Gourgaud, Gaspard, général et baron
Biographie
Né le 14 novembre 1783 à Versailles (Yvelines), fils de Gourgaud, Etienne, Marie, musicien ordinaire du roi, et de Gerard, Hélène, son épouse. Elève de l’Ecole polytechnique en frimaire an VIII, passé sous-lieutenant d’artillerie à l’Ecole d’artillerie de Chalons en frimaire an X, lieutenant en second au 7e régiment d’artillerie en vendémiaire an XI, lieutenant en premier au 6e régiment d’artillerie à cheval le 7 prairial an XI, aide de camp du général Foucher le 3 février an XII ; il fit les campagnes de Boulogne au corps du maréchal Soult, celle de l’an XIV à l’avant-garde de la Grande Armée commandée par le maréchal Lannes, se trouva aux affaires de Wertingen, Ulm, Amstetten, Hollabrün, au passage du pont de Vienne et à la bataille d’Austerlitz, où il fut blessé d’un éclat d’obus. Ancien aide de camp de Napoléon. Il fut nommé chevalier de la Légion d’honneur le 3 mars 1807, officier le 30 août 1813, commandeur le 23 mars 1814. Il revenait de Sainte-Hélène en 1818 et faisait l’objet de la surveillance de la police. En témoigne, ce courrier en date du 28 novembre 1818, envoyé au président du conseil depuis Hambourg par le baron de Marandet, ministre plénipotentiaire de Louis XVIII : « […] Le général Gourgaud vint hier chez moi. Son prétexte, en se présentant, était de me prier de faire passer à sa mère, à Paris, la lettre que j’ai eu l’honneur d’envoyer à M. le ministre de la police générale. J’ai cru devoir, au premier abord, lui dire que, pour fixer mes idées sur le genre de rapport que je pouvais avoir avec lui, il était nécessaire qu’il me déclarât s’il se considérait comme sujet du roi de France. Il eut quelque embarras à répondre ; mais, enfin, il prit son parti et me dit qu’il se croyait effectivement sujet du roi de France et que le roi y régnait et y était reconnu. Je lui demandai s’il admettait aussi les conséquences de cette déclaration. Je conviens, me dit-il, que je suis sujet du roi de France mais sujet malheureux, repoussé de ma patrie et victime d’un sentiment d’honneur, qui m’a fait suivre, dans son infortune, celui à qui je devais tout. Je ne puis pas rentrer en France en ce moment, je le conçois ; mais je compte bien y rentrer plus tard. Il peut se passer beaucoup de choses : des changements peuvent avoir lieu et le gouvernement lui-même finira peut-être par me rappeler. Je lui demandai alors ce qu’il ferait pour cela. Sa réponse fut Rien. Mais il se pressa d’ajouter qu’il ne ferait rien qui pût donner la pensée qu’il conspirait contre le gouvernement établi en France et qu’on ne pourrait jamais lui faire un crime des démarches qu’il avait faites pour intéresser les puissances de l’Europe au sort de Bonaparte : selon lui, ces démarches n’avaient point pour but de lui faire reprendre le pouvoir en France mais seulement de le sortir de Sainte-Hélène et de le mettre à même de gagner les Etats-Unis d’Amérique, pour y finir ses jours. Il entra alors dans de grands détails sur sa situation particulière vis-à-vis de Bonaparte et les motifs qui l’avaient déterminé à suivre sa fortune. Je dis au général Gourgaud que je ne demandais pas mieux que de me persuader qu’il n’y avait rien dans sa présence en Europe qui pût lui faire supposer des projets coupables mais que je devais le prévenir franchement que son expulsion d’Angleterre avait donné plus de poids aux idées qu’on avait dû concevoir à cet égard et qu’il ne devait pas s’étonner si, aux yeux du public, à ceux des gouvernements d’Allemagne, et aux miens mêmes, il devait être considéré comme un homme suspect, contre lequel il y avait des précautions à prendre ; il ne put s’empêcher d’en convenir. […] Dans sa conversation avec moi, il lui échappa de dire plusieurs choses qui indiquaient assez le fond de sa pensée, si ce n’est même de ses intrigues. « Ce n’est pas Bonaparte qui est dangereux pour la maison de Bourbon mais bien son fils. » Il croit sérieusement, à ce qu’il assure, qu’il doit un jour régner en France et que l’Autriche le tient en réserve pour le mettre en avant lorsque l’occasion favorable se présentera. Néanmoins il ne pense pas que ce sera tant que le roi vivra ; car il est obligé de reconnaître qu’il a rallié la nation. Quant à Bonaparte, il est persuadé que l’Angleterre ne l’a surveillé si rigoureusement jusqu’à ce moment que parce qu’elle ne croyait pas convenable de le lâcher tant que l’armée alliée occupait le territoire, mais qu’il pourrait en être autrement si l’attitude plus forte et plus florissante de la France lui donnait quelques inquiétudes. Il croit surtout qu’il est un moyen sûr d’agiter l’Europe et d’arriver à un résultat favorable à son parti : c’est de s’emparer de toutes les occasions d’occuper le public de Bonaparte, d’exciter sa pitié et son intérêt et, à l’aide de quelques intrigues, d’amener insensiblement quelque puissance à faire quelque chose pour lui ou sa famille. J’ai quelque raison de penser qu’il voudrait lier une correspondance avec le prince Eugène. Je ne doute pas qu’il n’en ait déjà une en train avec M. de Las Cases et d’autres bannis. Il est actif et intelligent. Je le crois très dangereux. […] Le général Gourgaud s’est déjà présenté chez quelques libraires pour leur