Goubault, Charles
Biographie
Né vers 1808 à Courteranges (ou à Troyes) (Aube). Commis marchand bonnetier chez Marelle jeune, 25, rue de Bretagne. Il s’illustra à la porte Saint-Martin. Il soumit sa demande à la Commission des récompenses nationales mais ses pièces furent égarées. Il refit, le 15 janvier 1831, le récit suivant de sa participation aux combats : « […] Le 27 juillet, je sortis dans l’intention de suivre le mouvement et me réunir à la population exaspérée et me trouvant sans armes, je dirigeais un groupe vers la boutique d’un armurier rue de l’Arbre-Sec mais les armes en avaient déjà été enlevées. Le mercredi 28, je me portais dans la rue Saint-Antoine et sur les 3 heures de l’après-midi, ayant remonté le boulevard jusqu’à la rue de Lancry, je vis que les environs de la porte Saint-Martin étaient occupés par un fort détachement de la garde royale qui en défendait les approches. Les citoyens auxquels je m’étais réuni se dirigèrent par la rue de Bondy vers la porte Saint-Martin pour se porter sur la garde royale. Au débouché de la rue de Bondy, plusieurs bourgeois tombés sous les balles ennemies s’offrirent à ma vue ; on s’empara de leurs fusils et je ne pus m’armer que d’un sabre. Quelques instants après, un bourgeois tomba près de l’angle du faubourg ; je voulus me précipiter sur lui pour prendre son fusil ; au même instant, la foule menacé par la troupe se replia sur la rue de Bondy ; je restai seul et déjà un garde royal démuni de son fusil s’était précipité sur moi, le sabre à la main ; je parai du mieux le coup qu’il me porta et le frappai à l’épaule gauche ; je parai encore un second coup mais craignant que mon inexpérience ne me perdît, je jetai mon sabre, me précipitai sur celui de mon adversaire, le lui arrachai des mains et le lui passai à travers le corps ; je le vis tomber et rejoignis mes compagnons en emportant pour trophée l’arme de mon adversaire. Je joins ici, messieurs, le certificat qui m’a été délivré par la seule personne que je connusse dans la foule, qui constate ce fait. Le lendemain 29, je me trouvai à l’Hôtel de ville, où je restai jusqu’au vendredi 30 et fus chargé de conduire quatre prisonniers au palais de la Bourse. Ma mission remplie je rentrai le soir chez mon patron. Ces derniers faits étaient constatés par pièces jointes à ma première pétition et je ne puis joindre à celle-ci qu’une attestation des personnes du quartier que j’habitais alors, qui m’ont vu partir et rentrer et auxquelles je donnais des nouvelles, dont on était avide. J’ai lieu d’espérer, messieurs, que les faits articulés ci-dessus sont de nature à être accueillis et que vous reconnaîtrez juste la réclamation que je réitère pour obtenir la récompense de ma conduite dans les glorieux événements de Juillet. » Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] VIIe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac, afin d’obtenir la Croix de Juillet et une sous-lieutenance. Il joignait à sa demande la copie de la dernière réclamation qu’il avait faite à la Commission des récompenses nationales (voir plus haut) et plusieurs certificats. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, déclare attester que me trouvant le 28 juillet 1830 aux environs de la porte Saint-Martin, où les troupes royales étaient stationnées et tiraient sur les citoyens armés et non armés, j’ai vu M. Goubaut (sic), que j’ai reconnu pour être employé chez M. Marel (sic), marchand bonnetier, rue de Bretagne n° 25, se porter rapidement sur l’arme d’un bourgeois atteint d’un coup de feu et dont il ne put que se saisir du sabre et qu’à cet instant même la garde royale ayant fait un mouvement hostile contre la foule dont je faisais partie, tous les citoyens se replièrent excepté M. Goubaut qui voyant venir vers lui un soldat armé seulement d’un sabre, avec lequel une lutte s’engagea ; je déclare et beaucoup de spectateurs pourraient l’affirmer comme moi qu’après avoir paré deux coups de sabre qui lui furent portés, M. Goubaut jeta le sien et sauta sur celui de son adversaire, dont il s’empara et le lui passa au travers du corps et revint vers nous muni de l’arme qu’il avait conquise. » Signé, le 10 janvier 1831 : Grepinet, demeurant 25, rue de Bretagne (dont la signature fut attestée par Vaugermé, Charles, fabricant de bronze illisible, demeurant 6, rue d’Orléans et Hubert, Antoine, Nicolas, Victor, tailleur, demeurant 22, rue de Berry). Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Nous, soussignés, habitants de la rue de Bretagne, certifions qu’il est à notre connaissance que M. Charles Goubault, commis chez M. Marel, marchand bonnetier, rue de Bretagne n° 25, a, pendant les trois journées de juillet 1830, abandonné son magasin du matin au soir et qu’il paraît avoir pris une part active aux événements de ces trois jours et qu’il nous est parvenu dans le temps que ce jeune homme aurait désarmé un garde royal et l’aurait tué avec sa propre arme, ce que nous ne pouvons attester, ne l’ayant pas vu mais ce qui nous a paru très probable d’après l’esprit dont il était animé et le zèle qu’il a montré en se portant sur le théâtre des événements pendant qu’ils ont eu lieu. » Signé, le 10 janvier 1831 : Morand, marchand de frites, demeurant 27, rue de Bretagne ; Grepinet, tailleur d’habits, demeurant 25, rue de Bretagne ; Lacour, N., coiffeur, demeurant 14, rue de la Marche. Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie que M. Goubault, Charles, employé chez moi en qualité de commis, a coopéré activement aux glorieux événements des trois journées de juillet 1830. Je déclare que le 28 juillet, l’ayant accompagné et nous étant portés de la rue Saint-Antoine vers la porte Saint-Martin où les troupes se trouvaient stationnées et défendaient les approches, ledit sieur Goubault, voyant tomber plusieurs bourgeois sous le feu de l’ennemi et volant s’emparer de leurs fusils, se vit isolé sur le lieu par la fuite précipitée de la foule qui céda au mouvement de la garde royale et ce fut dans cet instant qu’un soldat de cette garde, armé seulement de son sabre, se précipita sur ledit sieur Goubault, qui fut assez heureux pour parer le coup qu’il lui porta ; un second coup fut aussi paré mais tous les spectateurs furent surpris quand il virent le jeune Goubault jeter son sabre, sauter sur celui de son adversaire, auquel il l’arracha, et le lui passer au travers le corps et regagner ensuite la foule, muni du sabre qu’il avait conquis. Je déclare ce fait de la plus grande authenticité et comme en ayant été témoin oculaire sur le lieu même de la scène où il s’est passé. » Signé, le 10 janvier 1831 : Marelle jeune, marchand bonnetier, demeurant 25, rue de Bretagne. Il demeurait 194, rue Saint-Honoré, chez M. Dive, en janvier 1831 (ou aussi 44, rue Neuve-des-Petits-Champs) en 1831. Archives de la préfecture de police AA 390.