détenus politiques. » Il fut cependant l’un des signataires (voir la liste des signataires à Fribourg, François) de la pétition suivante, qui protestait contre les différentes contestations qui repoussaient les délais de remise des décorations : « Sire, les combattants de Juillet s’attendent depuis longtemps à voir briller sur leur poitrine un signe de liberté et d’honneur. La Commission des récompenses nationales avait arrêté le modèle des décorations et même le ruban, il était rouge avec deux raies noires. Elle avait voulu sans doute, par un signe perpétuel de deuil, rappeler le souvenir de nos braves camarades qui ont succombé dans la glorieuse lutte de la liberté contre le despotisme. Cette décision a reçu son exécution, la croix et le ruban ont été fabriqués et, la Commission ayant terminé son travail, rien ne s’oppose à ce que les décorations soient distribuées dans les premiers jours de mai et que cette distribution soit l’épisode le plus glorieux de la fête de Votre Majesté. Mais, Sire, il n’en n’est pas ainsi : on croit aujourd’hui devoir ôter de la décoration les mots qui la caractérisent, la date de nos immortelles journées, changer la couleur du ruban et prolonger ainsi indéfiniment l’exécution des promesses sacrées. Les blessés et tous les combattants de Juillet sont persuadés, Sire, que vous ignorez ces misérables tracasseries et que jamais vous n’avez eu l’intention de déprécier une récompense acquise au prix de leur sang et d’empoisonner ainsi la joie qu’ils éprouvent de recevoir de votre main un signe si glorieux. Ils vous supplient, Sire, de donner des ordres pour que rien ne soit changé aux dispositions arrêtées par la Commission et déjà exécutées et de fixer le jour le plus prochain pour cette distribution. Ils sont, Sire, de Votre Majesté, les très fidèles sujets. » Il demeurait 185, rue Saint-Jacques en 1827-1831. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 639 n° 5, liste générale alphabétique (cité deux fois dont la deuxième sous le numéro 1192) ; Archives de Paris, VD6 672 n° 1 ; Archives de Paris VK3 33 Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 3 février 1831, jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques, idem états nominatifs et listes de noms soumis à la Commission des récompenses nationales (1830-1831) (XIIe arrondissement ancien), en date du 3 février 1831 ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants ; Archives de Paris VK3 45 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIIe arrondissement ; Le Constitutionnel, 7 mai 1831 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, huitième série, nouvelle édition, Paris chez Lévy frères, 1869, pp. 162-166 ; Archives nationales F/9/1154 Protestations.