demander s’ils ne voudraient pas consentir à imprimer son dernier ouvrage sur la campagne de Waterloo. Il paraît que jusqu’à ce moment il n’est pas encore parvenu à leur persuader qu’ils en auraient un bon débit et qu’ils n’ont pas voulu s’en charger […]. » En 1820, à l’occasion d’une demande pour rentrer en France depuis Francfort, on trouve le rapport suivant de l’administration : « […] Sur ma réponse négative, il s’est récrié sur ce qu’il y avait selon lui d’illégal et d’arbitraire dans le refus de viser son passeport. […] Il a ajouté qu’il ne s’était jamais mêlé de politique ; qu’il était officier d’artillerie et rien de plus et qu’il ne concevait point pourquoi lui seul avait le malheur de se trouver dans une situation aussi pénible. […] J’espère, m’a-t-il dit qu’on ne me prendra pas pour un libéral. Je ne le suis point. Bonaparte ne l’est point non plus ; il est ultra. Ce sont les libéraux qui ont causé sa chute […]. » Cet autre, en date du 6 janvier 1820 et adressé au président du Conseil, Decazes : « J’ai pensé que Votre Excellence serait bien aise d’être informée directement de l’arrestation du colonel Gourgaud. Pour utiliser son séjour à Hambourg, il s’était lancé dans des intrigues amoureuse. Une demoiselle de seize à dix-huit ans, qui avait une dot bien ronde de huit cent mille marks de banque (un million six cent mille francs) comptant et de plus grandes espérances encore, avait fixé plus particulièrement ses regards. Ses poursuites avaient été opiniâtres malgré leur peu de succès. La jeune personne avait d’autres vues, approuvées par sa famille. Définitivement éconduit, ces jours derniers, il a proféré des menaces et a fait des dispositions de vengeance. Le Sénat, pour en arrêter les effets, l’a fait arrêter ce matin. Cet événement aura nécessairement pour suite immédiate le désir de se débarrasser à Hambourg de la présence d’un homme qui se montre aussi disposé à se porter à des actes de violence et à troubler la paix des familles. Si on s’obstine à vouloir l’éloigner il sera question de savoir sur quel point il doit être dirigé. J’ai écrit à ce sujet à Son Excellence monsieur le baron Pasquier et suis entré dans les plus grands détails de cette affaire. Je prie Votre Excellence de vouloir bien s’intéresser à ce que les ordres qui pourront m’être transmis à cet égard le soient sans délai. » Signé : baron de Marandet. En 1823, il est fait mention du comte Roederer, beau-père de Gourgaud ; Gourgaud épousa Roederer, Françoise, Marthe en 1822. Alexandre Dumas un des tout premiers combattants de la révolution de Juillet, et qui en laissa un récit impartial et bien renseigné, donnait sur une réunion qui eut lieu le 27 juillet, pour organiser la résistance, les précisions suivantes : « L’autre réunion, qui était bonapartiste, avait lieu chez le colonel Gourgaud. Elle se composait, d’abord, du maître de la maison, puis du colonel Dumoulin (voir ce nom), du colonel Dufays (voir Dufaÿ, Guillaume, Michel), du colonel Plavet-Gaubert (voir Clavet Gaubert) et du commandant Bacheville (voir ce nom). On cherchait un moyen de faire les affaires de Napoléon II ; mais, comme tous ces hommes étaient bien plus des hommes d’action que des hommes de conseil, on n’arrêta rien, et l’on se donna rendez-vous pour le lendemain, place des Petits-Pères. » Louis Blanc donne l’indication suivante sur les tentatives qu’il fit de proclamer l’Empire à la suite des journées de Juillet : « […] Le général Gourgaud fit seul quelques tentatives. Le 29, on l’entendit protester à l’Hôtel de ville contre la candidature du duc d’Orléans ; et, dans la nuit du 29 au 30, il réunit chez lui quelques officiers pour aviser aux choses du lendemain. » Il organisa la première batterie de la Charte en juillet 1830, selon un certificat de notoriété délivré en faveur de Billiet. Il signa, en tant que général commandant d’artillerie, le certificat suivant en faveur de Majan, Benoît, Charles, Joseph : « Tout le temps que M. Benoit Majan a été sous mes ordres à la batterie de l’Ecole militaire, je n’ai eu que des éloges à lui donner pour son zèle pour le service et pour son dévouement à la patrie ; quant à la prise de la pièce de canon de la rue Saint-Honoré, tout Paris connaît la part glorieuse qui revient à ce brave et modeste citoyen. » Il apostilla un certificat délivré en faveur de Théry, Constant, qui avait lui aussi participé à la prise de cette pièce de canon. Il fut nommé grand officier de la Légion d’honneur le 20 avril 1831, grand croix le 22 avril 1847. En 1832, il était aide de camp du roi Louis-Philippe. Il mourut en juillet 1852. Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, cinquième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1867 ; Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862, tome troisième (1823-1831), Paris, Plon, 1895, p. 68 ; Histoire de dix ans, 1830-1840, Louis Blanc, Paris, Pagnerre, 1841, tome I, p. 212, 552 ; Archives nationales F/1dIII/44 in dossier Billiet ; Archives nationales F/7/6668 pièces 848-885 ; Archives de la préfecture de police AA 372 in dossier Majan, Benoît, Charles, Joseph ; Archives de la préfecture de police AA 415 in dossier Théry, Constant ; base leonore de la Légion d’honneur, dossier LH/1179/57.